Intagrist El Ansari a répondu à l’appel du désert

photo: Intagrist El Ansari

photo: Intagrist El Ansari

Marcher, marcher…, « marcher rejoindre le désert saharien ». Marcher encore pour « parcourir et vivre le chemin » qui mène à sa destination. De Paris à l’Espagne, via le Maroc et Tamanrasset, le romancier Intagrist El Ansari a largué les amarres de sa vie parisienne, sédentaire, pour observer cette « loi du désert » si chère aux Touaregs : le nomadisme. Par voie terrestre, il a relié Paris à Tombouctou en un fascinant périple qu’il relate dans son premier livre Echo saharien : l’inconsolable nostalgie (1), préfacé par l’écrivain mauritanien Mbarek Ould Beyrouk.

Le sujet du livre, on l’aura compris, est donc le Sahara, cette immensité désertique, que l’auteur ne commence à célébrer qu’à partir de Ménaka, cette ville touarègue localisée à  1500 kilomètres au nord-est de Bamako.

« … mon expédition ne prendra sens qu’en m’enfonçant dans l’immensité désertique… », écrit-il.

Aussi se glisse-t-il dans le désert pour retrouver la « liberté perdue en tombant dans la sédentarisation ». Il y rencontre en chemin, comme à Tamanrasset dans le désert algérien, des personnes qui ont leur propre histoire, y passe soirée mémorable dans un village. Extrait :

« Ce soir-là j’ai appréhendé ce qu’un ami m’avait dit en cours de route, en venant à Tam : « La grâce, je n’ai compris ce que c’est qu’en venant à Tamanrasset. ‘’ Ce soir, à mon tour, j’avais pénétré ce que j’avais toujours ressenti comme un manque, mais que je ne parvenais pas à nommer !
Touché par la grâce qui régnait et qui émanait du public, je me suis approché du marié, lui demandant de me raconter son histoire…’’ Je suis venu à Tam pour la première fois l’an dernier’’, m’a-t-il dit, avant de poursuivre : « J’y suis resté deux mois, j’ai rencontré ma femme. J’ai eu beaucoup de mal à repartir d’ici… Et en repartant chez moi, à Kidal, je ne suis pas parvenu à tenir en place, là-bas… Je suis alors revenu me marier avec elle, et nous repartirons d’ici, ensemble, dans quelques jours… »

Mais ce voyage, effectué entre 2009 et 2011, outre le fait qu’il célèbre le désert, répondait aussi chez l’auteur à un besoin d’aller à la recherche de ses racines. En effet, Intagrist retourne sur la terre de ses ancêtres, les premiers membres de la tribu des Kel Ansar établis à Tombouctou depuis le 16 e siècle.

Intagrist El Ansari est journaliste malien. Il est réalisateur et reporter.

(1) Echo saharien : l’inconsolable nostalgie, Intagrist El Ansari, préface de Beyrouk, Editions Langlois Cécile, Montgeron, Essonne, Prix 17 euros

 http://www.editionslangloiscecile.fr

Bokar Sangaré

« La France ne mourra pas tant que… »

 

Elle arrangea sa perruque, les yeux pétillants derrière ses lunettes de vue. Elle expliquait un poème « Mourir de soif de faim » du poète malien Hamadoun Ibrahima Isseberé, tiré de son recueil Les Boutures du soleil. La professeur s’est laissée aller à dire que si dans nos pays si riches nous continuons à mourir de soif et de faim, c’est que le colonisateur vaut mieux que nos dirigeants actuels. Que…

« La France est une puissance en déclin. Elle devient de plus en plus féroce. Une puissance par nature est féroce, à plus forte raison une puissance en déclin. Aujourd’hui, la France n’a rien, rien! Quiconque se met sur son passage elle l’écrase. Vous savez, c’est maintenant que le Niger commence à profiter de son uranium. Et le Mali ne peut pas résister. On n’a pas le choix et on ferait mieux d’abandonner notre fierté  »malienne » mal placée.

Mais la France ne mourra pas tant que ses ex-colonies existent. Tant que le Mali, le Congo, le Niger, la Côte d’Ivoire… ne meurent pas, la France ne mourra pas. »

Bokar Sangaré

Mali : partira, partira pas ?

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Quatre mois après sa nomination à la tête de l’exécutif, les projecteurs de l’actualité sont braqués sur Moussa Mara. Pas un seul jour ne passe sans qu’on ne parle de lui dans une presse partagée entre ses contempteurs et ses défenseurs. Certains évoquent même son imminent départ de la primature. Partira, partira pas ?

C’était inévitable. Le premier ministre Moussa Mara fait la Une des gazettes au Mali. Il se dit et s’écrit tellement de choses à son propos que l’observateur un tant soit peu averti ressent l’envie de se pincer le nez devant l’impressionnante somme d’articles sur le même sujet. Des articles dans lesquels se trouvent tous les ingrédients d’un récit kafkaïen.

Beaucoup ont jugé Moussa responsable de la dégradation de la situation à Kidal, où l’armée malienne a subi une tannée terrible à l’occasion de sa visite qui a été jugée inopportune, impréparée, visqueuse, et dont les conséquences ont été désastreuses. Les critiques ont fusé. On le disait populiste, dur d’oreille, enclin à la « bravitude ». Nombreux sont ceux qui lui en tiennent encore rigueur. Ils ne lui pardonnent pas de s’être rendu à Kidal.

Mais il n’y a pas que ça. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est qu’au sein du RPM, parti politique d’IBK, certains pontes ont encore du mal à accepter le choix du « boss » d’avoir porté Moussa Mara à la tête de l’exécutif. En choisissant Mara, IBK en a pris plus d’un au dépourvu au sein de son parti, où le souhait le plus partagé était de voir le premier ministre sortir des rangs du parti. Un souhait dont ils n’ont jamais fait mystère, témoin l’acharnement auquel ils ont soumis le premier ministre apolitique Oumar Tatam qui a fini par démissionner. En effet, Tatam Ly, qui a reçu des commentaires bienveillants dans la presse, avait été présenté comme une sorte de gibier capturé au cours d’une battue organisée par des pontes du parti d’IBK, le RMP. Une battue en prévision de laquelle beaucoup de chiens avaient été dressés. Le gibier a donc quitté le bois et a été neutralisé. Après donc sept mois à la tête de l’exécutif, le banquier n’avait pas tardé à établir la différence entre le travail dans une institution financière et celui au sein d’un gouvernement dont certains membres sont tout, sauf un troupeau docile.

Au sein du RPM, après Tatam Ly, on voulait un premier ministre qui soit politique, mais pas n’importe lequel : un des leurs. Et si IBK, encore une fois, est allé à la pêche d’un premier ministre hors des murs de sa famille politique, on est en droit de dire qu’il y a baleine sous le gravier. Certains observateurs y ont décelé une sorte de désaveu d’IBK vis-à-vis de ses camarades du RMP, lesquels, de leur côté, ont parlé d’une entorse à la démocratie.

Aujourd’hui, il existe entre Moussa Mara et certains pontes ou apparatchiks du RPM comme une sorte de guerre froide, qui a fini par migrer dans la presse où les deux camps ont trouvé des « avocats de second ordre ».

Ainsi, dans un récent article « Primature ou mosquée ? », qui contient une bonne dose de naïveté, le journal « La Révélation » s’en prend à Moussa Mara, qui est présenté comme un vulgaire opportuniste, un P.M. inexpérimenté, dont les visites de travail hors de Bamako ont l’allure d’une campagne électorale où il « offre en son propre du sucre, des tee-shirts et des copies du coran aux populations locales ». Un P.M. qu’IBK ne garderait que malgré lui… Autant dire que c’est un article déséquilibré, qui n’a pas demandé plus d’une heure de peine, et dont on se demande si celui qui l’a commis n’est pas un… journaliste alimentaire.

Moussa partira ou ne partira pas ? La question reste posée, et les jours à venir nous édifieront davantage. Mais, une chose est sûre, c’est qu’en se débarrassant de Mara, IBK va prêter le flanc aux critiques et confortera ceux qui ne veulent pas entendre parler d’un départ de Mara, et selon lesquels « IBK a peur que Mara ne lui fasse de l’ombre ».

Bokar Sangaré

Mali : ni Azawad, ni autonomie, ni indépendance…

photo: springtimeofnations.blogspot.com

photo: springtimeofnations.blogspot.com

Dans la vie d’une nation, il est des moments où tout va mal, tout, et tout le monde s’en rend compte, du plus vieux au dernier-né, générant ainsi une sorte de « panique au pays » qui profite aux prophètes de malheur de tout poil. La période que le Mali traverse depuis longtemps maintenant ne fait pas exception. C’est une sorte de période ‘’roman’’, faite de péripéties terribles pour tout un peuple offensé dans sa dignité, son amour-propre, et à qui on a pu éviter de sombrer dans le pessimisme, d’acquérir un état d’esprit sceptique qui lui fait croire chaque jour davantage à la Nakba, oui, c’est le terme, car comment qualifier autrement la partition d’un pays ?

La situation du Mali, c’est un fait, ne porte pas à l’optimisme. Nous connaissons le pouvoir malien, nous le savons d’une faiblesse vertigineuse qui le rend incapable de décisions précises- c’était le cas jusqu’à maintenant- concernant la question du nord du pays où sa voix ne porte plus, son autorité s’est effritée au moment où l’armée nationale y a cédé devant l’implacable rouleau compresseur des groupes rebelles armés MNLA, HCUA, MAA…, dont les drapeaux flottent, outre Kidal, sur Djebock, à 45 km de Gao, sur Ber, à 53 km de Tombouctou. Inutile de dire que le statu quo au nord frise l’inacceptable, et que celui Sud n’en demeure pas moins une raison pour retirer sa confiance aux détenteurs actuels des leviers du pouvoir. Parce qu’il y a eu un vote, un plébiscite, avec 77 % des suffrages exprimés pour IBK, pour restaurer l’ordre politique et l’Etat. Un Etat solide, comme jamais il n’a été, qui n’aura aucune commune mesure avec celui que nous avons maintenant, compartimenté, coupé en deux, avec une partie qui semble couler comme de l’eau entre les doigts du pouvoir.

La presse locale parle, tous les jours, et dans tous les sens, des pourparlers inclusifs qui démarreront à Alger le 16 juillet prochain, entre le gouvernement malien et les groupes rebelles armés (HCUA, MNLA, MAA…) et d’autodéfense. C’est une presse qui est vent debout, qui s’interroge sans cesse par rapport à cette question des négociations, et, plus important encore, s’avance jusqu’à placer le président Keïta au centre des critiques, lui reprochant une gestion de l’Etat, à la diable, d’une opacité rare, dénonçant la mise sur pied d’une oligarchie. Au point que le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a été détourné en « La famille d’abord ! ».

Force est de constater qu’au Mali, la presse fait plus de politique que la politique elle-même qui, à propos des pourparlers, s’est installée jusqu’ici dans le mutisme. Il aura fallu que le Parena, et oui, encore ce parti, on se souvient du mémorandum polémique sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, au grand soulagement de beaucoup, ne brise la glace lors de sa conférence de presse donnée le samedi dernier par son président sur la « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? » Le parti du bélier blanc propose la réunion d’ « une Table ronde majorité/opposition élargie aux autres forces vives du pays pour élaborer une Plateforme et une vision malienne qui seront défendues par les négociateurs du gouvernement » et « l’élection des gouverneurs de toutes les régions du Mali par des assemblées régionales élues à la proportionnelle et disposant de réelles compétences dans le cadre du principe démocratique de la libre administration des collectivités territoriales ».

Bien entendu, la perspective de la tenue des pourparlers à Alger n’a pas laissé l’opinion indifférente. Elle vaut aujourd’hui à ce pays d’être criblé de reproches, d’accusations qui ne sont pas gratuites pour la plupart. C’est vrai, il est impossible de garder la tête froide à la veille de ces négociations, surtout après la lecture du « document de projet d’institutions pour un statut particulier de l’Azawad », signé respectivement par Bilal Ag Achérif, Alghabass Ag Intallah et Sidi Ibrahim Ould Sidati. Dans ce document, dont la presse s’est fait l’écho, il est parlé de doter l’Azawad d’institutions, ce qui débouche sur « une collectivité qui remplacera Tombouctou, Gao, Kidal et leurs cercles » avec une autonomie de gestion.

Les groupes armés ne méritent pas d’être autorisés, mais ils font partie du champ médiatique national et international. Que le gouvernement malien accepte de négocier avec eux, qu’on le veuille ou non, ne doit pas jeter aux mites ces différentes interrogations:

Une autonomie pour faire quoi ? Pour faire bande à part dans un pays qui craque de partout, dans un pays où la démocratie et l’Etat de droit constituent encore un problème de fond ? Une autonomie parce qu’il s’agit d’une région qui révèle de potentiels extractifs en minerais, pétrole, gaz, gisements de terres rares, etc. Une autonomie parce que la communauté et quelques idiots spécialisés ou spécialistes ès charabia ont été assez dupes de croire à ce discours séparatiste selon lequel le Nord a été sciemment maintenu dans le sous-développement ?

Alors qu’on sait pertinemment qu’au Mali, de Kayes à Kidal, les systèmes éducatif, culturel… se désagrègent. Partout, c’était la même politique de démission qui a été menée. Et si les groupes rebelles pensent qu’avec l’autonomie ils pourront relever seuls ces défis, c’est qu’ils sont politiquement immatures.

Enfin, pour finir, le MNLA n’est, et n’a toujours été qu’un groupe Facebook, avec un projet constitué par des étrangers. Ce groupe armé n’est constitué que d’une poignée d’individus qui ne représentent qu’eux-mêmes. Les « rebelles » du MNLA ne sont pas des Messies, c’est pourquoi la majorité des Touareg les évitent, comme on regarde une merde sous sa semelle.

Boubacar Sangaré

HCUA : Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA : Mouvement arabe de l’Azawad

MNLA : Mouvement national de libération de  l’Azawad

Parena : Parti pour la renaissance nationale

Mali : qu’on se le dise, c’est l’échec d’une Nation !

 

Mme Togola Marie Jacqueline, ministre de l'Education nationale malienne, photo : mali-web.org

Mme Togola Marie Jacqueline, ministre de l’Education nationale malienne, photo : mali-web.org

La presse locale et l’opinion publique n’en finissent pas de s’enflammer. Cette affaire charrie la colère, les accusations et les interpellations. Une fois n’est pas coutume, et pourtant ! Les sujets des examens scolaires nationaux ont fait fuite, mettant dans l’embarras le département de l’éducation qui avait garanti que, cette année, toutes les dispositions avaient été prises pour parer à toute éventualité. Une bien petite naïveté, car c’était sans compter sur la mafia de corrupteurs tapis dans l’ombre dans le département, dans les académies… et qui, chaque année, vendent des sujets d’examens nationaux. Cette chaîne va du département de l’éducation aux académies d’enseignement, en passant par les établissements secondaires.

Chaque année, les sujets font fuite, circulent dans les salons, les rues, entre les quartiers, sont envoyés par SMS, sont polycopiés dans les cybercafés avant même la date des épreuves. Tout le monde le sait depuis bientôt une décennie. Le phénomène gagnait en ampleur, était devenu un fait commun et banal pour ne pas dire une réalité qui dépasse tout le monde. Presque tous ceux qui ont eu à gérer ce département ont été confrontés à ce phénomène de honte.

Quand l’opposition argue que le président Keita a placé son régime sous le signe du changement, donc que de tels événements ne devraient pas se produire, elle joue son rôle, il est vrai. Mais, elle a cédé trop vite à la facilité en parlant de l’incompétence de Moussa Mara et sa ministre de l’Education. L’opposition a cédé à la facilité, car elle s’est refusée à toute réflexion nécessaire à propos de cette affaire.

Des sanctions vont tomber, les premières ont déjà été prononcées.

Cependant, rappelons que la fuite des sujets d’examens scolaires pose tout simplement la question de ce qui reste de nos valeurs ancestrales. Quelles valeurs dans une société en situation de faillite, en état de décomposition morale et intellectuelle avancée ? Une société qui poursuit sa terrible marche à reculons. Il faut convenir avec K. Selim, l’éditorialiste vedette du Quotidien d’Oran, qu’ : « Une société n’est jamais immobile, elle est en mouvement. Mais le cadre dans lequel elle évolue influe sur la direction de ce mouvement. Cela peut-être un mouvement vers l’avant ou la créativité et la solidarité des femmes et des hommes s’expriment sur la base d’un patriotisme historique. Cela peut également – et les exemples ne manquent pas- être un mouvement régressif ou l’idéal national s’étiole au profit du  » localisme »…(1) ».

Au Mali, la société est en mouvement mais régressif : laisser-aller général, misère dans les familles et les hôpitaux, chômage du père, des fils et des filles…

Cette affaire de fraude dans les examens scolaires n’est que le symptôme d’un Mali contaminé d’abord par les salopards et les voyous, et ensuite par une bourgeoisie cossue qui veut tout subjuguer convaincue que l’avenir du pays ne peut et ne doit reposer que sur ses propres enfants. Des enfants pour lesquels elle est prête à tout. Une bourgeoisie qui ignore que « ceux qui trichent dans la vie ne savent pas où ils vont (2) ».

Dans cette affaire, il y a un constat d’échec à faire par tout un chacun. C’est toute une nation qui a échoué. N’oublions pas qu’il y a ceux qui vendent les sujets et qu’il y a ceux qui les achètent !

(1) Ghardaïa, pourquoi ? K. Selim, Le Quotidien d’Oran
(2) Les Frasques d’Ebinto, Amadou Koné (roman)

Boubacar Sangaré