dans L'etudiant malien

MNLA : La haine de soi et des autres !

Entrée à Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l'Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l’Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

C’est une affaire qui n’est toujours pas réglée. Le Mouvement National de Liberation de l’Azawad (MNLA), dont la présence à Kidal a troublé plus d’un dans l’opinion publique nationale, a toujours une araignée au plafond du fait de sa détermination révoltante à ne pas caler, c’est-à-dire que le mouvement entend garder le cap dans sa haine de soi et des autres.

A propos du MNLA, il est important de relever un premier fait. Le mouvement a presque épuisé sa capacité de communication et d’imagination en servant sur une assiette dorée ses mensonges les plus aberrants à une opinion publique internationale, à des pseudo-spécialistes du Mali (d’ailleurs quel crédit accorder à un spécialiste du Mali incapable de parler bambara et qui ne voit les réalités de ce pays qu’à travers la fenêtre de son bureau parisien ?) et que sais-je encore qui n’ont pas résisté à céder trop vite à la facilité, et donc se sont mis à prendre la défense d’une brochette de fripouilles engagée sur le chemin du marigot sécessionniste. Des arguments anémiques ont été avancés pour justifier cette rébellion, mais dans le même temps on mettait sous le boisseau la responsabilité énorme que le mouvement a jouée dans l’effondrement d’un Etat que l’on chargeait de tous les maux et dont on disait surtout qu’il est coupable d’avoir maintenu le Nord du mali, surtout Kidal, dans le sous-développement. C’est cela qui a donné, on imagine sans mal, plus de motivation aux ‘’Messies’’ azawadiens de l’Azawad !

« Azawadiens, Azawad ? Moi, connais pas ! », serait-on tenté de répondre.

Pourquoi se créer une autre identité ?  Pourquoi s’entêter à vouloir créer un Etat dans un Etat ? Et qu’est ce que c’est que ce choix du « ni-ni » : ni élections à Kidal, ni désarmement sans négociation avec les autorités maliennes de transition ?

On sait que les appels à négocier avec des groupes rebelles comme le MNLA et le Mouvement Islamique de l’Azawad (MIA) se font de plus en plus insistants, comme ce fut le cas très récemment  avec l’Organisation Internationale de la Cooperation Islamique (OCI) qui juge indispensable le dialogue avec ces gangsters pour une réconciliation nationale. Un discours de déjà vu, et qui n’apporte sincèrement pas de réponse au point nodal de la situation malienne : que faire de ces groupes armés qui, sourds comme un pot, opposent une fin de non recevoir à la demande de désarmer des autorités maliennes ? L’une des réponses à cette question peut sortir de la lecture d’un essai d’Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni _  Debout sur les remparts ! Sauvons le Mali(*) _ dans lequel il aborde sans complaisance la question de cette rebellion. « Au Mali, ecrit-il, il y a de nombreuses ethnies :Sonrhaï, Dogon, Toucouleur, Touareg, Dafihng, Bamanan, Minianka, Arabe, Senoufo, Bwa, Shema, Maures, Mossi, Diakanté, Soninké, Mandeka, Khasonké, Kakolo, Bellah, Bozo, Somono, Samogo, Gana, Peulh, Koulé, Yarga, Haoussa, Djerma, Marabaga, Diogoromé, etc. Depuis 1960, quelle ethnie ou tribu Noire a pris les armes contre les autres pour quelque revendication que ce soit ? C’est seulement parmi les touaregs que se sont formés des groupes qui ont osé prendre les armes contre le pays entier. Et pas qu’une fois. Une fois en 1963, une autre fois en 1989, une troisième fois en 1996, encore en 2006 et cette fois-ci en 2012. Chaque fois, tout le reste du Mali ne fait que les subir, alors qu’ils sont minoritaires même au sein de leur propre communauté qui, elle-même, est entièrement prise en charge par le travail des autres maliens.

« Comment s’étonner alors, que le peuple souverain y compris les touaregs patriotes qui sont majoritaires, réagissent fermement ? »

De plus, en réponse à ce qu’on pourrait appeler le crétinisme du MNLA à savoir le refus de désarmer sans négociations avec Bamako, l’essayiste relève qu’ « Il n’y a pas d’autre alternative. Quel pouvoir légitime accepte que des groupuscules terroristes sévissent librement sur son territoire au nom de quel principe de droit de l’homme ? Comment se passent les choses : en France avec les Corses, en Espagne avec les Basques, en Colombie avec les FARC ? Le Mali se défend et défend les mêmes valeurs que les pays où résident les donneurs de leçons au mépris de la dignité et de la souveraineté de notre peuple… Les problèmes qu’affrontent les régions Nord du Mali ne sauraient être réduits à un simple exercice d’approfondissement de la démocratie par la voie d’une décentralisation administrative et politique. » A l’en croire, la solution à la question de la rébellion est simple et il suffit de s’en tenir à ce qui est dit dans l’hymne national :

« Si l’ennemi découvre son front/ Au-dedans ou au dehors/ Debout sur les remparts/ Nous sommes résolus de mourir…»

Négocier avec le MNLA ou quelque mouvement que ce soit n’est pas, on l’a compris, une exigence à laquelle les autorités maliennes de transition doivent se soumettre, surtout lorsque l’on sait que les indépendantistes targui refusent de désarmer au détriment d’une cause nationale qui a été agitée : la défense de l’intégrité territoriale ! Ah, la haine de soi ! La haine de soi qui caractérise l’attitude des gangsters du MNLA se traduit par leur refus d’être considérés comme des Maliens mais plutôt des Azawadiens (… ?) et, surtout, la folle ambition qui les motive à demander l’autonomie au nom d’une communauté qui ne les reconnait même pas. Pourquoi se séparer d’un peuple qui vit dans une parfaite harmonie ? Mais, on est soulagé rien qu’en pensant que la haine des autres est aussi celle de soi ! Et malheureusement le MNLA a franchi la cote d’alerte il y a belle lurette. Il est allé loin dans le cretinisme pour se ressaisir, c’est pourquoi joue –t-il à quitte ou double.

Boubacar Sangaré  

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bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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  1. cet article rejoint le mien et c’est presque un devoir citoyen que d’évoquer la mascarade à laquelle jouent ces soi-disant représentants du peuple de l’azawad. Ils ne veulent pas quitter Kidal ? je me demande ce qu’il en feront… un état parce qu’ils l’ont épargné pendant leur pillage?hum… AQMi le leur reprendrait plus vite qu’il ne l’a pris à l’armée malienne!!!

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    […] Colmar, Mamady Keïta, Sara et Emile Bela… qui m’ont fait l’honneur de choisir mon blog L’Etudiant Malien parmi leurs 11 blogs préférés. Oui, bien entendu, les risques de contagion du phénomène […]

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