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Mali, et si la CMA ne signait pas l’accord ?

Le médiateur algérien Ramtane Lamamra avec le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Acherif, le 1er mars 2015. AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Le médiateur algérien Ramtane Lamamra avec le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Acherif, le 1er mars 2015. AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Dans cette affaire de paraphe de l’accord de paix, tout porte désormais à dire que la médiation internationale est dans l’impasse. Malgré les efforts qu’elle a faits vers la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) pour la convaincre de parapher le pré-accord, le blocage est là. Le dialogue de sourd semble se déclencher entre les différentes parties en négociation. Les groupuscules rebelles armés restent fédéralistes, une attitude maximaliste qui porte pour certains tous les signes d’un retour à la case départ et exprime un déni des signatures de l’Accord préliminaire de Ouagadougou et de la « Feuille de route » des pourparlers, qui enterraient toute revendication fédéraliste ou autonomiste. Alors que, à en croire Ramtane Lamamra, le chef de la diplomatie algérienne, les autorités maliennes refusent catégoriquement la moindre remise en question du texte déjà paraphé par eux.

Il apparaît désormais que la Coordination des Mouvements politiques armés de l’Azawad (CMA) bloque l’avancée du processus de pacification du Mali. Dans un épais document intitulé « Points essentiels à introduire dans le projet d’accord produit par la médiation » qu’elle a remis à la médiation internationale qui s’était rendue à Kidal, la CMA a exigé, entre autres revendications, la reconnaissance officielle de l’Azawad comme une entité géographique, politique et juridique, la création d’une assemblée interrégionale regroupant les régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni, dont les prérogatives relèveraient des domaines spécifiques à l’Azawad, et la mise en place de zones de défense et de sécurité dont le commandement reviendrait à des ressortissants de l’Azawad. De toute évidence, par ces nouvelles exigences, les groupuscules rebelles qui composent la CMA agissent à rebours de tout ce qui a été discuté à Alger des mois durant, apportant de plus en plus la preuve que les négociations d’Alger n’ont mené qu’à brasser de l’air, balayées aujourd’hui par un retour à la case départ.

Et si la CMA ne signait ne paraphait pas l’accord ? A quelles conditions cet accord peut-il être appliqué sans le paraphe intégral ?

Sanctions

Réunis à Alger pour énième round des négociations destinées à arracher au CMA le paraphe, la montagne n’a pas plus accouché que d’une souris. La CMA n’a pas paraphé tant que ses exigences posées ne sont pas prises en charge par l’accord de paix.

Aujourd’hui, il ne fait pas de doute que face à un refus de parapher l’accord, la CMA subira des pressions en provenance de la Communauté internationale, laquelle pourrait prendre à l’encontre de ses membres des sanctions pouvant aller du gel des avoirs, au retrait des passeports… Mais il reste que cette question des sanctions divise cette même Communauté internationale. Mongi Hamdi, le representant du secrétaire général de l’ONU au Mali, soutenait il y a un mois que «la négociation (…) est terminée. Plus de négociations ! C’est une décision commune, prise par toute la médiation internationale ». Un ton ferme qui laissait entrevoir l’imminence des sanctions contre les mouvements politico-armés de l’Azawad.

Alors que le représentant de l’Union européenne pour le Sahel, Reveyrand de Menthon est d’avis que « ni les sanctions, ni les menaces pour non-respect du délai imparti aux dirigeants de la CMA pour consulter leur base sur la date de signature de l’accord de paix, ne sont pas une solution à la situation qui prévaut au Nord-Mali. C’est le temps qui fera évoluer la position de la CMA ».

Pourtant, le délai imparti à la CMA pour parapher l’accord a expiré, et du reste, elle a encore fait faux bond au paraphe prévu le samedi 15 avril dernier.

Ainsi, plus d’un mois après son adoption par la communauté internationale, et son paraphe par le gouvernement et les groupes armés loyalistes, l’accord de paix malien ne semble pas être en mesure d’être appliqué ; cela du fait de l’entêtement de la CMA à ne pas parapher, en exposant ainsi les populations à des sanctions dont elles risquent de souffrir. Alors, que faire ?

Mettre en œuvre l’accord sans le paraphe intégral ?

Il est vrai qu’un accord sans la signature de toutes les parties, n’est en est toujours pas un, au vrai sens conventionnel. Qu’envisagerait la communauté internationale, qui est la garante de cet accord, et qui s’implique pour la première fois dans ce conflit, en tant que partie prenante dans la médiation, mais aussi en tant que garante dans la mise en pratique de l’Accord, sur le terrain ? Cette communauté internationale dit globalement que « c’est le meilleur texte pour la résolution de la crise au Mali ». Est-ce que cela voudrait dire qu’il restera inchangé, pour elle, malgré les amendements qui reviennent aux revendications initiales des groupes armés ? Si c’est le cas, c’est à la communauté internationale d’en assurer le suivi dans l’application sur le terrain, si cela était décidé, malgré la réserve de la CMA, ce qui est sur le plan théorique tout à fait possible, en tout cas sur une bonne partie du Pays, avec les risques d’instabilité que nous connaissons, dans la partie Nord, depuis le déploiement des casques bleus de la Minusma.

«Il serait possible de mettre en pratique ce texte, validé par certaines parties, certainement de manière superficielle, sur l’étendue du territoire malien, car une bonne partie de ce territoire est aujourd’hui hors d’atteinte et non sous contrôle et d’administration de l’état malien. », estime un officiel malien.

Moussa Mara, ex-premier malien, pense qu’« il est nécessaire de mettre en application cet accord avec ceux qui l’ont signé…»

Le 15 mai, l’ensemble des parties qui ont paraphé devraient se retrouver à Bamako pour signer et enterriner l’accord.

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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