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Mali: quand un «éditocrate» fait passer IBK par une lessiveuse…

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Lu, le  24 novembre 2014, dans l’éditorial du bihebdomadaire 22 Septembre, cette phrase surprenante :  « IBK au- dessus de tout soupçon », car : « IBK a la réputation d’être un homme honnête, sincère, jaloux de la chose publique. En un mot, un grand patriote. C’est pourquoi, il a été élu à plus de 77 % des suffrages exprimés. Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, il n’a jamais été pris en défaut. Ce n’est pas aujourd’hui, chef de l’Etat, où l’honneur et la dignité constituent son essence, où la libération du pays le préoccupe plus que tout, qu’il va se livrer à des malversations financières »

Cela n’étonne personne ou presque ! On sait que la presse, au Mali, est devenue un hôtel où  loge un ballet d’opportunistes. Elle est aujourd’hui une pépinière de fripouilles et que sais-je encore qui sont prêtes à vendre leur âme au diable pour faire partie de la valetaille de ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. Venant de Chahana, ces propos n’étonnent vraiment pas quand on sait que ce journaliste, depuis la fin de son aventure au quotidien L’Indépendant– et la création de sa propre gazette-, s’est rangé dans le camp de ces « nouveaux chiens de garde » dont parle Serge Halimi. Oui, lui aussi, il déforme la réalité, donne une image lisse du pays, afflige davantage ceux qui vivent dans l’affliction, sert les intérêts des nouveaux maîtres du pays. Lui aussi est un adepte du « journalisme de révérence ». La flagornerie ne fait pas partie intégrante du journalisme. Ce n’est pas du journalisme, mais du « foutage de gueule ».

Mais il ne s’arrête pas là. Comme s’il n’avait pas assez insulté notre intelligence, il poursuit sans hésitation : « Disons nous la vérité, sans passion : IBK est au-dessus de tout soupçon. En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucun élément dans les deux dossiers à même de le mouiller, ni même de l’éclabousser. Ceux qui pensent que Soumeylou Boubèye Maïga l’a chargé dans lesdits dossiers, en affirmant que le président de la République était au courant de chaque étape de la procédure de ces marchés, se trompent lourdement. Pour la simple raison que Boubèye n’a jamais reconnu les surfacturations et la mauvaise gestion qu’on lui reproche. »

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Et voilà, c’est la mort du petit cheval. On se rend compte que Chahana n’est pas loin d’intégrer le cercle de ceux qu’on appelle, sous d’autres cieux, les « éditocrates », « qui parlent de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi » .On ne doit pas demander aux autres de se taire et continuer soi-même à aboyer. Non, cela ne se peut pas. Notre « éditocrate » ne veut pas qu’on incrimine Ibrahim Boubacar Keïta, mais use de tous ses talents de laveur pour faire passer IBK par une lessiveuse. Personne ne veut salir IBK, mais quand les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être, ne se font pas dans les règles de l’art, c’est à lui qu’on demande des compte, seulement à lui et à personne d’autre. Concernant l’affaire de l’achat du jet présidentiel, l’opposition politique malienne n’a pas été la seule à crier au scandale. Même le FMI 5Fonds monétaire international) ! Mais ce qu’il faut surtout dire à Chahana, c’est que l’acquisition de l’avion, le marché des armements et équipements de l’armée, sont des affaires qui n’auraient pas dû exister.

Autre extrait : « Maintenant, il faut saluer IBK pour le courage politique et la transparence dont il a fait montre dans l’audit desdits dossiers. Il a, en effet, demandé aux contrôleurs de travailler en leur âme et en conscience. Il ne s’est immiscé à aucune étape de l’enquête. Il faut donc attendre qu’il y ait une suite logique au double plan judiciaire et politique. Et, c’est bien là qu’on attend IBK. »

De suite logique, il n’en aura pas. Pourquoi ? Parce que, ce que notre « éditocrate » ne dit pas, c’est que nous avons Un pouvoir dont la marque de fabrique est devenue le mensonge effronté, et dont on n’a du mal à comprendre comment il prend ses décisions. Un pouvoir qui, curieusement, semble ignorer que ce qu’il dit doit être aussi important que ce qu’il fait, et à qui il est temps de faire savoir que « la vie au Mali, ce n’est pas comme dans un clip de rap ! ». Au Mali, la confusion règne partout au point qu’on a le sentiment que le pouvoir vacille. Insécurité à deux visages (celle intercommunautaire et celle des narcotrafiquants) au nord du pays, fausses factures, achat du jet présidentiel, Ebola, annulation de la Miss ORTM pour des raisons de sécurité alors que des meetings ont lieu à Bamako (presque) chaque jour, pourparlers d’Alger, assassinats de deux Touareg près de Kidal. Le Mali, c’est un pays noyé…

Le journaliste qui défend le pouvoir en place ne vaut d’être journaliste ! Et surtout qu’on m’épargne le refrain « un journal ne peut jamais être indépendant, il y a toujours un homme politique ou le pouvoir en place derrière ! ». Je connais cette chanson. Il n’empêche qu’on peut souvent cracher dans la soupe et passer à la caisse tous les mois. A l’accusation d’acharnement, je plaide non coupable.

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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