La colline du savoir, moi connais pas

Université des sciences juridiques et politiques de Bamako/ Faculté de droit prvé

C’était il y a quelques mois sur « la colline du savoir », une appellation donnée à la grande université de Bamako qui fait sourire d’aucuns, surtout ceux qui ont l’esprit taquin, à la pensée que cela colle fort mal à la réalité. Comprenne qui pourra. Mais comme la colline du savoir, il y a encore d’autres collines qui peuplent le relief de « Bamako, cité des caïmans ». A ce propos, lisons Sirafily Diango : « Le relief de Bamako est le symbole de la lutte des classes : au Sud, « la colline du savoir », le palais présidentiel. Au Nord-est « la colline du point-G », l’hôpital. Tous deux sont des symboles. Badala, siège de l’université, est la Sorbonne. Koulouba, colline du pouvoir, est le château de Versailles. Badala, koulouba, deux montagnes, deux titans qui se posent, s’imposent et s’opposent par une bataille qui renvoie les victimes dans les tartares : l’hôpital du point-G au sommet duquel Hippocrate prête serment pour les sauver… »
La colline du savoir, c’est également ou presque cette jungle où quelques étudiants qui n’ont rien à envier à des cancres, règnent d’une main de fer envers et contre tout, se permettent les folies les plus repoussantes, se font la poche sur le dos de tous ces étudiants pour qui ils n’ont que mépris. Et la réciproque aussi est vraie ! En témoigne cette période des inscriptions où l’accès au guichet est monnayé…Des étudiants boudent le sommeil et passent la nuit à veiller pour occuper la tête de la file indienne le matin, se retrouvent à la queue, impuissants, l’âme peuplé de déception. Parce que « on ne prête qu’aux riches » son service, ici. On botte les fesses à qui n’est pas content.
Quand on parle de la colline du savoir, on ne peut pas ne pas dire que tous, des étudiants aux professeurs, viennent le plus souvent pour autres choses que les études. Les premiers pour pouvoir mettre la main sur une maudite bourse, et ensuite vient le souci d’étudier pour passer. Les seconds pour venir crier à ces étudiants qu’ils ont tout avantage à chercher d’autres chats à fouetter( !), qu’ils ont encore le temps de sortir par la petite porte pour ne pas finir par sauter par la fenêtre ou encore par devenir un paquet de merde, comme le dirait l’autre. Il y a aussi ces secrétaires (sécréteuses ? comme nous arborions une fierté singulière à les appeler au secondaire, l’académie française devra y penser plus tard…) qui passent le clair de leur temps à échanger avec une amie en visite, tandis que dans le même temps, elles refusent de dire oui à un étudiant dans le problème qui demande à être reçu. Et, dans la plupart des cas, si elles répondent c’est avec un « vous les étudiants là il y a quoi encore ? » qui vous inspire l’envie de rebrousser chemin pour aller s’en remettre à Dieu. De plus, elles n’ont même pas l’ombre de la peine à froisser une demande que vous venez de déposer pour son patron, puis la balancer dans la poubelle… Bien entendu, elles ne reconnaissent d’autorité qu’à celui qui a pouvoir de les virer comme on sort un importun à coups de pieds aux fesses.
Mais oublions toit ces constats tristes qui font l’éclat de la colline du savoir pour en venir à ce qui occupe notre intérêt. Commençons par le début : le soleil sort d’un gros nuage bamakois lorsque je passe sous le pont FADH. Ouvrons une parenthèse. Des femmes, loqueteuses, exhibaient jumeaux et jumelles à la charité des passants. Ces gens représentent l’autre visage du pays, ceux qui sont laissés pour compte et qui n’ont que cette excuse d’être des citoyens comme tout le monde, le N° 1 compris. Fermons la parenthèse. Lorsque le Bus s’est arrêté, j’ai mis pied à terre et ai demandé à un étudiant où se trouve « La colline du savoir ». « La colline du savoir ? Moi, connais pas ! Même si elle existe, je n’en ai jamais entendu parler ! », a été la réponse. Je dois avouer d’emblée que j’en ai été retourné. Ce jour-là, heureusement qu’il n’est pas le seul étudiant qu’il m’a été donné de rencontrer.
Il s’agit de l’université de Bamako située sur la colline de Badalabougou, et qu’on appelle ainsi pour montrer que l’université est l’univers du savoir. L’atteindre est une chose qui relève un peu de l’étrange!. Autant dire que la création de cette université est l’initiative la plus noble qui soit venu de l’État malien. L’explication est limpide : cet étudiant est le symbole d’une sécheresse intellectuelle qui fait son lit, fait des ravages comme une lèpre dans le milieu estudiantin voire dans une société mue par la course au dieu moderne. C’est-à-dire l’argent. Il serait intéressant de rappeler ce que disait Massa Makan Diabaté : « s’instruire, c’est jeter de l’argent pour le récupérer après »
J’ai cru que c’était le cas de lui dire de s’intéresser à la presse écrite et les éditoriaux, aux bouquins, à oublier un peu l’inconfort économique, le chômage avec son étalage insolent, les inégalités sociales croissantes et j’en passe dont l’ombre plane sur lui, il m’a fait savoir avec une sincérité déconcertante qu’il n’a pas le temps et les moyens. Paradoxalement, l’étudiante avec qui il faisait chemin lui racontait avec maestria le film de sa rencontre avec le DER de sa faculté, qui occupe d’autres chaires : « ça fait un mois qu’il cherche à m’arracher un R.V, a –elle dit avec des manières affectées. Je lui ai dit que j’ai besoin urgemment de 3OO.OOO francs qu’il n’a pas hésité à me filer. Attends….
Elle a fait sortir de son sac des billets d’argent dont elle a tiré un billet de dix mille francs pour donner à son camarade qui a esquissé un sourire salace. « Prend et bouffe, a-t-elle repris. Comme c’est vrai qu’on ne doit pas ressentir de remords pour un chien qui demande qu’on lui fracasse le crâne ! Et puis son assistant aussi demande à me voir après le cours de ce soir »
Me sachant intéressé par ce qu’elle disait, elle a affiché brusquement une mine grave et a promis à son ami de raconter le reste après. En parlant de moi, elle a dit que si je l’avais importunée avec mes sornettes, qu’elle allait faire flamber la « Colline du savoir » et moi aussi !

Boubacar Sangaré