Mondial 2014 : Les Grecs, l’antithèse des Ghanéens et des Camerounais

Brésil 2014 Colombie-Grèce, photo: www.africatopsports.com

Brésil 2014 Colombie-Grèce, photo: www.africatopsports.com

Quelle coupe du monde ! Plus riche en péripéties qu’en bons et agréables matchs! Alors que les Black Stars du Ghana et les Lions indomptables du Cameroun défrayent la chronique avec des querelles entre joueurs, insultent l’entraineur et les journalistes, et réclament leurs primes, la sélection grecque, elle, après sa fracassante qualification pour les 8èmes de finale aux dépens de la Cote d’Ivoire, fait à nouveau parler d’elle, et pour le meilleur

En effet, les hommes de l’entraineur portugais Fernando Santos ont fait savoir à leur fédération qu’ils renonçaient à encaisser leurs primes de qualification pour les 8èmes de finale.

«Nous ne jouons que pour la Grèce et le peuple grec. Tout ce que nous attendons de vous, c’est une aide pour trouver un endroit et y construire un centre d’entrainement pour notre équipe nationale », était-il écrit dans la lettre. Une manière pour eux, selon l’interprétation la plus partagée, de manifester leur solidarité vis-à-vis de leur pays, la Grèce, qui a sombré depuis 2010 dans une crise de la dette publique, amenant ainsi les pays de la zone euro et le FMI à lui accorder un prêt de 550 milliards de dollars, à la condition que l’État grec pratique un ajustement structurel.

Le geste des joueurs grecs est considéré comme grand. Leur décision leur vaut d’être placés plus haut dans la  » balance du patriotisme » que les Ghanéens et les Camerounais. Tous ceux qui en veulent à ces deux équipes africaines n’ont pas manqué de déclarer leur sympathie pour les Grecs, devenus illico presto les représentants des joueurs patriotiques, qui ne sont ni cupides ni voraces. Des joueurs qui veulent mouiller le maillot au nom de l’amour qu’il porte à leur pays sont des exemples que devraient suivre les équipes du Ghana et du Cameroun dont les joueurs se sont plus distingués pour des histoires de primes que sur le terrain.

Les Blacks Stars et les Lions indomptables, les guignols du Mondial 2014

En 2010, en Afrique du Sud, l’équipe de France a offert à la planète foot un véritable feuilleton avec la fameuse grève de l’entrainement, les insultes dans le vestiaire, entre autres histoires. Tant et si bien que les joueurs étaient devenus un sujet de rigolade: des guignols.
Au Brésil, cette année, les Black Stars ont été guignoleux. Histoire de primes, Kevin Boateng insulte le coach Kouassi Appiah, les membres de la délégation en viennent aux mains, refus de s’entrainer, Gyan Asamoah qui insulte le journaliste Olivier Pron de RFI… avant de sortir face au Portugal un football digne de  » joueurs arrivés au terme de leur période d’utilité« , pour reprendre le journaliste J. Remingono. Une équipe mauvaise, défensivement, s’entend. Un triste bilan, puisque pour mémoire, le Ghana s’était arrêté à l’étape des quarts de finale à la coupe du monde 2010 en RSA. Une triste image.

Par ailleurs, les Lions indomptables du Cameroun ont, eux aussi, offert un spectacle guignolesque. Après l’affaire des primes, la bagarre en plein match entre Benoit Assou Ekoto et son partenaire a jeté la honte sur tout le Cameroun.

 

 bagarre assou ekotto monkandjo, photo: newsdusport.com

bagarre assou ekotto monkandjo, photo: newsdusport.com

Bien entendu, on peut être d’accord avec cette mise au point du blogueur et écrivain camerounais Florian N’gimbis:

«Pourquoi lorsqu’on parle de patriotisme, on en demande toujours plus aux sportifs, aux musiciens et autres artistes et non au fonctionnaire lambda ou au dirigeant x ? C’est simple : leur aura et leur talent ne sert qu’à cautionner le vol de hautes personnalités cachées dans l’ombre et qui les utilisent comme des marionnettes pour servir de caution à leur cupidité, leur avidité, leur malhonnêteté. Créateurs de richesses qu’ils ne mangent pas, voilà leur « devoir ».
Quel industriel camerounais parce que milliardaire laisserait quelqu’un s’emparer de son bien dans ce Cameroun ? Quel ministre parce qu’assis sur des monceaux d’argent acquis de façon plus ou moins licite laisserait quelqu’un s’accaparer de « son cinq francs » ? Œil pour œil, dent pour dent, les Lions ont compris la leçon. »

Personne, absolument personne, n’a le droit de demander à ces joueurs de renoncer à leur prime sous prétexte que leur pays est pauvre et misérable. Non, ça n’a rien à voir. Apres avoir joué, on doit avoir  » droit à son droit ».

Cependant, impossible de ne pas reconnaître qu’il y a bel et bien lieu d’établir une comparaison entre les Grecs et les Camerounais et Ghanéens. C’est légitime car les Grecs ont renoncé à leur prime après s’être qualifiés pour le second tour, alors que les Camerounais et Ghanéens n’ont pu gagner aucun match. En voyant la suffisance, l’attitude de gouape qu’ont certains joueurs de ces 2 formations, on se dit qu’ils ne sont que des sales gosses qui n’ont nul respect pour le maillot de l’équipe nationale, et donc qu’ils ne méritent pas d’être où ils sont. Des sales gosses qui revendiquent des primes, mais marquent contre leur camp comme John Boye, ou prennent un deuxième but qui les élimine. Des sales gosses qui, au lieu de battre la Croatie, se battent entre eux!

Les piètres joueurs font toujours de piètres équipes!

Boubacar Sangaré

Le jour où je suis rentré chez moi sans ma moto

Arrestation d'un voleur de moto à Kayes (Mali) photo: www.kayesinfo.net

Arrestation d’un voleur de moto à Kayes (Mali) photo: www.kayesinfo.net

Que toutes les femmes du monde me pardonnent d’avoir dit cela: celle qui met au monde un voleur aurait dû accoucher d’une merde à sa place! Et je n’ai que faire de la colère qu’éprouveront quelques adeptes du bien-pensisme qui me diront qu’un voleur est après tout un homme, et donc qu’avoir pour lui un minimum d’humanité ne fait de mal à personne. Pour moi, un voleur ne vaut pas d’être un homme.

Jeudi 12 juin. Faculté des Lettres de Bamako. Le cours de grammaire de texte vient d’être interrompu, nous sommes libres de rentrer à la maison. Je récupère ma moto au parking avec l’intention de rentrer, mais j’ai pensé à faire un tour au Décanat pour retirer mon diplôme de DEUG II (Lettres modernes). Je gare ma moto devant le Décanat, avec plusieurs autres motos, avant de monter au premier étage avec un camarade étudiant.

Là-bas, il nous a été signifié que ledit diplôme n’est pas encore disponible. En descendant l’escalier je jette un regard vers l’endroit où j’ai gare ma moto: elle n’y est plus. Je presse le pas, complètement affolé. Effectivement ma moto n’est plus là. Je ne me faisais aucune illusion, elle a été volée, c’est tout. Interrogés, les gardiens et étudiants qui se trouvaient là ont répondu qu’ils ne savent rien.

Pris de panique, je ne savais que faire, une sarabande d’idées se bousculait dans ma tête. Je n’en revenais pas, je me croyais en plein scenario d’un film dont j’étais le héros. Je refusais de voir, d’admettre, de réaliser ce qui m’arrivait, et me disais , comme pour me convaincre moi-même, que non ma moto ne peut pas avoir été volée, que je viens de la payer il y a seulement 5 mois, que mon père a bataillé dur pour l’avoir. Qu’il n’était pas question qu’un « bâtard de bâtardise », pour reprendre Ahmadou Kourouma dans « Les Soleils des Indépendances », me la pique comme ça… Et pourtant, devant le Décanat, il n’y avait plus nulle part trace de ma moto. Et pourtant, il ne me restait que la clef. Et pourtant, tous ceux qui étaient là refusaient de croiser mon regard. Mon ami étudiant Salebou m’a pris sur sa moto pour faire le tour des mille et un parkings qui sont sur la colline du savoir (l’ensemble des universités de Bamako). L’espérance de la retrouver s’effaçait au fur et à mesure que le soleil avançait dans le ciel.

« Peut être que tu ne le sais pas, sinon tous les jours une moto est volée devant le Décanat ! Chaque jour ! Nous-mêmes, on ne sait plus que dire », m’a confié un ami étudiant, membre de la sulfureuse Association des Elèves et Etudiants du Mali (AEEM), avant de me conseiller d’aller faire une déclaration à la Police.

« Les voleurs, ce sont vous-mêmes les étudiants. Presque chaque jour un étudiant vient faire une déclaration de perte pour sa moto, son téléphone… Que voulez-vous qu’on fasse quand les voleurs c’est vous ? », me dit, en colère, une policière au commissariat du 4ème arrondissement. Je fais ma déclaration et l’enregistre chez le chef de la Brigade de recherche, sans la moindre lueur d’espoir de retrouver ma moto.

« Où est ta moto? », me demande ma mère. Je lui réponds en lui montrant la clef. Des insultes, imprécations, reproches ont commencé à pleuvoir comme vache qui pisse sur moi.

Qu’inspire cet événement qui a toutes les allures d’un mélodrame ? Rien que ce que je ne savais déjà. C’est-à-dire que, dans ce pays, les universités sont tout, sauf des Universités. Ce ne sont que des océans de médiocrité, d’amoralité et que sais-je encore, où l’imbécilité est programmée, où on ne sait pas qui est qui ou quoi. Ce sont aussi des nids de voleurs, braqueurs et autres brochettes de fripouilles, qui se sont constitués en véritable réseaux et opèrent en toute impunité au sein des Facultés. Leur cible privilégiée ? La moto Jakarta. Ils sont spécialistes du vol de Jakarta ! Celui qui a volé ma moto m’a tué. Le vol n’est pas un délit, mais un crime. Tout voleur est un criminel, un homme qui ne vaut pas d’être un homme. Voler quelqu’un, c’est comme le buter.

Après mon P.C cassé dans l’accident, c’est ma moto qu’on m’a piqué. Je régresse, tandis que les autres vont de l’avant. Sans P.C, sans moto, la vie pour moi n’a plus de sel, même si je vivais avant de les acquérir. L’implacable rouleau compresseur de la régression, du retour à la case départ. De quoi aviver en moi l’irrépressible envie de partir, de faire mon deuil des études, d’abandonner, dire adieu à cette université qui n’est pas plus qu’un cul de sac. Partir…peut être pour le Maghreb, l’Algérie, le Maroc…

Bokar Sangaré

Mali: insoutenable vie d’étudiant

A l'amphi de 1000 places, Facultés des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage Photo: maliactu.net

A l’amphi de 1000 places, Facultés des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage Photo: maliactu.net

La vie d’étudiant, c’est apprendre à affronter les péripéties et vicissitudes qui entrelardent la vie courante. C’est supporter les difficultés financières et matérielles, la faim, le manque de sommeil, les humiliations… Ce sont des situations à traverser avec philosophie. C’est bien sûr l’espoir que demain, une fois le diplôme en poche, le meilleur viendra. Qu’ « après la pluie, le beau temps ». Que le bonheur n’ouvre jamais ses bras à une tête qui n’a pas connu la souffrance.

Les difficultés de la vie d’étudiant, les grands titres de la presse locale ne s’y intéressent que très peu. On ne sait pas pourquoi. Si quelqu’un choisit d’en parler, c’est le plus souvent un entrefilet. Pas de trace d’un témoignage d’étudiant. Aucune responsabilité n’est située. Chaque année, l’octroi des trousseaux et bourses pose problème et fait grand bruit dans les universités et grandes écoles maliennes. Dans les amphis, au Campus, un vent de colère et de déception souffle régulièrement sur nombre d’étudiants. J’ai déjà consacré de nombreuses chroniques à ce constat récurrent.

Chaque année, le modique trousseau de 35 000 et quelques francs CFA, alloué à tous les étudiants réguliers, qui devrait être payé avant la reprise des cours, n’est le plus souvent perçu par les étudiants qu’à la fin de l’année académique. Les bourses sont, quant à elles, sont payées avec 4 à 5 mois de retard.

Cette année ne fait pas exception. A l’Université des Lettres, des Langues et des Sciences du langage, cela fait 3 mois que les étudiants n’ont rien perçu, pas même les trousseaux. Ce véritable dysfonctionnement ne date pas d’aujourd’hui. Il s’agit même d’une composante naturelle de la planète universitaire malienne. Les étudiants s’y sont habitués et n’en font presque plus un problème… Sans trousseau, sans bourse, ils reprennent le chemin des amphis, payent les frais d’inscription, les brochures et autres copies des cours, les chambres sur les campus, la nourriture. Ni le ministère de l’Enseignement supérieur, ni le Centre National des Œuvres Universitaires (Cenou) ne semblent chercher à résoudre ce retard chronique. Plus grave encore, ils se distinguent par leur déficit de communication sur ce problème. Ils abandonnent les étudiants à eux-mêmes, à la merci des difficultés. Comme si cela était normal. Comme si étudier rimait avec galérer.

La bancarisation des bourses, la réforme-division de l’université de Bamako en 4 grandes entités – avaient donné l’espoir aux étudiants que ces failles allaient être balayées tout de go. Mais il est ahurissant, mais vraiment ahurissant, de constater qu’on en est toujours au statu quo. Il n’y a eu aucune éclaircie dans le ciel brumeux et triste de l’enseignement supérieur. Toujours les mêmes difficultés, toujours les mêmes revendications. Celles des étudiants. Celles des profs. Arriérés d’heures supplémentaires, renouvellement des administrations des universités…

N’oublions pas que la non satisfaction de ces revendications en 2011 avait provoqué grèves illimitées, arrêt des activités pédagogiques, refus de corriger les examens, rétention des notes, blocage des concours par les enseignants. Une année blanche.

L’insoutenable vie d’étudiant impacte le mental. Elle décourage, parfois jusqu’à l’abandon. L’avenir de l’enseignement supérieur malien est en jeu.

Bokar Sangaré