Mali : que faire pour Kidal?

L'armée malienne aux portes de Kidal  photo: Bamada.net

L’armée malienne aux portes de Kidal photo : Bamada.net

Cela est clair comme l’aube, un grand nombre de Maliens ont cessé d’espérer et se résignent à voir une partie de leur pays, Kidal, s’engluer dans le marais de l’instabilité. Kidal concentre toutes les attentions aujourd’hui, car c’est de là que tout est parti. C’est de Kidal qu’est partie la rébellion armée touarègue qui a projeté le Mali au beau milieu d’une crise sécuritaire et institutionnelle, dont il est en train de sortir. Mais, bizarrement, c’est à Kidal que tout est bloqué, coincé.

Assassinat de journalistes, attentat djihadiste ayant causé la mort de deux casques bleus sénégalais, des tirs à l’arme lourde, voilà des évènements tristes qui ont marqué l’actualité de ces derniers temps à Kidal, une pétaudière par excellence. On le sait, ce sont les groupes rebelles à qui la communauté internationale semble avoir donné carte blanche, qui y mènent la danse. Ils manipulent femmes et enfants, provoquent les militaires, singulièrement ceux de l’armée malienne, et comme pour ajouter aux difficultés, restent armés. Ils sont armés, et dans le même temps l’on continue à forcer la main au gouvernement malien de parler avec eux le langage du dialogue. C’est d’ailleurs la position que défend la France depuis les premières heures de la crise. Il en est de même pour la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). Tout cela est vrai, voire possible. Mais, peut-on négocier avec des groupe rebelles qui, en plus d’être armés, continuent d’humilier, de moquer les dirigeants d’un pays qu’ils ont mis à feu et à sang? Est-il acceptable de laisser les groupes rebelles armés, alors que ceux qui ont la charge de sécuriser Kidal, c’est-à-dire, la Minusma et Serval, s’y dérobaient, en tout cas jusqu’au récent attentat-suicide? Pourquoi, à la place des groupes rebelles, ce sont les soldats maliens qui sont cantonnés à Kidal ?

A dire vrai, cette situation trouble le sommeil de tous ou presque, à commencer par le président Keita. Que faire pour Kidal ? C’est à mon sens la seule question qui vaut d’être posée aujourd’hui.

Boubacar Sangaré.

Les casques bleus et ces accusations récurrentes

Des casques bleus au Mali (photo: Malijet.com)

Des casques bleus au Mali (photo: Malijet.com)

A Tombouctou, tous ou presque ont retenu leur souffle à cause de l’attaque par des kamikazes qui a visé, samedi, un camp malien et y a blessé des militaires. A la naïveté de certains Tombouctiens qui croient que tout est devenu normal, il faut opposer ce constat qui est que les régions libérées de la férule des terro-djihadistes sont tout sauf « des zones paisibles ». C’est toujours « le calme avant la tempête », cela qu’on le déplore ou pas. Par contre, à Gao, outre cet évènement tragique qui arrive comme un cheveu sur la soupe, il convient de signaler que ce sont les accusations d’abus sexuels et de mauvaise conduite contre des casques bleus qui occupent encore les attentions.

 

En effet, quiconque s’intéresse aux affaires maliennes et lit régulièrement les dépêches d’agences de presse, occidentales surtout, a du s’émouvoir devant les informations sur « les accusations d’abus sexuels (à Gao) et de mauvaise conduite portées contre des casques bleus». Surtout qu’il y a bien longtemps que des amis de Gao, blogueurs, disent avoir reçu des témoignages faisant état des cas de viol contre  des jeunes filles dont se seraient rendu coupables des casques bleus déployés dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).

 

Disons-le tout de suite, ce n’est pas la première fois que de telles accusations éclaboussent les casques bleus, quand on sait que « ces sales pratiques » ont commencé à faire surface en 2004 en République démocratique du Congo. Et le malheur a été qu’au Congo, des officiers n’ont pas voulu coopérer dans le cadre des enquêtes menées par l’ONU. Puis, il y a eu la Côte d’Ivoire en 2011 où l’opération des Nations unies pour la Côte d’Ivoire (Onuci) a aussi reçu « des allégations dénonçant des abus sexuels des casques bleus sur des mineurs depuis 2006 ». A l’époque, l’Onuci s’est dit très préoccupée, car son « nom » avait été traîné dans la fange en 2007 par de pareils cas occasionnés par des casques bleus marocains qui étaient basés à Bouaké.

Et aujourd’hui, c’est au tour du Mali d’assister à une résurgence de ces mêmes comportements fangeux de la part de certains casques bleus qui ne sont rien de moins que des cocos – le mot n’est pas fort. Ainsi, après la RDC, la Côte d’Ivoire…, il est donc à remarquer que les accusations d’abus sexuels et de mauvaise conduite sont en instance de devenir l’étiquette des casques bleus; et de là à dire qu’ils sont comparables à une boîte de Pandore qui s’ouvre d’elle-même, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut d’ailleurs franchir sans la moindre réserve.
Ainsi, ces accusations qui pèsent sur ces casques bleus viennent tout simplement à donner raison à une opinion publique malienne qui, forte des cas d’abus sexuels en d’autres pays du continent, n’avait pas tardé à manifester son hostilité au déploiement des ces forces onusiennes dont on dit qu’elles ont des agendas personnels : trafic de drogue, abus sexuel…

La nationalité des casques bleus concernés n’a pas été révélée. Et on sait que « les pays contributeurs de troupes portent la responsabilité d’ouvrir une enquête et de veiller à prendre les mesures disciplinaires et judiciaires appropriées si les allégations s’avéraient fondées », comme l’a affirmé Martin Nesirky, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans une dépêche. Mais on ne peut s’empêcher de poser la question suivante : pourquoi après la RDC, la Côte d’Ivoire… les mêmes accusations continuent de refaire surface ? On peut répondre que c’est parce que, peut-être, entre « la politique de tolérance zéro à l’égard des abus sexuels » et le comportement des casques bleus, il y a un fossé, immense. Et on peut aussi évoquer le fait que c’est parce que le recrutement des casques bleus n’est toujours pas soumis à des critères suffisamment sévères, ce qui fait qu’il n’est même pas surprenant de retrouver dans leur rang des forbans.

L’opinion publique malienne attend donc de voir les conclusions des enquêtes qui seront menées et les sanctions qui frapperont les coupables pour qu’enfin le cas malien soit un rempart contre d’autres abus sexuels dont se rendront coupables des casques bleus.

Boubacar Sangaré