Mali : partira, partira pas ?

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Quatre mois après sa nomination à la tête de l’exécutif, les projecteurs de l’actualité sont braqués sur Moussa Mara. Pas un seul jour ne passe sans qu’on ne parle de lui dans une presse partagée entre ses contempteurs et ses défenseurs. Certains évoquent même son imminent départ de la primature. Partira, partira pas ?

C’était inévitable. Le premier ministre Moussa Mara fait la Une des gazettes au Mali. Il se dit et s’écrit tellement de choses à son propos que l’observateur un tant soit peu averti ressent l’envie de se pincer le nez devant l’impressionnante somme d’articles sur le même sujet. Des articles dans lesquels se trouvent tous les ingrédients d’un récit kafkaïen.

Beaucoup ont jugé Moussa responsable de la dégradation de la situation à Kidal, où l’armée malienne a subi une tannée terrible à l’occasion de sa visite qui a été jugée inopportune, impréparée, visqueuse, et dont les conséquences ont été désastreuses. Les critiques ont fusé. On le disait populiste, dur d’oreille, enclin à la « bravitude ». Nombreux sont ceux qui lui en tiennent encore rigueur. Ils ne lui pardonnent pas de s’être rendu à Kidal.

Mais il n’y a pas que ça. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est qu’au sein du RPM, parti politique d’IBK, certains pontes ont encore du mal à accepter le choix du « boss » d’avoir porté Moussa Mara à la tête de l’exécutif. En choisissant Mara, IBK en a pris plus d’un au dépourvu au sein de son parti, où le souhait le plus partagé était de voir le premier ministre sortir des rangs du parti. Un souhait dont ils n’ont jamais fait mystère, témoin l’acharnement auquel ils ont soumis le premier ministre apolitique Oumar Tatam qui a fini par démissionner. En effet, Tatam Ly, qui a reçu des commentaires bienveillants dans la presse, avait été présenté comme une sorte de gibier capturé au cours d’une battue organisée par des pontes du parti d’IBK, le RMP. Une battue en prévision de laquelle beaucoup de chiens avaient été dressés. Le gibier a donc quitté le bois et a été neutralisé. Après donc sept mois à la tête de l’exécutif, le banquier n’avait pas tardé à établir la différence entre le travail dans une institution financière et celui au sein d’un gouvernement dont certains membres sont tout, sauf un troupeau docile.

Au sein du RPM, après Tatam Ly, on voulait un premier ministre qui soit politique, mais pas n’importe lequel : un des leurs. Et si IBK, encore une fois, est allé à la pêche d’un premier ministre hors des murs de sa famille politique, on est en droit de dire qu’il y a baleine sous le gravier. Certains observateurs y ont décelé une sorte de désaveu d’IBK vis-à-vis de ses camarades du RMP, lesquels, de leur côté, ont parlé d’une entorse à la démocratie.

Aujourd’hui, il existe entre Moussa Mara et certains pontes ou apparatchiks du RPM comme une sorte de guerre froide, qui a fini par migrer dans la presse où les deux camps ont trouvé des « avocats de second ordre ».

Ainsi, dans un récent article « Primature ou mosquée ? », qui contient une bonne dose de naïveté, le journal « La Révélation » s’en prend à Moussa Mara, qui est présenté comme un vulgaire opportuniste, un P.M. inexpérimenté, dont les visites de travail hors de Bamako ont l’allure d’une campagne électorale où il « offre en son propre du sucre, des tee-shirts et des copies du coran aux populations locales ». Un P.M. qu’IBK ne garderait que malgré lui… Autant dire que c’est un article déséquilibré, qui n’a pas demandé plus d’une heure de peine, et dont on se demande si celui qui l’a commis n’est pas un… journaliste alimentaire.

Moussa partira ou ne partira pas ? La question reste posée, et les jours à venir nous édifieront davantage. Mais, une chose est sûre, c’est qu’en se débarrassant de Mara, IBK va prêter le flanc aux critiques et confortera ceux qui ne veulent pas entendre parler d’un départ de Mara, et selon lesquels « IBK a peur que Mara ne lui fasse de l’ombre ».

Bokar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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