Qu’on se le dise, l’Etudiant malien n’est pas ce qu’on pense !

Université des sciences juridiques et Politiques (photo-credit: Le Flambeau)

Université des sciences juridiques et Politiques (photo-credit: Le Flambeau)

Oui, je sais, encore l’enseignement supérieur, mais, peut-on faire autrement ? Surtout lorsque dans les Universités et à l’Ecole Normale Supérieure du pays, cela fera bientôt cinq mois que les étudiants n’ont perçu ni les trousseaux ni la bourse. A ceux et celles qui se poseront la question de savoir ce que c’est que le trousseau, il s’agit d’une somme allouée à tous les étudiants réguliers de la première année à la maîtrise. Il est octroyé en début d’année afin que les étudiants puissent se payer les outils fondamentaux pour démarrer les cours.

Entendons-nous bien, le but poursuivi dans ce billet n’est pas de prendre la défense de l’Etudiant malien, lequel doit aujourd’hui verser des larmes qui n’accusent que lui-même tant son inconscience a été immense devant une situation qui ne pouvait entraîner que son péril. C’est lui qui, idiot contemporain, paye pour passer à la classe supérieure, use de sa beauté pour taper dans l’œil du professeur – comprenne qui pourra, participe à des cours spéciaux dans le seul but de découvrir le sujet que le professeur -qui organise le cours !- a choisi pour l’examen de fin d’année, accepte sans broncher d’acheter la brochure (l’achat de la brochure est une garantie de la moyenne dans la discipline concernée, une pratique qui n’attend que d’être légalisée dans une université connue comme le coup blanc dans le pays …) que le professeur a concoctée pour se faire de l’argent… Je n’ai nulle intention de défendre l’Etudiant malien.
Mais, il faut dire que la diabolisation dont il est la cible cache une réalité autre qu’on n’evoque pas assez. Hier, en  rentrant de la Faculté, j’ai payé le quotidien Les Echos et lu à La une ceci : « Universités de Bamako : cinq mois sans bourses ni trousseaux ». Il fallait bien que la presse locale s’interesse à cette situation qui devient quasi intenable pour les Etudiants, paumés et aux abois. Cinq mois sans bourse ni trousseaux. Cinq mois, ce n’est pas cinq jours encore moins cinq semaines ! Le lecteur demandera : qui est ce qui explique cela ? La faute à Ecobank, si l’on en croit les témoignages de quelques étudiants recueillis par Les Echos. C’est-à-dire que cela fera bientôt trois ans que cette banque s’est proposée d’heberger les comptes de tous les étudiants du Mali. Résultat : et la banque, et les Etudiants baignent dans un océan de difficultés, à telle enseigne que la banque s’est désolée l’année dernière d’avoir perdu 4 pour cent de sa clientèle à cause des interminables files d’étudiants devant les guichets automatiques, tandis que les Etudiants, eux, sont en permanence en butte à des restrictions de cartes aux comptes dormants, les pertes de cartes bancaires, les comptes doubles et le retard dans le paiement des trousseaux et bourses…
Et aujourd’hui, sur les campus, le mur de la galère s’est d’ores et déjà dressé, jetant dans l’inconfort les Etudiants qui, loin des parents laissés au village, se voient dans l’obligation de fréquenter les marchés…pour survivre. La conséquence a été que les amphis s’en trouvent déserts  au grand dam de certains professeurs.
Il fut effectivement un temps où la méthode de revendication en honneur chez les Etudiants consistait à faire des grèves repetitives. Mais depuis quelques années le syndicat étudiant, représenté par l’AEEM, a révisé cette méthode en prônant celle de « revendiquer en restant en classe ! », dont l’efficacité prête à la polémique et à laquelle le comité AEEM de certaines Universités peinent à s’en tenir.

On l’aura compris, nous autres Etudiants maliens avons la réputation entachée. Mais, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que nous sommes la preuve la plus vivante d’une société dans laquelle ce qu’on appelle « démocratie » n’a profité qu’aux élites politiques et intellectuelles. Nous sommes les grands perdants de la démocratie! Qui peut, d’ailleurs, trouver meilleure justification à l’absence d’une bibliothèque digne de ce nom dans les Facultés, au manque d’enseignants et de salles de classe qui y sévit comme un feu de brousse sous l’harmattan? L’Etudiant malien est celui qui s’endette jusqu’au cou, en attendant la bourse, pour vivre, payer la chambre ( pour ceux qui vivent sur le campus), le transport pour se rendre à la fac. Il y en a aussi qui font des commerces de téléphones portables d’occasion, de P.C, de clé USB et que sais-je-encore… Vivre au jour le jour! Pauvres Etudiants maliens.

Boubacar Sangaré

The following two tabs change content below.
bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
bouba68

Derniers articles parbouba68 (voir tous)

6 réflexions sur “Qu’on se le dise, l’Etudiant malien n’est pas ce qu’on pense !

  1. Vraiment, face à tant d’absurdités, de procédés honteux, de faits tristes, que dire ? Dénonciation de cette situation qui perdure depuis bien trop longtemps indispensable et courageuse.

  2. Bouba, cher ami, moi j’ai ri en te lisant! J’ai ri car, loin de tourner en ridicule votre situation, ce qui se passe à Lomé actuellement est plus grave!
    Ici, les étudiants se sont tapés 7 mois, sans rien prendre; ni la bourse, ni la prime d’équipement (votre trousseau)
    Pas plus tard que cette semaine, il y a eu grève, avec marche de protestation dirigée sur la Primature. C’est à croire qu’il y a un véritable complot contre la jeunesse africaine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *