Mali, et si la CMA ne signait pas l’accord ?

Le médiateur algérien Ramtane Lamamra avec le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Acherif, le 1er mars 2015. AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Le médiateur algérien Ramtane Lamamra avec le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Acherif, le 1er mars 2015. AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Dans cette affaire de paraphe de l’accord de paix, tout porte désormais à dire que la médiation internationale est dans l’impasse. Malgré les efforts qu’elle a faits vers la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) pour la convaincre de parapher le pré-accord, le blocage est là. Le dialogue de sourd semble se déclencher entre les différentes parties en négociation. Les groupuscules rebelles armés restent fédéralistes, une attitude maximaliste qui porte pour certains tous les signes d’un retour à la case départ et exprime un déni des signatures de l’Accord préliminaire de Ouagadougou et de la « Feuille de route » des pourparlers, qui enterraient toute revendication fédéraliste ou autonomiste. Alors que, à en croire Ramtane Lamamra, le chef de la diplomatie algérienne, les autorités maliennes refusent catégoriquement la moindre remise en question du texte déjà paraphé par eux.

Il apparaît désormais que la Coordination des Mouvements politiques armés de l’Azawad (CMA) bloque l’avancée du processus de pacification du Mali. Dans un épais document intitulé « Points essentiels à introduire dans le projet d’accord produit par la médiation » qu’elle a remis à la médiation internationale qui s’était rendue à Kidal, la CMA a exigé, entre autres revendications, la reconnaissance officielle de l’Azawad comme une entité géographique, politique et juridique, la création d’une assemblée interrégionale regroupant les régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni, dont les prérogatives relèveraient des domaines spécifiques à l’Azawad, et la mise en place de zones de défense et de sécurité dont le commandement reviendrait à des ressortissants de l’Azawad. De toute évidence, par ces nouvelles exigences, les groupuscules rebelles qui composent la CMA agissent à rebours de tout ce qui a été discuté à Alger des mois durant, apportant de plus en plus la preuve que les négociations d’Alger n’ont mené qu’à brasser de l’air, balayées aujourd’hui par un retour à la case départ.

Et si la CMA ne signait ne paraphait pas l’accord ? A quelles conditions cet accord peut-il être appliqué sans le paraphe intégral ?

Sanctions

Réunis à Alger pour énième round des négociations destinées à arracher au CMA le paraphe, la montagne n’a pas plus accouché que d’une souris. La CMA n’a pas paraphé tant que ses exigences posées ne sont pas prises en charge par l’accord de paix.

Aujourd’hui, il ne fait pas de doute que face à un refus de parapher l’accord, la CMA subira des pressions en provenance de la Communauté internationale, laquelle pourrait prendre à l’encontre de ses membres des sanctions pouvant aller du gel des avoirs, au retrait des passeports… Mais il reste que cette question des sanctions divise cette même Communauté internationale. Mongi Hamdi, le representant du secrétaire général de l’ONU au Mali, soutenait il y a un mois que «la négociation (…) est terminée. Plus de négociations ! C’est une décision commune, prise par toute la médiation internationale ». Un ton ferme qui laissait entrevoir l’imminence des sanctions contre les mouvements politico-armés de l’Azawad.

Alors que le représentant de l’Union européenne pour le Sahel, Reveyrand de Menthon est d’avis que « ni les sanctions, ni les menaces pour non-respect du délai imparti aux dirigeants de la CMA pour consulter leur base sur la date de signature de l’accord de paix, ne sont pas une solution à la situation qui prévaut au Nord-Mali. C’est le temps qui fera évoluer la position de la CMA ».

Pourtant, le délai imparti à la CMA pour parapher l’accord a expiré, et du reste, elle a encore fait faux bond au paraphe prévu le samedi 15 avril dernier.

Ainsi, plus d’un mois après son adoption par la communauté internationale, et son paraphe par le gouvernement et les groupes armés loyalistes, l’accord de paix malien ne semble pas être en mesure d’être appliqué ; cela du fait de l’entêtement de la CMA à ne pas parapher, en exposant ainsi les populations à des sanctions dont elles risquent de souffrir. Alors, que faire ?

Mettre en œuvre l’accord sans le paraphe intégral ?

Il est vrai qu’un accord sans la signature de toutes les parties, n’est en est toujours pas un, au vrai sens conventionnel. Qu’envisagerait la communauté internationale, qui est la garante de cet accord, et qui s’implique pour la première fois dans ce conflit, en tant que partie prenante dans la médiation, mais aussi en tant que garante dans la mise en pratique de l’Accord, sur le terrain ? Cette communauté internationale dit globalement que « c’est le meilleur texte pour la résolution de la crise au Mali ». Est-ce que cela voudrait dire qu’il restera inchangé, pour elle, malgré les amendements qui reviennent aux revendications initiales des groupes armés ? Si c’est le cas, c’est à la communauté internationale d’en assurer le suivi dans l’application sur le terrain, si cela était décidé, malgré la réserve de la CMA, ce qui est sur le plan théorique tout à fait possible, en tout cas sur une bonne partie du Pays, avec les risques d’instabilité que nous connaissons, dans la partie Nord, depuis le déploiement des casques bleus de la Minusma.

«Il serait possible de mettre en pratique ce texte, validé par certaines parties, certainement de manière superficielle, sur l’étendue du territoire malien, car une bonne partie de ce territoire est aujourd’hui hors d’atteinte et non sous contrôle et d’administration de l’état malien. », estime un officiel malien.

Moussa Mara, ex-premier malien, pense qu’« il est nécessaire de mettre en application cet accord avec ceux qui l’ont signé…»

Le 15 mai, l’ensemble des parties qui ont paraphé devraient se retrouver à Bamako pour signer et enterriner l’accord.

Boubacar Sangaré

Mali: Intagrist El Ansari, « aujourd’hui, tout le monde veut la paix (…), les acteurs armés doivent se mettre d’accord… »

Intagrist El Ansari est un journaliste malien, correspondant en Afrique du Nord-Ouest (Sahel-Sahara) pour des journaux internationaux. Réalisateur de magazines TV, il a aussi travaillé sur des films qui s’intéressent aux cultures sahariennes. Son dernier livre paru est  Echo saharien, l’inconsolable nostalgie  (1). Il livre ici son analyse sur les pourparlers d’Alger qui, un temps repris, ont été à nouveau suspendus, sur la profusion des groupes armés au Nord du pays. .. Et pour lui : on ne revient pas en arrière, tout le monde veut aujourd’hui la paix, il appartient aux acteurs – armés – de se mettre d’accord sur quelque chose pour arriver à bout de cette histoire, afin que les gens reprennent une vie normale.

 

 

Intagrist El Ansari, Journaliste et écrivain credit: Intagrist

Intagrist El Ansari, Journaliste et écrivain, Photo:  Intagrist

 

 

1- A Alger, les groupes rebelles de la coordination des mouvements politiques de l’Azawad ont revendiqué le Fédéralisme. N’est-ce pas là un retour à la case départ et un déni des signatures de l‘Accord préliminaire de Ouaga et de la feuille de route des pourparlers qui enterraient toute revendication fédéraliste, indépendantiste…?

 

Il est évident que la remise sur la table des négociations de la revendication d’un fédéralisme ou autonomie pour le nord, est un non sens, puisqu’ils (les groupes armés du Nord) avaient signé une feuille de route, en juillet dernier, devant témoins internationaux, les caractères « Unitaire », « Républicain » et « l’Intégrité territoriale » de l’Etat malien. Le caractère « Unitaire » signifie bien la forme d’administration et de gouvernement d’un pays « Uni » autour d’un pouvoir central et des institutions républicaines qui « dépendent » de celui-ci, ce qui est différent d’une Fédération fonctionnant avec des entités institutionnelles (ou étatiques) – « multiples », en opposition à la notion « d’Unité » -, et politiques plus ou moins « indépendantes » les unes des autres. En deuxième lieu, en reconnaissant la Constitution de la République du Mali – dans sa version actuelle – il n’est fait mention, nulle part dans la feuille de route, que cette reconnaissance, par les groupes armés, est sous réserve d’une révision constitutionnelle ultérieure, ce qui s’ajoute au non-sens du revirement ou du rebond d’une revendication autonomiste.

 

On peut penser qu’il faudra un peu plus de temps que prévu, à la médiation Algérienne pour parvenir à faire adopter le projet d’accord, remis aux belligérants, qui s’inscrit strictement dans le cadre de cette feuille de route.

 

En deuxième piste de réflexion, on pourrait s’interroger sur une possible tentative « d’esquive politique » par les groupes armés vis-à-vis d’une partie de leurs militants qui avaient tant misé sur « l’indépendance », accepté ensuite « le Fédéralisme », et/ou au moins une  » large autonomie » de « l’Azawad ». Revenir à la table des négociations avec cette revendication est tout juste, à mon sens, une manière, à long terme, pour les responsables des différents mouvements de se « dédouaner » vis-à-vis de leurs militants, en prétextant aux yeux de ceux-ci « que résistance avait été faite, jusqu’au bout ». En fin de compte, il ne serait pas surprenant que les différents groupes reviennent dans quelques semaines, avec l’accord signé, pour dire à leurs militants : « vous avez vu, nous avons tout fait, mais l’accord nous a été imposé ». Je crois que cette histoire de va-et-vient est simplement un jeu pour gagner du temps et affaiblir l’attente des quelques militants des groupes armés, car la question – ou le compromis – a été bien scellée à mon sens, dès la signature de la feuille de route en juillet dernier, et c’était clair pour tous, même pour les militants des groupes armés qui s’étaient alors indignés et qui avaient compris dès lors « qu’ils n’allaient plus rien attendre des différents groupes armés ».

 

2- Le Front Populaire de l’Azawad a déclaré sa démission de la coordination. Est-ce le signe que ces mouvements sont dans un jeu d’alliance qui ne résistera pas à la réalité qui prévaut dans les régions appelées « azawad », notamment cette insécurité à deux visages, celle des djihadistes et celle intercommunautaire ?

 

La profusion des groupes armés est avant tout le signe de conflits d’intérêt d’ordre clanique, ou tribal, qui se jouent localement et au sein des groupes armés initiaux. Ces derniers temps, il y a eu multiplication de groupes. Certains se revendiquent de « l’Azawad », d’autres sont des groupements d’autodéfense. En fait, c’est simplement que chacun ne veut pas rester en dehors, sous coupole, ou mal servi par un autre. Personne ne veut être exclu de ce qui se trame autour de la table, chacun veut bénéficier du lot d’avantages qui découleront de l’accord, des intégrations, « des projets locaux », de créations des communes et régions, etc.

 

C’est ce cadre qu’il faut analyser pour comprendre les scissions, les démissions, ou les naissances des groupes. En effet, quand vous regardez les enjeux locaux, vous vous apercevrez que, soit explicitement, soit de manière détournée, derrière chaque groupe (armé) se tient, en fait, une tribu, une fraction ou un clan d’une région. La fragmentation des groupes armés démontre d’ailleurs fondamentalement l’absence d’un projet politique cohérent, fiable et assez viable pour intégrer tout le monde, toutes tendances confondues, mêmes celles divergentes, à la base de « cette révolte ».

 

La question de l’urgence sécuritaire que vous évoquez subsiste, mais elle vient au second plan, au regard des intérêts et des recompositions qui traversent les différentes tribus Touarègues, particulièrement à Kidal, mais aussi à Gao, et dans une moindre mesure, à Tombouctou.

 

3 – Selon vous, aujourd’hui, que faire pour le Nord, surtout pour Kidal où tout semble bloqué?

 

Il est vrai que Kidal est le centre névralgique d’un problème, beaucoup plus vaste, qui concerne tout le Nord du Mali. Quand on a une problématique aussi complexe, qui resurgit régulièrement depuis les indépendances, elle ne doit en aucun cas être le projet d’un petit groupe, ou discutée avec une seule partie, armée ou pas d’ailleurs.

L’option, pour analyser, comprendre et trouver des solutions adaptées, c’est l’inclusion des différentes tendances des sociétés multiethniques maliennes. On avait préconisé jadis, prématurément, des solutions qui passaient forcément par l’implication des sociétés civiles, une implication beaucoup plus fortes des vieilles chefferies traditionnelles qui sont les garantes des bases sociales, historiques, culturelles, – ces vieilles chefferies dont on entend pas parler, parce qu’elles ne sont, en majorité, pas les bras armés des rebellions -, des différentes communautés maliennes, en général et Touarègues en particulier, car « c’est la question Touarègue qui ressurgit à chaque deux ou trois décennies ». Si le Mali « devait être une fédération », ou si « l’Azawad devenait un état indépendant », ou si « de nouvelles régions se créaient au Mali » etc., cela entrainerait des réformes importantes pour le pays, mais aussi bien sûr pour les populations. Il faudrait donc les consulter, pas en les faisant assister à des ateliers pour leur annoncer quelque chose décidée d’avance ! Non ! Il faudrait que les différents responsables, les chefs coutumiers, traditionnels, qui sont connus de tous, soient partie prenantes des décisions et solutions.

 

L’accord de Ouagadougou reconnaissait cette nécessité. Il était prévu des pourparlers inclusifs, c’est à dire qui allaient se situer bien au delà du tête à tête, habituel, groupés armés / gouvernement. Que s’est-t-il passé pour organiser Alger ? Chaque partie invita son groupe qu’il présenta alors comme « la société civile ». Cette « société civile » était en fait l’ossature soit de l’Etat soit des groupes armés. De ce fait, dans le processus en cours à Alger, on ne peut pas parler de présence de sociétés civiles indépendantes, même s’il y avait certainement ici ou là une association, un petit groupe, avec une démarche plus ou mois indépendante. Ce fut une erreur manifeste. La majeure partie des civils a volontairement été exclue des solutions proposées et discutées en leur nom. Ce n’était pas ce qui était prévu dans l’article 21 de l’accord de Ouagadougou de juin 2013. Ce n’était pas non plus, ce dont le pays avait besoin après une si longue déchirure sociale, politique, sécuritaire et institutionnelle.

 

Mais on ne revient pas en arrière ! Aujourd’hui, tout le monde veut la paix. Il appartient donc aux acteurs armés de se mettre d’accord pour arriver à bout de cette histoire, et qu’enfin les gens reprennent une vie normale.

 

(1) Écho saharien, l’inconsolable nostalgie, Éditions Langlois Cécile, 2014, Paris

 

Propos recueillis par Boubacar Sangaré (interview réalisée via Internet)

Mali: le MNLA et la comédie des négociations

Moussa Ag Assarid, credit: maliweb.org

Moussa Ag Assarid, credit: maliweb.org

Une comédie écrite par la communauté internationale, mise en scène par l’Algérie et dans laquelle l’Etat malien et les groupuscules armés ont eu un rôle qu’ils ont d’ailleurs bien interprété, pour reprendre K. Selim, l’éditorialiste vedette du Quotidien d’Oran, qui disait la même chose à propos des négociations Israélo-palestiniennes. Voilà ce qu’on pourrait dire des négociations entre le Mali et les groupes rebelles armés, qui, un temps reprises, viennent d’être une nouvelle fois suspendues. Au régionalisme que le gouvernement malien a proposé et qui a d’ailleurs fait l’objet d’un massif rejet au sein de l’opposition politique, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui dans ses rangs compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad », oppose le Fédéralisme, conduisant ainsi à un blocage qui ne dit pas son nom, et qui est le signe manifeste que la machine de la médiation internationale dirigée par l’Algérie s’est grippée.

Ceux qui avaient espoir que de cette 3e phase des négociations de paix sortirait un préaccord qui permettra au Mali de surgir des cendres de la crise vont rester sur leur faim.

Il y a qu’au Nord du Mali, le temps n’est jamais un allié pour l’Etat malien qui y est remplacé pour le maintien de sécurité par les forces internationales, qui sont en train de payer le lourd tribut à cette guerre. Mais il y a surtout que la coordination des groupes politico-armés, le MNLA en tête, sont en train de jouer un jeu trouble. Les mouvements de cette coalition sont dans une démarche trouble.

On le sait, il y a presque deux mois, il était admis par tous ou presque que les signatures de l’accord préliminaire de Ouagadougou et de la feuille de route des pourparlers enterrent toute revendication « fédéraliste », « autonomiste », « indépendantiste ». Ce qui, alors, avait généré un sentiment de déception chez les militants indépendantistes.

« Après deux ans et demi de conflit, voilà donc le « gâchis », aux yeux de la majorité des Touaregs, au nom desquels la rébellion a été menée, comme l’affirmaient naguère les groupes armés du nord. La jeunesse touarègue, cette frange de la population connectée aux réseaux sociaux, parfois manipulée et instrumentalisée, à des fins de figuration sympathisante vis-à-vis des groupes armés, est désormais révoltée par la tournure que les négociations ont prise à Alger : au lendemain de la sortie de la feuille de route, ces jeunes se sont sentis « trahis », « vendus » « leurrés »… comme on a pu le lire sur leurs pages Facebook et autres Twitter.», avait écrit le journaliste Intagrist El Ansari. Mais, faut-il le rappeler, cela n’a pas empêché la soi-disant société civile de l’Azawad de parler de « Fédéralisme » à Alger lors des auditions.

 

Voilà pourquoi il y a matière à sourire de colère et d’incompréhension à voir les groupuscules rebelles armés parler encore de « Fédéralisme ». Tout cela appelle un constat. C’est-à-dire que la présence de Moussa Ag Assarid à Alger est tout sauf anodine, et illustre de manière voyante que le MNLA, surtout, joue un jeu trouble. Il n’y a pas très longtemps, cet énergumène n’était plus en odeur de sainteté auprès du mouvement à cause de ses prises de position qui, parfois, frôlent l’extravagance. Au point qu’il avait été remplacé dans son rôle de porte-parole à l’étranger du mouvement par son compère Moussa Ag Attaher. Par ailleurs, le fait que le MNLA n’ait pas décrété déviants les agissements récents de Moussa Ag Assarid n’est pas neutre. On a aujourd’hui la preuve que les agissements de Assarid n’étaient pas individuels, et qu’ils révèlent le fond de la pensée du mouvement. De fait, Moussa Ag Assarid a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en avait aucune. Il n’y a eu aucune déclaration du MNLA pour prendre ses distances avec le comportement de Moussa. Et on dira ce qu’on voudra, mais Moussa Ag Assarid est l’initiateur de cette démarche maximaliste que les groupuscules rebelles ont adoptée.

La reprise des négociations est prévue pour janvier 2015. Cependant, on a déjà comme le sentiment que, malgré les étapes franchies, Alger, c’est du vent ! L’expression est un peu forte, mais c’est comme cela.

Boubacar Sangaré

Pourparlers d’Alger : le MNLA et la stratégie d’aveuglement…

 

 

A Alger, 2 eme phase des négociations; photo: maliactu.net

A Alger, 2e phase des négociations; photo: maliactu.net

Malgré l’optimisme et l’enthousiasme qu’affichent les négociateurs maliens, la médiation et autres représentants de la communauté internationale, on a comme l’impression que ces négociations sont à deux doigts de friser une comédie interminable. On sait combien les groupuscules armés sont ambitieux et calculateurs. On sait combien ils savent faire de la surenchère. On sait combien ils sont installés depuis longtemps dans une démarche maximaliste. On sait combien ils ont fait preuve de duplicité. Il n’empêche qu’il faut qu’il se réjouir que le processus ait atteint l’étape des négociations directes qui, pour le moment, est traversée par une vague de rebondissements : boycott des travaux par les mouvements signataires du protocole d’accord du samedi 13 septembre 2014, l’éviction d’Ibrahim Ag Assaleh de son poste de président de la CPA…

Dans le protocole d’accord signé samedi, les rebellions MNLA, HCUA, MAA dissident, CMFPR II unissent leurs voix pour revendiquer le Fédéralisme, et exigent que les négociations se déroulent entre ces mouvements, l’Etat malien et le médiateur (l’Algérie). Bien entendu, c’est tout sauf une surprise et cela apporte la confirmation que la société civile de Kidal et leurs groupuscules armés, ce ne sont plus deux voix et deux postures : mais une seule ! On a beau crié dans la presse, sur les réseaux sociaux que les signatures de l’accord préliminaire de Ouagadougou et de la feuille de route des pourparlers enterrent toute revendication « fédéraliste », « autonomiste », « indépendantiste », les activistes de l’indépendance de l’Azawad ne veulent rien savoir et continuent à déployer la stratégie de l’aveuglement, laquelle consiste à refuser de voir tout ce qui n’arrange pas leurs intérêts, y compris leurs propres signatures apposées en bas des documents ayant conduit jusqu’à Alger.

Les groupes armés sont réalistes, ils savent qu’il faut exiger l’impossible pour obtenir le possible. Tel est le résumé d’un échange avec un ami, vivant à Paris, chercheur en géopolitique, pour qui « le retrait de l’armée nationale des zones en question, la formation de patrouilles mixtes pour sécuriser la zone, réinsertion des ex-combattants, et la mise en place d’un grand programme de développement du nord. Tout ceci n’est autre qu’une des multiples formes de fédéralisme (Accord d’Alger, 2006) ».

Mais, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que tout cela n’est qu’une manœuvre bien ficelée du MNLA, dont on sait qu’il n’a jamais révélé ses vraies intentions. Le HCUA, MAA dissident, CMFPR II se laissent mener par le MNLA comme on conduit un bœuf de labour au champ, et il est impossible de ne pas dire que le ton ferme que leur oppose la médiation et les représentants de la Communauté internationale est de nature à rassurer.

Cela dit, l’attitude des mouvements signataires du protocole du 13 septembre, téléguidés par le MNLA, est le signe qu’à Alger les choses ne sont comme elles devraient être. Il règne comme une sorte de bazar, un désordre corsé par cette éviction tout sauf attendue de Assaleh, dont le seul tort est d’avoir tenté de ramener à la table des négociations les mouvements devenus adeptes du boycott. Le MNLA et ses alliés déploient leur stratégie d’aveuglement, le médiateur et le représentant de l’ONU sont décidés à avancer…

MNLA: Mouvement national de Libération de l’Azawad

HCUA: Haut conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA: Mouvement arabe de l’Azawad

CMFPR: Coaltion des mouvements et forces patriotiques de résistance

Article publié sur le site Journaldumali.com, le mercredi 17 septembre 2014

Bokar Sangaré

Mali : mouvements armés-société civile, deux voix … deux postures ?

 

Des femmes manifestant à kidal, photo: koulouba.com

Des femmes manifestant à Kidal, photo: koulouba.com

Aux discussions d’Alger, les auditions de la société civile ont pris fin. Cette séquence, qui a vu se succéder à la tribune des représentants des populations, a ouvert un boulevard à certains « pour diaboliser le Mali avec un réquisitoire terrible pour justifier au moins une autonomie.» En attendant l’entrée dans les négociations directes avec l’Etat malien, les six mouvements armés cherchent à accorder leurs violons sur leurs revendications politiques. Alors qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont d’avis que la question de l’autonomie ou de l’indépendance des trois régions du nord du Mali est renvoyée aux calendes grecques, des voix dans la société civile l’ont fait émerger au cours de ces auditions. Il faut relever qu’il s’agit surtout de la société civile de la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui, dans ses rangs, compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad ». Des « aza-rêveurs », pour parler comme certains internautes.

On le sait, l’accord préliminaire de Ouagadougou signé en 2013, la signature de la feuille de route balisant les thèmes de discussions des négociations…n’ont pas plus été qu’une douche écossaise pour certains militants de l’indépendance de l’Azawad. En effet,  dans ces documents, les mouvements signataires renonçaient définitivement à toute revendication « indépendantiste », « autonomiste » ou « fédéraliste ». Ces revendications étaient de facto exclues des négociations. Avec l’accord de Ouagadougou surtout, les groupes rebelles ont reconnu ouvertement l’intégrité territoriale de l’Etat malien. Des concessions qui ont désillusionné plus d’un à Kidal, où l’on n’a même pas hésité à parler « de trahison ». C’est donc dire combien il peut paraître « effrayant » d’entendre des représentants de la société civile de ces groupes armés parler d’indépendance, de rêver d’Azawad !

 

Adam Thiam, éditorialiste au  Républicain, écrit que cette question de l’indépendance ou de la large autonomie était close dès lors que les groupes armés ont signé l’accord préliminaire de Ouagadougou qui les engage à reconnaître l’intégrité et la souveraineté de l’Etat malien. Avant de conclure que « Si ce n’est pas de la surenchère, il faudra se garder de chanter victoire trop tôt. Si c’est de la surenchère, on peut se demander pourquoi la communauté internationale cosignataire de l’accord intérimaire laisse remettre en cause à Alger ce qui était acquis à Ouaga. » Il est clair que dans l’opinion publique, dans les hautes sphères de l’Etat, on veut faire comme Adam Thiam, c’est-à-dire opposer une sourde oreille à ces voix de crécelle. Mais il faut rester vigilant, parce que si les populations, au nom desquelles ces groupes rebelles prétendent avoir pris les armes, continuent à entonner les mêmes chants indépendantistes, c’est que les groupes rebelles eux aussi, quelque part, ont de la peine à mettre leur projet autonomiste au placard. A croire qu’ils n’ont jamais révélé leurs vraies intentions.

Opposer une sourde oreille aux  voix de crécelle

Oui, il faut être d’accord avec Adam Thiam qu’il y a des ambigüités dans les discussions d’Alger. Oui, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad et leur société civile, ce sont deux voix et deux postures. Pour autant, il faut maintenir les clignotants allumés, et se dire qu’il y a quelque chose d’inquiétant dans l’attitude de ces groupes armés vis-à-vis d’un évènement récent et d’un comportement qu’ils n’ont pas décrété déviant. Il s’agit de cette affaire d’ambassade de l’Etat de l’Azawad qui n’est rien de moins qu’une manipulation bien menée de Moussa Ag Assarid. Il a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en valait pas la peine. Certains diront que c’est peut-être une erreur qu’aura faite Moussa Ag Assarid que de se produire dans ce cadre-là. Mais il est clair que ses agissements, tant qu’ils ne sont pas dénoncés par le MNLA, ne sont pas individuels et révèlent le fond de la pensée du mouvement.

C’est dans la capitale algérienne que se déroule l’évènement le plus significatif pour des milliers de Maliens et de Maliennes. Mais quelque part dans le monde, en Hollande surtout, des faquins comme Moussa Ag Assarid, dans leur pantalonnade continue de la ramener, au nom du MNLA. Il poursuit son interminable comédie qui lui permet de …voyager.

Boubacar Sangaré