dans L'etudiant malien

La chronique de l’Etudiant malien: la loi et nécessité de la repenser

Il est vingt heures. Les agents de la gendarmerie tendent une embuscade, mettent à l’abri des regards la voiture de patrouille, indifférents fichtrement aux va-et-vient des piétons. Cependant, les motocyclistes sont la cible d’un contrôle rude et, peut-on vraiment l’affirmer, agaçant : rapide « bonsoir monsieur, la vignette de la moto et la carte d’identité s’il vous plaît ! ». Passent sans souci ceux qui ont leurs papiers en règle, tandis que ces « maliens racés »_ terme choisi par votre serviteur pour designer cette catégorie de citoyens qui se croient si intéressants que la loi_ sont conduits à la gendarmerie avec leur moto

Boubacar Sangaré, l’Etudiant malien

comme on conduit un bœuf de labour au champ, le plus souvent au bout de féroces échanges ou de négociations avortées pour une raison ou une autre.
Ainsi va la vie depuis bientôt deux à quatre mois à Kalaban… Sur un terrain de foot qui vient de subir le défoulement de tous ces jeunes rêvant qui d’être comme Messi, qui comme Iniesta, un agent de la patrouille, s’est retiré avec… une beauté. Ils se parlent dans le tuyau de l’oreille. Des propos qu’ils sont à entendre ! Et je vais bien me garder de dire que, selon la représentation populaire, la plupart des filles qui mordent au filet de la patrouille sont en gros employées à calmer le désir… N’est ce pas mes chers amis des forces de l’ordre ? Donc, chers lecteurs, je ne vous dirai pas cela ! Mais quand l’imbécilité est programmée dans un pays, cela veut dire ce que cela veut dire.
Oublions ces conduites fortes libres qui sont devenues l’apanage de certains agents de la patrouille et intéressons nous à la raison de la présence de tout ce monde dans la cours de la gendarmerie, au seuil de la nuit. Marmonnements, causeries bruyantes, insultes façon « moptitienne »_ ceux qui ont vu un vieillard insulter à Mopti me comprendront. Sous le hangar de fortune qui sert de lieu de sieste, un agent squatte une chaise et reçoit l’un après l’autre « ces maliens bien racés » qui viennent récupérer leur moto. Tout d’un coup, l’ambiance devient glaciale. « Mon ami, votre moto on ne va pas la manger. Donnez nous tout simplement la vignette c’est tout » J’allais piquer un fou rire avant de bouder mon plaisir en voyant l’agent taper du poing sur la table. Vous, crie-t-il à son interlocuteur, les militaires, policiers voire gendarmes… vous devez vous mettre au dessus de ça. Quand tout le monde vient accompagner d’un militaire, d’un policier… lorsque sa moto est saisie, comment voulez que nous fassions respecter la loi ?
Alors que le ton monte entre le gendarme et un policier venu plaider pour un de ces « maliens racés », j’échangeais quelques mots avec une dame. On parlait de cette gendarmerie vermoulue par la corruption, de ces agents peu motivés parce que mal payés_ peut-être, et des abus dont ils ne se privent jamais…
Elle m’a ensuite fait remarquer que l’agent a dit vrai, que la démarche de ses homologues policiers, gendarmes… est déplacée et absurde. Mais sa démonstration me laisse de marbre. Puis j’y ai adhéré en réfléchissant à une évidence qui dit qu’ici, un pays c’est le cousin, la nièce, le neveu, la tante, le tonton. Quand l’un d’entre eux transgresse la loi, on est obligé de faire bon cœur contre mauvaise fortune en les couvrant. C’est vrai, comme cela, on vide la loi de son sens, de son contenu. Et à bien des égards, la mise en bière des ces considérations sonnera l’heure du réveil de ce pays…
Boubacar Sangaré

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bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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