Livre, « de la poésie à la prophétie »

Photo: La Sahélienne

Photo: La Sahélienne

Nous avions laissé Aicha Diarra en 2012, à 18 ans, avec son recueil de poèmes Les larmes de la tombe, dans lequel elle donne libre cours à sa révolte contre la mort, la mélancolie, la souffrance, la misère, la pauvreté, et qui en a dit long sur la maturité littéraire de cette jeune auteure. Elle nous revient avec un nouveau recueil de poèmes intitulé Coninoconos, de la poésie à la prophétie .

Coninoconos, autant le dire tout de suite, est « un homme de la nature », un individu en marge. Il pense le contraire de ce que pensent les autres, cherche une réponse à des questions qui semblent vides d’intérêt pour le commun des mortels, et, encore plus étrange, a des animaux comme interlocuteurs. Coninoconos et le cheval de retour est un long poème dans lequel Coninoconos, « le sage illuminé », se retire dans la nature. L’auteure fait entendre dans un dialogue la parole de deux hommes : « l’homme de la société » et « l’homme de la nature ». Les échanges des deux hommes touchent à des questions telles que la poésie, la vie, l’écriture, la nature humaine. Ainsi, à l’homme de la société qui souhaite troquer sa raison contre l’instinct d’animal de l’homme de la nature, ce dernier répond :

« Vous dans votre société, vous faites le mal par plaisir, par méchanceté et nous dans la nature nous le faisons par besoin. Notre raison nous permet de nous adapter et vous votre raison de vous modifier. Si j’étais toi je monnayerai ma raison contre la paix car cette raison ne vous sert qu’à vous autodétruire là-bas dans votre société. »

Enfin, en lisant ce poème, on ne peut s’empêcher de penser à Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, tant il est vrai que Coninoconos a les attitudes d’un surhomme qui se propose de « résoudre l’énigme mondial comme personne jamais ne l’avait avant moi, l’énigme c’est la poésie, la poésie doit devenir de la prophétie. »

L’auteure aborde aussi la mythologie biblique sur l’origine de l’homme (dans laquelle se retrouvent musulmans et juifs), la jeunesse, la politique, le tout dans un style qui oscille entre vers et prose. En refermant ce livre, vient à l’esprit cette vue de Jean-Paul Sartre pour qui la littérature est « l’appel libre d’un homme à d’autres hommes. »

Coninoconos, de la poésie à la prophétie, Aïcha Diarra, La Sahélienne, 2015

Boubacar Sangaré