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Mali : Kidal, le bourbier

credit: malijet

Crédit: malijet

Kidal n’en finit pas d’être une ville cible et à propos de la situation sécuritaire, il n’y a plus personne à duper. Ces derniers temps, les attaques kamikazes, les explosions de mines qui ont visé les casques bleus de la Minusma à Kidal ou à Tombouctou et Gao sont indéniablement le signe que le combat engagé contre les djihadistes a viré au cauchemar absolu.

Des casques bleus tchadiens, nigériens, sénégalais… n’en finissent pas de laisser la vie dans une guerre « asymétrique », où les tactiques de l’ennemi échappent à toute honnêteté et se révèlent une cruauté incomparable. Et désormais, il y a matière à tirer la sonnette d’alarme, comme l’a d’ailleurs fait le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Le 8 octobre 2014, intervenant par vidéoconférence depuis Bamako, il a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU le déploiement d’une force d’intervention rapide pour lutter contre les terroristes. Des terroristes qui sont de retour, et ne circulent plus en 4×4 mais en motos.

C’est dire que le climat lourd d’insécurité qui règne à Kidal indique une situation dantesque. Un bourbier qui n’a pas de nom. Dans cette ville, la réalité va au-delà du cauchemar. Il y a un an, après la mort des deux journalistes de RFI exécutés dans un style mafieux, les représentants de la communauté internationale se sont dépêchés de qualifier Kidal de « zone de non-droit ». Les forces onusiennes déployées dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilité au Mali (Minusma), l’armée malienne et les forces de Serval- qu’on disait très concentrées sur le Sahara-, ont été dans l’impuissance de « siffler la fin de la récréation » dans cette zone où les armes circulent comme si nous étions en période de guerre civile. Mais on sait aussi que Kidal, est le fief des rebellions MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), du HCUA (Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad), du MAA (Mouvement arabe de l’Azawad), voire des islamistes d’Ansar Dine ou du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest). Un cocktail de groupuscules rebelles qui sont loin de désarmer, en belle violation des accords du 18 juin qu’ils ont signés à Ouagadougou avec le gouvernement malien.

Alors qu’ils sont à Alger pour les négociations de paix avec le gouvernement malien, l’insécurité à Kidal empire. Et d’ailleurs, il est clair que, le premier ministre Moussa Mara, n’avait pas tout à fait tort lorsqu’il déclarait à la tribune de l’Assemblée nationale française il y a quelques jours qu’un accord avec les groupuscules armés « ne suffira pas à régler la question du terrorisme. Au moins permet-il de clarifier le paysage, de distinguer ceux qui sont prêts à s’engager dans la logique politique du DDR -désarmement, démobilisation, réinsertion-, des groupes résolus à imposer le djihad, le califat ou la loi du narcotrafic ». Pour faire court, il faut dire qu’à Kidal, la situation est telle qu’il est difficile de savoir qui est qui. Qui est terroriste, qui est rebelle. Résultat, les terroristes se sont rangés sous la bannière des groupuscules rebelles dont Kidal est le fief, et en profitent pour poser des mines qui font des victimes tant parmi les forces onusiennes que les populations civiles.

Loin de crier à une impuissance nationale et internationale, tous ceux qui ne refusent pas de voir, admettent qu’à Kidal la situation, depuis janvier 2013 où la Minusma a été installée, n’a pas connu d’embellie. La secte des assassins : Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique), Mujao, Ansar Dine), continue de semer la terreur par les enlèvements et décapitations de civils accusés de collaborer avec les forces françaises, sans oublier les poses de mines devant le passage de véhicules des forces onusiennes, les tirs à la roquette… A Kidal, pour ne pas dire au nord du Mali, le bourbier y est abyssal.

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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