Ebola: au-delà de l’imaginable

 

credit: kdvr.com

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Au fil des jours, l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola laisse constater qu’elle a la vie dure, et continue de semer en tous, ou presque, la graine de l’inquiétude. La Guinée Conakry, la Sierra Leone et le Libéria ), plongés dans une situation sanitaire critique, sont considérés comme de véritables foyers d’infection, ce qui a amené leurs voisins à fermer leurs frontières et à suspendre les liaisons aériennes et maritimes. L’épidémie, qui se répand comme une lèpre, a fait 4 033 morts sur 8 399 cas enregistrés en Afrique de l’Ouest, selon le bilan de l’OMS publié le 8 octobre dernier. Contamination galopante, virus foudroyant, Ebola tue. Une maladie au-delà de l’imaginable.

L’épidémie enfonce les pays touchés dans une situation économique des plus préoccupantes. Le 28 août dernier, le FMI a tiré la sonnette d’alarme. Net ralentissement de la croissance économique, risque de besoins de financements, augmentation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, autant d’épées de Damoclès qu’Ebola brandit sur les trois pays ouest africains. Selon la BAD, Banque Africaine de Développement, qui a déjà mobilisé une aide d’urgence de 60 millions de dollars, Ebola pourrait coûter 1 et 1,5 point de PIB à ces 3 pays.
Le virus est contagieux. La psychose de la contagion aussi. « La peur est là. Paradoxalement, elle se ressent plus au niveau de ceux de la classe moyenne, moins exposée, ils ont un emploi, un boulot, une voiture et une maison, que les gens moins aisés travaillant dans la rue, les marchés, les chantiers, etc. Ceux-là se préoccupent plus du quotidien qu’autre chose. Il y aussi le corps médical, très exposé, et très affecté et qui a donc peur aussi. », me confiait il y a quelques semaines le blogueur guinéen Alimou Sow, qui, sur Facebook, avait durement réagi lorsque des pays africains avaient pris des mesures de restrictions sur le voyage des personnes :

‘’Merci #Ebola de m’avoir fait comprendre que dans le malheur, la solidarité africaine c’est du PQ! Guinée, Sierra Léone, Libéria, nouvelle Bande de Gaza! #EbolaLand — déçu.’’

Aujourd’hui, la situation est telle que même les pays qui, au départ, s’étaient gardés de céder à la panique, sont à deux doigts de craquer. La preuve la plus palpable vient d’être apportée par le Maroc qui a demandé un report de la CAN 2015 qu’elle doit accueillir. Une demande motivée, à en croire le ministère marocain de la jeunesse et des sports, par « la décision du ministère de la santé d’éviter des rassemblements auxquels prennent part des pays touchés ».

L’épidémie a franchi les murs d’Afrique pour s’insinuer en Europe et aux Amériques. L’Espagne et les USA ont enregistré leurs premiers cas de contagion sur leur territoire. Cependant, la propagation du virus reste improbable sur ces continents.

Nous sommes complices !

Dans un récent éditorial « Ébola, le fruit de notre grande misère » publié dans le Quotidien Fraternité Matin, le journaliste et écrivain, Venance Konan, a asséné certaines vérités. Il donne à comprendre pourquoi les épidémies qui frappent le continent peuvent s’y installer et résister longtemps. Il souligne notre inconscience, notre ignorance, notre allergie à l’hygiène et à un environnement sain. « Il ne nous coûte rien de vivre dans un environnement sain, mais nous trouvons que c’est fatigant. Se lever un samedi ou un dimanche matin pour nettoyer son quartier, sa rue ; assécher les flaques d’eau sale, c’est trop fatigant, c’est trop nous demander. Pour l’assainissement de notre environnement, nous attendons que l’état vienne le faire à notre place tout, en sachant que sans notre concours, ce n’est pas demain la veille qu’il le fera. Faut-il s’étonner après qu’une maladie comme Ébola apparaisse dans des pays comme les nôtres ? », écrit-il, ajoutant même que nous avons contribué à répandre la maladie :

« Lorsque la fièvre Ebola est arrivée, on nous a dit de ne pas toucher les morts pour éviter d’être contaminés. Mais nous avons dit que parce que nous sommes Africains, cela revient à piétiner nos coutumes. Nous avons donc touché nos morts, tout en sachant qu’en le faisant, nous risquions de mourir et de répandre la maladie. Et nous avons répandu la maladie. On nous demande de ne plus consommer de viande de brousse. Mais nous disons que parce que nous sommes Africains, nous devons en manger quels qu’en soient les risques. On est Africain ou on ne l’est pas. Que dire lorsque de jeunes Libériens vont libérer des malades d’Ebola de leur centre de soin et les laisser courir dans la nature ? Ignorance, ignorance, nègrerie, nègrerie ! La conséquence est que l’épidémie est devenue incontrôlable dans ce pays. »

Ebola est donc allée au-delà de l’imaginable. Partout des appels à la vigilance se font insistants. Le Mali n’a pas encore été touché. Mais, depuis quelques jours, une rumeur est véhiculée sous forme de message SOS qui prétend qu’un malade atteint du virus Ebola s’est introduit dans le pays par Kourémalé, une ville proche de la Guinée. Les populations sont presque soumises à une sorte d’harcèlement « textuel » de la part des réseaux de téléphonie mobile pour les appeler à la vigilance.

Bokar Sangaré