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CHAN 2014 : Une éclaircie dans la grisaille libyenne…

L'Equipe de Libye Photo: Malijet.com

L’Equipe de Libye Photo: Malijet.com

La performance de l’équipe libyenne apporte la preuve qu’il n’y a que dans le football où, trois ans après la mort de Kadhafi, la Libye excelle.

 

Ça y est, les chevaliers de la Méditerranée se sont hissés à un niveau où on les attendait le moins, en remportant le Championnat d’Afrique des Nations de 2014, accueilli par l’Afrique du Sud. La Libye a défait les Black Star du Ghana, favoris depuis les premières heures de la compétition, au terme d’un match harassant et prudent qui a conduit les deux équipes à la séance des tirs au but (0-0 ; 4 – 3).

Il serait intéressant de relever que cette équipe libyenne, qui fait d’ailleurs office de sélection A, est « managée » par l’entraineur espagnol de football, Javier Clemente, venu il y a juste quelques mois après la démission d’Abdelhafidh al-Rabich. « J’ai pour mission de mettre en place les structures de travail afin de créer la meilleure équipe possible… » avait dit Clemente dans une interview accordée au quotidien espagnol El Mundo, avant de s’envoler pour la Libye. Cet objectif qu’il s’est assigné n’est pas loin d’être atteint, car tous ceux qui se sont intéressés au CHAN, et ont regardé ne serait-ce qu’un seul match des chevaliers de la Méditerranée peuvent témoigner du beau football produit par cette équipe. La Libye, jusqu’à cette finale remportée, était la surprise de cette compétition dont le niveau du jeu, il faut le dire, a frappé d’étonnement plus d’un, tel le réputé entraineur Claude Le Roy. Ajoutons aussi que Javier Clemente, 63 ans, a eu à coacher plusieurs équipes : Espagne, Serbie, Cameroun, Olympique de Marseille, Athletico de Madrid…

Même ceux qui ne sont pas libyens ont eu le cœur caressé par un zéphyr de bonheur. De fait, cette performance de l’équipe libyenne apporte la preuve qu’il n’y a que dans le football où, trois ans après la mort de Kadhafi, la Libye excelle. Par ailleurs, il n’est un secret pour personne que c’est un pays politiquement et socialement atrophié. Depuis le 20 octobre 2012, le gouvernement de transition, dirigé par Ali Zeidan, a comme priorité le rétablissement de la sécurité publique et de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire. Mais toujours est-il que la situation sécuritaire n’arrête pas de se détériorer. Après l’enlèvement du même Ali Zeidan (dans la nuit du 9 – 10 octobre), l’attentat ayant visé l’ambassade de France en avril dernier, la mort en septembre 2012 de l’ambassadeur américain Stevens et trois de ses collaborateurs ; l’assassinat à Syrte du vice-ministre libyen de l’industrie, Hassan Al-Droui, la tentative d’assassinat à laquelle a échappé le mercredi dernier le ministre de l’intérieur par intérim, Seddik Abdelkrim, le bras de fer entre Ali Zeidan et les députés islamistes qui souhaitent sa démission, ont achevé de convaincre que la Libye est une pétaudière. Ce sont là des nouvelles qui ne sont pas de nature à rassurer quant à l’avenir de ce pays qui peine à remonter la pente du désordre créé par la chute de kadhafi. Une chute intervenue après huit mois de guerre civile qui a provoqué des divisions et renforcé la culture de l’affrontement.

Interrogé par le quotidien français Libération, en avril dernier (l’ambassade de France venait d’être visée par un attentat à la voiture piégée), Patrick Haimzadeh, spécialiste de la Libye, a confié que « on est dans un contexte où il n’y a plus d’Etat. Dans le sens régalien du terme, il (Ali Zeidan) n’est pas en mesure d’exercer la violence légitime. Sa légitimité est discutée par tout le monde. Une nouvelle fois, il faut mettre en avant ces questions d’identités, tribales, géographiques, religieuses, qui sont problématiques. Elles ont été exacerbées avec la guerre et elles ont été largement sous-estimées à l’étranger par ceux qui ont voulu réduire la guerre libyenne à une insurrection populaire contre un dictateur pour instaurer la démocratie. (*)»

A la question de savoir si la situation ne risquait-elle pas de se dégrader dans les mois prochain, il répond : « De manière générale, il y a des affrontements, des règlements de compte presque tous les jours (…) Cela peut prendre des années avant de se stabiliser. … »

La Libye est donc un pays en phase de reconstruction Une reconstruction qui peine à tenir la route. Et finalement, rien ne se passe comme prévu. L’euphorie provoquée par la mort de Kadhafi a laissé la place aux inquiétudes. Le processus d’élaboration de la Constitution est en panne, les élections générales au suffrage direct fixées à janvier 2014 n’ont pas eu lieu… Preuve que les autorités libyennes ont du pain sur la planche !
Mais, somme toute, cette victoire en finale du CHAN des chevaliers de la Méditerranée aura le don d’offrir aux Libyens un moment de joie. En attendant la Coupe d’Afrique des Nations 2017 que la Libye doit accueillir.
(*) Patrick Haimzadeh : « En Libye, il n’y a plus d’Etat », Libération, 23 avril 2013.

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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  1. Bel article, comme d’habitude. En jouant si bien au football, les libyens ne pourraient-ils pas jouer moins mal la réconciliation entre eux. La situation de non-Etat en Libye est une menace pour la sécurité de toute la région sahélienne.