dans L'etudiant malien

Pape noir-pape blanc: un débat creux

Le pape Benoît XVI célébrant une messe solennelle à l'occasion du 50ème anniversaire du décès de Pie XII - 09 octobre 2008, par Mangouste 35 (Wikimedia Commons)

Le pape Benoît XVI célébrant une messe solennelle à l’occasion du 50ème anniversaire du décès de Pie XII – 09 octobre 2008, par Mangouste 35 (Wikimedia Commons)

Il y a quelques semaines de cela, le chef de l’Église catholique, Benoît XVI, a annoncé urbi et orbi, au grand étonnement de tous, sa démission. Après avoir passé huit ans sur le trône du Vatican, celui dont le ministère a été agitée par nombre de scandales (prêtres pédophiles, trahison de son majordome, opposition au port du préservatif…) a cessé d’occuper son poste depuis le 28 février dernier.
Je ne m’avancerai pas jusqu’à émettre des jugements sur les raisons avancées par le Cardinal allemand Joseph Ratzinger à propos de sa démission. Mais depuis peu de temps, blogs, Internet et la presse sont empoisonnés par un débat sur une éventuelle élection d’un pape noir pour succéder à Benoît XVI à la tête de l’Église catholique. Un pape noir ! Disons-le tout de suite, j’ai enfourché une colère mêlée de rire lorsque j’ai entendu pérorer « des chercheurs de ce qui est racontable » – c’est-à-dire les journalistes et autres spécialistes des questions religieuses – sur ce sujet qui met encore aux prises le blanc et le noir. Et le fait est que ce débat n’est rien de moins que la vérification de l’incapacité du monde à échapper au schéma classique du blanc contre le noir, et, le plus souvent c’est l’accusation de racisme qui risque de suivre. Avec un tel débat creux, on se désole de constater que le monde en est encore à se cramponner à des considérations telles que raciales à propos de certaines questions qui n’ont rien à voir.
Il y a vraiment de quoi être déboussolé! Car voilà un monde où les digues de la justice, de la morale, de l’égalité et de la retenue sont en train de se casser. Voilà un monde où, l’homme étant ennemi de l’homme, le sadisme est devenu une norme. Voilà un monde qui cède devant la folie des terro-bandits, la peur d’une dégradation de la santé économique, la propension des puissances mondiales à vouloir maintenir le Tiers Monde dans sa situation défavorable. Face à toutes ces inquiétudes qui appellent une réflexion globale et intégrée, il n’y a vraiment pas lieu de réchauffer un débat aussi vieux que le monde, qui, de plus risque d’aggraver des plaies qui sont loin de se cicatriser.

Pour moi, certains confrères ont eu beau jeu de dire qu’un pape qu’il soit blanc ou noir reste un Pape ! Alors, pourquoi créer un problème là où il n’en existe pas ? Une amie chrétienne, catholique, m’a aussi demandé mon avis sur la possible nomination d’un pape noir et j’ai répondu, irrité, qu’un « imam qu’il soit blanc, noir…voire rouge a pour rôle de guider les fidèles. »

A ceux et celles qui se sentent choqués par cette analogie, je leur dis de rester zen. Mon propos était tout simplement de leur faire comprendre que c’est une question qui est en décalage par rapport à la conjoncture actuelle. Bonne chance à celui qui héritera de la lourde tache de diriger l’Église catholique !

Boubacar Sangaré

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bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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