Présidentielle(Mali) _ 2e tour : La saison des alliances

Au Mali, le temps est aux alliances entre les partis politiques à la perspective du second tour de la présidentielle prévu pour ce dimanche 11 août. Des alliances qui, pour la plupart, ne sont que l’arbre qui cache la forêt de quelques intérêts personnels, au mépris de toute conviction politique.

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IBK et Cissé (photo-credit: malijet.com)

Nouer des alliances au Mali est devenu aussi rapide que surfer sur internet. Les tractations battent leur plein, les candidats se succèdent dans la déclaration de soutien à l’un des deux candidats en lice : Ibrahim Boubacar Keïta (Rassemblement Pour le Mali) et Soumaïla Cissé (Union pour la République et la démocratie). Ainsi, dès les moments qui ont suivi la proclamation des résultats provisoires du premier tour, la couleur a été annoncée par Choguël Kokalla Maïga, dont le parti MPR a obtenu 2,29% des voix. Ensuite est venu le temps pour l’ADEMA-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice de mettre à nu les divisions latentes qui ont secoué le parti avant et pendant la campagne électorale.

En effet, le samedi dernier à son Q.G de campagne, Dramane Dembélé, arrivé 3e avec 9, 59% des voix, a, à l’énorme surprise de tout le monde, appelé les militants du parti ADEMA a voté IBK au second tour, alors qu’il est signataire de la plateforme du FDR, qui réunit Soumaïla Cissé (URD), Modibo Sidibé(Fare) et Jeanmille Bittar (UMAM). Résultat, le parti s’en trouve divisé, et des barons comme Ibrahim N’diaye appelle de leur côté à voter Soumaïla Cissé. La raison déclinée par Dramane Dembélé est que le RPM et l’ADEMA appartiennent à la même famille politique qui est l’International Socialiste, la gauche.

Par ailleurs, les candidats Moussa Mara de Yèlèma (le changement), Oumar Mariko (SADI), Yeah Samaké, Cheik Modibo Diarra, Housseini Amion Guindo ont appelé leurs militants à reporter leur voix sur IBK. Voilà pour le préambule.

Croyons dur comme fer que les reports de voix sont une pratique courante dans le processus électoral et admettons qu’il n’y a rien d’anormal à ce qu’un candidat appelle à voter, au second tour, pour un autre. Mais il est impossible de faire semblant de croire que toutes ces alliances sont fortuites. Cela est d’autant plus vrai qu’on ne peut pas ne pas accorder le moindre crédit aux raisons évoquées par Dramane Dembélé quant à son revirement : pour lui, les partis signataires de la plateforme du FDR ont des agendas personnels, alors que lui a un agenda républicain ; de là, son alliance à IBK.

Pour faire l’impasse sur le fait que la cacophonie qui règne dans l’ADEMA est un coup dur pour la plateforme du Front pour la Démocratie et la République, il faut préciser que les partis qui s’y regroupent sont ceux-là même qui ont dénoncé le coup d’Etat. Mais ce n’est pas tout. Le fait est que les dirigeants de ces partis sont pour la plupart impliquées dans la gestion problématique qui a ouvert la voie à l’enfer pour des Maliens et Maliennes, surtout dans les régions (Tombouctou, Gao…) libérées des crocs des terro-djihadistes. Aussi, inutile de dire qu’ils ont en gros trempé leurs lèvres dans des affaires de corruption, de népotisme et que sais-je encore, et cela dans l’impunité totale. C’est pourquoi, disons-le sans hésiter, il est fréquent d’entendre dire que la victoire de quelque candidat du F.D.R est considérée comme une rechute dans l’ancien système grabataire.

Que dire à ceux qui me lisent, sinon que je base mes conclusions sur ce que j’ai lu et entendu ces derniers jours. Pour faire court, ces alliances sont un arbre qui cache la forêt des intérêts personnels : crainte de la foudre de la justice, car il est clair qu’après les élections les Maliens exigeront la justice pour tous ceux ont les mains maculées de vols, de corruption. Et ce serait là le signe d’une évolution majeure pour un peuple qui, pendant plus de 50 ans, comme l’a écrit Moussa Konaté – Mali, ils ont assassiné l’espoir – ne s’est contenté que de vivre, dans un pays bien capable de le nourrir mais qui n’est jamais parvenu à lui procurer ce qu’il faut pour renouveler sa force de travail.

Exiger la justice est ce qu’il y a de mieux pour un peuple qui, comme l’écrit Aissata Ba, est « sans repères passés et sans visions futures, presqu’anesthésié, qui se bat chacun pour son pain quotidien, même s’il réclame plus. Mais le civisme, la citoyenneté, le sens de l’Etat, le sens de la Nation ont disparu du Nord au Sud. Le Mali est à reconstruire malheureusement dans ses fondamentaux les plus basiques. Et si beaucoup de gens espèrent un rapide retour à la normale, la triste réalité est que ce n’est pas possible, ni rapide, ni lent, puisque RIEN n’a jamais été normal, ni sous la dictature, ni sous la démocratie. Et le laisser aller le plus total s’étant installé dans ce pays, la corruption ayant rendu chaque citoyen soumis au plus offrant, ou tout simplement à l’argent lui-même.

Un système a entraîné le peuple malien, jusqu’à ce que le peuple s’approprie le système, et finisse par entrainer le système. La complicité passive est devenue active, puis culpabilité. Les problèmes les plus difficiles du pays ne viennent plus de la classe dirigeante mais de l’entrée du peuple dans le jeu de la destruction. Des mutations profondes sont à espérer dans ce pays. Sinon plus ça changera, plus ce sera pareil, élections ou pas. »

Et pour finir, voici ce que m’a écrit de Paris une chroniqueuse (une amie) à propos de ces alliances :

« J‘espère que les Maliens ont la mémoire de tout ce qui a mis le pays à genoux ! Bien sûr, Il y a beaucoup de gens comptables de l’effondrement de l’état. Bien sûr, sur les 20 dernières années, beaucoup savent qu’ils sont coupables, donc ils cherchent à avoir un poste dans le prochain gouvernement pour être « protégés » de la justice. Mais il faudra qu’ils rendent des comptes un jour aux Maliens. La société civile se doit de s’organiser comme cellule de veille, sinon, tout recommencera, et assez vite !! Les bandits qui ont attaqué le Nord n’attendent que ça ! Attaquez ! »

Boubacar Sangaré

Mali_ présidentielles: Des élections, oui, mais pour changer…

Dans quelques semaines ou quelques mois, qui sait, les Maliens seront appelés aux urnes pour élire un nouveau président de la République et mettre ainsi un terme à une période de transition que tous ou presque veulent voir s’éclipser. Mais, cette présidentielle, d’ores et déjà, inquiète « grave », surtout en raison du doute qui plane sur la date de sa tenue.

photo-credit: Malijet

Électeurs Mali (Credit photo: Malijet)

 

A pas comptés, le Mali marche vers les élections présidentielles dont la visée est d’élire un pouvoir légitime, capable de redresser ce pays ployant sous le vent d’une crise sécuritaire et institutionnelle : un coup d’Etat foireux perpétré le 22 mars 2012 et une rébellion armée touareg charriant la horde de barbares d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique), du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) et d’ANSARDINE, ont suffi à installer le Mali dans un « temps incertain ». Même s’il faut aussi reconnaître à ces événements fâcheux le mérite d’avoir crevé l’écran de fumée qu’était la démocratie malienne, et d’avoir aussi amené biens des Maliens, d’une naïveté incomparable, à prendre conscience de la vacuité politique et de la faiblesse d’un État auquel ils appartiennent.

 

Et dès lors, les langues se sont déliées, une démocratie brandie jadis comme un modèle est devenue la proie des flammes des médias locaux et étrangers. Ah, comme il est vrai qu’ « on ne brûle que ce que l’on a aimé… » (1)

 

Aujourd’hui, toutes les attentions sont mobilisées par les présidentielles prévues pour le 28 juillet prochain. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la presse locale qui rend compte du ramdam provoqué par ce rendez-vous électoral très attendu. Sauf que, état d’urgence oblige, les campagnes électorales n’ont pas, à bien dire les choses, encore commencé mais déjà s’est engagée entre les différentes formations politiques une espèce de tauromachie électorale dont les règles ne sont pas encore définies. Dernièrement, après la formation d’une coalition du F.D.R (Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et de la République) – dont l’ADEMA PASJ est la figure de proue -, nombre de commentateurs de l’actualité se sont dépêchés de parler d’un duel « I.BK contre tous ». Mais, c’était aller vite en besogne, car une autre coalition composée de I.B.K (il est le président du Rassemblement pour le Mali), Moussa Mara (Yèlèma), Soumana Sako, Housseïni Amion Guindo, Cheick Modibo Diarra, Yeah Samaké, Ousmane Ben Fana Traoré est en gestation. Et pourrait voir le jour très prochainement. Preuve que la bataille sera dure et qu’I.B.K ne sera plus le seul torero.

 

Et que pensent les Maliens de tout cela ? Fidèles à leurs habitudes, ils parlent de ces élections avec, parfois, une déception née du chaos engendré par plus de 20 ans de démocratie. Vingt ans de démocratie qui ont fait d’eux un peuple incapable de juger autrement que par le discours, les promesses, les diplômes et le visage. Un peuple qui est bien en peine de comprendre ce que signifie un programme politique et qui, dans son simplisme, n’aspire qu’à trouver de quoi mettre sous la dent, croyant que le reste – c’est-à-dire la bonne gouvernance, la démocratie- n’est pas son affaire. C’est pourquoi, on dira ce qu’on voudra de ces élections, mais je ne suis pas sûr que le peuple malien soit d’avis que sa tenue les arrachera de la spirale des difficultés du quotidien. Au vrai, son inquiétude réside dans le fait que le gros des candidats ont déjà fait leur preuve pour avoir été les obligés et les obligeants de l’ex-président, Amadou Toumani Touré, chassé par la mutinerie qui a abouti au coup d’Etat.

« Il ne nous sera pas facile d’en finir pour de bon avec l’ADEMA-cratie », ironisait-il y a quelques jours un ami enseignant, qui met tous les malheurs qui arrivent au Mali aujourd’hui au compte de l’ADEMA, la plus importante formation politique dont est issu Alpha Oumar Konaté, qui a dirigé le pays de 1992 à 2002. C’est également l’ADEMA PASJ qui a soutenu, en 2002, le candidat indépendant Amadou Toumani Touré, devenu président… « S’il faut organiser des élections pour que ceux qui ont dirigé le pays de 1992 à 2012 reviennent au pouvoir, ce n’est vraiment pas la peine et c’est à désespérer du Mali! », ajoute t-il.

En somme, les Maliens sont nombreux à penser que ces élections ne sont pas pour les tirer d’affaire, mais plutôt pour donner une occasion à ces politiques de participer à une course au pouvoir et à l’argent. Sans joindre ma voix à celles qui nous servent en longueur de journée des vérités insincères, il faut, encore une fois, pointer la responsabilité de la classe politique dans la situation qui prévaut au Mali. Responsabilité qu’elle n’a jamais ouvertement assumé et qu’elle s’ingénie à faire oublier avec la fièvre électorale qui saisit petit à petit le peuple.

« La classe politique malienne n’est pas étrangère au pourrissement de la situation intérieure. Il s’agit bien évidemment de celle ayant tenu les rênes du Mali pendant tout le temps que le terrorisme s’y implantait et narguait le pays avec des complicités politiques évidentes (…..) Ma conviction personnelle est que, au nom de l’éthique, ces partis au pouvoir doivent avec humilité s’amender et exprimer publiquement un mea-culpa : demander pardon au peuple avant de se redéployer pour la reconquête du pouvoir. Le peuple mérite qu’on le respecte. »
Ces propos, qui n’ont pas reçu des oreilles attentives dans la classe politique, sont extraits d’un entretien de Bandjougou Gakou accordé à Le Flambeau, qui a fait un tabac même hors des frontières du Mali.

Bien entendu, ce n’est pas tout. A moins d’un mois des élections, des doutes s’installent à propos de la date de sa tenue. Le président de la Ceni (Commission Nationale électorale Indépendante), Mamadou Diamoutani (encore lui, car l’on se souvient qu’il a émis les mêmes doutes à propos de la tenue de ces élections le 7 juillet pour les mêmes raisons ), est encore d’avis qu’il « est extrêmement difficile de tenir le premier tour de l’élection présidentielle le 28 juillet …»
En cause ? Le retard pris dans la production, donc dans la distribution des cartes d’électeurs à moins d’un mois, surtout le cas des déplacés et la situation à Kidal où, malgré l’accord signé à Ouagadougou entre le gouvernement et les rebelles targui, l’armée et l’administration ne sont pas encore retournées. Et les questions qu’on ne se refusait à admettre à propos de ces élections, s’imposent : Auront-elles lieu ? Seront-elles reportées ? En tous les cas, le Mali n’a que faire des mises en garde du genre « Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. Et ça, nous serons intraitables là-dessus. »

Pour ma part, la question de la tenue, du report possible de ces élections n’est pas marquante. Le véritable intérêt de ces élections est qu’elles permettent au Mali de prendre le chemin du changement. Cela étant, soutenir l’idée que ces élections ne sont pas opportunes, comme le pensent nombre de maliens, relève d’une analyse parcellaire. Ce qu’il faut dire en revanche, et redire, c’est que le peuple malien n’a pas cette fois-ci droit à l’erreur dans le choix de ses dirigeants. C’est pourquoi, il lui revient d’aller, le jour du scrutin, remplir son devoir civique en votant pour un candidat. Il ne lui sert à rien de se réfugier derrière ce constat très répandu qui est qu’au Mali comme partout ou presque, chaque parti politique est la réplique exacte du concurrent, au point de dire par exemple que ADEMA et R.P.M, c’est, comme aiment à dire les algériens, Hadj Moussa et Moussa Hadj ! Non, l’aspiration la plus partagée par tous est le changement, et les élections à venir sont une occasion à saisir pour s’engager sur le chemin. Mais, le changement n’est pas une affaire d’une, deux, trois ou quatre années ; il a différentes phases et dans les pays du monde arabe qui ont connu le « Printemps Arabe », les révolutionnaires ont fini par se rendre à cette évidence, d’où les raisons de leur présence ininterrompue dans les rues, en Égypte surtout, pour narguer la stratégie du rouleau compresseur employée par Les Frères musulmans au pouvoir.

Pensez au Mali le 28 juillet prochain !

(1) Akram Belkaïd, un regard calme sur l’Algérie

Boubacar Sangaré