dans Internationale, Politique, Religion, Société

Boko Haram est vraiment haram

photo:jeunestchad.mondoblog.org

Photo:jeunestchad.mondoblog.org

« Si nous ne détruisons pas Boko Haram rapidement, c’est Boko Haram qui nous détruira. »

Ainsi parlait il y a bientôt deux ans un diplomate nigérian, alors que, quelques heures après la libération de la famille Moulin-Fournier enlevée dans le nord du Cameroun, l’armée nigériane avait lancé une offensive contre un fief de Boko Haram (à Baga, sur les rives du lac Tchad). Plus d’un an après, Boko Haram donne toujours l’impression d’être bâti sur du roc. Il n’a pas été détruit, au contraire. Le mouvement terroriste est déterminé à enfoncer le dernier clou dans le cercueil du premier producteur de pétrole en Afrique, le Nigeria. Et à étendre son horizon guerrier aux voisins camerounais, tchadiens.

Le Tchad, qui a battu le rappel des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, a décidé d’envoyer des hommes et du matériel pour aider le Cameroun qui, dans ces derniers jours, n’en finissait pas de crier à l’abandon. Le Nigeria ne sait plus où donner de la tête.

Des centaines de filles enlevées et disparues, des morts, des villes et villages vidés, des exactions, des crimes contre l’humanité. C’est peu dire que Boko Haram culmine dans l’horreur.

Adeptes d’une idéologie littéraliste appelée Salafisme, les « damnés » de Boko Haram sont aujourd’hui devenus une gangrène qui affecte tout le continent. On se souvient qu’au Mali des membres de l’organisation ont combattu l’armée malienne à Konna aux côtés des hordes barbares d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine, comme pour dire que personne n’est à l’abri.

Et si ce mouvement, dont la traduction en haoussa voudrait dire « l’éducation occidentale est un péché », continue jusqu’ici de tenir tête, c’est qu’il a en face des Etats faibles, et une communauté musulmane dont l’immense majorité, modérée, est silencieuse, regarde ou laisse faire. Il faut le dire. Si le fanatisme religieux est en train de défier la loi fédérale au Nigeria, s’il a mis l’Algérie à feu et à sang, s’il a déstructuré l’Afghanistan, c’est aussi parce que cette immense majorité, qui n’est pas armée, qui abhorre la violence, est effectivement silencieuse.

On pourrait aussi évoquer un deuxième facteur. Celui qui englobe l’ignorance, la régression et la sous-gouvernance, qui fait qu’aujourd’hui, on a des bigots et non des citoyens.

Ayant échoué dans son projet de califat, Boko Haram est devenu une hydre qu’il faut stopper. A cause d’une interprétation des textes coraniques au gré de leurs fantasmes, Mohamed Youssouf (fondateur du mouvement, décédé) et Aboubakar Shekau sont en train de transformer la vie de paisibles populations en enfer.

Boko Haram est aussi vraiment haram.

Bokar Sangaré

The following two tabs change content below.
bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
bouba68

Derniers articles parbouba68 (voir tous)

Ecrire un Commentaire

Commenter

  1. Je suis d’accord avec toi, sauf pour cette phrase:
    Et si ce mouvement (…) continue jusqu’ici de tenir tête, c’est qu’il a en face des Etats faibles… »
    Je ne pense pas que les Etats en face de Boko Haram sont faibles. Boko Haram, c’est des hors-la-loi qui ne respectent rien (même pas la religion). En conséquence, il faut absolument une alliance d’Etats voisins pour en venir à bout.
    Au début du conflit, le Cameroun avait refusé le droit de poursuite au Nigéria qui souhaitait traquer les terroristes jusque dans leurs bases de repli localisées au Cameroun. Erreur monumentale. Le secte a grandi et aujourd’hui s’attaque au Cameroun qui, à son tour ne peut pas les poursuivre au delà de leur frontière. Cela leur permet d’aller se ressourcer si besoin est, rendant ainsi le champ d’action du Cameroun limité, puisque nous ne pouvons que nous défendre, mais jamais attaquer..

    « … et une communauté musulmane dont l’immense majorité, modérée, est silencieuse, regarde ou laisse faire. »
    Boko Haram n’a rien à voir avec l’islam. Ils ne respectent pas la religion. Donc, la communauté musulmane ne peur rien leur imposer. D’ailleurs, je crois qu’ils tuent indifféremment musulmans et chrétiens, ça dit tout.

    Pour le reste, j’adhère totalement.

  2. Willfonkam, il ne faut aucun doute que les Etats que Boko Haram a en face sont faibles, en tout cas faibles devant Boko Haram. Sinon comment trouver meilleure explication au fait qu’une secte de 3000 hommes continue de semer la terreur dans un pays comme le Nigeria.
    Ensuite, il faut dire que quelque part le salafisme se nourrit de la naïveté, de la complicité consciente ou inconsciente de la majorité silencieuse des musulmans. Partout où il a fait des victimes, c’était comme ça.

Webmentions

  • Ma CAN 2015 sans langue de bois - Carioca Plus 19 janvier 2015

    […] un moment le débat sur Boko Haram et attaquons-nous un instant à la CAN 2015. La compétition phare de Issa Hayatou et Constant […]