Tuerie à Londres : Mohamed Merah, saison II

 

L'un des deux tueurs de Woolich, photo-credit: Quoi de News

L’un des deux tueurs de Woolich, photo-credit: Quoi de News

Le mercredi 22 mai dernier, une rue de Londres a été le théâtre du meurtre d’un soldat. Michael Adebolajo, 28 ans, d’origine nigériane et qui s’est reconverti à l’islam radical, et Michael Adebowala, 32 ans, ont tué à la machette et au hachoir le militaire anglais, Lee Rigby, en chevrotant, selon des temoins, des « Allah Akbar ». « La tuerie de Woolich est profondement choquante. J’ai demandé au Ministre de teinturerie d’organiser une réunion du comité de crise… », a écrit le Premier ministre britannique, David Cameron, sur son compte Twitter.

Oui, autant le dire tout de suite, ce qui s’est passé à Woolich fait mourir de colère et de honte, qu’on soit musulman, chrétien ou païen, d’autant que rien, mais absolument rien, ne peut justifier un meurtre. Tout ce que je peux dire, c’est que cette tuerie relève simplement d’une aberration, qu’il faut faire recours à la psychiatrie pour peut-être trouver une tentative d’explication. Si c’était dans un film, le titre serait ‘’Mohamed Merah, saison II’’, car il est impossible de ne pas faire une comparaison avec ce qui s’est passé il y a un an à Toulouse et à Montauban, où Mohamed Merah, un français d’origine algérienne, de confession musulmane, se réclamant d’Al-Qaïda, s’est rendu coupable de meurtres en prétendant venger les musulmans de Palestine et d’Afghanistan. Et puis, comme Mohamed Merah, Michael Adebolajo et son complice, n’ont rien fait pour éviter d’être filmés. Mais le plus grave, c’est qu’ils disent avoir commis ce forfait pour venger « des musulmans qui meurent chaque jour… ». Et que dire lorsqu’un imam- un taré et un idiot du même calibre que Merah et Anders Breivik- salue ce meurtre. Il s’agit d’Omar Bakri, chef du mouvement islamiste britannique interdit, Al Mouhajiroun, et qui vit au Liban depuis 2005 après son bannissement de la Grande Bretagne.

Comme nombre d’amis, pas tous des musulmans, je dois dire que quand un meurtre est commis par un musulman ou supposé tel, qu’ils le veuillent ou non tous les musulmans partagent la responsabilité, car on parlera d’eux comme s’ils étaient complices et ils tenteront en vain de se justifier. Ils seront malheureux et auront honte. Et dans le même temps, partout ou presque dans le monde, les vannes fusent et les flots islamophobes commencent à se déverser sur la tête des musulmans, l’immense majorité comprise qui se bat pourtant nuit et jour pour un islam pur de tout extrémisme, dans lequel les ultras n’auront pas voix au chapitre. Une immense majorité qui ne cesse de faire entendre que l’islamisme radical tue l’islam et qu’il constitue un ennemi numéro un à combattre ensemble. A dire vrai, ce qui s’est passé à Woolich ne va rien arranger, ni personne hormis ceux qui sont pour une instrumentalisation de l’islam. Michael Adebolajo a fait du mal à tous les anglais, mais cela ne doit pas permettre à certains commentateurs de traduire son acte odieux comme une haine que certains Noirs éprouveraient à l’égard des Blancs à cause de l’esclavage et de la colonisation. Non, les discours de cette sorte, comme je l’ai toujours écrit, démontrent tout simplement l’incapacité du monde à sortir du schéma classique du blanc contre le noir.
Parlant de l’esclavage, les Arabes aussi sont passés par là, bien avant les occidentaux ; ils ont mis en esclavage des millions d’êtres et ont même été les plus grands colonisateurs de l’histoire du monde. Ce qu’il faut dire en revanche, c’est que l’islamisme radical est une marée qui est à deux doigts d’engloutir tout le monde, les musulmans compris.

Les confidences d’un élève de l’Institut de Formation des Maîtres de K…

C’était il y a deux jours, à Kalaban-Coro, chez moi. Un soleil méchant s’était installé au dessus de la ville, signe avant-coureur des instants de chaleur insupportable. J’occupais une chaise; à côté de moi se trouvait un banc couvert de livres et d’anciens numéros du mensuel Le Monde diplomatique qui remontent à 1992.

Dans le numéro de juillet 1992, Ignacio Ramonet, alors directeur, s’ intéresse dans son éditorial ‘’L’Algérie à la dérive’’à la tension sociopolitique dans laquelle a basculé ce pays. En janvier 1992, l’armée a forcé le président Chadli Benjedid à démissionner, et a interrompu les élections législatives pour refuser l’indiscutable victoire du Front Islamique du Salut (F.I.S). Ce que le journaliste et essayiste Akram Belkaïd a appelé dans ‘’Un regard calme sur l’Algerie’’ une extinction des lumières. Ensuite, le 29 juin 1992, à Annaba, le président Mohamed Boudiaf a été assassiné.

« Le F.I.S, écrit Ignacio Ramonet, n’est pas le résultat d’une quelconque fièvre mystique qui aurait soudainement saisi la population. Comme dans le reste du Maghreb, où menace l’explosion sociale, les islamistes proposent à des citoyens mécontents, qui se sentent abandonnés, trompés et trahis par l’Etat, une revanche sur les profiteurs du régime, et un projet de société plus fraternelle, débarrassée de la corruption. »

A méditer par les ténors politiques maliens (et le Sénégal aussi !) dont la voix ne pèse plus lourd face à celle de certains dignitaires religieux qui semblent tenir en laisse une grosse partie de l’opinion publique nationale.

Fermons cette parenthèse et parlons de ce qui faisait l’objet de l’échange que j’ai eu avec Alassane, un ami étudiant, qui a décrocher de la Faculté pour se rabattre sur l’Institut de Formation des Maîtres, d’où il sortira avec un diplôme d’enseignant au secondaire.
Échanges chaleureux de poignée de main, rires désintéresses et ensuite s’engage la discussion. Je lui ai expliqué qu’à la Faculté, la situation est en passe de raser l’insoutenable. Cinq mois sans trousseaux ni bourse, les frais de transport qui ont augmenté et ces déclarations révulsives des Étudiants, déclarations selon lesquelles il est hors de question de redoubler tant que l’administration demeure un caravansérail d’opportunistes de tout poil, de corrompus notoires et de tocards.

« Ça fait deux ans que je suis à l’I.F.M, a-t-il dit en fixant le sol. Et je suis au regret de te dire que c’est du pareil au même. Les professeurs ne sont pas fidèles à leur poste, les programmes ne sont pas achevés, une administration irresponsable. Le nouveau directeur est ami avec nombre de professeurs de l’Institut, ce qui fait que ceux-ci refusent de rentrer parfois en classe pendant les heures de cours et font le ‘’grin’’ (groupe informel de discussion) avec le directeur lui-même. »

Voilà qui vient donner du poids à un point de vue que j’avance dans les débats entre étudiants. C’est-à-dire qu’après le D.E.F ou le baccalauréat, l’élève au Mali est obligé de choisir entre la peste et le choléra. S’inscrire dans un lycée après le D.E.F, entrer à la fac après le bac ou passer le concours d’entrée à l’I.F.M revient tout simplement à faire le choix entre la peste et le choléra. Les réalités ne sont pas différentes les unes des autres. Pour y vivre heureux, il faut épouser les sales mentalités. J’ai compris sa déception.

« Mais, ça m’est égal, qu’ils aillent tous se faire pendre ailleurs. Ce qui m’a le plus fâché, c’est mon dernier jour de surveillance dans une classe de 8eme année de l’école fondamentale du cercle de K… Ce jour-là, les élèves devaient composer en physique-chimie pour le troisième trimestre. D’abord, le sujet que nous devions porter au tableau était parsemé de fautes, puis peu de temps après, le professeur titulaire est rentré en classe et s’est mis à expliquer le sujet qu’il dit avoir traité avec les mêmes élèves. Le plus grave, c’est qu’il s’est permis de donner le corrigé du sujet à une élève qui serait sa fiancée. Nous avions, mon collègue Fodé et moi, les yeux obscurcis par la colère. Lorsque nous avions rapporté ces faits au directeur de l’école, il n’a rien dit. Nous n’avons pas voulu en faire un problème, puisque c’était notre dernier jour de surveillance. Et c’est comme cela dans toutes les écoles de K… : copinage, amitié, favoritisme… »

Tout ce qu’a dit Alassane est tout sauf anecdotique. Il a pointé la défaillance des acteurs majeurs d’un secteur névralgique du pays- le secteur éducatif- qui va à la dérive. Ce qui fait le plus mal, c’est que les cris de colère et de déception sont étouffés par les discours folkloriques que les autorités nous servent sur les radios et télévision. Mais quand ces cris éclateront, bien des masques vont tomber.
Boubacar Sangaré

Liebster Blog Award, quand tu nous tiens !

Boubacar

Boubacar, à Dakar. photo-credit: Boubacar

Mondoblog oblige, mon tour est arrivé de monter à bord de la grande pirogue de Liebster Blog Award avant qu’elle n’arrive à destination. Je dois avouer que, franchement, il ne m’a pas été facile de savoir de quoi il retournait et c’est pourquoi ai-je pris explications auprès de nombre de confrères qui- qu’ils en soient remerciés- ont mis du plaisir à m’orienter. A ce sujet, j’ai une pensée émue pour Mylène Colmar, Mamady Keïta, Sara et Emile Bela… qui m’ont fait l’honneur de choisir mon blog L’Etudiant Malien parmi leurs 11 blogs préférés.
Oui, bien entendu, les risques de contagion du phénomène Liebster Blog Award sont importants, et j’ai bien du mal à deviner celui qui sera épargné. Liebster Blog Award, c’est, à mon sens, la traduction d’une envie longtemps réprimée des Mondoblogueurs de pénétrer peut-être l’intimité des uns et des autres et même au-delà. La voie est libre à celui qui veut démentir !
Passons donc à l’attaque. L’exercice, comme chacun le sait, consiste à dire 11 choses sur moi, à répondre aux 11 questions de la (des) personne (s) qui m’ont nominé et à en poser 11 à mes 11 blogs préférés.
Avant d’aller loin, je dois préciser que je vais observer une règle que j’ai apprise à la faveur de la lecture de la postface du roman L’Etrange Destin de Wangrin d’Amadou Hampaté Bâ (j’étais au lycée à l’époque). La règle dit que dans la bienséance africaine traditionnelle, « l’élégance consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et, au contraire, à se rabaisser, à s’attribuer les pires défauts. » Selon l’adage, poursuit Hampaté Bâ: « L’homme n’est pas bon dans sa propre bouche ». Autrement dit : il n’est pas de bon goût que l’homme parle en bien de lui-même.

image Wangrin

 

image de couverture de Hampaté Bâ.Photo-credit: Decrite

11 faits sur moi
1- Je suis d’une timidité maladive
2- Je n’ai jamais aimé mais j’ai apprecié une fois
3- Je n’ai jamais dansé
4- Je n’aime pas porter des jugements sur le comportement des autres car, dit Wangrin, l’homme « c’est la bête qui ne se croit pas bête, alors qu’elle paît nuit et jour dans la prairie des betises.
– C’est l’être qui s’aime si bien qu’il ne sent pas sa propre mauvaise odeur, alors qu’il repugne à la moindre odeur chez les autres.
– C’est un être faible et tendre pour lui-même et dur et feroce pour les autres. » (L’Etrange destin de Wangrin, Amadou H. Bâ)
5- Je ne fume pas
6- Je ne bois pas
7- Je joue au football mais je ne supporte pas le Barça
8- Je n’aime pas être trop serieux, car Tierno Bokar a dit à Hampaté Bâ que « toujours trop serieux n’est pas serieux… »
9- Je n’ai jamais été dans une boite de nuit
10- Tout le monde, dans ma famille, ignore le jour et le mois où je suis né
11- J’aime le silence
Mes reponses aux questions de Mylène Colmar, Sara, Mamady Keïta et Emile Bela
1- Quelle est votre ville préférée ? (Mylène et Mamady)
Tombouctou
2- Quel moment honteux de votre vie oseriez-vous nous raconter ? (Mylène)
C’est le jour où mon père m’a administré une correction memorable dans la cour de l’ecole. J’étais en première année et séchais en permanence les cours. J’étais là tout honteux, devant les enseignants et les élèves.
3- Quelle série télévisée a marqué votre jeunesse ? (Mylène)
Marimar
4- A quel âge aimeriez-vous mourir ? Pourquoi ? (Emile)
J’aimerais mourir dans la cinquantaine. Parce que, pour moi, le monde n’est qu’une demeure temporaire, donc il ne sert pas à grand-chose de vouloir y rester longtemps. D’ailleurs, toute vie est un jour appelée à ne plus vivre !
5- Comment avez-vous choisi votre titre de blog ? (Mylène)
J’ai choisi le titre de mon blog en me referant à une chronique hebdomadaire que publie dans La Nouvelle Patrie et Le Flambeau intitulée La Chronique de L’Etudiant.
6- Croyez-vous en la fin du monde ? (Mylène)
Oui, je crois en la fin du monde.
7- Que considérez-vous comme votre plus grand defaut ? (Mamady)
Mon plus grand defaut est que je suis un jeune homme renfermé.
8- Quel message voudrais-tu passer aux tunisiens ? (Sara)
A propos de la Tunisie, il n’est pas rare d’entendre des confrères parler d’un echec du Printemps arabe, au constat que les elections ont porté au pouvoir les Islamistes d’Ennahda qui veulent maintenir les mentalités dans la regression. Dans l’Avant Propos de son recent essai Etre Arabe Aujourd’hui, Akram Belkaïd écrit ceci : « Mais, aujourd’hui, une nouvelle ère commence : Tunisiens, Égyptiens mais aussi Libyens, Bahreïnis, Syriens, Algériens, Jordaniens, Yéménites ou Marocains savent que la liberté n’est plus une chimère. Même si elle est lointaine, ou encore difficile à atteindre, elle n’est plus recouverte par les brumes opaques de la résignation et de cette haine de soi que fait naître la dictature chez tout être humain. Le Printemps arabe ne fait que commencer et son champ des possibles est immense. Bien sûr, les tyrans qui sont encore au pouvoir vont exercer davantage de violence et commettre bien des horreurs pour ne pas être emportés par le vent de l’Histoire. Bien sûr, il y aura des régressions, des guerres civiles et des coups d’État militaires. Mais il est des défaites qui préparent la victoire. Proclamer dès à présent, avec dépit et résignation, l’échec du Printemps arabe est tout simplement prématuré, comme l’a si bien écrit le journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud.
« Les balles franquistes qui tuèrent Federico Garcia Lorca le 19 août 1936 près de Grenade n’ont jamais fait taire ses poèmes… Les tracts-lys qui furent distribués hier à Tunis ou au Caire ou le sont encore aujourd’hui, de Benghazi à Damas en passant par Sanaa, auront la même fonction (fécondatrice) que le Canto jondo (chant profond) andalou de Lorca. Ils habitent désormais la conscience du monde et nous interdisent de parler d’échec ou de “reprise en main”. »
9- Quelle est votre citation préférée ? (Mamady)
« Tout Soleil connaitre un coucher… », aimait à dire Wangrin.
10- Que préférez-vous : écrire ou compter ? (Mylène)
Je préfère ecrire.
11- Quel sujet n’abordez-vous jamais sur votre blog ? (Mylène)
L’homosexualité.

Mes 11 blogs préférés
1- Fasokan, le blog de Boukary Kanouté
2- Les Nouvelles du Mali, le blog de Faty
3- Femme caribéenne, créole, le blog de Axelle
4- Montrealanyways, le blog de Nicolas Dagenais, qui parle de tout et de rien
5- Politique 101, le blog de Daye Diallo, le politologue de la maison
6- Ma guinée plurielle, le blog d’Alimou Sow
7- Le bruit du Silence, le blog d’Aphtal Cissé
8- Generation Berlin, le blog de Manon Heugel
9- Eg si lène ak diam!!!, le blog d’Ameth Dia
10- Kamer Konossa, le blog de Florian N’gimbiss
11- Entre  Medina et  belle etoile, le blog de pascaline

Mes 11 questions
1- Vous croyez au destin ?
2- Que pensez-vous de la mondialisation
3- Vous pensez à quoi en ce moment ?
4- Quelle est, selon vous, la ville la plus connue du Mali, plus connue que le pays même ?
5- Êtes-vous superstitieux ?
6- Quel est votre livre préféré ?
7- Pensez-vous que la démocratie est une panacée ?
8- Pourquoi aimez-vous le voyage ?
9- Quelle est votre citation préférée ?
10- Vous aimez danser ?
11- Que pensez-vous de Facebook ?

Voilà, all is well that ends well!

Boubacar Sangaré

MNLA : La haine de soi et des autres !

Entrée à Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l'Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l’Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

C’est une affaire qui n’est toujours pas réglée. Le Mouvement National de Liberation de l’Azawad (MNLA), dont la présence à Kidal a troublé plus d’un dans l’opinion publique nationale, a toujours une araignée au plafond du fait de sa détermination révoltante à ne pas caler, c’est-à-dire que le mouvement entend garder le cap dans sa haine de soi et des autres.

A propos du MNLA, il est important de relever un premier fait. Le mouvement a presque épuisé sa capacité de communication et d’imagination en servant sur une assiette dorée ses mensonges les plus aberrants à une opinion publique internationale, à des pseudo-spécialistes du Mali (d’ailleurs quel crédit accorder à un spécialiste du Mali incapable de parler bambara et qui ne voit les réalités de ce pays qu’à travers la fenêtre de son bureau parisien ?) et que sais-je encore qui n’ont pas résisté à céder trop vite à la facilité, et donc se sont mis à prendre la défense d’une brochette de fripouilles engagée sur le chemin du marigot sécessionniste. Des arguments anémiques ont été avancés pour justifier cette rébellion, mais dans le même temps on mettait sous le boisseau la responsabilité énorme que le mouvement a jouée dans l’effondrement d’un Etat que l’on chargeait de tous les maux et dont on disait surtout qu’il est coupable d’avoir maintenu le Nord du mali, surtout Kidal, dans le sous-développement. C’est cela qui a donné, on imagine sans mal, plus de motivation aux ‘’Messies’’ azawadiens de l’Azawad !

« Azawadiens, Azawad ? Moi, connais pas ! », serait-on tenté de répondre.

Pourquoi se créer une autre identité ?  Pourquoi s’entêter à vouloir créer un Etat dans un Etat ? Et qu’est ce que c’est que ce choix du « ni-ni » : ni élections à Kidal, ni désarmement sans négociation avec les autorités maliennes de transition ?

On sait que les appels à négocier avec des groupes rebelles comme le MNLA et le Mouvement Islamique de l’Azawad (MIA) se font de plus en plus insistants, comme ce fut le cas très récemment  avec l’Organisation Internationale de la Cooperation Islamique (OCI) qui juge indispensable le dialogue avec ces gangsters pour une réconciliation nationale. Un discours de déjà vu, et qui n’apporte sincèrement pas de réponse au point nodal de la situation malienne : que faire de ces groupes armés qui, sourds comme un pot, opposent une fin de non recevoir à la demande de désarmer des autorités maliennes ? L’une des réponses à cette question peut sortir de la lecture d’un essai d’Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni _  Debout sur les remparts ! Sauvons le Mali(*) _ dans lequel il aborde sans complaisance la question de cette rebellion. « Au Mali, ecrit-il, il y a de nombreuses ethnies :Sonrhaï, Dogon, Toucouleur, Touareg, Dafihng, Bamanan, Minianka, Arabe, Senoufo, Bwa, Shema, Maures, Mossi, Diakanté, Soninké, Mandeka, Khasonké, Kakolo, Bellah, Bozo, Somono, Samogo, Gana, Peulh, Koulé, Yarga, Haoussa, Djerma, Marabaga, Diogoromé, etc. Depuis 1960, quelle ethnie ou tribu Noire a pris les armes contre les autres pour quelque revendication que ce soit ? C’est seulement parmi les touaregs que se sont formés des groupes qui ont osé prendre les armes contre le pays entier. Et pas qu’une fois. Une fois en 1963, une autre fois en 1989, une troisième fois en 1996, encore en 2006 et cette fois-ci en 2012. Chaque fois, tout le reste du Mali ne fait que les subir, alors qu’ils sont minoritaires même au sein de leur propre communauté qui, elle-même, est entièrement prise en charge par le travail des autres maliens.

« Comment s’étonner alors, que le peuple souverain y compris les touaregs patriotes qui sont majoritaires, réagissent fermement ? »

De plus, en réponse à ce qu’on pourrait appeler le crétinisme du MNLA à savoir le refus de désarmer sans négociations avec Bamako, l’essayiste relève qu’ « Il n’y a pas d’autre alternative. Quel pouvoir légitime accepte que des groupuscules terroristes sévissent librement sur son territoire au nom de quel principe de droit de l’homme ? Comment se passent les choses : en France avec les Corses, en Espagne avec les Basques, en Colombie avec les FARC ? Le Mali se défend et défend les mêmes valeurs que les pays où résident les donneurs de leçons au mépris de la dignité et de la souveraineté de notre peuple… Les problèmes qu’affrontent les régions Nord du Mali ne sauraient être réduits à un simple exercice d’approfondissement de la démocratie par la voie d’une décentralisation administrative et politique. » A l’en croire, la solution à la question de la rébellion est simple et il suffit de s’en tenir à ce qui est dit dans l’hymne national :

« Si l’ennemi découvre son front/ Au-dedans ou au dehors/ Debout sur les remparts/ Nous sommes résolus de mourir…»

Négocier avec le MNLA ou quelque mouvement que ce soit n’est pas, on l’a compris, une exigence à laquelle les autorités maliennes de transition doivent se soumettre, surtout lorsque l’on sait que les indépendantistes targui refusent de désarmer au détriment d’une cause nationale qui a été agitée : la défense de l’intégrité territoriale ! Ah, la haine de soi ! La haine de soi qui caractérise l’attitude des gangsters du MNLA se traduit par leur refus d’être considérés comme des Maliens mais plutôt des Azawadiens (… ?) et, surtout, la folle ambition qui les motive à demander l’autonomie au nom d’une communauté qui ne les reconnait même pas. Pourquoi se séparer d’un peuple qui vit dans une parfaite harmonie ? Mais, on est soulagé rien qu’en pensant que la haine des autres est aussi celle de soi ! Et malheureusement le MNLA a franchi la cote d’alerte il y a belle lurette. Il est allé loin dans le cretinisme pour se ressaisir, c’est pourquoi joue –t-il à quitte ou double.

Boubacar Sangaré  

Qu’on se le dise, l’Etudiant malien n’est pas ce qu’on pense !

Université des sciences juridiques et Politiques (photo-credit: Le Flambeau)

Université des sciences juridiques et Politiques (photo-credit: Le Flambeau)

Oui, je sais, encore l’enseignement supérieur, mais, peut-on faire autrement ? Surtout lorsque dans les Universités et à l’Ecole Normale Supérieure du pays, cela fera bientôt cinq mois que les étudiants n’ont perçu ni les trousseaux ni la bourse. A ceux et celles qui se poseront la question de savoir ce que c’est que le trousseau, il s’agit d’une somme allouée à tous les étudiants réguliers de la première année à la maîtrise. Il est octroyé en début d’année afin que les étudiants puissent se payer les outils fondamentaux pour démarrer les cours.

Entendons-nous bien, le but poursuivi dans ce billet n’est pas de prendre la défense de l’Etudiant malien, lequel doit aujourd’hui verser des larmes qui n’accusent que lui-même tant son inconscience a été immense devant une situation qui ne pouvait entraîner que son péril. C’est lui qui, idiot contemporain, paye pour passer à la classe supérieure, use de sa beauté pour taper dans l’œil du professeur – comprenne qui pourra, participe à des cours spéciaux dans le seul but de découvrir le sujet que le professeur -qui organise le cours !- a choisi pour l’examen de fin d’année, accepte sans broncher d’acheter la brochure (l’achat de la brochure est une garantie de la moyenne dans la discipline concernée, une pratique qui n’attend que d’être légalisée dans une université connue comme le coup blanc dans le pays …) que le professeur a concoctée pour se faire de l’argent… Je n’ai nulle intention de défendre l’Etudiant malien.
Mais, il faut dire que la diabolisation dont il est la cible cache une réalité autre qu’on n’evoque pas assez. Hier, en  rentrant de la Faculté, j’ai payé le quotidien Les Echos et lu à La une ceci : « Universités de Bamako : cinq mois sans bourses ni trousseaux ». Il fallait bien que la presse locale s’interesse à cette situation qui devient quasi intenable pour les Etudiants, paumés et aux abois. Cinq mois sans bourse ni trousseaux. Cinq mois, ce n’est pas cinq jours encore moins cinq semaines ! Le lecteur demandera : qui est ce qui explique cela ? La faute à Ecobank, si l’on en croit les témoignages de quelques étudiants recueillis par Les Echos. C’est-à-dire que cela fera bientôt trois ans que cette banque s’est proposée d’heberger les comptes de tous les étudiants du Mali. Résultat : et la banque, et les Etudiants baignent dans un océan de difficultés, à telle enseigne que la banque s’est désolée l’année dernière d’avoir perdu 4 pour cent de sa clientèle à cause des interminables files d’étudiants devant les guichets automatiques, tandis que les Etudiants, eux, sont en permanence en butte à des restrictions de cartes aux comptes dormants, les pertes de cartes bancaires, les comptes doubles et le retard dans le paiement des trousseaux et bourses…
Et aujourd’hui, sur les campus, le mur de la galère s’est d’ores et déjà dressé, jetant dans l’inconfort les Etudiants qui, loin des parents laissés au village, se voient dans l’obligation de fréquenter les marchés…pour survivre. La conséquence a été que les amphis s’en trouvent déserts  au grand dam de certains professeurs.
Il fut effectivement un temps où la méthode de revendication en honneur chez les Etudiants consistait à faire des grèves repetitives. Mais depuis quelques années le syndicat étudiant, représenté par l’AEEM, a révisé cette méthode en prônant celle de « revendiquer en restant en classe ! », dont l’efficacité prête à la polémique et à laquelle le comité AEEM de certaines Universités peinent à s’en tenir.

On l’aura compris, nous autres Etudiants maliens avons la réputation entachée. Mais, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que nous sommes la preuve la plus vivante d’une société dans laquelle ce qu’on appelle « démocratie » n’a profité qu’aux élites politiques et intellectuelles. Nous sommes les grands perdants de la démocratie! Qui peut, d’ailleurs, trouver meilleure justification à l’absence d’une bibliothèque digne de ce nom dans les Facultés, au manque d’enseignants et de salles de classe qui y sévit comme un feu de brousse sous l’harmattan? L’Etudiant malien est celui qui s’endette jusqu’au cou, en attendant la bourse, pour vivre, payer la chambre ( pour ceux qui vivent sur le campus), le transport pour se rendre à la fac. Il y en a aussi qui font des commerces de téléphones portables d’occasion, de P.C, de clé USB et que sais-je-encore… Vivre au jour le jour! Pauvres Etudiants maliens.

Boubacar Sangaré