Mali : le beau-père du fils gagne le perchoir, IBK sur la sellette

Le président IBK photo:www.republicoftogo.com

Le président IBK photo:www.republicoftogo.com

Détournement de la Trinité– « Au nom du Père, du Fils et du …beau-père »-, accusation d’avoir un penchant royal et de népotisme et favoritisme… Depuis l’élection au perchoir, le 22 janvier dernier, d’Issiaka Sidibé, la presse locale s’est enflammée et a « enveloppé » dans un maelstrom de critiques le président Keïta. Pourquoi ? Parce qu’Issaka Sidibé, dont la candidature a été préférée à celle de Moussa Timbiné (Président de la jeunesse du parti RPM) et de Abdourramane Niang, n’est autre que le beau-père du fils de IBK, Karim Keïta, député lui-même. Décidément, l’arrivée au perchoir du « beau-père du fils » ne passe pas bien auprès de la presse, qui n’a d’ailleurs pas hésité à démontrer à IBK qu’elle n’est pas disposée à le caresser dans le sens du poil…

La tendance n’est pas à l’étonnement, mais plutôt à l’indignation et à la déception (une déception rentrée, pour le moment). Il n’y a pas à s’étonner parce qu’il y a eu un précédent avec la candidature pour la députation du fils d’IBK, Karim, qui a à l’époque fâché quantité de gens qui ont dit qu’il « flottait dans l’air un parfum de début de règne impérial ». Karim Keïta est député aujourd’hui. Et à peine le tollé provoqué par cet épisode se tasse qu’un autre survient : le beau-père (le père de l’épouse de Karim) du fils gagne le perchoir avec un score qui se passe de commentaires face au député Oumar Mariko du parti Sadi.

N’en doutons pas un instant, Issaka Sidibé a été élu par les députés, ce qui lui garantit la légalité et rend cosmétiques les critiques qui pleuvent en provenance de la presse et des rues de Bamako. Mais la seule ombre au tableau est que cela intervient sur un continent et dans un pays où un constat s’est enraciné, qui est « qu’un pays c’est le fils, le neveu, le beau-père, la nièce, le cousin, l’ami… » Et donc, l’ami, le fils, le neveu… du président peut se rendre coupable de toutes sortes d’actes repoussants, sans craindre la foudre la justice. La conséquence a été la nomination ou l’élection à quelque poste de responsabilité d’un proche du président, quelles que soient ses compétences intellectuelles et ses mérites, est toujours accueillie par un œil réprobateur. Cela demeure une constante.

Par ailleurs, il faut se garder de mettre sur le compte du hasard – comme l’a fait le journaliste Chahana Takiou sur le plateau de l’émission, « Le débat du dimanche » d’Africable- l’élection à la tête de l’AN du « beau-père du fils ». Le père est président, le fils est député et le beau-père occupe le perchoir ! Quel coup de griffe au slogan « Le Mali d’abord » ! Cela est tout sauf anodin, et relance les doutes et les suspicions sur la capacité et la volonté d’IBK de mener une rupture de gouvernance. Aussi, les suspicions se renforcent lorsqu’on sait que, le RPM (Rassemblement pour le Mali) afin d’ éviter qu’on en arrive là, aurait pu avoir la sagesse de mettre hors course Issaka Sidibé. Mais il semble que le parti n’a tiré aucune leçon du cas Karim Keïta.

En cautionnant la candidature d’Issaka Sidibé, beau-père de son fils Karim Keïta, le président Keïta prête le flanc aux critiques, donne une occasion belle à ses contempteurs et « épuise » petit à petit son droit à l’erreur. Les électeurs, eux, ne disent rien d’abord, le regardent à l’œuvre. Laissent faire. Accumulent colère et indignation. Se pincent les lèvres en signe de dépit. Se demandent où va le Mali. Vers un règne impérial ? A dire vrai, un grand nombre de Maliens ne sont pas d’accord avec la manière dont le pays évolue. Ils s’inquiètent d’ores et déjà, déplorent l’inexistence d’une opposition assumée. On a comme le sentiment que la classe politique roule à sens unique. Il est temps qu’IBK allume les clignotants, fasse attention. Pour éviter de voir son mandat s’achever dans une Bbérézina.

Boubacar Sangaré