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Mali: insoutenable vie d’étudiant

A l'amphi de 1000 places, Facultés des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage Photo: maliactu.net

A l’amphi de 1000 places, Facultés des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage Photo: maliactu.net

La vie d’étudiant, c’est apprendre à affronter les péripéties et vicissitudes qui entrelardent la vie courante. C’est supporter les difficultés financières et matérielles, la faim, le manque de sommeil, les humiliations… Ce sont des situations à traverser avec philosophie. C’est bien sûr l’espoir que demain, une fois le diplôme en poche, le meilleur viendra. Qu’ « après la pluie, le beau temps ». Que le bonheur n’ouvre jamais ses bras à une tête qui n’a pas connu la souffrance.

Les difficultés de la vie d’étudiant, les grands titres de la presse locale ne s’y intéressent que très peu. On ne sait pas pourquoi. Si quelqu’un choisit d’en parler, c’est le plus souvent un entrefilet. Pas de trace d’un témoignage d’étudiant. Aucune responsabilité n’est située. Chaque année, l’octroi des trousseaux et bourses pose problème et fait grand bruit dans les universités et grandes écoles maliennes. Dans les amphis, au Campus, un vent de colère et de déception souffle régulièrement sur nombre d’étudiants. J’ai déjà consacré de nombreuses chroniques à ce constat récurrent.

Chaque année, le modique trousseau de 35 000 et quelques francs CFA, alloué à tous les étudiants réguliers, qui devrait être payé avant la reprise des cours, n’est le plus souvent perçu par les étudiants qu’à la fin de l’année académique. Les bourses sont, quant à elles, sont payées avec 4 à 5 mois de retard.

Cette année ne fait pas exception. A l’Université des Lettres, des Langues et des Sciences du langage, cela fait 3 mois que les étudiants n’ont rien perçu, pas même les trousseaux. Ce véritable dysfonctionnement ne date pas d’aujourd’hui. Il s’agit même d’une composante naturelle de la planète universitaire malienne. Les étudiants s’y sont habitués et n’en font presque plus un problème… Sans trousseau, sans bourse, ils reprennent le chemin des amphis, payent les frais d’inscription, les brochures et autres copies des cours, les chambres sur les campus, la nourriture. Ni le ministère de l’Enseignement supérieur, ni le Centre National des Œuvres Universitaires (Cenou) ne semblent chercher à résoudre ce retard chronique. Plus grave encore, ils se distinguent par leur déficit de communication sur ce problème. Ils abandonnent les étudiants à eux-mêmes, à la merci des difficultés. Comme si cela était normal. Comme si étudier rimait avec galérer.

La bancarisation des bourses, la réforme-division de l’université de Bamako en 4 grandes entités – avaient donné l’espoir aux étudiants que ces failles allaient être balayées tout de go. Mais il est ahurissant, mais vraiment ahurissant, de constater qu’on en est toujours au statu quo. Il n’y a eu aucune éclaircie dans le ciel brumeux et triste de l’enseignement supérieur. Toujours les mêmes difficultés, toujours les mêmes revendications. Celles des étudiants. Celles des profs. Arriérés d’heures supplémentaires, renouvellement des administrations des universités…

N’oublions pas que la non satisfaction de ces revendications en 2011 avait provoqué grèves illimitées, arrêt des activités pédagogiques, refus de corriger les examens, rétention des notes, blocage des concours par les enseignants. Une année blanche.

L’insoutenable vie d’étudiant impacte le mental. Elle décourage, parfois jusqu’à l’abandon. L’avenir de l’enseignement supérieur malien est en jeu.

Bokar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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