Mali, vox populi, populi stupidus ?

photo: malijet.com

photo: malijet.com

Nous sommes nombreux à saluer la marche qui a fait sortir dans les rues de Bamako plus de cinq mille Maliens pour dire leur attachement à la paix, à l’unité du Mali. Une marche qui intervient quelques jours après la signature –unilatérale- de l’accord de paix, le 15 mai dernier, entre le gouvernement malien et les groupes armés favorables au Mali. Alors que, l’autre partie belligérante, la CMA, n’a pas voulu apposer sa signature au bas du document.

Les Maliens dans les rues pour se prononcer, il y a vraiment quelque chose de réconfortant dans cela. Cela est beau, salutaire, d’autant plus qu’il a longtemps été fait à ce peuple le reproche d’être simpliste, couché. En effet, depuis l’occupation des régions de Gao et Tombouctou par les islamistes, la rue bamakoise est restée le plus souvent vide, malgré les actes de violence, les exactions dont étaient victimes les populations sous occupation. Pendant longtemps, ce fut un peuple démissionnaire, qui hurle sa colère contre la mauvaise gouvernance, la corruption, dans son salon et dans son « grin » (groupe de discussion informel), mais n’ose pas descendre dans la rue. C’est d’ailleurs ce qui explique l’absence d’une société civile forte. Cette marche d’hier est à n’en pas douter le signe que ce peuple veut enfin se réveiller de la torpeur dans laquelle il a plongé et dans laquelle il n’a rien gagné sinon pauvreté, corruption, injustices, inégalités et népotisme…

Cette marche, à laquelle ont pris les Maliens de toutes catégories socioprofessionnelles, de toutes appartenances politiques, a été organisée pour soutenir l’Accord de paix signé le 15 mai à Bamako. Mais tous marchaient-ils pour la paix et l’unité ? C’est là une question d’importance, car à lire les banderoles – « L’administration à Kidal comme partout au Mali », « Il n’y a pas de questions touaregue, mais le racisme de certains Touaregs », « On veut une Minusma juste et impartiale », « Non à la main invisible de la France », « oui au GATIA, non à la MINUSMA »,– , il y a quelque chose à mettre en exergue : les gens qui marchaient ne marchaient pas tous pour les mêmes raisons.

«Les uns marchent pour la paix, les autres pour soutenir IBK, les suivants pour l’accord, et d’autres encore contre la MINUSMA et la France, etc. », m’a confié une consœur, qui se demande ce que deviendrait le Nord si ces forces internationales quittaient le Mali du jour au lendemain, auquel cas, pour elle, « les bandits divers ne feraient qu’une bouchée du septentrion, et ce ne serait ni la Plateforme ni les Fama qui pourraient les arrêter.»

Editorialiste au journal Le Républicain, Adam Thiam écrit que « la marche visait aussi la France et l’Onu que nombre de nos compatriotes accusent d’être du côté des fauteurs de paix, allant parfois jusqu’à l’appel au meurtre. »

Gallophobie, « seconde mort de Damien Boiteux »

C’est un fait, une marche se fait aussi souvent avec des voyous et des imbéciles qui ont l’outrecuidance de commettre des actes dont ils ne mesurent pas la gravité. Comme c’est le cas de ceux qui ont mis le feu au drapeau français au cours de cette marche. Un comportement inadmissible qui vient rappeler que la foule est dangereuse, donnant ainsi du poids à ce que Alcium disait au VIIIe siècle à Charlemagne : «Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie ». Autrement dit, « vox populi, populi stupidus». Il faut le dire, brûler le drapeau d’un pays est tout sauf rien.

A Bamako, au cours de la marche du 26 mai, le drapeau français a été brûlé. Et cela, trois

ans après le lancement par la France de l’opération Serval pour éviter au Mali de passer sous le contrôle des faussaires de la foi que sont Aqmi, Mujao et Ansar Dine. Les terroristes ont été délogés, et quelques mois après, des centaines de Maliennes et Maliens avaient accueilli, remercié, vénéré François Hollande, aux cris de Vive la France ! Pour en arriver là, écrit Adam Thiam (qui pense que cet acte symbolise la seconde mort de Damien Boiteux), « il fallut, merveilleuses pages de solidarité humaine écrite dans le sang, le sacrifice de Boiteux et de sept autres de ses camarades dont le dernier est tombé en 2014. Il fallut que des soldats héroïques du Tchad ratissent Tegargar. Il fallut que des soldats de la paix acceptent le risque de mourir pour la liberté du Mali. Le dernier soldat de la paix est tombé lundi soir, à Bamako, loin de Kidal, Tombouctou ou Gao, ces théâtres ensanglantés d’une tragédie qui paraît interminable.»

Et enfin, il faut convenir que les Maliens ont pris le pli de crier plus sur les autres que sur eux-mêmes. Et depuis quelque temps, il y a chez le peuple malien comme un sentiment anti-français, qui va crescendo. On se souvient qu’il y a bientôt un an, des organisations de la société civile appelaient à un boycott des produits français.

Boubacar Sangaré

Mali : quand le président passe….

 

 

Le président de passage à Kalaban-coro Photo: Boubacar

Le président de passage à Kalaban-coro. Photo: Boubacar

Au sud-est du district de Bamako, une population estimée à 48 324 habitants (selon le Recensement administratif à caractère électoral) et une superficie de 219,75 km2, juste derrière le petit pont, Kalaban-coro!… l’une des 37 communes du cercle de Kati, administrée par un conseil municipal de 29 conseillers. Des frontières avec Bamako jusqu’au village de Kabala, les abords du goudron sont noirs de monde. Quelques agents du corps policier s’empressent de débarrasser la route de tous ses usagers, les habituels transports en commun, les voitures personnelles, les motocyclistes et…les piétons. Tous ont été sommés de se ranger pour laisser la voie libre. Les femmes venues s’approvisionner au marché ont du mal à traverser pour rallier leur domicile, de l’autre côté de la route. Il est 9 heures moins, et déjà le soleil qui se lève a beaucoup perdu de sa tendresse.

Qui sont ces enfants alignés le long du goudron, marchant les uns sur les pieds des autres, piaillant comme des lurons, bondissant comme bouc en rut ? Encadrés par des policiers, ils ont tous le regard tourné vers une seule direction. Ils crient tous comme des putois « IBK ! IBK ! IBK ! » Ce sont nos enfants, nos petits frères, nos petites sœurs; ils portent l’uniforme de leur établissement scolaire. Quoique nous soyons lundi, ils ont, avec la bénédiction de leur administration, été parqués au bord du goudron, pour acclamer le président Keïta sur sa route vers Kabala, le village suivant. Il est en route pour le lancement de la construction de la cité universitaire. Les élèves de tous les établissements primaires et secondaires sont dans la rue. Des femmes et d’autres jeunes des quartiers sont venus grossir la foule. Tous transpirent comme s’ils étaient dans une étuve. A 10 heures, ils attendent toujours le président. L’impatience se lit sur les visages.

Auparavant, notre benjamin, Moustapha, 7 ans, en 2e année, est venu me trouver à la maison et m’a dit :

« Ils nous ont dit d’aller au bord du goudron pour accueillir IBK. Moi, je n’irai nulle part, parce que ce n’est pas IBK qui me donne à manger. »

Ces propos ont déchaîné l’hilarité de nous tous qui étions là.

Sous prétexte que le président va passer, l’immobilité est imposée partout : les écoles se vident, les conducteurs de transport en commun, alors qu’ils sont à la chasse de leur pitance du lendemain, sont empêchés de rouler, les motocyclistes sont contraints d’emprunter les rues et ruelles pour rallier leur destination. Quand le président passe, rien ni personne d’autre n’existe en dehors de lui, plus personne ne crie, ne parle, ne rit, ne saute, ne danse ou ne pète que pour lui. Quand le président passe, tout est bloqué comme une horloge cassée, tous ou presque retiennent leur souffle. D’aucuns, affichant une joie à couper le souffle, lancent :

« Le pouvoir, c’est le pouvoir. On lui doit respect, soumission et obéissance. »

Aucun commentaire. S’éloigner de là, c’est le meilleur moyen d’éviter de piquer un fard, une engueulade.

Voilà plus de cinquante ans que cela dure. Plus de cinquante ans que nos présidents nous font sortir sous le soleil, nous faisant perdre une partie de notre vie à les accueillir, à les applaudir, les vénérer, à leur baiser les pieds et la main. Plus de cinquante ans que nous courrons derrière leur cortège, alors qu’ils ne font que lever une main hypocrite, affichant un sourire factice pour nous témoigner… quoi ? Sinon leur mépris. Mépris parce qu’ils se font applaudir, accueillir sous un soleil de plomb par un peuple qu’ils affament, à qui ils ne sont jamais parvenus à assurer des conditions de vie dignes, qu’ils abrutissent, et dans l’esprit desquels ils ont inculqué la notion de domination charismatique au sens où l’entend Max Weber. Mépris aussi parce que parmi ces enfants, il n’y a pas celui du président, ni de son fils, ni d’un quelconque ministre du gouvernement. Ce mépris devient flagrant lorsqu’on se rend compte que tous, du président au ministre, répugnent (le mot n’est pas fort) à voir leurs enfants fréquenter ces écoles publiques livrées au chaos avec les enfants issus de la plèbe, du Mali d’en bas. Ils préfèrent les placer loin de tout ça, dans des écoles privées surpayées, pour leur épargner l’enseignement déphasé, inconstant et soporifique qu’on dispense encore dans les écoles d’état.
Ces enfants, qui, hier, ont crié « ATT ! ATT ! ATT ! », et qui, aujourd’hui, crient « IBK ! IBK ! IBK ! » ne le savent pas, et malheureusement ils ne savent pas qu’ils ne savent pas. Ils sont le symbole d’un peuple enfumé qui s’est à ce point égaré dans le fétichisme du pouvoir qu’il a renoncé à son droit le plus élémentaire, sa dignité.

Au bord du goudron, la foule grossit à mesure que le soleil escalade dans le firmament. Cela fait plus d’une heure que les enfants sont là, à attendre le président, pour le voir passer.

 

Au bord de la route (Kalabancoro) photo: Boubacar

Au bord de la route (Kalabancoro) photo : Boubacar

« Pauvres enfants. Pauvres parents. Pauvres citoyens ! Vous êtes issus d’un peuple fier et riche qui ne devrait pourtant pas manquer d’enfants dignes pour éviter la corruption, le piston, le favoritisme. Mais voyez vous-mêmes où nous en sommes. Le mensonge est presque devenu une langue officielle dans ce pays . Ceux que vous prenez pour les hommes providentiels vous promettent monts et merveilles, mais à la longue, il n’y aura rien. Absolument rien. Vous n’êtes d’ailleurs rien pour eux, rien, sinon le bas du panier, le cul d’une poule. Pauvres enfants, arrêtez de crier, il est temps que vous ouvriez les yeux, que vous émergiez de votre somnolence, que vous disiez non à ces nouveaux colons ! »  serait-on tenté de dire. A qui ?

A cette foule d’hommes, de femmes et d’enfants qui se bousculent frénétiquement pour voir, seulement, IBK passer, non, mais sans blague !

A 11 heures moins, IBK passe, attifé d’un boubou bleu, portant une écharpe blanche. Le cortège roule au ralenti, IBK lève ‘’cette main’’ et affiche ‘’ce sourire’’ à la vue de tous ces enfants criant « IBK ! IBK ! IBK ! »

Après plus d’une heure de guet, il faut rentrer. Plus d’une heure durant laquelle même le vent ne soufflait que pour IBK. Tous ces enfants, ces écoliers, dehors pour saluer IBK de passage. Tout ça pour ça ! Ça seulement. Et on se dit qu’il est loin, vraiment loin, le temps du changement dans les mentalités, dans les comportements. Et on se souvient de ce que dit Stanislas Adotevi K. Spero dans  Négritudes et négrologues  :

« Le Nègre danse. Il faut qu’il continue de danser. Mais il ne s’agit plus de danser sur le mode de la répétition, mais de la Révolution. Il faut maintenant danser la danse de la victoire. » P. 246

Oui, il est temps de danser la danse du changement.

Boubacar Sangaré

L’O.R.T.M, le carrefour des jeunes et une attente ennuyeuse

 

ORTM, photo credit (ortm en direct .mali

ORTM, photo credit (ortm en direct .mali)

Samedi. Une pluie matinale a arrosé bien des endroits de la capitale, mais le soleil qui commence à poindre fait craindre une journée de chaleur insupportable. Sur la route qui passe devant le carrefour des jeunes (espace culturel), des paquets humains s’agitent, le bruit du moteur des véhicules indique qu’il est l’heure de se dégager du lit à ceux qui, blottis dans leur couverture, s’apprêtent à dormir le reste de leur sommeil. Début de journée à Bamako.

 

Dès que j’ai franchi le seuil de la première porte du carrefour des jeunes, mes yeux ont croisés ceux d’un jeune homme, assis sous le hangar qui sert de parking payant. « C’est pour la conférence de presse ? D’accord, gare la moto ici ! », m’a-t-il dit en me tendant un ticket dont je me suis emparé et qui indique que, pour récupérer ma moto plus tard, j’aurai à payer 100 francs. Phénomène irritant mais banal dans nombre de services, privés compris, où les usagers motorisés se voient à tout de champ remettre un ticket par un  »Parker  » venu d’on ne sait où et qui n’a aucune frousse de dire à toute personne rebelle à cette décision de chercher où parquer sa moto, quitte à la mettre à la merci des voleurs. Parmi ceux qui font le  » Parker », il y en a qui sont des jeunes chômeurs, paumés et aigris, toujours prêts à distribuer des propos désagréables.

Retournons au carrefour des jeunes. La conférence de presse que je dois couvrir est prévue pour 9h. Il est 8 h, et sous le hangar où l’événement se tiendra, les chaises sont encore inoccupées. L’ambiance est triste, on se serait cru le premier jour du mois de Ramadan. Les feuilles des arbres bruissent, tombent et voltigent au gré d’un vent léger et frais. J’ai promené en vain mon regard de rapace sur tous les endroits de la cour pour repérer un confrère, histoire d’agiter les idées sur l’actualité.

 

Des deux baffles s’échappe la voix de musiciens en mal de célébrité, qui me sont inconnus, mais qu’il faut poliment remercier d’avoir chanté pour la paix au Mali. La paix! La paix! La paix! Elle est -et a toujours été- au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes.

 

J’ai vu arriver des membres et sympathisants du parti Rassemblement pour le développement du Mali (R.P.D.M) dont le numéro un n’est personne d’autre que Cheick Modibo Diarra, l’ex-chef du gouvernement de transition. On se souvient qu’il a été poussé à la démission… Une ribambelle de jeunes, des confrères servant qui à Info Matin, qui à Le Républicain. Chacun a pris racine sur une chaise libre. Des bruits montent, des rires éclatent. On attend. Qui? Je ne sais pas, mais on nous fait attendre des minutes et des minutes. Pourtant les conférenciers sont là, et attendent qu’on les invite à occuper leur place. L’attente a été longue, si longue que des mécontentements ont commencé à se manifester.  » Nous nous excusons auprès de tous, si la conférence n’a toujours pas commencé, c’est parce que nous attendons l’O.R.T.M (Office de radiodiffusion télévision du Mali. Toutes nos excuses, vraiment.« , s’est désolé un organisateur. C’est vraiment le bouquet! Faire attendre tous ces gens au seul motif que l’équipe de reportage de l’O.R.T.M est en retard, et oublier qu’il n’est pas sur qu’elle soit là. Et il faut se poser la question de savoir depuis quand la tenue d’un événement de quelque type est suspendue à la présence d’une équipe de reportage de l’O.R.T.M.

 

Comme il fallait s’y attendre, les journalistes de l’O.R.T.M, ne sont pas venus. Les conférenciers sont passés aux choses sérieuses. Mais nous avons quand même attendu. Le journalisme peut parfois amener à subir des situations aussi déprimantes…

Boubacar Sangare

A Dakar, si loin et si proche de Bamako

Le Sénégal, l’autre quartier latin de l’Afrique subsaharienne. Il partage avec le Bénin cette appellation depuis maintenant plusieurs années, et cela grâce surtout à la richesse de sa production littéraire. C’est-à-dire que, si on veut dire les choses simplement, il doit cette appellation à des hommes et femmes comme Leopold Sedard Senghor, Boubacar Boris Diop, Birago Diop, Abdoulaye Sadji, Sembène Ousmane, Ousmane Socé, Mariama Bâ,… qui ont, à travers leurs écrits, tiré vers le haut la littérature sénégalaise. Et comment oublier ce livre très polémique « Nations Nèges et Cultures » de Cheikh Anta Diop qui continue de susciter un concert d’indignations dans les milieux intellectuels, singulièrement occidentaux ? Mais tout cela est une autre histoire.

Tout admiré qu’il est aujourd’hui à travers les quatre coins du monde, le Sénégal, c’est aussi Dakar sa capitale, grande, qui ouvre ses bras à l’étranger qui n’hésite pas une seconde à s’y glisser comme dans son lit, ivre de curiosité. Autant vous le dire tout de suite, c’est la première fois que je foule le sol de Dakar, comme c’est le cas pour nombre de Mondoblogeurs. Et que vous dire d’autre, si ce n’est que Dakar est si proche de Bamako. La ville de Dakar, c’est d’abord celle de ces jeunes sur le scooter pour qui le respect des feux tricolores semble inexistant, donc pas besoin pour eux d’attendre que le feu passe au vert pour passer. Tous ceux qui étaient avec moi dans la voiture qui nous ramenaient de l’aéroport, le samedi dernier, n’ont pas pu ne pas s’en étonner. Heureusement, notre chauffeur avait une explication à ce phénomène : « C’est des gosses ; ils s’en foutent ! » Après qu’il eut dit cela, j’ai pensé à ces jeunes qui, à Bamako, tuyau d’évacuation de la moto « Djakarta » crevé, filent à tombeaux ouverts et se tapent pas mal des feux tricolores comme de leur dernière chemise.

 

la ville de Dakar (photo credit: Ali Badra Coulibaly

la ville de Dakar (photo credit: Ali Badra Coulibaly

Il y a aussi ces inscriptions sur les murs telles que « Cheikh T. Diakhaté nous t’avons à l’œil »,« Liberez N’dèye Khady N’diaye » Wade our president 2012 ». Ensuite viennent les transports en commun qui, à en croire un Mondoblogeur dakarois, sont appelés «« N’diaga N’diaye », « Tata «  ou « Bus rapide ». A Bamako, on les appelle les « Sotrama », et l’auteur de ces lignes ne résistent pas à livrer ce constat : les « sotrama » qui sont aux bamakois ce que sont les « bus rapide », les « N’degue N’diaye » aux dakarois, n’ont jamais été un symbole de confort. Ils ne valent pas plus qu’une bétaillère , et sont caractérisés par la promiscuité.

Il y a une année de cela, le pouvoir a changé de main dans ce pays. Macky Sall est président depuis le 25 mars 2012, jour où il a gagné les élections et est devenu le quatrième président du Sénégal. Vote sanction contre Abdoulaye Wade et les dignitaires du régime déchu. Mais un an après, l’impatience se lit sur le visage des sénégalais. La déception aussi. Donnons la parole à un jeune, qui a voté Macky Sall : « Je vis à Dakar depuis 2000 mais je viens de Kaolack. J’ai voté Macky Sall au premier et au second tour. Aujourd’hui, je suis déçu. Les politiciens sont les mêmes. C’est des blagueurs ! » A la périphérie de cette manière de voir, un journaliste estime que « Les Sénégalais sont impatients. Le pouvoir d’achat n’a pas baissé, l’électricité est chère. Mais, il y a eu une baisse de la fiscalité sur les salaires, ce qui fait que moi, journaliste, dors tranquillement. Aussi, il (Macky Sall) ne parle même plus d’une de ses plus grandes promesses, celle de réduire le mandat et les pouvoirs du président. »

Dakar, comme n’importe quelle capitale africaine, est une ville des inégalités, où à côté des quartiers huppés s’étendent des concessions aux murs ‘’fatigués’’ dont la seule vue font craindre un effondrement prochain. Et ces enfants qui, pieds nus, sébile suspendue au côte s’adonnent à la mendicité. Des femmes, vieilles ou non, qui tendent la main à tout passant, l’étranger  compris. Pourtant, la lutte contre la pauvreté est devenue un sport international. Tous les pays la pratique, mais la pauvreté est toujours là et semble  invincible.

Dakar, une ville, la mer, un port.
Le froid est là.
Et le vent aussi.
Voir Dakar et mourir…
Le long des routes, des immeubles poussent comme des champignons. Signe de la croissance économique ? Ce n’est pas l’avis d’un confrère dakarois qui estime que c’est plutôt la preuve d’une croissance démographique. A le croire, Dakar n’est pas plus grand que Bamako. Le fait est que, précise-t-il, le Sénégal a injecté beaucoup d’argents dans la construction des infrastructures, surtout routières. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais, je dois aussi ajouter que les routes de Dakar sont aussi compliquées à comprendre qu’une opération de mathématiques !
Boubacar Sangaré

Au secours, le Mali bout à 100°!

Navrantes scènes que celles auxquelles les bamakois ébahis ont assisté les samedi et lundi derniers! Des pneus brûlées, des barricades dressés, le pare-brise des « SOTRAMA » brisé, des journalistes rossés par les forces de l’ordre… On se serait cru, à en croire au chapelet de témoignages de certains confrères, à Hollywood en train de visionner un film.
Reprenons par le début et intéressons-nous au mobile de cette descente dans la rue d’une partie de la population de Bamako. Dès que le Syndicat National des Transporteurs et Conducteurs du Mali (SYNACOR)a décidé, unilatéralement, d’augmenter le prix du transport en commun (ici, l’appellation consacrée est SOTRAMA) en ajoutant 50 fcfa, il y a de cela une semaine, on sentait la colère monter dans les rues. La décision était devenue le cœur des causeries dans les familles, dans les rues voire dans les « SOTRAMA ». « Effectivement, depuis hier soir(le dimanche), on incite les gens à marcher contre la montée des prix de transport des ‘SOTRAMA' », m’a confié Marie, une amie, qui habite Bacodjicoroni, un quartier connu comme un loup blanc pour avoir été le théâtre des affrontements entre les bérets rouges et les bérets verts.
Il faut d’abord relever que les manifestations qui ont empêché les « SOTRAMA » de rouler les samedi et lundi derniers sont une véritable démonstration de force destinée à briser le carcan du beni-oui-ouisme dans lequel les maliens, dans leur écrasante majorité, étaient enfermés. Aussi, sans être péjoratif à l’égard du syndicat, force m’est de dire que sa décision d’augmenter le prix des transports en cette période, est une flagrante étroitesse d’esprit qu’il est impossible de cautionner. Car les temps ne sont pas durs que pour le syndicat et ses militants (les chauffeurs); ils le sont aussi pour tous ces hommes, femmes et enfants qui empruntent chaque matin la « Sotrama » qui pour se rendre à l’école, qui pour se transporter dans le centre-ville… En clair, ils (le syndicat et les populations civiles) sont tous victimes de la rupture du lien qui les liait aux gouvernants: une population déjà éprouvée par la crise politico-institutionnelle qui a frappé le pays, doit encore faire face à une explosion du prix des denrées de première nécessite, des transports, du gaz, de l’électricté…C’est une population abandonnée, vivant dans la loi du « chacun pour soi, les perdants sont les plus démunis » Silence radio chez les gouvernants!
Que dire aussi de la brochette de policiers qui, pour disperser les manifestants, n’a pas hésité à user de gaz lacrymogènes, de matraques sans même faire de quartier…? Disons tout simplement que cette police mal équipée, mal formée, mal payée et peu motivée, agit toujours comme vivent les maliens: très mal. »Je photographiais en catimini la scène d’embarquement d’une femme qui manifestait lors qu’un policier m’a dit de lui donner l’appareil; je me suis exécuté. Brusquement, j’ai pris sur la figure une dégelée. Ils se sont rués sur moi, me battaient,me piétinaient. Et lorsque j’ai pu m’échapper, je me suis enfui en laissant là ma moto… », m’a raconté Mountaga Diakité, journaliste-reporter à L’Agora. Une agression contre un journaliste qui vient s’ajouter à une liste déjà bien longue.
Ils demeurent d’autres scènes maintes fois entendues dans les échanges avec des confrères qui ont couvert les manifestions. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au rythme où vont les choses au Mali, d’autres manifestations de cette farine sont possibles, avec des bilans effarants en termes de violences. Il est temps que les autorités maliennes se réveillent et résistent à cette tentation de diriger le pays avec des discours!
Boubacar Sangaré