Livre: Chronologie d’une crise ou la fresque d’une odyssée malienne

Pour qui souhaite combler un vide documentaire sur les évènements qui ont jusqu’ici maintenu le peuple malien dans ce qu’on pourrait appeler ‘’une tragédie’’, il faut lire les livres qui constituent la collection ‘’Regards sur une crise’’. Le livre dont il est question dans cette chronique (1) en fait partie et contient, à mon sens, de quoi meubler l’esprit du lecteur tant malien qu’étranger sur les évènements majeurs qui se sont déroulés dans cette crise sécuritaire et institutionnelle. Son auteur, Assane Koné, journaliste au quotidien Le Républicain, a cherché à brosser un tableau de ces faits entre octobre 2011 et Août 2012.

D’abord, l’un des multiples intérêts du livre, c’est qu’il permet de constater la division qui régnait dans le giron de la classe politique malienne à propos de l’organisation des élections dans un pays menacé dans sa profondeur. On comprend tout simplement que seules quelques voix ont émergé de cette classe politique, adepte du consensus, pour indiquer leur désaccord avec l’organisation des élections qui ne pouvaient être qu’incertaines : « Il n’est pas certain que les élections aient lieu le 29 avril 2012. (…) pour la tenue d’élections libres et transparentes, il faut d’abord la paix. Le Mali compte 8 régions. Or, il se trouve malheureusement que 3 régions soient affectées par cette crise du Nord… Alors comment tenir une élection dans une partie du pays alors que l’autre est en crise ?», a déclaré Housseini Amion Guindo au cours d’une conférence de presse de la Convergence Pour le Développement du Mali(COPAM), le 27 janvier 2012, à une époque où le gros des formations politiques, peut-être plus démocratiques que la démocratie elle-même, appelaient à un respect du calendrier électoral. Il y a aussi le parti d’opposition Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI) qui s’est avancé jusqu’à réclamer la démission du président Touré et à demander au gouvernement de renoncer à l’organisation des élections.

Il faut aussi relever la persistance du Comité Internationale de la Croix-Rouge (CICR), avec ses chiffres alarmants sur le nombre des déplacés à cause du conflit et la crise alimentaire qui menaçait de suivre. Et l’on est aussi frappé par un constat qui est que les organisations internationales, continentales voire régionales ont dépensé un temps considérable dans les parlottes alors que les différents groupes armés se renforçaient, s’enracinaient et faisaient l’intéressant…

Le livre n’a rien d’une démarche critique, c’est pourquoi l’auteur ne livre pas d’analyses sur les différents évènements. Mais, les rares témoignages de certains acteurs de la crise, notamment Soumeïlou Boubèye Maïga, Mahamadou Issoufou, François Hollande… suffisent à tenir en haleine le lecteur. La rébellion label MNLA, la mutinerie qui a conduit au coup d’Etat, le contre-coup d’Etat, les arrestations massives des politiques et des militaires appartenant au régiment des bérets rouges, le massacre d’Aguelhoc : tous ces évènements restent des souvenirs qui s’imposeront à la conscience du malien à tout moment car, qu’on se le dise, ils sont la démonstration de la faiblesse et de la vacuité politique d’un Etat auquel nous appartenons. Bien sûr, ces évènements feront bientôt partie du passé, et, justement il est une vérité qui dit qu’il faut maîtriser le passé pour bâtir le futur. Maîtriser le passé, il s’agit là d’en tirer des leçons, des enseignements qui aideront à éviter les erreurs périlleuses qui ont mené à la situation que nous connaissons actuellement. Et, je le répète, le livre d’Assane Koné trouve une réponse à ce besoin.

Pour finir, on ne saurait perdre de vue cette interview accordée au journal ‘’Le Figaro’’ par le président Touré où il a dit ceci : «… Surarmé, le MNLA s’est jeté de manière unilatérale dans une guerre inutile » Une phrase à méditer à sa juste valeur. « On nous a imposé une guerre, il faut y aller ! »(2) Le Mali y est allé.

(1) Petit chrono d’une crise sécuritaire et institutionnelle, Assane Koné, Editions L’Harmattan/La Sahélienne.
(2) Moussa Mara, cité dans le livre.