Mali : mouvements armés-société civile, deux voix … deux postures ?

 

Des femmes manifestant à kidal, photo: koulouba.com

Des femmes manifestant à Kidal, photo: koulouba.com

Aux discussions d’Alger, les auditions de la société civile ont pris fin. Cette séquence, qui a vu se succéder à la tribune des représentants des populations, a ouvert un boulevard à certains « pour diaboliser le Mali avec un réquisitoire terrible pour justifier au moins une autonomie.» En attendant l’entrée dans les négociations directes avec l’Etat malien, les six mouvements armés cherchent à accorder leurs violons sur leurs revendications politiques. Alors qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont d’avis que la question de l’autonomie ou de l’indépendance des trois régions du nord du Mali est renvoyée aux calendes grecques, des voix dans la société civile l’ont fait émerger au cours de ces auditions. Il faut relever qu’il s’agit surtout de la société civile de la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui, dans ses rangs, compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad ». Des « aza-rêveurs », pour parler comme certains internautes.

On le sait, l’accord préliminaire de Ouagadougou signé en 2013, la signature de la feuille de route balisant les thèmes de discussions des négociations…n’ont pas plus été qu’une douche écossaise pour certains militants de l’indépendance de l’Azawad. En effet,  dans ces documents, les mouvements signataires renonçaient définitivement à toute revendication « indépendantiste », « autonomiste » ou « fédéraliste ». Ces revendications étaient de facto exclues des négociations. Avec l’accord de Ouagadougou surtout, les groupes rebelles ont reconnu ouvertement l’intégrité territoriale de l’Etat malien. Des concessions qui ont désillusionné plus d’un à Kidal, où l’on n’a même pas hésité à parler « de trahison ». C’est donc dire combien il peut paraître « effrayant » d’entendre des représentants de la société civile de ces groupes armés parler d’indépendance, de rêver d’Azawad !

 

Adam Thiam, éditorialiste au  Républicain, écrit que cette question de l’indépendance ou de la large autonomie était close dès lors que les groupes armés ont signé l’accord préliminaire de Ouagadougou qui les engage à reconnaître l’intégrité et la souveraineté de l’Etat malien. Avant de conclure que « Si ce n’est pas de la surenchère, il faudra se garder de chanter victoire trop tôt. Si c’est de la surenchère, on peut se demander pourquoi la communauté internationale cosignataire de l’accord intérimaire laisse remettre en cause à Alger ce qui était acquis à Ouaga. » Il est clair que dans l’opinion publique, dans les hautes sphères de l’Etat, on veut faire comme Adam Thiam, c’est-à-dire opposer une sourde oreille à ces voix de crécelle. Mais il faut rester vigilant, parce que si les populations, au nom desquelles ces groupes rebelles prétendent avoir pris les armes, continuent à entonner les mêmes chants indépendantistes, c’est que les groupes rebelles eux aussi, quelque part, ont de la peine à mettre leur projet autonomiste au placard. A croire qu’ils n’ont jamais révélé leurs vraies intentions.

Opposer une sourde oreille aux  voix de crécelle

Oui, il faut être d’accord avec Adam Thiam qu’il y a des ambigüités dans les discussions d’Alger. Oui, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad et leur société civile, ce sont deux voix et deux postures. Pour autant, il faut maintenir les clignotants allumés, et se dire qu’il y a quelque chose d’inquiétant dans l’attitude de ces groupes armés vis-à-vis d’un évènement récent et d’un comportement qu’ils n’ont pas décrété déviant. Il s’agit de cette affaire d’ambassade de l’Etat de l’Azawad qui n’est rien de moins qu’une manipulation bien menée de Moussa Ag Assarid. Il a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en valait pas la peine. Certains diront que c’est peut-être une erreur qu’aura faite Moussa Ag Assarid que de se produire dans ce cadre-là. Mais il est clair que ses agissements, tant qu’ils ne sont pas dénoncés par le MNLA, ne sont pas individuels et révèlent le fond de la pensée du mouvement.

C’est dans la capitale algérienne que se déroule l’évènement le plus significatif pour des milliers de Maliens et de Maliennes. Mais quelque part dans le monde, en Hollande surtout, des faquins comme Moussa Ag Assarid, dans leur pantalonnade continue de la ramener, au nom du MNLA. Il poursuit son interminable comédie qui lui permet de …voyager.

Boubacar Sangaré

Mali: non, au Nord il n’y a pas que ceux qui veulent d’Azawad!

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

Ce lundi 1er septembre, le second round des négociations entre les groupes rebelles armés et le gouvernement malien doit démarrer à Alger. Il s’agira pour les deux parties d’engager un dialogue débarrassé de tout faux-fuyant, qui conduira à un accord global et définitif. Un accord qui sonnera l’épilogue d’une crise sécuritaire qui aura rendu groggy tous ou presque. Il ne fait aucun doute que, partout dans le pays, l’on dédiera une attention sans pareille à ces pourparlers, attendus depuis bientôt un an. Rares sont ceux qui contestent que c’est aussi l’avenir du régime d’IBK qui est en filigrane de ces négociations.

La semaine dernière, une rencontre dite « des mouvements de l’Azawad » a eu lieu à Ouagadougou. En sortant, les groupes armés présents ont fait une déclaration. Ces « mouvements politico-militaires » ont uni leur voix pour demander « un statut politique et juridique pour l’azawad ». C’était le point nodal de cette rencontre.

C’est un fait, le groupe indépendantiste MNLA et ses émules HCUA, MAA & consorts ont ressorti toutes sortes de discours au sujet du Nord du Mali. Le septentrion a été présenté comme absent ou exclu de la considération du pouvoir politique central de Bamako. Dans la surenchère verbale, les groupes armés ont même accusé le pouvoir d’avoir sciemment maintenu le Nord dans le sous-développement. Ils prétendent que les peuples sahariens, peuls, sonrhaï, Touareg, Arabes…devenus, dans leurs bouches, le « peuple de l’Azawad/Nord du Mali » mènerait « depuis plus de 50 ans la lutte pour donner à l’Azawad un statut spécifique, conforme à ses réalités géographiques, économiques, sécuritaires, sociales et culturelles… »

Cette manière de présenter les choses est inacceptable. L’appellation « peuple de l’Azawad/Nord Mali » n’est que pure invention de leur part, une invention dangereuse. En tenant de tels propos, ces groupuscules nient le droit d’exister aux populations septentrionales. Ils les privent de leur droit à décider d’eux-mêmes, à choisir pour eux-mêmes…

Depuis 50 ans, les populations peuls, sonrhaïs, une immense majorité des touareg et arabes se voient classer, par ceux qui prennent les armes, dans un ensemble dans lequel ils ne se reconnaissent pas, et avec quel ils n’ont rien à voir. Dire cela, c’est être de ceux qui ne refusent pas de voir.

On peut prendre les armes et sombrer dans le marais du gangstérisme, du banditisme. On peut du jour au lendemain donner un caractère politique à ce qui n’était au départ qu’un soulèvement ethnique dû à une rivalité tribale – car c’était cela, qu’on le veuille ou non. On a le droit de chercher à se trouver des « amis » chez les puissants ; et pour des raisons plus ou moins morales on peut en trouver. Mais personne n’a le droit, quelque soit le degré de gangstérisme atteint, de parler au nom de populations qui ne se reconnaissent pas dans les discours tenus.

Des « amis » puissants peuvent aider, mais cela ne change rien au fait que ce genre de combat n’est composé que de surenchère démagogique et identitaire. Tôt ou tard, ces Peuls, Touareg, Arabes, Sonrhaï, toutes les populations qui ne se reconnaissent pas dans ce prétendu ensemble « Azawad/Nord Mali » vont se décider à dire basta !

Partout au Mali, la corruption, le péculat, l’injustice sociale, le népotisme, la politique de démission des tenants du pouvoir sont, chaque jour, une composante naturelle de la vie du peuple. Partout, de Kayes à Kidal, ces tristes réalités sont vécues, au quotidien, par les millions de Maliens et de Maliennes qui se battent, sans retenue, pour survivre. Si au Nord, comme partout ailleurs dans les autres régions, la plupart des communautés n’ont jamais pris les armes contre l’Etat malien, ce n’est pas parce qu’elles somnolent dans leur misère. Non, loin de là ! Au contraire, elles savent mieux que personne que le Nord, ce ne sont que des immensités dont les arbres, la plupart couverts d’épines, le sable, les eaux… se disputent le contrôle. Elles le savent, mais n’en font pas un problème. Elles sont assez sages pour savoir que prendre les armes et former un groupe de merde n’a jamais apporté le bien être aux populations au nom desquelles il prétend parler !

Boubacar Sangaré

Mali : ni Azawad, ni autonomie, ni indépendance…

photo: springtimeofnations.blogspot.com

photo: springtimeofnations.blogspot.com

Dans la vie d’une nation, il est des moments où tout va mal, tout, et tout le monde s’en rend compte, du plus vieux au dernier-né, générant ainsi une sorte de « panique au pays » qui profite aux prophètes de malheur de tout poil. La période que le Mali traverse depuis longtemps maintenant ne fait pas exception. C’est une sorte de période ‘’roman’’, faite de péripéties terribles pour tout un peuple offensé dans sa dignité, son amour-propre, et à qui on a pu éviter de sombrer dans le pessimisme, d’acquérir un état d’esprit sceptique qui lui fait croire chaque jour davantage à la Nakba, oui, c’est le terme, car comment qualifier autrement la partition d’un pays ?

La situation du Mali, c’est un fait, ne porte pas à l’optimisme. Nous connaissons le pouvoir malien, nous le savons d’une faiblesse vertigineuse qui le rend incapable de décisions précises- c’était le cas jusqu’à maintenant- concernant la question du nord du pays où sa voix ne porte plus, son autorité s’est effritée au moment où l’armée nationale y a cédé devant l’implacable rouleau compresseur des groupes rebelles armés MNLA, HCUA, MAA…, dont les drapeaux flottent, outre Kidal, sur Djebock, à 45 km de Gao, sur Ber, à 53 km de Tombouctou. Inutile de dire que le statu quo au nord frise l’inacceptable, et que celui Sud n’en demeure pas moins une raison pour retirer sa confiance aux détenteurs actuels des leviers du pouvoir. Parce qu’il y a eu un vote, un plébiscite, avec 77 % des suffrages exprimés pour IBK, pour restaurer l’ordre politique et l’Etat. Un Etat solide, comme jamais il n’a été, qui n’aura aucune commune mesure avec celui que nous avons maintenant, compartimenté, coupé en deux, avec une partie qui semble couler comme de l’eau entre les doigts du pouvoir.

La presse locale parle, tous les jours, et dans tous les sens, des pourparlers inclusifs qui démarreront à Alger le 16 juillet prochain, entre le gouvernement malien et les groupes rebelles armés (HCUA, MNLA, MAA…) et d’autodéfense. C’est une presse qui est vent debout, qui s’interroge sans cesse par rapport à cette question des négociations, et, plus important encore, s’avance jusqu’à placer le président Keïta au centre des critiques, lui reprochant une gestion de l’Etat, à la diable, d’une opacité rare, dénonçant la mise sur pied d’une oligarchie. Au point que le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a été détourné en « La famille d’abord ! ».

Force est de constater qu’au Mali, la presse fait plus de politique que la politique elle-même qui, à propos des pourparlers, s’est installée jusqu’ici dans le mutisme. Il aura fallu que le Parena, et oui, encore ce parti, on se souvient du mémorandum polémique sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, au grand soulagement de beaucoup, ne brise la glace lors de sa conférence de presse donnée le samedi dernier par son président sur la « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? » Le parti du bélier blanc propose la réunion d’ « une Table ronde majorité/opposition élargie aux autres forces vives du pays pour élaborer une Plateforme et une vision malienne qui seront défendues par les négociateurs du gouvernement » et « l’élection des gouverneurs de toutes les régions du Mali par des assemblées régionales élues à la proportionnelle et disposant de réelles compétences dans le cadre du principe démocratique de la libre administration des collectivités territoriales ».

Bien entendu, la perspective de la tenue des pourparlers à Alger n’a pas laissé l’opinion indifférente. Elle vaut aujourd’hui à ce pays d’être criblé de reproches, d’accusations qui ne sont pas gratuites pour la plupart. C’est vrai, il est impossible de garder la tête froide à la veille de ces négociations, surtout après la lecture du « document de projet d’institutions pour un statut particulier de l’Azawad », signé respectivement par Bilal Ag Achérif, Alghabass Ag Intallah et Sidi Ibrahim Ould Sidati. Dans ce document, dont la presse s’est fait l’écho, il est parlé de doter l’Azawad d’institutions, ce qui débouche sur « une collectivité qui remplacera Tombouctou, Gao, Kidal et leurs cercles » avec une autonomie de gestion.

Les groupes armés ne méritent pas d’être autorisés, mais ils font partie du champ médiatique national et international. Que le gouvernement malien accepte de négocier avec eux, qu’on le veuille ou non, ne doit pas jeter aux mites ces différentes interrogations:

Une autonomie pour faire quoi ? Pour faire bande à part dans un pays qui craque de partout, dans un pays où la démocratie et l’Etat de droit constituent encore un problème de fond ? Une autonomie parce qu’il s’agit d’une région qui révèle de potentiels extractifs en minerais, pétrole, gaz, gisements de terres rares, etc. Une autonomie parce que la communauté et quelques idiots spécialisés ou spécialistes ès charabia ont été assez dupes de croire à ce discours séparatiste selon lequel le Nord a été sciemment maintenu dans le sous-développement ?

Alors qu’on sait pertinemment qu’au Mali, de Kayes à Kidal, les systèmes éducatif, culturel… se désagrègent. Partout, c’était la même politique de démission qui a été menée. Et si les groupes rebelles pensent qu’avec l’autonomie ils pourront relever seuls ces défis, c’est qu’ils sont politiquement immatures.

Enfin, pour finir, le MNLA n’est, et n’a toujours été qu’un groupe Facebook, avec un projet constitué par des étrangers. Ce groupe armé n’est constitué que d’une poignée d’individus qui ne représentent qu’eux-mêmes. Les « rebelles » du MNLA ne sont pas des Messies, c’est pourquoi la majorité des Touareg les évitent, comme on regarde une merde sous sa semelle.

Boubacar Sangaré

HCUA : Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA : Mouvement arabe de l’Azawad

MNLA : Mouvement national de libération de  l’Azawad

Parena : Parti pour la renaissance nationale

MNLA : La haine de soi et des autres !

Entrée à Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l'Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l’Adrar des Ifoghas. Photo de Alicroche.

C’est une affaire qui n’est toujours pas réglée. Le Mouvement National de Liberation de l’Azawad (MNLA), dont la présence à Kidal a troublé plus d’un dans l’opinion publique nationale, a toujours une araignée au plafond du fait de sa détermination révoltante à ne pas caler, c’est-à-dire que le mouvement entend garder le cap dans sa haine de soi et des autres.

A propos du MNLA, il est important de relever un premier fait. Le mouvement a presque épuisé sa capacité de communication et d’imagination en servant sur une assiette dorée ses mensonges les plus aberrants à une opinion publique internationale, à des pseudo-spécialistes du Mali (d’ailleurs quel crédit accorder à un spécialiste du Mali incapable de parler bambara et qui ne voit les réalités de ce pays qu’à travers la fenêtre de son bureau parisien ?) et que sais-je encore qui n’ont pas résisté à céder trop vite à la facilité, et donc se sont mis à prendre la défense d’une brochette de fripouilles engagée sur le chemin du marigot sécessionniste. Des arguments anémiques ont été avancés pour justifier cette rébellion, mais dans le même temps on mettait sous le boisseau la responsabilité énorme que le mouvement a jouée dans l’effondrement d’un Etat que l’on chargeait de tous les maux et dont on disait surtout qu’il est coupable d’avoir maintenu le Nord du mali, surtout Kidal, dans le sous-développement. C’est cela qui a donné, on imagine sans mal, plus de motivation aux ‘’Messies’’ azawadiens de l’Azawad !

« Azawadiens, Azawad ? Moi, connais pas ! », serait-on tenté de répondre.

Pourquoi se créer une autre identité ?  Pourquoi s’entêter à vouloir créer un Etat dans un Etat ? Et qu’est ce que c’est que ce choix du « ni-ni » : ni élections à Kidal, ni désarmement sans négociation avec les autorités maliennes de transition ?

On sait que les appels à négocier avec des groupes rebelles comme le MNLA et le Mouvement Islamique de l’Azawad (MIA) se font de plus en plus insistants, comme ce fut le cas très récemment  avec l’Organisation Internationale de la Cooperation Islamique (OCI) qui juge indispensable le dialogue avec ces gangsters pour une réconciliation nationale. Un discours de déjà vu, et qui n’apporte sincèrement pas de réponse au point nodal de la situation malienne : que faire de ces groupes armés qui, sourds comme un pot, opposent une fin de non recevoir à la demande de désarmer des autorités maliennes ? L’une des réponses à cette question peut sortir de la lecture d’un essai d’Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni _  Debout sur les remparts ! Sauvons le Mali(*) _ dans lequel il aborde sans complaisance la question de cette rebellion. « Au Mali, ecrit-il, il y a de nombreuses ethnies :Sonrhaï, Dogon, Toucouleur, Touareg, Dafihng, Bamanan, Minianka, Arabe, Senoufo, Bwa, Shema, Maures, Mossi, Diakanté, Soninké, Mandeka, Khasonké, Kakolo, Bellah, Bozo, Somono, Samogo, Gana, Peulh, Koulé, Yarga, Haoussa, Djerma, Marabaga, Diogoromé, etc. Depuis 1960, quelle ethnie ou tribu Noire a pris les armes contre les autres pour quelque revendication que ce soit ? C’est seulement parmi les touaregs que se sont formés des groupes qui ont osé prendre les armes contre le pays entier. Et pas qu’une fois. Une fois en 1963, une autre fois en 1989, une troisième fois en 1996, encore en 2006 et cette fois-ci en 2012. Chaque fois, tout le reste du Mali ne fait que les subir, alors qu’ils sont minoritaires même au sein de leur propre communauté qui, elle-même, est entièrement prise en charge par le travail des autres maliens.

« Comment s’étonner alors, que le peuple souverain y compris les touaregs patriotes qui sont majoritaires, réagissent fermement ? »

De plus, en réponse à ce qu’on pourrait appeler le crétinisme du MNLA à savoir le refus de désarmer sans négociations avec Bamako, l’essayiste relève qu’ « Il n’y a pas d’autre alternative. Quel pouvoir légitime accepte que des groupuscules terroristes sévissent librement sur son territoire au nom de quel principe de droit de l’homme ? Comment se passent les choses : en France avec les Corses, en Espagne avec les Basques, en Colombie avec les FARC ? Le Mali se défend et défend les mêmes valeurs que les pays où résident les donneurs de leçons au mépris de la dignité et de la souveraineté de notre peuple… Les problèmes qu’affrontent les régions Nord du Mali ne sauraient être réduits à un simple exercice d’approfondissement de la démocratie par la voie d’une décentralisation administrative et politique. » A l’en croire, la solution à la question de la rébellion est simple et il suffit de s’en tenir à ce qui est dit dans l’hymne national :

« Si l’ennemi découvre son front/ Au-dedans ou au dehors/ Debout sur les remparts/ Nous sommes résolus de mourir…»

Négocier avec le MNLA ou quelque mouvement que ce soit n’est pas, on l’a compris, une exigence à laquelle les autorités maliennes de transition doivent se soumettre, surtout lorsque l’on sait que les indépendantistes targui refusent de désarmer au détriment d’une cause nationale qui a été agitée : la défense de l’intégrité territoriale ! Ah, la haine de soi ! La haine de soi qui caractérise l’attitude des gangsters du MNLA se traduit par leur refus d’être considérés comme des Maliens mais plutôt des Azawadiens (… ?) et, surtout, la folle ambition qui les motive à demander l’autonomie au nom d’une communauté qui ne les reconnait même pas. Pourquoi se séparer d’un peuple qui vit dans une parfaite harmonie ? Mais, on est soulagé rien qu’en pensant que la haine des autres est aussi celle de soi ! Et malheureusement le MNLA a franchi la cote d’alerte il y a belle lurette. Il est allé loin dans le cretinisme pour se ressaisir, c’est pourquoi joue –t-il à quitte ou double.

Boubacar Sangaré