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Littérature : Destins de femmes, un livre de Salimata Togora

Destins de femmes« Je crois qu’un écrivain est bien sûr un écrivain de son temps, qu’il le veuille ou non, mais il est aussi dans la lignée de toute une tradition. », cette réponse de Henri Lopès à Jacques Chevrier -il y a 33 ans- suffit à elle seule pour parler du dernier livre de Salimata Togora, « Destins de femmes », un recueil de trois longues nouvelles.

De nouvelle en nouvelle, cette mathématicienne qui est passée dans « l’autre camp », celui de la littérature, continue de porter sur la société un regard… nouveau. La femme trahie dans « La coupable » : « Le caractère inéluctable de l’infidélité masculine m’échappait encore. Je ne voyais pas la nuance. Il fallait préciser : l’adultère des femmes est impardonnable mais celui des hommes est bien excusable. Ils sont si faibles, nos pauvres hommes. » Et puis, voici dans la deuxième nouvelle « une fille pas comme les autres », un constat terrifiant : « d’ailleurs dans ce quartier on ne divorce jamais. On subit. On souffre. On fornique. On tue même parfois. Mais divorcer ? Jamais ! »

Belle et révoltée, la prose de Salimata Togora continue de fouetter cette société où, selon Ibrahima Ly dans «Toiles d’araignées », il a été fait de la femme une esclave au point que « Chez nous, le succès de l’enfant dépend non pas de son intelligence, et de son habileté, de sa persévérance dans l’effort et de son courage, mais uniquement de la capacité de résignation de sa mère, de la passivité de celle-ci face aux insultes du père, des coépouses des belles sœurs. La résignation est la clé de voute de notre société. »

Une femme cocufiée par son époux et qui finit par se faire à l’idée qu’on ne se marie pas uniquement par amour car « l’amour perdu ne revient pas » ; une jeune fille de 17 ans qui tient un journal où elle parle de sa famille polygame, avec un père lâcheur, et de sa mère, ayant sombré dans la déréliction, qui, excédée, pose la fameuse question léniniste : « Que puis-je faire ? ».

Destins de femmes, Salimata Togora, La Sahélienne, 2015 100 pages

Boubacar Sangaré

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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