dans L'etudiant malien

Université de Bamako: De la corruption et du bon étudiant.

Il va donc falloir s’habituer à une évidence qui dit que l’enseignement supérieur malien est source d’un problème troublant (pour l’administration), de frustration (pour les soucieux de l’éthique) et de tremplin (pour les tenants de l’avis selon lequel tous les coups sont permis…)
Après le démantèlement fracassent d’un réseau de corruption à l’Université des sciences, des techniques, des technologies de Bamako (USTTB), l’exFMPOST), tenue pour un bastion du sérieux auprès de tous, l’urgence s’impose de porter un regard, ne serait ce que circonspect, sur la période des réclamations qui va démarrer ou démarré dans certaines facultés, après la proclamation des résultats. Et de fait, voilà une période où la question de la bonne moralité de certains professeurs, secrétaires de direction, étudiants, est en permanence posée, et, qui l’exploitent sans scrupule aucune pour verser dans une immense opération de cavalerie consistant à monnayer aux réclamants le passage à la classe supérieure. Une méthode peu catholique à laquelle il ne manque qu’un décret pour être légalisée ! D’ailleurs, c’est désormais un « secret de surface » que le monde de l’enseignement supérieur est leader en matière de corruption. C’est également là-bas où les sales mentalités et les affaires d’argent prennent le dessus sur la première préoccupation que sont les études, au point que nombre d’étudiants, pendant toute l’année académique, s’adonnent à des calculs boutiquiers, se font violence en bravant faim et inconfort aux fins d’être en possession de quoi pouvoir « arranger », pour reprendre une expression typiquement malienne, son passage.
Il faut aussi rappeler ce déplorable constat : qu’il soit bon ou mauvais un étudiant surtout au Mali, est enfermé dans la persuasion qu’il peut s’en sortir quelque soit son résultat après les examens. Pour être clair, chacun pense qu’il n’a pas besoin de se donner à fond dans les études, qu’il peut faire le zouave. Une chose que quelques professeurs et secrétaires de direction, cupides jusqu’au bout, n’ont pas tardé à décrypter et qui en tirent un large profit à chaque fois que démarre cette période des réclamations. Ces réseaux de corruption, disons le de manière claire, ne sont en rien des inventions ; ils grandissent en ampleur année après année à l’opposé de toute attente. Plus important encore, à cause de ces réseaux, une minorité de bons étudiants, qui sont conscients qu’ils n’ont pas leur avenir derrière eux, sont exposés à une énorme difficulté de prouver leur savoir faire. Il y en a qui sont mis en échec du fait de l’énormité de certains professeurs animés par le désir malsain de punir à l’examen toute une classe, parce qu’il n’est pas parvenu à recueillir l’adhésion des étudiants à son projet de cours spéciaux, de vente de brochure et que sais je encore… Autant dire que l’on redouble, le plus souvent, dans certaines facultés que faute de piston !
Cette affaire de réseau de corruption qui a fait son lit dans presque toutes nos universités ne doit pas se résumer à un simple manque de conscience des protagonistes. Son succès, sa nuisance ne sont en réalité que la démonstration d’un pays où on ‘est éloigné des valeurs éthiques les plus simples. Un pays où les voyous ont le vent en poupe et sont devenus des archétypes pour une jeunesse désorientée. Encore une fois, la question est là : peut-on redresser une école voire un pays avec celles et ceux qui continuent à la détruire ? Tout le problème de l’école malienne se ramène à cette question qui, pourtant, interpelle à plus d’un titre tous les acteurs de la planète scolaire malienne. Il s’agit de se la poser sans détours, sans acception de certaines considérations d’ordre social qui ont aujourd’hui forgé à ce pays un statut de bazar où le vrai et l’ivraie sont presque devenus inséparables. Il s’agit de se la poser en restant égal à soi-même, de la voir à l’aune des intérêts du pays coincé aujourd’hui dans une irrésolution plus forte qu’on ne le croit.
Cette question vaut également pour le brûlant dossier relatif à l’annulation de la décision d’intégration de 263 fonctionnaires à la fonction publique. Une décision que d’aucuns trouvent extrême et hors de propos. A ceux-ci, il serait digne de dire que cette manière de voir les choses est inacceptable, car revient clairement à se déclarer solidaire d’un comportement, d’une mentalité que nous n’avons de cesse de dénoncer et dont nous nous démarquons. Pour bâtir une nation, non pas avec du cendre, mais avec des murs solidement édifiés. Et il est vrai que pour cela, beaucoup de nos concitoyens, le paieront de leur place, de leur vie… Si nous aimons le pays dans lequel nous vivons, nous devons balayer ces travers, ces péchés, ces mensonges qui ont aujourd’hui eu un effet boomerang.
Boubacar Sangaré

Photo: Lassine Keïta, journal le Flambeau.

Photo: Lassine keita, journal le Flambeau.

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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  1. Le laisser aller a tout détruit au Mali donc plus rien ne m’étonne.Malheureusement nous étudiants sommes les victimes de ce cercle vicieux!