Mali, le pays où tout est frelaté

BocaryTreta, ministre malien de l'Agriculture et du Développement rural

BocaryTreta, ministre malien de l’Agriculture et du Développement rural

Les engrais frelatés, c’est l’affaire qui défraie la chronique et mobilise l’attention de tous ou presque au Mali. Ce débat sémantique autour du qualificatif « frelaté » n’en vaut pas la peine, n’en déplaise au ministre du Développement rural et de l’Agriculture, Bocary Treta, qui préfère évoquer des « engrais hors norme » ou « de mauvaise qualité ». Là n’est pas le débat !

Les intrants agricoles en question sont de mauvaise qualité. Ils sont frelatés, corrompus, dénaturés. C’est ce qui est incontestable !

Le ministre Bocary Treta n’est pas sérieux ! Il se moque du peuple quand il prétend qu’il s’agit d’une manipulation, d’un complot activé par une main invisible qui lui en voudrait à lui, qui voudrait provoquer sa chute ! Les députés l’ont déjà interpellé deux fois sur cette seule et même affaire. Il n’a pas donné le moindre début de réponse à leurs questions. N’a-t-il rien à dire ?

Pourtant, l’affaire est simple. Octobre 2014, Bakary Togola, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), officieusement conseiller technique de Bocary Treta, a donné à 36 sociétés, dont 29 ne pratiquent pas d’activité agricole, les marchés d’engrais de la campagne agricole 2015-2016. Après analyses, le laboratoire Sol-Eau-Plantes du Centre régional de recherche agronomique de Sotuba (à Bamako), pour ne citer que celui-ci, a conclu que les intrants distribués par certaines sociétés sont de mauvaise qualité. Les engrais avaient bien sûr déjà commencé à être utilisés par les paysans.

Ce qui choque et fâche, c’est que le même Bakary Togola a demandé aux mêmes fournisseurs de reprendre et de remplacer leurs produits dénaturés, mais il a aussi ordonné au Trésor public de leur payer des milliards. Il y a un problème, pardi !

On sait que ce n’est pas aujourd’hui, en 2015, qu’il y a des engrais… comment dire ?…frelatés ou, si vous préférez, monsieur le ministre, hors norme.

Cette affaire a permis de lever bien des masques. On sait maintenant que Bakary Togola, le président de l’APCAM, un paysan qui était devenu le chouchou de l’ex-président ATT et des Américains qui voyaient en lui un self-made-man, n’est pas celui qu’on croyait. « Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir fait la pluie et le beau temps sous le soleil du PDES (parti d’ATT), il n’a pas hésité à atterrir avec armes et bagages au RPM (parti au pouvoir) en se disant qu’après tout, tous les chemins mènent à Rome… de l’enrichissement illicite. » écrit Abdoul Madjid Thiam, éditorialiste aux Echos.

Avec cette affaire, il y a vraiment lieu de penser que l’impunité continue à avoir de beaux jours devant elle. Ceux qui pillent les deniers publics ne sont toujours pas inquiétés. Ils dorment aussi tranquillement qu’un bébé le soir, tout ça parce que, I.B.K est plus un chef d’orchestre que d’Etat.
Interpellé sur la question, notre paysan modèle, le self-made-man, a dit qu’il n’y a pas que les engrais qui sont frelatés au Mali, mais qu’il y aussi de l’huile frelatée, de la pomme de terre frelatée…

Autant dire que le Mali est devenu le pays où tout est frelaté. Président frelaté, gouvernement frelaté, ministres frelatés, médecins frelatés, fonctionnaires frelatés, étudiants frelatés, et… journalistes frelatés. Le Mali est un pays… frelaté.

Boubacar Sangaré

Guinée, le calcul « pas bien réfléchi » de Dalein Diallo

Bram Posthumus

Bram Posthumus

Le journaliste néerlandais Bram Posthumus couvre l’Afrique de l’Ouest pour des médias essentiellement britanniques, The Economist, Africa Confidential et Think Africa Press, mais aussi la radio allemande Deutsche Welle et le service anglais de RFI. Il s’apprête à publier à Londres « Masks, music and minerals » (Masques, musique et minerais), un livre sur la Guinée, grande oubliée de l’Afrique de l’Ouest. Il livre ici son analyse sur l’Alliance Dadis-Cellou Dalein.

Après sa visite à Ouaga le 19 juin dernier, Cellou Dalein Diallo a annoncé son alliance politique avec Moussa Dadis Camara. Pour vous, c’est une alliance contre-nature?

Pas forcément contre nature, mais il est impossible d’oublier le rôle que les deux protagonistes de cette alliance ont joué il y a peu du temps, c’est à dire l’un (Dadis) à la tête d’une junte qui est responsable de la mort de 157 personnes pendant le massacre du Stade du 28 Septembre à Conakry, le 28 septembre 2009; et l’autre (Diallo) qui a participé à ces manifestations et a été blessé. Il a confié à un journal sénégalais (il était hospitalisé à Dakar) qu’à un certain moment il pensait que les militaires voulaient le tuer.

Quelles sont les conséquences que cette décision peut entrainer, notamment sur l’avenir politique de Dalein Diallo?

Dans l’immédiat pas de conséquences mais ça risque, avec le temps, d’éroder davantage sa relation avec l’autre grand parti de l’opposition, l’UFR, de Sidya Touré. Bien entendu, Sidya a pris la décision d’aller en solo pour la présidentielle. Mais si nous nous imaginons un deuxième tour, ça rendra la vie plus difficile pour Diallo. Je ne crois pas que Sidya acceptera d’être dans une coalition avec Dadis. Même dans l’UFDG de Diallo, ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec cette alliance.

Est-ce un calcul politique?

S’il y a eu calcul, je crois que ce n’est pas bien réfléchi. Le poids de Dadis se trouve autour de la ville de Nzérékoré, son fief. A part ça, peut être une certaine sympathie parmi ses anciens copains dans l’armée.
Finalement, il est déjà clair qu’un retour de Dadis augmentera l’instabilité dans le pays. Son ancien aide-de-camp et son tombeur, Aboubacar “Toumba” Diakité, a menacé de rentrer au pays. La Guinée n’a point besoin de tout cela.
Propos recueillis par Boubacar Sangaré