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Guinée, le calcul « pas bien réfléchi » de Dalein Diallo

Bram Posthumus

Bram Posthumus

Le journaliste néerlandais Bram Posthumus couvre l’Afrique de l’Ouest pour des médias essentiellement britanniques, The Economist, Africa Confidential et Think Africa Press, mais aussi la radio allemande Deutsche Welle et le service anglais de RFI. Il s’apprête à publier à Londres « Masks, music and minerals » (Masques, musique et minerais), un livre sur la Guinée, grande oubliée de l’Afrique de l’Ouest. Il livre ici son analyse sur l’Alliance Dadis-Cellou Dalein.

Après sa visite à Ouaga le 19 juin dernier, Cellou Dalein Diallo a annoncé son alliance politique avec Moussa Dadis Camara. Pour vous, c’est une alliance contre-nature?

Pas forcément contre nature, mais il est impossible d’oublier le rôle que les deux protagonistes de cette alliance ont joué il y a peu du temps, c’est à dire l’un (Dadis) à la tête d’une junte qui est responsable de la mort de 157 personnes pendant le massacre du Stade du 28 Septembre à Conakry, le 28 septembre 2009; et l’autre (Diallo) qui a participé à ces manifestations et a été blessé. Il a confié à un journal sénégalais (il était hospitalisé à Dakar) qu’à un certain moment il pensait que les militaires voulaient le tuer.

Quelles sont les conséquences que cette décision peut entrainer, notamment sur l’avenir politique de Dalein Diallo?

Dans l’immédiat pas de conséquences mais ça risque, avec le temps, d’éroder davantage sa relation avec l’autre grand parti de l’opposition, l’UFR, de Sidya Touré. Bien entendu, Sidya a pris la décision d’aller en solo pour la présidentielle. Mais si nous nous imaginons un deuxième tour, ça rendra la vie plus difficile pour Diallo. Je ne crois pas que Sidya acceptera d’être dans une coalition avec Dadis. Même dans l’UFDG de Diallo, ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec cette alliance.

Est-ce un calcul politique?

S’il y a eu calcul, je crois que ce n’est pas bien réfléchi. Le poids de Dadis se trouve autour de la ville de Nzérékoré, son fief. A part ça, peut être une certaine sympathie parmi ses anciens copains dans l’armée.
Finalement, il est déjà clair qu’un retour de Dadis augmentera l’instabilité dans le pays. Son ancien aide-de-camp et son tombeur, Aboubacar “Toumba” Diakité, a menacé de rentrer au pays. La Guinée n’a point besoin de tout cela.
Propos recueillis par Boubacar Sangaré

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bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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