L’antidote du prêcheur

Une mosquée Photo: Journaldumali.com

Une mosquée Photo: Journaldumali.com

Vendredi, jour où les fidèles de l’islam vont à la mosquée pour célébrer la prière de l’après-midi. Les fidèles, ou les prieurs, arrivent les uns après les autres, entrent dans la mosquée, et accomplissent deux rakaa en guise de salutation pour la mosquée avant de dédier leur attention, prêter une écoute sans pareille aux sermons du prêcheur qui, depuis bientôt 30 minutes, est là à parler de Dieu, du Coran, du prophète Mahomet… mais aussi et surtout du monde et des crises qui l’agitent.

Ce n’était pas un discours du genre

« l’Occident a péri, il n’existe plus. Le modèle qu’il proposait aux nigauds a failli. C’est quoi ce modèle ? C’est quoi au juste ce qu’il considère comme une émancipation, une modernité ? Les sociétés amorales qu’ils a mises sur pied, où le profit prime, où les scrupules, la pitié, la charité comptent pour des prunes, où les valeurs sont exclusivement financières, où les riches deviennent tyrans et les salariés forçats, où l’entreprise se substitue à la famille pour isoler les individus afin de les domestiquer puis de les congédier sans autre forme de procès (…) où des générations entières sont parquées dans des existences rudimentaires faites d’exclusions et d’appauvrissement. »

Non, son discours n’avait rien de semblable à ce brûlot lancé par le cheik des talibans en pleine occupation russe, dans Les hirondelles de Kaboul (1). Pour lui, si les guerres, la famine, les séismes, les maladies…s’abattent sur le monde comme des faucons fous, c’est parce que partout ou presque les hommes se sont détournés de Dieu, les hérésies se multiplient, les filles marchent nues dans les rues, la fornication « se légalise », les mariages se cassent en un clin d’œil. Il a ajouté que ce sont là les signes annonciateurs de la fin imminente du monde. Il ne s’est pas arrêté là. Il est allé jusqu’à dire que la pire des solutions est celle que les hommes semblent avoir trouvée : qui consiste à payer des armes pour se préparer à une éventuelle guerre… arguant que

« nul ne peut prévoir le désordre, le sauve-qui-peut dans une foire des chats »

Pour ma part, au-delà de la folle concentration avec laquelle j’ai suivi ce discours, je n’ai pu me défendre de dire que voilà une analyse que les politologues et géopoliticiens doivent penser à intégrer dans leur grille de lecture ! Si pour eux, les Etats sont mus par une raison utilitaire et la plupart des guerres actuelles sont d’ordre géostratégique, le prêcheur pense le contraire : si le monde est en passe de ressembler à un « chaos dans le chaos », un « naufrage dans le naufrage », c’est parce que nous avons cessé de voir en Dieu la seule source de notre salut, avons transcendé les limites qu’Il nous a fixées, et avons transgressé ses interdits…

L’antidote que le prêcheur a donné pour éviter le chaos vers lequel se dirige le monde est le retour à Allah. Pour étayer ses propos, il a rappelé un épisode en Turquie. Le peuple avait déchiré des pages entières du Coran dans les rues. Le prêcheur explique que cela provoqua la colère d’Allah qui, furieux, créa un tremblement de terre.

Voilà donc l’antidote du prêcheur avant le chaos !

(1) Les hirondelles de Kaboul (roman), Yasmina Khadra, ed Seuil

Boubacar Sangaré