A Dakar, si loin et si proche de Bamako

Le Sénégal, l’autre quartier latin de l’Afrique subsaharienne. Il partage avec le Bénin cette appellation depuis maintenant plusieurs années, et cela grâce surtout à la richesse de sa production littéraire. C’est-à-dire que, si on veut dire les choses simplement, il doit cette appellation à des hommes et femmes comme Leopold Sedard Senghor, Boubacar Boris Diop, Birago Diop, Abdoulaye Sadji, Sembène Ousmane, Ousmane Socé, Mariama Bâ,… qui ont, à travers leurs écrits, tiré vers le haut la littérature sénégalaise. Et comment oublier ce livre très polémique « Nations Nèges et Cultures » de Cheikh Anta Diop qui continue de susciter un concert d’indignations dans les milieux intellectuels, singulièrement occidentaux ? Mais tout cela est une autre histoire.

Tout admiré qu’il est aujourd’hui à travers les quatre coins du monde, le Sénégal, c’est aussi Dakar sa capitale, grande, qui ouvre ses bras à l’étranger qui n’hésite pas une seconde à s’y glisser comme dans son lit, ivre de curiosité. Autant vous le dire tout de suite, c’est la première fois que je foule le sol de Dakar, comme c’est le cas pour nombre de Mondoblogeurs. Et que vous dire d’autre, si ce n’est que Dakar est si proche de Bamako. La ville de Dakar, c’est d’abord celle de ces jeunes sur le scooter pour qui le respect des feux tricolores semble inexistant, donc pas besoin pour eux d’attendre que le feu passe au vert pour passer. Tous ceux qui étaient avec moi dans la voiture qui nous ramenaient de l’aéroport, le samedi dernier, n’ont pas pu ne pas s’en étonner. Heureusement, notre chauffeur avait une explication à ce phénomène : « C’est des gosses ; ils s’en foutent ! » Après qu’il eut dit cela, j’ai pensé à ces jeunes qui, à Bamako, tuyau d’évacuation de la moto « Djakarta » crevé, filent à tombeaux ouverts et se tapent pas mal des feux tricolores comme de leur dernière chemise.

 

la ville de Dakar (photo credit: Ali Badra Coulibaly

la ville de Dakar (photo credit: Ali Badra Coulibaly

Il y a aussi ces inscriptions sur les murs telles que « Cheikh T. Diakhaté nous t’avons à l’œil »,« Liberez N’dèye Khady N’diaye » Wade our president 2012 ». Ensuite viennent les transports en commun qui, à en croire un Mondoblogeur dakarois, sont appelés «« N’diaga N’diaye », « Tata «  ou « Bus rapide ». A Bamako, on les appelle les « Sotrama », et l’auteur de ces lignes ne résistent pas à livrer ce constat : les « sotrama » qui sont aux bamakois ce que sont les « bus rapide », les « N’degue N’diaye » aux dakarois, n’ont jamais été un symbole de confort. Ils ne valent pas plus qu’une bétaillère , et sont caractérisés par la promiscuité.

Il y a une année de cela, le pouvoir a changé de main dans ce pays. Macky Sall est président depuis le 25 mars 2012, jour où il a gagné les élections et est devenu le quatrième président du Sénégal. Vote sanction contre Abdoulaye Wade et les dignitaires du régime déchu. Mais un an après, l’impatience se lit sur le visage des sénégalais. La déception aussi. Donnons la parole à un jeune, qui a voté Macky Sall : « Je vis à Dakar depuis 2000 mais je viens de Kaolack. J’ai voté Macky Sall au premier et au second tour. Aujourd’hui, je suis déçu. Les politiciens sont les mêmes. C’est des blagueurs ! » A la périphérie de cette manière de voir, un journaliste estime que « Les Sénégalais sont impatients. Le pouvoir d’achat n’a pas baissé, l’électricité est chère. Mais, il y a eu une baisse de la fiscalité sur les salaires, ce qui fait que moi, journaliste, dors tranquillement. Aussi, il (Macky Sall) ne parle même plus d’une de ses plus grandes promesses, celle de réduire le mandat et les pouvoirs du président. »

Dakar, comme n’importe quelle capitale africaine, est une ville des inégalités, où à côté des quartiers huppés s’étendent des concessions aux murs ‘’fatigués’’ dont la seule vue font craindre un effondrement prochain. Et ces enfants qui, pieds nus, sébile suspendue au côte s’adonnent à la mendicité. Des femmes, vieilles ou non, qui tendent la main à tout passant, l’étranger  compris. Pourtant, la lutte contre la pauvreté est devenue un sport international. Tous les pays la pratique, mais la pauvreté est toujours là et semble  invincible.

Dakar, une ville, la mer, un port.
Le froid est là.
Et le vent aussi.
Voir Dakar et mourir…
Le long des routes, des immeubles poussent comme des champignons. Signe de la croissance économique ? Ce n’est pas l’avis d’un confrère dakarois qui estime que c’est plutôt la preuve d’une croissance démographique. A le croire, Dakar n’est pas plus grand que Bamako. Le fait est que, précise-t-il, le Sénégal a injecté beaucoup d’argents dans la construction des infrastructures, surtout routières. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais, je dois aussi ajouter que les routes de Dakar sont aussi compliquées à comprendre qu’une opération de mathématiques !
Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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