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Mandela et les faux héritiers

Mandela Photo: wctrib.com

Mandela Photo: wctrib.com

Comme à sa libération de la tristement célèbre prison de Robben Island, Nelson Mandela tient la vedette dans la presse. Mais, en l’espèce, à la place des sourires et de l’accueil triomphal qui lui ont été réservés à sa libération, les larmes perlent sur les joues, au coin des yeux. Tous ou presque sont sous le choc. Mandela, héros de la lutte anti-apartheid, a fini par déposer les armes au pied de l’inévitable : la mort.

Pour mémoire, Nelson Mandela, avocat, membre du Congrès National Africain, avait dit « adieu à la liberté » le 05 août 1962, jour où, trahi, il a été arrêté près de Horwick. C’est en juin 1952 que ses démêlés avec la justice démarrent. Il avait alors organisé une campagne de désobéissance civile et contrevenu aux lois qui interdisaient aux Noirs d’être en zone blanche le soir. Des lois qui reposaient sur la ségrégation, destinées à denier au peuple noir tout droit à la liberté politique et individuelle. Des lois qui offensaient le peuple noir dans sa dignité, dans son honnêteté. Des lois qui vantaient la suprématie blanche : les Afrikaners. A l’époque, l’Afrique du Sud était donc un pays compartimenté, morcelé, où les disparités sociales sont énormes. Voilà entre autres les raisons qui ont poussé Mandela et ses camarades sur le chemin de la lutte…armée.

C’est cette volonté de Mandela de voir « une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales » qui a triomphé après qu’il eut passé 27 ans en prison. Aussi est-il difficile de parler de Mandela sans toucher à ses compagnons de lutte, car le retour du pouvoir entre les mains du peuple noir en Afrique du Sud est le fruit d’un combat collectif dans lequel beaucoup ont péri, exilé, fait la prison. Je pense notamment à Walter Sisulu, secrétaire général de l’ANC au moment de leur arrestation ; à Ahmed Kathrada, ce fils d’immigrés asiatiques, entré en contact avec Sisulu et Mandela en 1948, avec lesquels il plongea dans la clandestinité après l’interdiction de l’ANC en 1963. Il y aussi Govan MBeki, Raymond Mhlaba, Dennis Golgberg, Jeff Masemola, Wilton Mkwayi. Mais il y a un autre nom qui fera frémir d’indignation les « nost-apartheid » (les nostalgiques de l’apartheid) : Desmond Tutu, archevêque, couronné par le prix Nobel de la paix en 1984. Tutu est connu pour ses messages de paix et de non-violence, ses flèches contre l’apartheid et les noirs animés de sentiments vengeresses. C’était un partisan à tout crin du combat pacifiste contre l’apartheid, qui a notamment dirigé la commission vérité et réconciliation créée par Mandela.

Tout cela pour dire que le succès du combat de Mandela vient aussi des sacrifices héroïques consentis par ces hommes et femmes.

Aujourd’hui, partout on pleure comme une madeleine Mandela. Sur le continent africain, les présidents dans leur hommage y vont d’un éloge à faire pleurer. Mais la question qui se pose est de savoir ce qu’ils ont fait, eux, de l’héritage que Mandela leur a légué. Zéro! Dans leurs discours, ils parlent de paix, de réconciliation nationale, de démocratie tout en les massacrant dans leurs comportements de chaque jour. Et l’éditorialiste, Adam Thiam, dit tout :

« …Mandela est mort, presque centenaire. Comme s’il ne pouvait ou ne voulait plus subir la nième humiliation que lui infligeait le continent pour lequel il se battit tant à Bangui. L’Afrique tirant sur l’Afrique, débusquant ses charniers, s’étripant pour l’élection, d’accord sans honte d’être la lanterne rouge au marathon des continents. Ce Madiba-là a raison de s’en aller. (1)»

Une chose sûre, c’est que Mandela est mort pour ‘’vivre’’. Il est parti pour ‘’rester’’.

1- Adam Thiam, In Memoriam : Mandela la fierté et l’honneur de son temps, Arawanexpress

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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