Je « rappe », donc je suis…(deuxième partie)

« Si tu veux faire du rap, tu vas commencer par quitter ma maison (…) Ce que tu veux faire n’a pas sa place chez moi. »

Diam's, rappeuse française, credit: midilibre.fr

Diam’s, rappeuse française, credit: midilibre.fr

 

Le nez aquilin, visage oblong, des yeux abattus qui rappelaient une jeunesse tout sauf mielleuse. Il marchait comme un tacot balançant sur une route attendant d’être bitumée.

Les pétards de sa moto lui valaient, chaque matin, les insultes, imprécations, lazzis, qui glissaient sur lui comme l’eau sur les plumages du canard. Avec une famille nombreuse de cinq enfants dont un seul garçon, il en avait gros sur la patate, et donc n’écoutait ces plaintes que d’une oreille absente. Le soir, à son retour, dans les rues, dans les familles avoisinantes, la même crise de colère éclatait quand sa moto pétaradait ; d’aucuns prenaient même le soin de se boucher les oreilles le temps qu’il passe. Malgré tout cela, Djibril ne leur en tenait pas rigueur, essayait de garder bonne contenance, et poussait la courtoisie jusqu’à leur rendre visite chaque matin, avant de partir pour le travail.

« Je suis qui pour ne pas pardonner les coups qu’on me rend. Même Mohammad (psl), notre prophète béni, n’était pas aimé de tous. Lui, il ne rendait jamais la pareille à ceux qui l’accablaient d’insultes, de médisances… », se disait-il comme pour se consoler.

Ce qui le rendait davantage malheureux, c’était que son fils unique, Sékou, avait fait son deuil de l’école pour sombrer dans le marais du banditisme. Les samedis soirs, moments d’affluence dans les rues, lui et ses conjurés se donnaient rendez-vous dans un bâtiment en chantier dans le quartier. Là-bas, ils se camaient au joint, sniffaient de la colle qu’ils se procuraient auprès de Joël, le fils d’un colonel de l’armée nationale. Puis, ils peaufinaient leur plan d’attaque, qu’ils mettaient à exécution à minuit sonnant, sur une route du quartier absente de la considération de la patrouille, qui, compte tenu du danger que couvait le calme et la profonde obscurité qui y régnait, en avait fait un sens interdit, qu’elle ne prendrait pour rien au monde. Cette route, c’était l’apanage de ces bandits. Sans pitié, sans foi ni loi, ils dépouillaient de leur argent les piétons que le malheur dirigeait vers eux. Ceux-ci avaient l’heur de s’en tirer sain et sauf. Quant aux motocyclistes, soit ils les assommaient d’un coup de gourdin, soit leur tiraient une balle à l’épaule, dans les jambes, s’emparaient de la moto et s’en allaient, laissant là la victime en train de gémir de douleur, de crier comme un putois.

Les brimades, les rossées et les roueries que Djibril faisait subir à Sékou avaient eu l’effet d’un pétard mouillé. Rien n’y avait fait. Les fouets, les larmes que sa mère laissait couler, venaient ricocher sur la carapace de malfrat sous laquelle il se protégeait. Puis, il y avait eu cette nuit, que Djibril vécut comme un cauchemar, où il surprit Sékou et sa sœur puinée, Nankouma, l’un en tenue d’Adam, l’autre en tenue d’Eve, en ébats. Entre eux, on pourrait à peine glisser un fil… Djibril n’en revenait pas de ce qu’il avait vu, se croyait devant un film plein de scènes d’amour torride. Depuis cette nuit, Sékou avait cessé d’exister pour lui.

Ce matin-là, Assanatou croisa Djibril au seuil du patio. En jeune fille bien éduquée, elle baissa la tête et dit avec douceur :

– Bonjour père !

Djibril ne répondit pas. Il se mit à inspecter Assanatou de la tête jusqu’aux orteils. Puis, il lança :

– Tu sais quoi, si tu veux faire du rap, tu vas commencer par quitter ma maison. Moi, Djibril, je sais qui je suis et d’où je viens. Ce que tu veux faire n’a pas sa place chez moi. Qui, sinon moi, accepte dans tout Dougoucoro (2) que sa fille porte une culotte comme un garçon et se comporte en une virago délurée. Chez moi, il n’y a pas de place pour un spécimen comme toi. A toi de choisir entre le rap et tes parents.
Assanatou resta muette comme une carpe. Des larmes chaudes coulèrent en cascade et altérèrent la douceur de son visage poupin.

Bien qu’elle n’eût pas la beauté d’une diablesse, Assanatou était tout de même une fille adorable. Elle était élancée, le visage bien rond, le nez rappelant celui de Djibril, les fesses si rondelettes qu’on aurait dit qu’elle les avait choisies elle-même. Ses seins, durs comme une mangue, couvrant une poitrine où tout homme aimerait poser son nez, semblaient dire bonjour au ciel. Elle allait sur ses vingt ans, Assanatou. C’était l’âge où un grand nombre de ses congénères aspiraient à se marier, à avoir des enfants… Mais Assanatou, elle, avait relégué ces considérations au second plan ; à leur place, elle avait nourri un rêve, un rêve à réaliser, celui d’être rappeur. A sa grande tristesse, son rêve ne rencontrait pas l’écho qu’elle avait escompté.

(2) Dougoucoro: en bamaman, l’ancien village, nom d’un quartier de Kalaban-coro, commune située au sud-est de la ville de Bamako (Mali)

A suivre…

Mali: quand un «éditocrate» fait passer IBK par une lessiveuse…

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Lu, le  24 novembre 2014, dans l’éditorial du bihebdomadaire 22 Septembre, cette phrase surprenante :  « IBK au- dessus de tout soupçon », car : « IBK a la réputation d’être un homme honnête, sincère, jaloux de la chose publique. En un mot, un grand patriote. C’est pourquoi, il a été élu à plus de 77 % des suffrages exprimés. Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, il n’a jamais été pris en défaut. Ce n’est pas aujourd’hui, chef de l’Etat, où l’honneur et la dignité constituent son essence, où la libération du pays le préoccupe plus que tout, qu’il va se livrer à des malversations financières »

Cela n’étonne personne ou presque ! On sait que la presse, au Mali, est devenue un hôtel où  loge un ballet d’opportunistes. Elle est aujourd’hui une pépinière de fripouilles et que sais-je encore qui sont prêtes à vendre leur âme au diable pour faire partie de la valetaille de ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. Venant de Chahana, ces propos n’étonnent vraiment pas quand on sait que ce journaliste, depuis la fin de son aventure au quotidien L’Indépendant– et la création de sa propre gazette-, s’est rangé dans le camp de ces « nouveaux chiens de garde » dont parle Serge Halimi. Oui, lui aussi, il déforme la réalité, donne une image lisse du pays, afflige davantage ceux qui vivent dans l’affliction, sert les intérêts des nouveaux maîtres du pays. Lui aussi est un adepte du « journalisme de révérence ». La flagornerie ne fait pas partie intégrante du journalisme. Ce n’est pas du journalisme, mais du « foutage de gueule ».

Mais il ne s’arrête pas là. Comme s’il n’avait pas assez insulté notre intelligence, il poursuit sans hésitation : « Disons nous la vérité, sans passion : IBK est au-dessus de tout soupçon. En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucun élément dans les deux dossiers à même de le mouiller, ni même de l’éclabousser. Ceux qui pensent que Soumeylou Boubèye Maïga l’a chargé dans lesdits dossiers, en affirmant que le président de la République était au courant de chaque étape de la procédure de ces marchés, se trompent lourdement. Pour la simple raison que Boubèye n’a jamais reconnu les surfacturations et la mauvaise gestion qu’on lui reproche. »

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Et voilà, c’est la mort du petit cheval. On se rend compte que Chahana n’est pas loin d’intégrer le cercle de ceux qu’on appelle, sous d’autres cieux, les « éditocrates », « qui parlent de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi » .On ne doit pas demander aux autres de se taire et continuer soi-même à aboyer. Non, cela ne se peut pas. Notre « éditocrate » ne veut pas qu’on incrimine Ibrahim Boubacar Keïta, mais use de tous ses talents de laveur pour faire passer IBK par une lessiveuse. Personne ne veut salir IBK, mais quand les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être, ne se font pas dans les règles de l’art, c’est à lui qu’on demande des compte, seulement à lui et à personne d’autre. Concernant l’affaire de l’achat du jet présidentiel, l’opposition politique malienne n’a pas été la seule à crier au scandale. Même le FMI 5Fonds monétaire international) ! Mais ce qu’il faut surtout dire à Chahana, c’est que l’acquisition de l’avion, le marché des armements et équipements de l’armée, sont des affaires qui n’auraient pas dû exister.

Autre extrait : « Maintenant, il faut saluer IBK pour le courage politique et la transparence dont il a fait montre dans l’audit desdits dossiers. Il a, en effet, demandé aux contrôleurs de travailler en leur âme et en conscience. Il ne s’est immiscé à aucune étape de l’enquête. Il faut donc attendre qu’il y ait une suite logique au double plan judiciaire et politique. Et, c’est bien là qu’on attend IBK. »

De suite logique, il n’en aura pas. Pourquoi ? Parce que, ce que notre « éditocrate » ne dit pas, c’est que nous avons Un pouvoir dont la marque de fabrique est devenue le mensonge effronté, et dont on n’a du mal à comprendre comment il prend ses décisions. Un pouvoir qui, curieusement, semble ignorer que ce qu’il dit doit être aussi important que ce qu’il fait, et à qui il est temps de faire savoir que « la vie au Mali, ce n’est pas comme dans un clip de rap ! ». Au Mali, la confusion règne partout au point qu’on a le sentiment que le pouvoir vacille. Insécurité à deux visages (celle intercommunautaire et celle des narcotrafiquants) au nord du pays, fausses factures, achat du jet présidentiel, Ebola, annulation de la Miss ORTM pour des raisons de sécurité alors que des meetings ont lieu à Bamako (presque) chaque jour, pourparlers d’Alger, assassinats de deux Touareg près de Kidal. Le Mali, c’est un pays noyé…

Le journaliste qui défend le pouvoir en place ne vaut d’être journaliste ! Et surtout qu’on m’épargne le refrain « un journal ne peut jamais être indépendant, il y a toujours un homme politique ou le pouvoir en place derrière ! ». Je connais cette chanson. Il n’empêche qu’on peut souvent cracher dans la soupe et passer à la caisse tous les mois. A l’accusation d’acharnement, je plaide non coupable.

Boubacar Sangaré

Je « rappe », donc je suis…(Première partie)

Diam's, l'ex-rappeuse française photo: wwwmidilibre.fr

Diam’s, l’ex-rappeuse française photo: wwwmidilibre.fr

Assanatou était plongée dans la contemplation des vagues, qui clapotaient. Le visage un rien serré, la légère brise qui soufflait ce matin-là ballotait ses fins cheveux qui pendaient jusqu’à ses épaules, et qu’elle nouait souvent en queue de cheval, histoire d’aiguiser la beauté d’un visage après lequel on ne soupirait pas encore. Derrière elle, les feuillages laissaient entendre un bruissement apaisant, et pour couronner le tout, la fraîcheur qui se dégageait du fleuve s’étendant à perte de vue. Les hautes herbes, dans leur balancement, lui léchaient les bras et les jambes découverts, mais la rosée qu’elles avaient accumulée pendant la nuit s’évaporait devant l’implacable stratégie du rouleau compresseur employée par les premiers rayons du soleil.

Au diable vauvert, un héron prenait de l’altitude dans la position d’un avion prêt à prendre d’assaut les gros nuages qui s’accumulaient dans le ciel ; des pêcheurs s’occupaient à passer au peigne fin les filets qui avaient passé la nuit au fond de l’eau ; les oiseaux qui nichaient dans les feuillages s’en allaient à la conquête de leur ration. A l’horizon, le soleil qui s’extirpait des nuages présageait une journée sans chaleur. C’était le jour ; il était là …

Chaque matin, Assanatou se retirait au bord du fleuve, loin des bruits de moteur, des voix résonnant dans le transistor, le tohu-bohu, qui secouaient les paisibles instants qui précèdent le lever de rideau de ce théâtre qu’est le monde. Elle y venait à la pêche de l’inspiration. L’inspiration qu’il fallait pour accoucher de textes, pleins de sens, qui nourrissent l’esprit, et qui lui vaudraient d’être portée aux nues par le public.

Le rap, c’était le dada de Assanatou. Elle avait affirmé sa prédilection pour cet art qui, chose inacceptable et catastrophique pour elle, n’avait pas bonne presse auprès d’un grand nombre de gens ; ceux-ci avaient été vite révulsés par le comportement qu’affichaient certains jeunes rappeurs, lesquels, en l’espace d’un single, versaient dans les excès : ils se défonçaient à la marijuana, étaient toujours stones, et alors, commençaient pour eux une vie sur les nuages. Ainsi, nourris et abreuvés des clips et sons de rappeurs américains, français, se rêvant Tupac, ils déambulaient dans les rues et ruelles, la main cramponnée à la couille, débitaient des rimes avec des gestes bizarres, cherchaient à impressionner avec leur flow. Le pantalon tombant jusqu’en bas des fesses, de façon à laisser découvert le slip de bain porté en dessous. Les vieillards voyaient dans cette attitude une incapacité à supporter leur pantalon. « C’est se condamner à mourir de faim que de s’attendre à être pris en charge par une personne qui n’arrive pas à supporter ce qui lui sert à se couvrir les fesses », disaient-ils, en proie à la désolation et à l’incompréhension. Incompréhension devant les agissements d’une génération qui ne leur inspirait que pitié dans sa volonté de mettre le feu à tout ce qui faisait d’elle un homme, avec ses propres structures sociales, ses codes, ses propres réalités. Cette génération qui s’était tellement ouverte à l’Autre qu’elle ne voulait plus seulement faire comme lui ; elle voulait être l’Autre.

Il était 8h. Assanatou revenait du fleuve. C’était à cette heure aussi que son père, Djibril, se rendait au travail. Il tenait une boutique d’alimentation au bord du goudron, non loin du marché. Chaque soir, devant la boutique, la mère de Assanatou dressait une table où elle vendait de l’Atiéké (1), des galettes… Dans ce petit commerce, elle dégageait assez de bénéfices pour aider son époux à supporter les charges du foyer qui commençaient à peser lourdes sur ses épaules vieillissantes, frêles. Et Djibril se faisait vieux. C’était un homme ventripotent, avec une taille de guêpe, le centre dégarni de sa tête indiquait une chauveté

A suivre…

Boubacar Sangaré

CAN2015 : Seydou Keïta, les sceptiques et la qualification in extremis

Seydou Keita dit Seydoublen, Capitaine des Aigles, Photo: AFP

Seydou Keita dit Seydoublen, Capitaine des Aigles, Photo: AFP

Un but sur penalty de Seydou Keïta et un autre de Moustapha Yattabaré sur une frappe. Oui, ça y est, le Mali est qualifié pour la phase finale de la CAN-2015. Cette CAN se tiendra aux dates prévues, la Confédération Africaine de football (CAF) a été intraitable. Le Maroc, pays organisateur, avait demandé un report afin de ne pas exposer les populations à l’épidémie Ebola qui sévit encore. La Coupe d’Afrique des Nations se jouera bien du 17 janvier au 8 février 2015, mais en Guinée Equatoriale, chez Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
Le Mali sera donc à ce rendez-vous à ne pas rater tant au plan sportif qu’au plan du moral collectif, surtout dans un pays où l’ennui est près d’être national. Tout ne va pas dans le sens du vent, et l’irruption d’Ebola n’arrangera certainement pas les choses. La victoire du Mali contre l’Algérie (2-0) au stade du 26 mars à Bamako dans un match comptant pour la 6e et dernière journée des qualifications est un évènement qui n’est pas sans importance, même s’il ne faut pas trop se bercer d’illusions.

Personne ne contestera le fait que le héros de la soirée du 19 novembre a été Seydou Keïta. Il a joué avec la motivation et la détermination professionnelles dont il avait toujours fait montre précédemment. Il a été, disons-le sans précaution, le joueur le plus dangereux, en témoigne le penalty, obtenu sur une faute de Carl Medjani, qu’il a transformé, à la 28e minute. Joueur malien le plus titré actuellement avec 17 titres collectifs, élu meilleur joueur de la coupe du monde des moins de 20 ans en 1999, soulier de bronze africain en 2007, le milieu de terrain malien qui évolue à l’AS Rome et qui est le capitaine de l’équipe, est « resté pro » tout au long de cette rencontre, avec ses couvertures de balles, le dispatching de la balle, sa détermination surtout.

On sait que son absence contre l’Ethiopie avait été déterminante dans la terrible défaite à domicile des Aigles. Les critiques avaient descendu en flammes des joueurs dont on avait l’impression qu’ils ne jouaient pas pour la victoire. Certains étaient même allés jusqu’à dire tout haut que l’Equipe nationale ne regrouperait que des joueurs qui ne sont là que sur la base du clientélisme, de l’affairisme, du népotisme, du favoritisme…avec la bénédiction d’une fédération où règnent magouilles, vols, et corruption.

Face à l’Algérie mercredi soir, Keïta a montré la pleine mesure de son talent. Ce joueur d’exception, présent régulièrement sur les terrains africains depuis 2002, devrait disputer sa dernière CAN en Guinée Equatoriale.

Après la défaite face à l’Ethiopie, et ensuite face au Malawi, le scepticisme en avait envahi plus d’un. Le Mali devait battre l’Algérie pour se mettre à l’abri. Dans les tribunes ou devant le petit écran, chacun a pu se rendre compte que la rencontre n’a pas fait stade comble. Certes, l’épidémie de fièvre Ebola est passée par là. Mais, reconnaissons que les supporteurs étaient sceptiques. Ils avaient eu leur dose de l’équipe nationale qui, depuis 1994, fait durer le suspense à chaque phase finale de la CAN, puisqu’il faut toujours attendre le dernier moment pour avoir la certitude que le Mali sera présent à la CAN.

« En tant que Malien, je suis évidemment content de cette belle victoire des Aigles du Mali sur la meilleure équipe africaine du moment. Mais cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. On n’avait pas besoin d’attendre la dernière journée pour être parmi les 2 premiers dans une poule composée de l’Algérie, de l’Ethiopie et du Malawi. Sans pour autant manquer de respect à l’Ethiopie et au Malawi, ce sont des équipes qu’on devrait battre à l’aller comme au retour. Cela dit, on ne va pas faire la fine bouche. Bravo aux Aigles pour la qualification à la CAN 2015 », a réagi un internaute. Et cela montre combien les Maliens qui s’intéressent à l’équipe nationale sont restés sur leur faim dans cette phase des qualifications.

Cette équipe malienne fait effectivement pitié à voir jouer. Le football malien est on ne peut plus ennuyeux. Le jeu à la malienne est nonchalant, routinier et progresse avec peine. Il n’y a aucune vivacité. A la fin d’un match, victoire ou pas, on a le sentiment d’avoir perdu son temps à regarder des « gars » qui n’en valent pas la peine et qui manquent d’implication. L’équipe nationale produit souvent un match qui n’a pas plus de niveau qu’une rencontre entre le Stade Malien et le Djoliba AC de Bamako. Mais il y a pire. A tout cela viennent s’ajouter des erreurs de choix tactique de l’entraineur. On a vraiment du mal à comprendre pour quelle raison Henri Kasperzack a voulu se passer d’un gardien de but comme Soumaïla Diakité qui a fait une bonne CAN en 2014.

Depuis la CAN 2004, en Tunisie, le Mali n’a pas connu une équipe bien soudée, avec des joueurs régulièrement sélectionnés, ce qui fait qu’on se retrouve à chaque match avec une nouvelle équipe. On imagine donc sans mal qu’il n’est pas évident d’avoir une équipe dynamique, digne de ce nom, et capable de remporter une CAN. Ce constat peut paraître cosmétique, mais il vaut ce qu’il vaut. Le football malien a besoin de travail, de sacrifice et surtout, surtout, de remise en cause.

Boubacar Sangaré

Mali: Ebola, vous êtes complices !

Ousmane Koné, ministre malien de la Santé, Photo: maliba24.com

Ousmane Koné, ministre malien de la Santé, Photo: maliba24.com

Depuis bientôt une semaine, la ville de Bamako vit dans la psychose. Après le décès d’une fillette à Kayes, un homme a été terrassé par Ebola à la clinique high-tech Pasteur. Sa mort a incontestablement signé l’entrée « par effraction » de la fièvre hémorragique au Mali. Avec la découverte de cas suspects, la mise en observation pour contrôle sanitaire de plus de 256 personnes, le Mali, longtemps sur la défensive vis-à-vis d’Ebola, a rejoint le rang des pays de l’Afrique de l’Ouest touchés par cette épidémie qui se répand comme une lèpre. Et pourtant, le pays était déjà assez laminé par les crises, le désarroi social, la gabegie financière, et les mensonges éhontés de certains ministres comme celui de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Osons mettre les choses en exergue ! Au Mali, tout le monde est en train de mentir à tout, et partout. C’est grave pour tout le monde. Tel est le résumé d’une discussion avec une amie chroniqueuse. Face à la gravité de la situation, le président Keita a annoncé l’ouverture d’enquêtes pour « découvrir la chaine de négligences coupables ». Le ministre de la santé semble lui-même frappé d’apathie et d’impuissance.

Il est clair que le tragique épisode à la clinique Pasteur est un scandale. C’est d’abord et avant tout un scandale. L’hospitalisation d’un cas suspect d’Ebola par une clinique de cette envergure, sans procéder à l’isolement du malade et donc, apparemment sans s’intéresser aux symptômes de la fièvre que nul n’ignore, est le symptôme de négligences indéniables de la part des personnels de cette institution sanitaire. Des négligences que rien, mais absolument rien ne peut excuser. La clinique a eu tort. La clinique a commis des erreurs qu’elle ne peut plus réparer. C’est un scandale qui noircira à jamais son image. « Certes le serment d’Hippocrate interdit la discrimination contre les malades, mais face à un tel cas, la logique voulait que le personnel de santé s’entoure de toutes les précautions avant tout contact avec le malade surtout qu’on savait qu’il venait de la Guinée. », écrit Amadou Sidibé dans  Les Echos  pour souligner l’amateurisme dont la clinique a fait preuve. Une pétition circule sur internet. Elle vise à atteindre 1000 signatures pour engager contre la Clinique Pasteur « des poursuites judiciaires pour négligence criminelle ». Cela en dit long sur l’indignation des populations. Une chose est sûre, on n’a toujours pas toutes les pièces du puzzle pour reconstituer ce qui s’est passé à la clinique.

Ce qu’on sait maintenant : la jeune fille, le vieil imam et son fils déclarés morts d’Ebola venaient de la Guinée, l’un des 3 pays affreusement touchés par l’épidémie. Néanmoins, l’incompétence, l’amateurisme ne concernent pas que la clinique. Elles caractérisent aussi les autorités par la faute desquelles la frontière malino-guinéenne est un véritable gruyère. Au nom de la solidarité, IBK a assuré à son homologue Alpha Condé que le Mali maintiendrait ses frontières ouvertes. Il ne fait aucun doute que la fermeture n’est pas la solution. D’ailleurs comment prétendre être capable de fermer la frontière de 800 km entre les 2 pays ? Au-delà de cet aspect, ne doit-on pas exiger d’explication sur les négligences concernant le contrôle thermique, les mesures prophylactiques ? L’OMS n’est-elle pas allée jusqu’à y recommander un renforcement du contrôle ? Ce qui n’est pas anodin.

N’ayons pas peur de le dire, les autorités sanitaires du Mali, le Ministère de la Santé en tête, sont incompétents et complices de ce qui arrive au Mali aujourd’hui. Ils viennent de démontrer qu’ils n’ont jamais réellement protégé le pays. Le cas de la fillette décédée à Kayes était un sérieux avertissement. C’est alors qu’il aurait fallu consacrer des heures à Ebola dans des campagnes télévisées, afin de sonner la mobilisation générale.
Mais le mal est fait. « Le vin est tiré, il faut le boire. »

Fermer les frontières ou y redoubler de vigilance n’était en rien stigmatiser nos frères Guinéens. C’était protéger le pays. C’était le devoir d’IBK.

Éditorial du lundi 17 novembre 2014, Le Flambeau

Boubacar Sangaré