Boubacar Sangaré, être Malien de l’extérieur pendant 7 mois

 

13083111_770657586403358_766363340695219553_nMalien lambda, sans relations dans les hautes sphères, l’étudiant Boubacar Sangaré est bloggeur, et écrit des articles qui paraissent régulièrement dans la presse locale, et parfois sur des sites d’information internationaux. Akram Belkaïd, un ami journaliste et essayiste résidant à Paris, l’avait informé qu’un poste d’assistant de langue française était à pourvoir à Bates College, une université dans l’Etat du Maine, à l’Est des USA. En fin d’année universitaire 2015, Boubacar attendait les résultats des examens de la maîtrise à la Flash de Bamako. Il avait moins de 25 ans, et étudiait la littérature en français, il correspondait aux critères. Il envoya son dossier de candidature à Bates College, puisque qui ne tente rien n’a rien !

Pendant l’hivernage, il reçut une réponse positive. Il allait être un Malien de l’extérieur du 10 septembre 2015 au 22 avril 2016. À Bates, il aurait à animer une classe de discussion avec les étudiants de 1ère année en français, et aider ceux qui rencontrent des difficultés en grammaire française. En échange, Bates lui accordait une bourse. Boubacar allait devoir suivre des cours, et bien sûr réussir les examens de fin de semestre.

Partir, c’était avoir la chance de découvrir le système éducatif américain, rencontrer des gens d’autres horizons, et apprendre davantage. Mais il avait peur. Peur d’aller si loin, loin de ses parents. Il avait peur de l’inconnue, mais se consolait car il était convaincu qu’il finirait par s’habituer, par s’intégrer. Il était convaincu qu’aujourd’hui, dans le monde, personne, absolument personne, ne détient la vérité. Il était convaincu qu’il faut savoir prendre chez l’autre ce qui est bien, et l’ajouter à ce qu’on a déjà. Quand on n’a jamais quitté son pays, partir vers la côte Est des USA, c’est voyager vers le bout du monde. Faire escale à Paris, rester en zone de transit de 7h du matin à 4 heures de l’après-midi, être stupéfait du prix du sandwich et de la canette de soda, et finalement s’asseoir dans l’avion, destination Boston, à environ 3 heures de voiture de Bates College.

Sur le campus, tout était différent, la langue, la nourriture, le climat, les gens. La plupart des étudiants rencontrés les premiers jours étaient des «internationaux», des jeunes arrivés de loin, d’Europe, d’Asie, et d’ailleurs encore. Chacun se demandait d’où l’autre venait. Certains étaient très curieux, ils lui posaient toutes sortes de questions. Boubacar le Malien, Boubacar le réservé, en a souvent été gêné. Sous d’autres cieux, il aurait botté en touche. Il aurait signifié à ses interlocuteurs que cela ne les regardait pas. Mais, au fur et à mesure, il s’y est habitué. Il a découvert qu’ils l’interrogeaient sans arrière-pensée, que c’était juste pour échanger et mieux le connaître.

À la cantine, il y avait abondance de nourriture nouvelle pour lui. Son ventre a mis du temps à s’y faire. Il avait la nostalgie de la sauce. Il a pris du poids, et pourtant il jouait au football deux soirs par semaine. Il a parfois compté les mois qui lui restaient avant de rentrer. Les températures négatives lui faisaient regretter la chaleur de Bamako. Les étudiants étaient très souriants, mais les relations s’installaient rarement. Avec les Afro-Américains, c’était plus facile de parler, c’était comme si quelque chose les unissait, Marcus Garvey, Du Bois, l’Afrique, l’esclavage…

Aux Etats-Unis, le système scolaire et universitaire est organisé dans le souci d’apprendre à l’apprenant à être autonome. Tout repose sur l’apprenant. Un ami a expliqué à Boubacar qu’à Bates, il est important que l’étudiant se sente à l’aise avec le professeur, qu’il ne doit pas le craindre. Un autre a beaucoup insisté sur l’importance de la ponctualité, ce qui devait lui faire comprendre qu’en Amérique, «time is money», le temps c’est de l’argent ! Chaque soir, comme tous les étudiants, Sangaré travaillait des heures et des heures. Réfléchir, écrire, se casser la tête pour lire d’autres livres en complément d’information, afin d’être prêt pour le cours du lendemain. Au début, Boubacar a eu du mal à s’y faire, il en est tombé malade. Il trouvait que les études étaient aussi amères que le jus de citron dans l’œil. Cela lui rappelait son enfance, quand sur le chemin de l’école, la mine renfrognée, une bordée d’injures lui venait à la bouche contre celui qui avait eu l’idée idiote de créer l’école. Enfant, il ignorait qu’il allait à l’école pour lui-même.

À Bates, il a tout de suite senti que dans cet univers où tout était différent, il devait être très organisé dans son travail s’il voulait s’en sortir. Au début, Sangaré, dont le niveau d’anglais était faible, a eu du mal à comprendre ce que disaient les Américains qui parlent très vite. Il lui a fallu quelques mois pour bien tout saisir. Les cours, les discussions avec les étudiants, ses recherches, ses lectures l’ont beaucoup aidé. Il travaillait sans relâche. Sangaré a su mettre à profit tout ce que Bates College apporte aux étudiants. Avoir eu la chance de recevoir les conseils des professeurs de Bates l’a conforté dans l’idée que malheureusement la réalité universitaire au Mali est tout autre. Certains de ses professeurs à Bamako lui étaient toujours apparus comme des gens qui, du haut de l’arbre de leur diplôme obtenu à Paris ou ailleurs, ne veulent voir aucune «herbe» utile pousser… Partir fut une grande expérience pour Boubacar, même si vivre loin de son pays a été très douloureux quand le Radisson Blue a été attaqué, et quand semaine après semaine, il constatait que rien n’évoluait dans le septentrion.

Sangaré est rentré à la maison le 24 avril dernier sous la chaleur accablante. Il a retrouvé les délestages et les coupures d’eau, et a été envahi par l’impression douloureuse que rien n’avait changée, que rien n’avait bougé, que rien ne bouge jamais au Mali. Impression douloureuse effectivement, car le Sangaré qui est revenu n’est plus le même que celui qui est parti. Les mois qu’il vient de vivre font dorénavant partie de ce qu’il est, et de l’homme qu’il sera. Il n’oubliera ni qui il était avant, ni ce qu’il a vécu là-bas. C’est le recul qu’il saura prendre qui lui permettra de ne rien perdre de ses valeurs maliennes, et d’y ajouter le meilleur de son expérience états-unienne.

Françoise WASSERVOGEL

Cet article a été publié par le bihebdomadaire Le Reporter le mardi 03 mai 2016, à Bamako.

Anfilila ou les mots pour dire la désillusion malienne

photo: https://www.facebook.com/pages/Anfilila/721033794637587?fref=ts

photo: https://www.facebook.com/pages/Anfilila/721033794637587?fref=ts

En septembre 2013, Ibrahim Boubacar Keïta, candidat du Rassemblement Pour le Mali (RPM), a remporté la présidentielle avec 77,62% de suffrages exprimés. Un raz de marée qui a vite étouffé les réserves qu’il suscitait chez beaucoup, surtout à l’étranger. Qu’on se le dise, IBK fait partie de cette génération de politiques post-indépendance qui devait ancrer le Mali dans la démocratie, mais qui, grande déception, à force de jouer la carte du consensus a conduit à une désarticulation du pays. Game Over. On ne dira pas qu’il n’y a nulle trace de convictions démocratiques dans l’itinéraire d’IBK. Mais à lui et à tous ceux de sa génération, il est impossible de ne pas dire Game Over.

Aujourd’hui, dans un monde post Snowden, IBK et son régime se heurtent au désir d’avoir voix au chapitre d’une jeunesse « facebookiste », « youtubiste » ou « twitter », pour reprendre l’opposant algérien Ali Benflis, qui sait ce qui se passe ailleurs. Après la presse, les réseaux sociaux sont aussi devenus une pépinière d’où émergent des voix, pour dire leur déception vis-à-vis de celui dont ils étaient beaucoup à penser qu’il allait « donner un coup de fouet au pays », pour demander « un gouvernement resserré qui aura un an pour redresser le pays voire le relancer », car « y’en a beaucoup le parler (sic)».

Est-ce trop demander à un quelqu’un qui n’a fait qu’un an au pouvoir ?

 

Un mois après le pacte de Varsovie, le 18 aout 1991 un putsch raté à Moscou avait débouché quelques mois plus tard sur une dissolution de l’URSS. Les putschistes ont échoué, mais Boris Eltsine est monté en puissance, et en a profité pour chasser Gorbatchev. On connait le bilan catastrophique de ce que le journaliste français Bernard Guetta a appelé le putsch des « huit imbéciles ». Depuis, les Russes ont dégoté un terme désabusé pour parler de la totale déliquescence de leur pays : Besperedel, qui veut dire « qui est absurde », « qui ne peut être compris (1)».

En Algérie, le 26 décembre 1991, le Front Islamique du Salut (FIS) a obtenu 188 sièges (47,4% des voix) au premier tour des premières législatives pluralistes. Le 11 janvier 1992, l’armée a poussé le président Chadli Benjedid à démissionner, et le scrutin a été annulé. Ce qui a plongé le pays dans une « décennie noire », aussi appelée « années du terrorisme » ou « guerre civile ». Les Algériens ont, eux aussi, trouvé de nouveaux mots pour parler de la totale désagrégation de leur pays. Selon le journaliste et essayiste algérien Akram Belkaïd, le plus employé est Koukra qui signifie « trop c’est trop ». Les jeunes n’en peuvent plus non plus du Hogra, c’est à dire de l’injustice. Le « Ulach smah ulach » (pas de pardon), la s’hifa (la vengeance), et le «tchippa » (le pot de vin) enrichissent aussi le vocabulaire du ras le bol algérien.

 

Au Mali, nous avons aussi nos Besperedel, nos « tchippa » ou « koukra ». Il n’est pas question pour nous de dire ici qu’on peut rapprocher la situation malienne de celles de l’URSS et de l’Algérie. De nouvelles expressions, de nouveaux mots sont maintenant fréquemment utilisés pour illustrer la déception générée par certains actes, certaines décisions du régime d’IBK. Il y a Anfilila, (nous nous sommes trompés) employé aujourd’hui par nombre de jeunes pour qui IBK n’est pas celui qu’ils croyaient. Sur le réseau social Facebook, bastion de la propagande et royaume de la pourriture, il existe une page portant ce nom avec une photo d’IBK en train de sourire en disant : « je vous ai bien eu ».

L’achat du jet présidentiel, on le sait, a fait beaucoup de bruit, à tel point que la Banque mondiale et le FMI ont eux aussi crié au scandale. Ensuite est arrivée l’affaire des surfacturations du marché des équipements et des matériels militaires de l’armée. Les mises au point du premier ministre Moussa Mara n’y ont rien fait. Au contraire, au fil de ses sorties, Moussa Mara a perdu de son crédit auprès de beaucoup dans l’opinion. Aujourd’hui, certains l’appellent même GaloonMara, pour dire qu’il est en train de fabriquer des mensonges pour faire passer IBK par une lessiveuse, le blanchir. Aussi, en mai 2014, après s’être rendu à Kidal, visite pour laquelle il a été violemment critiqué, il est devenu «le premier ministre qui fait le karato », c’est-à-dire le premier ministre qui aime le risque, un baroudeur au sens où l’entendent les militaires.

Le président IBK n’est pas, lui non plus, sorti indemne de toutes ces affaires. Beaucoup continuent de l’appeler « Zon bourama » (Bourama le voleur) « ana ka zon grin » (et sa bande de voleurs).

(1) Lire Akram Belkaid, Un regard calme sur l’Algérie, Seuil, 2005

Boubacar Sangaré

La N’velle patrie, le journalisme et la vie sans sel !

Photo-montage à partir de Photo de géralt sur Pixabay

Photo-montage à partir de photo de géralt sur Pixabay

Cela peut choquer – mais il n’empêche ! – de dire que c’est grimper à l’arbre de la naïveté que d’espérer vivre du métier de journaliste. Surtout dans un pays où l’on a déjà fait de la lecture son ennemi numéro un que l’on combat avec le même acharnement qui a poursuivi Oussama Ben Laden ou Mouammar Kadhafi.

D’ailleurs, dans les potins entre étudiants, nous aimons nous taquiner en disant que « si tu veux cacher une chose précieuse au Malien, mets dans le livre ! ». Une boutade qui provoque toujours une salve de rires, parce qu’elle colle fort bien à la réalité et permet à quiconque de se rendre compte des raisons de la sécheresse intellectuelle qui s’est installée dans le pays et qui se répand comme une lèpre.

Dans une telle situation, il est bien facile de deviner que pour le journaliste, la vie n’est vraiment pas de sel ou de repos. Il y a quelques jours, je lisais « L’œil du reporter » (*) où la chroniqueuse Françoise Wasservogel s’est employée à brosser le tableau de l’emploi des jeunes. On y lit un tableau sombre, car il présente une jeunesse aux prises de l’injustice sociale, du népotisme, de la précarité.

Et pourtant, « l’article 19 de la Constitution du 25 février 1992 garantit l’égal accès des citoyens à l’emploi ».

 

Résultat, « la déception est un sport national » ; les jeunes heureux d’avoir décroché un diplôme, leurs familles, la société qui les a vu grandir n’ont récolté que déception du fait de l’entêtement de la classe dirigeante à descendre encore plus dans le puits de la corruption, du népotisme, du favoritisme et que sais-je encore.

A ce constat assez éloquent sur la détresse à laquelle toute une jeunesse est en proie, il faut ajouter qu’un nombre fort considérable de jeunes réussissent la traversée de l’université avec à la clé un diplôme. Le métier de journaliste est devenu un recours unique. On l’embrasse, pour la plupart, sans conviction aucune en ayant en tête ce dicton :

« Quand on n’a pas ce qu’on aime, on prend ce qu’on a ».

 

En disant cela, j’ai bien conscience de remuer le couteau dans la plaie, mais le fait est que la majorité de ces jeunes journalistes dits « reporters » ne font pas honneur à cette profession ; ils méritent aussi d’être accusés. D’une part, il y en a qui, bien que travaillant dans un hebdomadaire, s’exténuent à couvrir trois à quatre événements en un seul jour. Le plus souvent sans avoir été invités, l’essentiel pour eux étant d’empocher… D’autre part, nous avons ceux qui, pendant les pauses-café, se ruent sur les tables couvertes de boissons. On les appelle : les prédateurs pour les premiers, les adeptes du « journalisme alimentaire » pour les seconds (l’expression est d’un lecteur du site Maliweb).

On me dira, à raison d’ailleurs, que c’est le seul moyen de tirer son épingle du jeu, compte tenu du fait que dans l’immense majorité des rédactions, hormis deux à trois journalistes qui sont payés, tous les autres vivent du « nom » du journal. Et c’est peut-être la seule raison qui pourrait arracher au modeste chroniqueur que je suis un salut pour mes jeunes confrères qui croient dur comme fer que le meilleur viendra, qu’ils finiront tôt ou tard par prendre le chemin de la réussite.

Mais le chemin de la réussite n’est pas court. Combien sont-ils aujourd’hui de journalistes, dans l’aurore de leur carrière, à se débattre dans la toile d’araignée de l’inquiétude (pour l’avenir) ? Combien sont-ils étranglés dans des tunnels de peur ? Ils sont nombreux et, sans se lasser, continuent de recevoir du directeur de publication des leçons sur les vertus de la patience. Patience ! Patience ! C’est cela qui me prend aussi la tête et c’est pourquoi d’ailleurs je suis entré dans une colère farouche lorsque mon ami, Boubacar Yalkoué, m’a informé qu’il venait de démissionner de son poste de rédacteur en chef à La Nouvelle Patrie et qu’avant de le laisser partir, son directeur lui a dit ceci :

« Tout ce que je te conseille, c’est d’être patient dans la vie ! ».

Oui, c’est vrai que « tout vient à point nommé à qui sait attendre », mais quand on est dépassé dans la patience le mieux est de reculer, cela permettra de mieux sauter. Et c’est ce qu’a fait Boubacar en démissionnant. « Je ne tenais plus, moralement surtout ! », m’a-t-il confié le vendredi dernier. Aucun estomac, disent les Autrichiens, n’est satisfait par de belles paroles. Et la plus grande erreur de nombre de « dirpub » est d’exiger en permanence de ces jeunes journalistes qu’ils continuent de fournir encore et encore des papiers sans leur faire en retour un beau geste !

On peut remplir les pages de toutes les gazettes du pays pour exprimer la déception que je partage avec nombre de confrères, jeunes, nantis d’un diplôme supérieur, mais cela ne servirait à rien. Surtout que pour moi, comme pour eux, ce métier est devenu une passion. Et pour finir, j’aimerais citer cette phrase d’un ami, journaliste et essayiste, Akram Belkaïd :

« J’ai choisi de faire le journalisme, c’était cela ou travailler. »

 

(*) Bonjour, ça va ? Oui, ça va, et toi ? ça va…à la malienne !, Le Reporter du 14 mai


Boubacar Sangaré

Les confidences d’un élève de l’Institut de Formation des Maîtres de K…

C’était il y a deux jours, à Kalaban-Coro, chez moi. Un soleil méchant s’était installé au dessus de la ville, signe avant-coureur des instants de chaleur insupportable. J’occupais une chaise; à côté de moi se trouvait un banc couvert de livres et d’anciens numéros du mensuel Le Monde diplomatique qui remontent à 1992.

Dans le numéro de juillet 1992, Ignacio Ramonet, alors directeur, s’ intéresse dans son éditorial ‘’L’Algérie à la dérive’’à la tension sociopolitique dans laquelle a basculé ce pays. En janvier 1992, l’armée a forcé le président Chadli Benjedid à démissionner, et a interrompu les élections législatives pour refuser l’indiscutable victoire du Front Islamique du Salut (F.I.S). Ce que le journaliste et essayiste Akram Belkaïd a appelé dans ‘’Un regard calme sur l’Algerie’’ une extinction des lumières. Ensuite, le 29 juin 1992, à Annaba, le président Mohamed Boudiaf a été assassiné.

« Le F.I.S, écrit Ignacio Ramonet, n’est pas le résultat d’une quelconque fièvre mystique qui aurait soudainement saisi la population. Comme dans le reste du Maghreb, où menace l’explosion sociale, les islamistes proposent à des citoyens mécontents, qui se sentent abandonnés, trompés et trahis par l’Etat, une revanche sur les profiteurs du régime, et un projet de société plus fraternelle, débarrassée de la corruption. »

A méditer par les ténors politiques maliens (et le Sénégal aussi !) dont la voix ne pèse plus lourd face à celle de certains dignitaires religieux qui semblent tenir en laisse une grosse partie de l’opinion publique nationale.

Fermons cette parenthèse et parlons de ce qui faisait l’objet de l’échange que j’ai eu avec Alassane, un ami étudiant, qui a décrocher de la Faculté pour se rabattre sur l’Institut de Formation des Maîtres, d’où il sortira avec un diplôme d’enseignant au secondaire.
Échanges chaleureux de poignée de main, rires désintéresses et ensuite s’engage la discussion. Je lui ai expliqué qu’à la Faculté, la situation est en passe de raser l’insoutenable. Cinq mois sans trousseaux ni bourse, les frais de transport qui ont augmenté et ces déclarations révulsives des Étudiants, déclarations selon lesquelles il est hors de question de redoubler tant que l’administration demeure un caravansérail d’opportunistes de tout poil, de corrompus notoires et de tocards.

« Ça fait deux ans que je suis à l’I.F.M, a-t-il dit en fixant le sol. Et je suis au regret de te dire que c’est du pareil au même. Les professeurs ne sont pas fidèles à leur poste, les programmes ne sont pas achevés, une administration irresponsable. Le nouveau directeur est ami avec nombre de professeurs de l’Institut, ce qui fait que ceux-ci refusent de rentrer parfois en classe pendant les heures de cours et font le ‘’grin’’ (groupe informel de discussion) avec le directeur lui-même. »

Voilà qui vient donner du poids à un point de vue que j’avance dans les débats entre étudiants. C’est-à-dire qu’après le D.E.F ou le baccalauréat, l’élève au Mali est obligé de choisir entre la peste et le choléra. S’inscrire dans un lycée après le D.E.F, entrer à la fac après le bac ou passer le concours d’entrée à l’I.F.M revient tout simplement à faire le choix entre la peste et le choléra. Les réalités ne sont pas différentes les unes des autres. Pour y vivre heureux, il faut épouser les sales mentalités. J’ai compris sa déception.

« Mais, ça m’est égal, qu’ils aillent tous se faire pendre ailleurs. Ce qui m’a le plus fâché, c’est mon dernier jour de surveillance dans une classe de 8eme année de l’école fondamentale du cercle de K… Ce jour-là, les élèves devaient composer en physique-chimie pour le troisième trimestre. D’abord, le sujet que nous devions porter au tableau était parsemé de fautes, puis peu de temps après, le professeur titulaire est rentré en classe et s’est mis à expliquer le sujet qu’il dit avoir traité avec les mêmes élèves. Le plus grave, c’est qu’il s’est permis de donner le corrigé du sujet à une élève qui serait sa fiancée. Nous avions, mon collègue Fodé et moi, les yeux obscurcis par la colère. Lorsque nous avions rapporté ces faits au directeur de l’école, il n’a rien dit. Nous n’avons pas voulu en faire un problème, puisque c’était notre dernier jour de surveillance. Et c’est comme cela dans toutes les écoles de K… : copinage, amitié, favoritisme… »

Tout ce qu’a dit Alassane est tout sauf anecdotique. Il a pointé la défaillance des acteurs majeurs d’un secteur névralgique du pays- le secteur éducatif- qui va à la dérive. Ce qui fait le plus mal, c’est que les cris de colère et de déception sont étouffés par les discours folkloriques que les autorités nous servent sur les radios et télévision. Mais quand ces cris éclateront, bien des masques vont tomber.
Boubacar Sangaré

Liebster Blog Award, quand tu nous tiens !

Boubacar

Boubacar, à Dakar. photo-credit: Boubacar

Mondoblog oblige, mon tour est arrivé de monter à bord de la grande pirogue de Liebster Blog Award avant qu’elle n’arrive à destination. Je dois avouer que, franchement, il ne m’a pas été facile de savoir de quoi il retournait et c’est pourquoi ai-je pris explications auprès de nombre de confrères qui- qu’ils en soient remerciés- ont mis du plaisir à m’orienter. A ce sujet, j’ai une pensée émue pour Mylène Colmar, Mamady Keïta, Sara et Emile Bela… qui m’ont fait l’honneur de choisir mon blog L’Etudiant Malien parmi leurs 11 blogs préférés.
Oui, bien entendu, les risques de contagion du phénomène Liebster Blog Award sont importants, et j’ai bien du mal à deviner celui qui sera épargné. Liebster Blog Award, c’est, à mon sens, la traduction d’une envie longtemps réprimée des Mondoblogueurs de pénétrer peut-être l’intimité des uns et des autres et même au-delà. La voie est libre à celui qui veut démentir !
Passons donc à l’attaque. L’exercice, comme chacun le sait, consiste à dire 11 choses sur moi, à répondre aux 11 questions de la (des) personne (s) qui m’ont nominé et à en poser 11 à mes 11 blogs préférés.
Avant d’aller loin, je dois préciser que je vais observer une règle que j’ai apprise à la faveur de la lecture de la postface du roman L’Etrange Destin de Wangrin d’Amadou Hampaté Bâ (j’étais au lycée à l’époque). La règle dit que dans la bienséance africaine traditionnelle, « l’élégance consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et, au contraire, à se rabaisser, à s’attribuer les pires défauts. » Selon l’adage, poursuit Hampaté Bâ: « L’homme n’est pas bon dans sa propre bouche ». Autrement dit : il n’est pas de bon goût que l’homme parle en bien de lui-même.

image Wangrin

 

image de couverture de Hampaté Bâ.Photo-credit: Decrite

11 faits sur moi
1- Je suis d’une timidité maladive
2- Je n’ai jamais aimé mais j’ai apprecié une fois
3- Je n’ai jamais dansé
4- Je n’aime pas porter des jugements sur le comportement des autres car, dit Wangrin, l’homme « c’est la bête qui ne se croit pas bête, alors qu’elle paît nuit et jour dans la prairie des betises.
– C’est l’être qui s’aime si bien qu’il ne sent pas sa propre mauvaise odeur, alors qu’il repugne à la moindre odeur chez les autres.
– C’est un être faible et tendre pour lui-même et dur et feroce pour les autres. » (L’Etrange destin de Wangrin, Amadou H. Bâ)
5- Je ne fume pas
6- Je ne bois pas
7- Je joue au football mais je ne supporte pas le Barça
8- Je n’aime pas être trop serieux, car Tierno Bokar a dit à Hampaté Bâ que « toujours trop serieux n’est pas serieux… »
9- Je n’ai jamais été dans une boite de nuit
10- Tout le monde, dans ma famille, ignore le jour et le mois où je suis né
11- J’aime le silence
Mes reponses aux questions de Mylène Colmar, Sara, Mamady Keïta et Emile Bela
1- Quelle est votre ville préférée ? (Mylène et Mamady)
Tombouctou
2- Quel moment honteux de votre vie oseriez-vous nous raconter ? (Mylène)
C’est le jour où mon père m’a administré une correction memorable dans la cour de l’ecole. J’étais en première année et séchais en permanence les cours. J’étais là tout honteux, devant les enseignants et les élèves.
3- Quelle série télévisée a marqué votre jeunesse ? (Mylène)
Marimar
4- A quel âge aimeriez-vous mourir ? Pourquoi ? (Emile)
J’aimerais mourir dans la cinquantaine. Parce que, pour moi, le monde n’est qu’une demeure temporaire, donc il ne sert pas à grand-chose de vouloir y rester longtemps. D’ailleurs, toute vie est un jour appelée à ne plus vivre !
5- Comment avez-vous choisi votre titre de blog ? (Mylène)
J’ai choisi le titre de mon blog en me referant à une chronique hebdomadaire que publie dans La Nouvelle Patrie et Le Flambeau intitulée La Chronique de L’Etudiant.
6- Croyez-vous en la fin du monde ? (Mylène)
Oui, je crois en la fin du monde.
7- Que considérez-vous comme votre plus grand defaut ? (Mamady)
Mon plus grand defaut est que je suis un jeune homme renfermé.
8- Quel message voudrais-tu passer aux tunisiens ? (Sara)
A propos de la Tunisie, il n’est pas rare d’entendre des confrères parler d’un echec du Printemps arabe, au constat que les elections ont porté au pouvoir les Islamistes d’Ennahda qui veulent maintenir les mentalités dans la regression. Dans l’Avant Propos de son recent essai Etre Arabe Aujourd’hui, Akram Belkaïd écrit ceci : « Mais, aujourd’hui, une nouvelle ère commence : Tunisiens, Égyptiens mais aussi Libyens, Bahreïnis, Syriens, Algériens, Jordaniens, Yéménites ou Marocains savent que la liberté n’est plus une chimère. Même si elle est lointaine, ou encore difficile à atteindre, elle n’est plus recouverte par les brumes opaques de la résignation et de cette haine de soi que fait naître la dictature chez tout être humain. Le Printemps arabe ne fait que commencer et son champ des possibles est immense. Bien sûr, les tyrans qui sont encore au pouvoir vont exercer davantage de violence et commettre bien des horreurs pour ne pas être emportés par le vent de l’Histoire. Bien sûr, il y aura des régressions, des guerres civiles et des coups d’État militaires. Mais il est des défaites qui préparent la victoire. Proclamer dès à présent, avec dépit et résignation, l’échec du Printemps arabe est tout simplement prématuré, comme l’a si bien écrit le journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud.
« Les balles franquistes qui tuèrent Federico Garcia Lorca le 19 août 1936 près de Grenade n’ont jamais fait taire ses poèmes… Les tracts-lys qui furent distribués hier à Tunis ou au Caire ou le sont encore aujourd’hui, de Benghazi à Damas en passant par Sanaa, auront la même fonction (fécondatrice) que le Canto jondo (chant profond) andalou de Lorca. Ils habitent désormais la conscience du monde et nous interdisent de parler d’échec ou de “reprise en main”. »
9- Quelle est votre citation préférée ? (Mamady)
« Tout Soleil connaitre un coucher… », aimait à dire Wangrin.
10- Que préférez-vous : écrire ou compter ? (Mylène)
Je préfère ecrire.
11- Quel sujet n’abordez-vous jamais sur votre blog ? (Mylène)
L’homosexualité.

Mes 11 blogs préférés
1- Fasokan, le blog de Boukary Kanouté
2- Les Nouvelles du Mali, le blog de Faty
3- Femme caribéenne, créole, le blog de Axelle
4- Montrealanyways, le blog de Nicolas Dagenais, qui parle de tout et de rien
5- Politique 101, le blog de Daye Diallo, le politologue de la maison
6- Ma guinée plurielle, le blog d’Alimou Sow
7- Le bruit du Silence, le blog d’Aphtal Cissé
8- Generation Berlin, le blog de Manon Heugel
9- Eg si lène ak diam!!!, le blog d’Ameth Dia
10- Kamer Konossa, le blog de Florian N’gimbiss
11- Entre  Medina et  belle etoile, le blog de pascaline

Mes 11 questions
1- Vous croyez au destin ?
2- Que pensez-vous de la mondialisation
3- Vous pensez à quoi en ce moment ?
4- Quelle est, selon vous, la ville la plus connue du Mali, plus connue que le pays même ?
5- Êtes-vous superstitieux ?
6- Quel est votre livre préféré ?
7- Pensez-vous que la démocratie est une panacée ?
8- Pourquoi aimez-vous le voyage ?
9- Quelle est votre citation préférée ?
10- Vous aimez danser ?
11- Que pensez-vous de Facebook ?

Voilà, all is well that ends well!

Boubacar Sangaré