Législatives au Mali : connaissez-vous Karim Keïta, le fils du président I.B.K ?

La photo de profil du compte twitter de Karim Keita

La photo de profil du compte twitter de Karim Keita

La participation possible à la course pour la députation de Karim Keïta provoque un ramdam médiatique au Mali. Le fils du président IBK a rendu publique son ambition de défendre les couleurs du RPM (Rassemblement pour le Mali) dans la commune II du district de Bamako en novembre prochain.  L’Afrique est habituée aux carrières de « fils de », souvent illégitimes. Je me propose, dans ce billet, de revenir sur ce que l’on sait de Karim Keïta et sur certaines des réactions que suscite cette histoire.

« Je suis un citoyen malien, j’ai des ambitions pour mon pays et j’ai envie de commencer par un mandat électif. Je ne veux pas être nommé par une décision de ministre ou par un décret présidentiel. J’ai envie d’être élu d’abord et avoir une légitimité politique », a confié Karim Keïta, 33 ans, au bihebdomadaire 22 septembre non sans signaler qu’il a de la difficulté à convaincre son père, le président Keïta, qui est encore sur la réserve. Avant d’aller plus loin, il ne serait pas inintéressant de reproduire ci-dessous quelques commentaires à propos de ce sujet, glanées sur le site Maliweb :

« héyi ayé sabali doni, moi je croyais qu’on devait rompre avec ces comportements. Depuis qu’on a dit avant même la prestation de serment de IBK que c’est son fils Karim qui répondait au téléphone à sa place, j’avais douté. S’il ose (Karim) et si son père (IBK) le laisse faire, chers Maliens, attendez-vous à tout désormais et c’est fini pour le Mali. »

 » En Afrique en général et au Mali en particulier, le commun des mortels oublie que ces enfants aisées qui partent étudier a l’étranger et qui viennent avec des papiers bidons sans compétence ni charisme peuvent diriger une communauté, c’est faut. Ces  soi-disant enfants se cachent sous le boubou de leur père pour se manifester. S’ils sont conscients de leur personnalité pourquoi lors des élections communales en commune IV, il n’a pas pu honorer l’image de son père face à M. Mara Moussa. »

« Il peut se présenter là où il veut, c’est aux Maliens d empêcher la création d’un pouvoir dynastique chez nous. Les Sénégalais ont voté contre ça, faisons de même. Les enfants de président trop impliqués dans la gestion de l’Etat, c’est terminé. »

« Encore un « Né en France », un autre Français qui veut nous diriger comme son père français IBK et le premier ministre Français Tatam Ly. Les deux premiers ont réussi leur coup en cachant honteusement leur nationalité française aux Maliens . »

« Je veux commencer par un mandat électif ». On est prévenu, ceci n’ est que le début, le but étant certainement de prendre le relais de son père à la présidence.
Avoir des droits, ne veut pas forcément dire exercer cela, d’autant plus que dans nos pas sans contre-pouvoir, rien ne pourra prouver la neutralité des pouvoirs publics, et donc la donne est fausse dès le départ.
Mais en réalité, il ne fait qu’éclairer les Maliens sur le fait que le pouvoir risque d’être confisqué par une classe ou plutôt une caste . »

Commençons par dire que c’est un sujet qui ne provoque pas de réactions chez les commentateurs politiques. La plupart se sentent mal à l’aise. Ils craignent probablement qu’on leur reproche un trop grand intérêt pour ce « fils de ». Ils ne veulent pas tomber dans ce panneau-là ! En plus, en lisant les réactions, parfois virulentes, qu’il suscite, Karim Keïta serait tenté de répondre à la Jean Sarkozy (l’affaire Jean Sarkozy, le fils de Nicolas Sarkozy, dont la promotion annoncée à la tête de l’Établissement public d’aménagement de la défense avait fait des vagues en 2009, en France) : Lorsqu’on s’appelle (Keïta), les choses sont parfois plus difficiles.

Mais, il est impossible de ne pas dire que ces réactions sont aussi porteuses d’un sentiment de colère partagé par beaucoup sur le continent africain. Sentiment de colère contre ces fils de présidents dont le gros a des comportements que le peuple estime peu exemplaire- je pense notamment à Obiang N’guema Teo, dont on disait qu’il est plus italien que Berlusconi-, et mène une vie excentrique. De plus, il ne fait aucun doute que les souvenirs des successions dynastiques survenues sur le continent ne se sont pas encore effacés des mémoires : Joseph Kabila (Congo), Faure Gnassimbé (Togo), Ali Bongo (Gabon)…

Mais revenons au cas Karim Keïta, le fils du président Ibrahim Boubacar Keïta, qui est l’un des deux candidats du parti Rassemblement pour le Mali (RPM) aux élections législatives fixées au 24 novembre prochain.

Karim Keïta, comme Karim Wade ?

Karim Keita à côté d'IBK (photo: Mali Actu)

Karim Keita en train de regarder son téléphone à côté d’IBK (photo : Mali Actu)

Directeur associé de « prestige Consulting » (Côte d’Ivoire), directeur et fondateur des sociétés « Konijane », Konijane strategic partners…, Karim Keïta est présenté comme un des conseillers influents du président Keïta, dont il a été un membre de la direction de campagne lors de la présidentielle , au point que des rumeurs lui prédisaient un portefeuille dans le gouvernement.

Son cas s’apparente, à quelques réserves près, à celui de Karim Wade, le fils de l’ancien président du Sénégal Abdoulaye Wade. Un « fils de » qui a aussi donné du grain à moudre aux médias tant nationaux qu’internationaux. Pour mémoire, Karim Wade, à 42 ans, était monté en force au sein des rouages du pouvoir, avant d’essuyer une déculottée terrible aux municipales en mars 2009. Et il a même perdu dans le bureau de vote de son propre quartier Point E. Il y a même eu front TSK (Tout Sauf Karim). Et on sait aussi que Karim Wade a été conseiller de son père, et est entré au gouvernement.

Au Mali, c’est le fils d’un président de la République en exercice qui se porte candidat non aux municipales, mais aux législatives. Et déjà, il récolte des réactions hostiles, dans une société où, à n’en point douter, le phénomène de « fils de ou de fille de » a pris une proportion on ne peut plus inquiétante. Mais, après tout, c’est aux populations de la commune II du district de Bamako, où il est candidat, de lui permettre, ou non, de siéger à l’Assemblée. Il y a de cela 4 ans, au Sénégal- pays cité en permanence comme un modèle en termes de démocratie- la candidature de Karim Wade aux municipales a, en tous cas, fini dans la honte.

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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9 réflexions sur “Législatives au Mali : connaissez-vous Karim Keïta, le fils du président I.B.K ?

  1. peut-être qu’on lui fait un mauvais procès. c’est pas parce qu’il a étudié à l’étranger que c’est un incompétent. Et le fait d’être né en France n’en fait pas moins malien que d’autres.
    Je ne sais, je me sens trÈs concerné par sa situation qui a toujours était un peu la mienne.
    Toutefois, il est vrai qu’en Afrique les dynasties se multiplient au sein des gouvernements comme dans l’opposition

  2. Serge, je ne pense pas que vous soyez loger dans la même enseigne. Personne n’est contre qu’un tel soit fils de riche ou de président. Ce qui est dérangeant dans cette histoire c’est que le mec n’a eu d’ambition politique que quand son père à accéder à la magistrature suprême.

  3. Awa dit :

    Qu’il soit un  »fils de » ou pas, il est avant tout un malien et il a le droit de jouir de ses droits comme tout autre malien. Je le jugerais plutot par ses compétences.

  4. Si chacun de nos dirigeants va venir avec son Karim, bonjour les dégâts. Certains diront que c’est un citoyen qui a le droit de briguer la députation. C’est toujours comme ça que sa commence: un citoyen très ordinaire qui, avec le temps, se transforme en Prince Héritier. Je me rappelle que le Sénégalais Wade disait de son fils: « Il est brillant. Quand je lui confie une mission, il s’en acquitte merveilleusement bien ». Nos Républiques bananières et dattières, vont-elles devenir (demeurer) héréditaire?

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