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Mali_ Kidal : Quand le premier ministre, Tatam Ly, donne des précisions sans préciser…

le premier ministre Oumar Tatam Ly

le premier ministre Oumar Tatam Ly photo: Maliactu

La Minusma ne veut pas sécuriser Kidal, parce qu’elle n’est pas venue pour le faire. Elle ne veut pas le faire, parce qu’elle a d’autres chats à fouetter ! Parce qu’elle obéit à la feuille de la communauté internationale dont le MNLA est la poupée.

 

Absence d’un dispositif de sécurité approprié à la visite du premier ministre d’un Etat, rôle de strapontin accordé aux forces armées maliennes dans la sécurisation de la ville de Kidal, Ouverture du gouvernement aux discussions avec les groupes rebelles touareg : voici les axes majeurs des propos tenus par le premier ministre, Oumar Tatam Ly, dans une interview accordée au quotidien L’Essor*. L’Essor est la crème de tous les régimes- hormis celui de Modibo Keita- qui se sont succédé au Mali.

Il serait bien venu de rappeler que le jeudi 28 novembre dernier, une violente manifestation organisée dans l’aéroport de Kidal a contraint le premier ministre à annuler son déplacement dans la ville. Les manifestants, des femmes et des enfants esclaves des manipulations du mouvement indépendantiste touareg (MNLA), ont poussé l’outrecuidance jusqu’à cibler avec des pierres les forces armées maliennes, lesquelles auraient tiré sur eux à balles réelles. Oumar Tatam Ly parle plutôt de « tirs de sommations » ! A Kidal, le discours victimaire ambiant avait déclenché ses tirs, avant de déboucher sur une cacophonie effarante : Mamadou Djeri Maiga, vice-président du MNLA, avait annoncé la reprise des hostilités avec l’armée malienne. Son discours belliciste a été érodé par un appel au calme d’autres ténors. Ils lui ont tiré le tapis sous les pieds.

Cet incident, n’ayons pas peur de le dire, n’a rien de surprenant car il est survenu à Kidal, une pétaudière et non une ville. Ce qu’il faut relever d’abord, c’est cet incident a administré la preuve qu’après le terrible assassinat des deux journalistes français, le jet de pierres ayant ciblé, le 16 septembre dernier, une mission interministérielle (le ministre de l’administration territoriale, le ministre de la réconciliation nationale et du développement des régions du Nord), rien n’a été fait pour « siffler la fin de la recréation » à Kidal.

Comment comprendre qu’un aéroport dont les murs sont interdits même aux mouches a été pris d’assaut par des femmes et des enfants ? A quoi sert alors la présence des forces de l’ONU (la Minusma) à Kidal ? Et même de l’opération Serval ? Comme après les évènements du 16 septembre dernier, le gouvernement en réaction à celui du jeudi dernier, a officiellement interpellé la Minusma. Cela servira-t-il à grand-chose ? …Il n’y a jamais de deux sans trois.

Ce que le premier ministre, Oumar Tatam Ly, n’a pas précisé, c’est que la Minusma ne veut pas sécuriser Kidal. Quand même bien que c’est elle qui en a la charge. Elle ne veut pas le faire, parce qu’elle n’est pas venue pour le faire. Elle ne veut pas le faire, parce qu’elle a d’autres chats à fouetter ! Parce qu’elle obéit à la feuille de la communauté internationale dont le MNLA est la poupée. Cette communauté internationale qui crache sur les larmes, les cris de détresse d’un peuple opposé à la division de son pays.

Le premier ministre a donné des précisions sans préciser qu’à Kidal, contrairement à ce que dit l’accord préliminaire de Ouagadougou, c’est l’armée malienne qui est cantonnée. Pendant que le MNLA fait son chichi. Ses précisons ne tiennent pas en compte le fait que c’est le MNLA, avec la fierté d’un lutteur sénégalais, qui fait et défait Kidal.

Au peuple algérien, Mouloud Feraoun dans son « Journal, 1955-1962 » écrivait : « Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier. » Moi aussi j’écris au peuple malien : « Pauvres Maliens, pauvres Maliennes, vos dirigeants d’aujourd’hui seront pires que ceux d’hier. »

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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