dans Internationale, Politique

Algérie : où s’arrêtera Bouteflika ?

Abdelaziz Bouteflika, Président algérien photo: http://www.republicoftogo.com/Toutes-les-rubriques/Diplomatie/Bouteflika-ecrit-a-Faure

Abdelaziz Bouteflika, président algérien photo: http://www.republicoftogo.com/Toutes-les-rubriques/Diplomatie/Bouteflika-ecrit-a-Faure

Fin de suspense en Algérie, le plus grand pays du Maghreb, région qui comprend aussi la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie. Le 22 janvier 2014, en annonçant la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat, le premier ministre Abdelmalek Sellal a créé l’émoi, la frustration, la surprise et…la honte. Honte, pour tous ceux qui, comme dans un rêve les yeux ouverts, espéraient voir le crépuscule d’un système politique que nombre d’éditorialistes, qui osent souvent sortir du politiquement correct, qualifient de vétuste, grabataire. Tous ceux qui, algériens ou non, se posaient la question « un quatrième mandat pour quoi faire ? » ont maintenant une réponse : pour occuper le palais d’El-Mouradia, avec encore une fois la bénédiction des décideurs, terme qui désigne les généraux dans le vocabulaire médiatico-politique algérien.

Il faut relever d’emblée que beaucoup ont encore du mal à y croire, et affirment avec zèle que leur doute se dissipera lorsque « Boutef » lui-même déclarera à haute et intelligible voix qu’il est candidat au scrutin du 17 avril prochain. Une posture qui, n’en doutons pas un instant, n’est pas sans relation avec l’état de santé actuel de Bouteflika, lequel est à la tête du pays depuis 1999. En effet, « Boutef », 76 ans, est affecté par un AVC depuis le printemps 2013, et la presse algérienne dit de lui qu’il est usé, atteint, diminué, incapable de prendre la moindre décision, invisible.

Cette nouvelle, a lâché dans le pays la vanne des colères : « Une colère qui monte. Une colère à suivre. Comment être surpris ? Quelle humiliation ! Quel crachat à la figure du peuple algérien. (1) »

Perpétuation du statu quo

La candidature de « Boutef » n’a pas donné lieu qu’à une poussée de colère qui empêche toute retenue, tout raisonnement cohérent. Des éditorialistes algériens, dont la plume en découd souvent avec le silence, se sont attachés à décrypter le message envoyé par l’annonce de Sellal. « Boutef » candidat, qu’est ce que cela implique-t-il ?

L’éditorialiste du Quotidien d’Oran, K. Selim, y voit le signe que « le processus de reconstruction du statu quo est en marche alors que le système a atteint un niveau d’impotence gravissime. » Il ne s’arrête pas là, et étend son analyse à l’attitude du peuple algérien, qui, souvenirs de « la décennie noire » obligent, préfèrerait s’accommoder d’un quatrième mandat plutôt que de tenter un coup de force :

« Ils (les Algériens) éliminent, par expérience, les tentatives de changements par la rue ou par « la révolution », en raison des coûts faramineux que cela engendre. Une attitude réaliste qui tablait sur l’idée qu’il y aurait suffisamment de sagesse et de lucidité au sein des responsables qui sont dans le système pour comprendre qu’il faut changer. (2) »

C’est donc entendu, l’espoir conservé d’un changement du régime en Algérie disparaît avec la candidature de Bouteflika, dont l’élection ; comme à chaque fois, paraît inévitable, surtout avec une opposition faible, peu crédible, et qui donne l’impression d’être incapable d’assumer son propre combat politique.

Imposture

Dans son essai ‘’Un regard calme sur l’Algérie’’, le journaliste algérien, Akram Belkaïd, cite le livre ‘’Bouteflika : une imposture algérienne’’ de son confrère et compatriote Mohamed Benchicou qui présente Bouteflika comme l’enfant « adultérin d’un système grabataire et d’une démocratie violée ». Le livre « détaille ses frasques, ses mensonges et, d’une certaine façon, offre un résumé édifiant des tares du système algérien : incompétence, malhonnêteté, mépris du peuple… »
Comme Benchicou il y a dix ans, Akram Belkaïd, estime que le système ne va pas manquer de moyens pour détourner la colère qui monte. Qu’il va jouer au dilatoire :

« Une tension avec le Maroc ? Une dégradation de la situation aux frontières du Sud. Possible. Une guerre médiatique avec l’Egypte ? Mais, l’arme suprême, celle qui fait mouche à presque tous les coups, c’est la France »

Bouteflika est donc parti à la conquête du palais d’El-Mouradia, non sans avoir divisé le puissant DRS (Département du renseignement et de la sécurité), l’armée. La presse privée et ceux qui sont opposés à un quatrième mandat crient leur indignation, contre un système qui semble depuis longtemps installé dans l’autisme. Où s’arrêtera Bouteflika ?
(1) Algérie : la diversion à venir, Akram Belkaïd
(2) Que faire ?, K. Selim, Le Quotidien d’Oran
(3) Un regard calme sur l’Algérie, Akram Belkaïd

Boubacar Sangaré

The following two tabs change content below.
bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
bouba68

Derniers articles parbouba68 (voir tous)

Ecrire un Commentaire

Commenter

  1. S’il meurt aussi au pouvoir c’est risqué et c’est ce qui guette l’Algérie ! Alors autant s’en débarrasser dès aujourd’hui ! Et aller de l’avant.