Mali: non, au Nord il n’y a pas que ceux qui veulent d’Azawad!

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

Ce lundi 1er septembre, le second round des négociations entre les groupes rebelles armés et le gouvernement malien doit démarrer à Alger. Il s’agira pour les deux parties d’engager un dialogue débarrassé de tout faux-fuyant, qui conduira à un accord global et définitif. Un accord qui sonnera l’épilogue d’une crise sécuritaire qui aura rendu groggy tous ou presque. Il ne fait aucun doute que, partout dans le pays, l’on dédiera une attention sans pareille à ces pourparlers, attendus depuis bientôt un an. Rares sont ceux qui contestent que c’est aussi l’avenir du régime d’IBK qui est en filigrane de ces négociations.

La semaine dernière, une rencontre dite « des mouvements de l’Azawad » a eu lieu à Ouagadougou. En sortant, les groupes armés présents ont fait une déclaration. Ces « mouvements politico-militaires » ont uni leur voix pour demander « un statut politique et juridique pour l’azawad ». C’était le point nodal de cette rencontre.

C’est un fait, le groupe indépendantiste MNLA et ses émules HCUA, MAA & consorts ont ressorti toutes sortes de discours au sujet du Nord du Mali. Le septentrion a été présenté comme absent ou exclu de la considération du pouvoir politique central de Bamako. Dans la surenchère verbale, les groupes armés ont même accusé le pouvoir d’avoir sciemment maintenu le Nord dans le sous-développement. Ils prétendent que les peuples sahariens, peuls, sonrhaï, Touareg, Arabes…devenus, dans leurs bouches, le « peuple de l’Azawad/Nord du Mali » mènerait « depuis plus de 50 ans la lutte pour donner à l’Azawad un statut spécifique, conforme à ses réalités géographiques, économiques, sécuritaires, sociales et culturelles… »

Cette manière de présenter les choses est inacceptable. L’appellation « peuple de l’Azawad/Nord Mali » n’est que pure invention de leur part, une invention dangereuse. En tenant de tels propos, ces groupuscules nient le droit d’exister aux populations septentrionales. Ils les privent de leur droit à décider d’eux-mêmes, à choisir pour eux-mêmes…

Depuis 50 ans, les populations peuls, sonrhaïs, une immense majorité des touareg et arabes se voient classer, par ceux qui prennent les armes, dans un ensemble dans lequel ils ne se reconnaissent pas, et avec quel ils n’ont rien à voir. Dire cela, c’est être de ceux qui ne refusent pas de voir.

On peut prendre les armes et sombrer dans le marais du gangstérisme, du banditisme. On peut du jour au lendemain donner un caractère politique à ce qui n’était au départ qu’un soulèvement ethnique dû à une rivalité tribale – car c’était cela, qu’on le veuille ou non. On a le droit de chercher à se trouver des « amis » chez les puissants ; et pour des raisons plus ou moins morales on peut en trouver. Mais personne n’a le droit, quelque soit le degré de gangstérisme atteint, de parler au nom de populations qui ne se reconnaissent pas dans les discours tenus.

Des « amis » puissants peuvent aider, mais cela ne change rien au fait que ce genre de combat n’est composé que de surenchère démagogique et identitaire. Tôt ou tard, ces Peuls, Touareg, Arabes, Sonrhaï, toutes les populations qui ne se reconnaissent pas dans ce prétendu ensemble « Azawad/Nord Mali » vont se décider à dire basta !

Partout au Mali, la corruption, le péculat, l’injustice sociale, le népotisme, la politique de démission des tenants du pouvoir sont, chaque jour, une composante naturelle de la vie du peuple. Partout, de Kayes à Kidal, ces tristes réalités sont vécues, au quotidien, par les millions de Maliens et de Maliennes qui se battent, sans retenue, pour survivre. Si au Nord, comme partout ailleurs dans les autres régions, la plupart des communautés n’ont jamais pris les armes contre l’Etat malien, ce n’est pas parce qu’elles somnolent dans leur misère. Non, loin de là ! Au contraire, elles savent mieux que personne que le Nord, ce ne sont que des immensités dont les arbres, la plupart couverts d’épines, le sable, les eaux… se disputent le contrôle. Elles le savent, mais n’en font pas un problème. Elles sont assez sages pour savoir que prendre les armes et former un groupe de merde n’a jamais apporté le bien être aux populations au nom desquelles il prétend parler !

Boubacar Sangaré

Mali : le temps des démagogues et des pisse-copie

Dans la presse, nos pisse-copie s’aveuglent sur l’assise clanique du pouvoir, le népotisme, le clientélisme, la dérive oligarchique. Pas une réflexion sur l’agitation du front social, avec surtout cette grève dont la mèche a été allumée par l’UNTM. Rien sur tout cela, à part la rengaine révoltante d’un pays en lambeaux, en crise…

Mohamed Ag Erlaf et Soumaila Cissé, Photo montage: Maliweb

Mohamed Ag Erlaf et Soumaila Cissé, Photo montage: Maliweb

Au Mali, c’est le temps des démagogues et des pisse-copie. Ils sont combien ceux qui n’ont pas cédé à l’emballement après la lecture de certaines informations qui annonçaient que tel ou tel homme politique était pressenti comme futur premier ministre ? Ils sont très peu. Le temps est propice à la démagogie et à la pisse-copie. L’épouvante que provoquent les océans de problèmes du Mali est encore accentuée par l’exercice déprimant qu’est devenue la lecture de la presse, où il est de tradition maintenant de produire une grande quantité d’articles, teintés de démagogie, qui n’apportent pas grand-chose au lecteur. Les journaux seraient donc dotés du pouvoir de désigner le futur occupant de la primature !

Pourquoi des journaux, dont l’un est un grand titre, ont-ils rapporté des informations, relevant presque de la formule « la pro de l’impro », selon lesquelles Soumaila Cissé serait choisi par la communauté internationale, ou encore Mohamed Ag Erlaf, aussi annoncé à la tête d’un gouvernement d’union nationale qui habite désormais le rêve de beaucoup de gens ? Cela est facile à comprendre, ou bien cela est dans l’ordre des choses, diront certains, surtout les nombreux tenants de l’interprétation, d’après laquelle il existe dans ce pays une forme de journalisme dégoulinant de démagogie, et qui a même quelque chose d’assez répugnant.

C’est vrai, « le gouvernement Moussa Mara, environ cinq mois après sa formation, semble noyé dans le vaste océan des problèmes du Mali et incapable d’apporter des réponses appropriées aux préoccupations de nos compatriotes. Pourtant, à sa constitution, l’équipe gouvernementale a bénéficié de préjugés favorables. Mais, le pilotage à vue et les combines politiques et familiales nuisent au second gouvernement du régime d’Ibrahim Boubacar Keita, à telle enseigne que le Mali s’enfonce dans le gouffre jour après jour. (1)» Si l’on est un tant soit peu intellectuellement honnête, on ne modifiera rien à ces constats d’Ogopémo Ouologuem. L’action gouvernementale, pour être efficace, à défaut du soutien de l’opposition politique, devrait avoir l’appui de la majorité présidentielle. Mais, immense désolation, celle-ci semble plutôt encline à mettre en échec Moussa Mara. Et pourtant, les membres du parti présidentiel, le RPM (Rassemblement pour le Mali ), n’hésitent pas à faire de nombreuses déclarations dans la presse pour expliquer que leur relation avec le premier ministre ne souffre d’aucune éraflure.

Dans la presse, nos pisse-copie s’aveuglent sur l’assise clanique du pouvoir, le népotisme, le clientélisme, la dérive oligarchique. Pas une réflexion sur l’agitation du front social, avec surtout cette grève dont la mèche a été allumée par l’UNTM (Union nationale des travailleurs du Mali ). Rien sur tout cela, à part la rengaine révoltante d’un pays en lambeaux, en crise, des articles qui salopent Moussa Mara et son gouvernement, jugés incapables de générer des solutions. Oui, on se sent dans un pays où aucun changement important ne se produit. Mais de là à citer le nom de tel ou tel homme politique comme futur premier ministre, il y a un pas qu’on n’aurait pas dû franchir. Cela s’appelle du « foutage de gueule ! »

« Des rumeurs que j’ai découvertes dans la presse… »

Soumaila Cissé serait celui que la communauté internationale aurait choisi pour être à la tête d’un gouvernement d’union nationale pour, dit-on, « sortir le pays de la crise », « amorcer le dialogue politique… » Interrogé par le journal La Nouvelle Libération, il a dit que ce sont « des rumeurs qu’ (il a) découvertes dans la presse comme tout le monde. », et qu’il n’a « eu aucun contact à ce sujet avec aucun membre de la communauté internationale. » On ne peut être plus clair.

« Ça m’étonnerait bien fort, nos milieux politiques bamakois n’ont pas encore atteint ce niveau d’élévation, à mon sens ! Le président ne prendra pas un opposant dans les rouages de l’Etat; ce qui est dommage d’ailleurs, car ça aurait été la seule façon d’équilibrer le pouvoir », a commenté un ami journaliste et écrivain. Il ne fait aucun doute que cela aurait eu le mérite d’équilibrer le pouvoir. Mais, il est difficile de ne pas dire que ce serait une cohabitation tout sauf calme, entre un président et son opposant. Quelques exemples, même s’ils sont éloignés de nous, suffisent pour s’en convaincre. En France, il y eut les cohabitations Mitterrand (Parti socialiste)-Chirac (RPR), Chirac (RPR)-Jospin (Parti socialiste). Mitterrand-Chirac, c’était la première fois qu’allaient cohabiter, sous la Ve République en France, un président et un premier ministre de tendances politiques divergentes. La cohabitation IBK-Soumaila n’est pas préparée, et le Mali d’ailleurs n’a pas encore cette culture démocratique.

Keep cool !

Mohamed Ag Erlaf, Soumaila Cissé… ne seraient que les premiers ministres des pisse-copie qui ont enfourché le cheval de la démagogie, de la spéculation, donnant à quelques lascars une belle occasion de s’en prendre à cette presse qui n’a toujours pas le comportement que le lectorat est en droit d’attendre. Une presse qui a atteint un grand niveau d’indécence.

Etre premier ministre, cela reste une affaire de compétences, de choix du président et de chance…et non de personne. Donc, keep cool !

(1) Gouvernement Moussa Mara, ces combines qui étouffent la République, Les Echos, Ogopémo Ouologuem

Boubacar Sangaré

Mali : IBK, un an après…

Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali

Ibrahim Boubacar Keïta, président de la République du Mali.

Le 11 août 2013,  le candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Keïta, a raflé la mise au second tour de la présidentielle avec 77,6 % des suffrages. Un véritable plébiscite, un raz-de-marée qui a achevé de le convaincre de la totale confiance que les Maliens avaient en lui pour desserrer l’étau de la crise sécuritaire et institutionnelle ayant ébranlé le pays. Un an après, où en est la situation sociopolitique au Mali ?

C’est un pays complètement groggy qui a dit oui à Ibrahim Boubacar Keïta il y a un an. Un foireux coup d’Etat, une rébellion armée qui a précipité le passage des trois régions du Nord-Tombouctou, Gao et Kidal- sous le contrôle des hordes de barbares d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine, jetant ATT et son régime sous les feux des médias locaux et étrangers, lesquels s’accordaient à parler d’un pays plongé dans le marais de la corruption, le gouffre d’une vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat, l’absence de justice… Un pays dévasté.

« Le Mali d’abord », c’est le slogan de campagne qui a raffermi l’espoir des Maliens, et les a amenés à voir en IBK celui qui permettra à ce pays de tourner la page sombre de la crise. Et IBK savait mieux que personne que les chantiers sont vastes : éducation, justice, emploi, armée, réconciliation nationale, diplomatie… Autant dire que c’est un pays où tout est à refaire.

Mais vite, ceux qui espéraient que l’élection allait être un coup de baguette magique, ont laissé s’exprimer leur impatience vis-à-vis d’un pouvoir qui sait pourtant qu’il faut du temps pour apaiser 21 mois de chaos et près de 20 ans de laisser-aller.

Arrestation du capitaine Sanogo, l’élection au poste de président de l’Assemblée nationale de Issiaka Sidibé (qui est le beau-père de Karim Keïta), affaire Tomi, candidature de Karim Keïta aux législatives, avion présidentiel… ce sont là quelques événements d’intérêt puissant qui ont marqué l’an I de l’élection d’BK, et qui lui ont valu d’être au centre des critiques plus dans la presse qu’au sein de l’opposition politique. On lui reproche une gestion à la diable de l’Etat, une tendance à l’installation d’une oligarchie. Dans la presse, on en est même arrivé à détourner la Trinité avec l’élection de l’honorable Issiaka Sidibé en « Au nom du père, du fils, et du…beau père ! ». Le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a aussi été détourné en « Ma famille d’abord ! »

Une opposition qui ne veut pas la mettre en veilleuse…

A la différence de ces prédécesseurs, IBK n’a pas à faire à une opposition qui la met en veilleuse et laisse faire. On a souvenance du Mémorandum polémique que le Parena de Tiébilé Dramé a publié sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, lequel a suscité chez les tisserands du RPM des insultes, des réactions vives à destination du parti du bélier blanc. D’aucuns ont décelé dans la réaction du RPM une ignorance du principe selon lequel la politique, comme la pensée, progresse par la critique. Le Parena a récidivé en tenant une conférence de presse donnée par son président, avec comme thème « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? ».

Il y aussi eu la motion de censure introduite à l’A.N par l’opposition pour abattre le gouvernement Moussa Mara. Mais elle n’a pas passé, et nombreux sont ceux qui sont convaincus que c’était une initiative de la majorité présidentielle pour « couillonner » le peuple.

Pour le grand bonheur du régime d’IBK et de la démocratie malienne, il existe une opposition qui surveille, alerte et qui semble dire « Attention, quand il y a dérive, je suis là et je protesterai… »

Même si, et malheureusement, elle plonge le plus souvent dans la passion et les calculs politiciens. Ou du moins en abusant de son statut.

L’inévitable négociation avec les groupes armés du Nord…

On le sait, l’intransigeance dont IBK a fait montre dans ses discours sur la situation au nord du pays lui a valu la sympathie de beaucoup au sein de l’électorat, qui voyait, impuissant, le pays se déglinguer, s’installer dans une menace de partition. C’est donc pour restaurer l’Etat de droit, la stabilité qu’IBK a été élu. Mais celui qui se disait intransigeant vis-à-vis des revendications séparatistes des rébellions MNLA, HCUA…, a été rattrapé par la réalité qui, vue sous toutes ses facettes, indiquait que la négociation est inévitable.

Aujourd’hui, tout le monde le sait, l’avenir du régime d’IBK dépend de l’issue favorable de ces négociations dont la première étape démarrera le 1er septembre à venir à Alger entre le gouvernement et les groupes armés.

Un gouvernement qui mène une vie de bâton de chaise…

En seulement un an, IBK a eu deux premiers ministres : Oumar Tatam Ly et Moussa Mara. Le premier a démissionné à cause d’une cohabitation devenue difficile avec le président dont les camarades du RPM et certains ministres voulaient sa tête. Moussa Mara l’a remplacé à la tête de l’exécutif et se retrouve sous les feux des critiques. Et des rumeurs, qui ne sont jamais anodines, disent qu’il souffle dans l’air des indices de remaniement au sein du gouvernement. Certaines informations vont jusqu’à dire que la Communauté internationale aurait choisi Soumaila Cissé pour diriger l’exécutif…C’est un gouvernement qui vit sous le coup d’une menace de rupture permanente. C’est un gouvernement qui a passé plus de temps à gérer les crises politiques qu’à faire le travail qui lui a été confié. C’est surtout un gouvernement, dont le chef a reçu moins plus de contributions politiques que d’appels demandant son départ.

Cherté de la vie, un préavis de grève du 20 au 22 août prochain déposé par l’UNTM pour réclamer de meilleures conditions de travail et la baisse des tarifs d’eau et d’électricité, gestion des affaires foncières, système éducatif, dialogue de sourds entre majorité et opposition à l’assemblée, gel de l’aide financière de l’institution de Bretton Woods ( FMI) et la Banque mondiale avec comme résultat une économie plombée…voilà des tâches qui, un an après, se dressent comme des épines sur le chemin d’IBK.

Qu’à cela ne tienne, l’espoir est permis.

Boubacar Sangaré

Ebola, Jean-Marie Le Pen et la question de l’immigration

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Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national, photo : tempsréelnouvelobs.com

C’est un fait, la fièvre hémorragique à virus Ebola a placé l’Afrique sous les projecteurs de l’actualité et installé un climat de peur générale. En Afrique de l’Ouest, elle connaît une flambée avec, selon Organisation mondiale de la santé, 1069 morts essentiellement en Guinée-Conakry, Liberia,  Sierra Leone et au Nigeria, qui sont les pays les plus touchés. De partout montent des appels à la vigilance face à une maladie qui se révèle foudroyante. Le continent est dans un état d’alerte permanent. Un malheur qui est en train de semer la dévastation, la désolation. Comme pour donner raison à Albert Camus dans Caligula :

« On ne choisit pas le malheur, mais c’est le malheur qui choisit.»

Mais ce qui choque, c’est que cette épidémie, outre le fait qu’elle a inspiré des comédiens, des cinéastes sur le continent ou ailleurs et fait des vagues, donne à quelques fachos et politiciens en mal d’inspiration, matière à clabauder, amalgamer et étaler devant tout le monde leur haine « de l’autre ».

D’aucuns se demanderont quel est le rapport avec Jean-Marie Le Pen. Simplement parce que ce vieux tribun, serial provocateur, a encore puisé à pleines mains dans l’abécédaire de la xénophobie de l’extrême droite pour railler l’Afrique frappée par la FHVE. C’était en mai dernier, a-t-on lu sur le site de RTL, lors d’un cocktail de presse où celui qui est aujourd’hui le président d’honneur du Front national a évoqué « l’explosion démographique dans le monde, le risque de submersion de la France par l’immigration et le remplacement de la population qui est en cours ». C’est là, peut-on vraiment l’affirmer, les idées qui servent de fonds de commerce à l’extrême droite en Europe, surtout en France.

On le sait, en France, le Front national est le grenier d’idées xénophobes, racistes, islamophobes, ce qui l’a diabolisé auprès d’un grand nombre de l’électorat. Même si, ces derniers temps, sa présidente Marine Le Pen a entrepris une vaste campagne de dédiabolisation qui semble avoir l’effet d’un pétard mouillé, en regard des actes et déclarations racistes dont se sont rendu coupables des candidats du parti.

Pour Jean-Marie Le Pen, pour qui l’immigration serait une menace, « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois » ? Voilà une trouvaille vaccinale, mais sardonique, contre ce qui est perçu par le Front national comme une épidémie : l’immigration. Ainsi, l’immigration est devenue une hantise, un sujet qui est plus cher à Jean-Marie Le Pen que le vieux cœur qui bat dans sa poitrine, un fouet dans sa main avec lequel il ne se lasse jamais de cingler dans ses discours les immigrés.

Pour le Front national et son électorat, le problème n’est pas le chômage, la dégradation de la santé financière… Pour eux, le problème est l’étranger, immigré noir ou arabe, qui est brandi en permanence comme une menace. Et le plus grave, c’est que ce parti est en train de monter en force, en témoigne le score de Marine Le Pen à la dernière présidentielle et la victoire du FN au récent scrutin européen. D’ores et déjà, des commentateurs politiques parient sur une présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle en 2017.

Disons-le clairement, s’il y a aujourd’hui un mensonge qu’on jette aux Européens comme des os aux chiens, c’est de leur faire croire que l’immigration est la seule menace. Au point que les politiques prennent des mesures pour tarir le flux de migrants qui arrivent à Lampedusa, traversent le détroit de Gibraltar… Personnellement, je crois à cette règle, qui n’est écrite nulle part, selon laquelle « rien ni personne ne peut arrêter un être humain qui a décidé de quitter sa terre pour un ailleurs qu’il juge meilleur (1) ».

Les propos de Jean-Marie Le Pen n’ont pas fait l’objet d’une forte dénonciation dans la classe politique et la presse française, ce qui est grave à une époque où ailleurs en Espagne, en Italie, aux Etats-Unis, au Canada, la tendance est à la reconnaissance du fait que l’immigration contribue à l’amélioration de la croissance économique. Ce qu’il faut signaler à l’attention de Jean-Marie Le Pen, qui semble appartenir à une époque révolue, c’est que le temps est à l’évolution des peuples, au métissage, aux mouvements des populations, et que le vrai problème de son pays, voire de toute l’Europe, c’est la faillite de la politique économique.

Et, on ne peut pas ne pas dire qu’il rit du malheur des Africains, ce qu’on pourrait appeler du « terrorisme moral ».

(1) L’Union européenne est en panne. Réponses inappropriées, erreurs diplomatiques, valeurs perdues… Face au flux d’immigration arabe, l’Europe s’entête et s’enlise, Slate Afrique, Akram Belkaïd, le 2 mai 2011.

Boubacar Sangaré

Mali : l’hydre Iyad AG Ghaly

Iyad Ag Ghali, Photo: militantvibes.com

Iyad Ag Ghali, Photo: militantvibes.com

Iyad Ag Ghaly, Abou Fadl de son nom de guerre, a créé l’émoi avec son apparition dans une vidéo, mise en ligne le 29 juillet sur les réseaux djihadistes. Il s’en prend à la France, l’ennemi qu’il s’est découvert, l’accusant d’être intervenue dans la région pour les richesses du sous-sol. Il appelle à la combattre. Celui que presque tout le monde disait mort, caché en Algérie vient de réussir un véritable exploit médiatique. Tout le monde en parle. Occasion inespérée pour faire parler de lui, de son mouvement Ansar Dine, pourtant estampillé terroriste et qui est à l’origine de l’attaque de la ville de Konna, en janvier 2013.

On le sait, ce que de nombreux terroristes de la classe d’Iyad ne perdent pas, c’est la volonté de poursuivre leur combat au nom d’une doctrine rétrograde, très dure, qui utilise la terreur contre tous. Mais il faut relever tout de suite que dans la vidéo, Iyad ne tient pas seulement un discours qui relève du terrorisme. En disant que la France est intervenue pour recoloniser la région et mettre la main sur les richesses (or, uranium…), il se met dans la peau d’un homme politique dont le but est de dire à ces peuples du Sahara (Peuls, Sonraï, Kel Tamachek, Arabes…) qu’ils sont en train d’être les dindons d’une farce qui se joue sous leurs yeux, chez eux et sans eux. Sauf qu’il ne trouvera pas d’oreille attentive, car il ne sert à rien de hurler au loup quand personne ne veut entendre, et surtout quand on est un homme avec un passif aussi lourd que celui d’Iyad. Cet homme a d’abord été une figure historique du mouvement rebelle malien, avant d’être nommé conseiller consulaire du Mali à Djeddah, en Arabie saoudite. Ensuite, il s’est rapproché des mouvements islamistes pour finalement créer Ansar Dine, mouvement touareg islamiste. C’est le 26 février 2013 que le département d’État des États-Unis le désigne comme étant un « terroriste mondial’’. Le rebelle touareg est donc devenu un djihadiste.

Iyad Ah Ghali est une hydre, un véritable mal dont il faut stopper le développement. Il a revendiqué des tirs de roquettes, et des attaques kamikazes qui ont fait des victimes au Nord, on s’en souvient. Il se propose d’installer la charia. Sous ce nouveau visage du djihadisme, Iyad envoie un message d’abord au Mali, ventre mou de la lutte contre le terrorisme, et accessoirement à la France dont les soldats ont détruit sa maison le 27 janvier 2013 dans les bombardements à Kidal.

La grande question qui demeure aujourd’hui : où est Iyad Ag Ghali ? Personne ne le sait. En janvier 2014, les services de renseignement français disaient qu’il se cachait probablement en Algérie. Son apparition dans cette vidéo finira de convaincre les Etats français et malien que c’est un ennemi dangereux, une menace qu’il est urgent d’écarter.

B. Sangaré