Mali_présidentielle : Des candidats, des promesses et de la faillibilité de l’Homme

 

 

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moussa-mara-YELEMALe 28 juillet prochain, les Maliens vont se rendre aux urnes pour élire un nouveau président et signifier son congé au gouvernement de transition et au « numéro un », le président intérimaire. Mais cette présidentielle, qui de l’avis général se tiendra sous de funestes auspices- il n’est pas besoin de consulter les astres pour le savoir avec la situation à Kidal, les difficultés liées à la carte d’électeur NINA…-, s’annonce serrée et promet un choc de titans. Inutile de dire, en effet, que lire la presse locale est à deux doigts de devenir un exercice énergivore pour ne pas dire énervant. Des colonnes entières y sont dédiées à l’exposition du programme politique de tel ou tel candidat. Regarder la télévision nationale aussi est pesant, car les mêmes candidats se succèdent dans la présentation de leur programme politique avec parfois des relents narcissiques. Des promesses encore et encore.
Aux yeux de tous ces candidats et de nombres de puissances occidentales dont la tenue de cette présidentielle à la date fixée est le souhait le plus ardent, la situation au Mali, notamment dans les régions libérées de la dure férule des terro-djihadistes, passe pour calme. Pourtant, les populations déplacées, pour la plupart d’entre elles, ne sont pas encore retournées, le MNLA à Kidal continue de jouer les Rambo et en est même arrivé à blesser à coup de cailloux des soldats dans les rangs de la MINUSMA et des forces française, l’administration y est toujours absente, la ville elle-même est le théâtre d’une tension entre ceux qui sont contents et ceux qui sont mécontents du retour de l’armée malienne. Tout cela ne représenterait qu’une goutte d’eau dans un océan. Le problème est ailleurs et clair : le Mali doit lutter contre vents et marrées pour tenir cette présidentielle à la date du 28 juillet. Preuve qu’il a le couteau sous la gorge. La course contre la montre est donc engagée.
Dans la démocratie représentative, la règle veut que les candidats partent à la rencontre des électeurs à qui ils exposent leur programme politique en période de campagne électorale. Libre aux électeurs de jeter leur dévolu sur un candidat, qu’ils jugent en capacité d’apporter une réponse aux problèmes qui les assaillent. Et le Mali est à cette étape, d’où le déferlement des candidats sur les écrans de la télévision nationale et les déplacements dans les villes éloignées de la capitale. Sauf que dans ce pays, cet exercice semble dénué d’intérêt en ce sens que les gens s’identifient plus à un parti politique qu’à un programme politique qu’ils sont incapables de comprendre. Ils n’y voient que du chinois ! Mais il n’empêche. Chaque jour, on les entend, les candidats, faire des promesses mirobolantes qui font danser dans leur orbite les yeux des électeurs naïfs à mort. Ce qui frappe en écoutant ces candidats, c’est le fait que la crise sécuritaire et institutionnelle qui a secoué le pays est brandie comme un prétexte standard dont ils usent pour justifier leur candidature. Ici on promet d’adapter le système éducatif aux enjeux du moment, là on promet de donner un souffle nouveau à l’économie, de former un nouveau type de malien, d’augmenter le salaire des fonctionnaires, de construire des usines, de créer de l’emploi pour les jeunes … Il va sans dire que le paysage politique a explosé, des nouveaux partis (alimentaires ?) ont vu le jour et se sont lancés à la conquête du fauteuil présidentiel, comme si être président revient à arriver à un moment où la vie est dure. Les racolages de figures connues ont le vent en poupe. Mais, on oublie qu’on ne pas fait de la politique pour dire des âneries à la télévision.
S’il y a aujourd’hui quelque chose d’assez irréfléchie dans les discours politiques et qui discrédite de plus belle la démocratie elle-même, ce sont bien sûr les promesses qui meublent le programme politique des candidats. Cela est d’autant plus vrai dans le cas malien que ceux qui promettent sont, en gros, tristement connus comme le loup blanc pour avoir fait, par le passé, des promesses dont ils se sont foutus comme de leur dernière chemise. Alors, pourquoi continuer de prendre les électeurs pour des naïfs, des idiots et que sais-je-encore en leur faisant des promesses que vous n’aurez pas l’ombre de la peine à balayer d’un revers de manche une fois au pouvoir ? Et l’on en vient même à se demander si tout cela est bien sérieux, à moins qu’il ne soit du tout n’importe quoi. Le peuple n’est pas un de ces enfants qui obéissent au doigt et à l’œil au nom de promesses qui relèvent souvent de vœux pieux. Encore moins un chien qui aboie et à qui il faut jeter en pâture une promesse de morceaux de viande.
Il est clair que tout cela traduit aussi un oubli, grave, d’un principe destiné à amener l’Homme à prendre conscience de sa faillibilité, son insignifiance. Ne parlons même pas de morale, la politique n’en a pas. Aucun homme n’est infaillible. Et les maliens ont tout avantage à éviter l’homme le plus parfait pour choisir le moins parfait…
Boubacar Sangaré

Mali – Présidentielles: Se tiendront, se tiendront pas…?

Président du CENIPhoto-credit: Maliweb.net

Président du CENI
(Crédit photo: Maliweb.net)

C’est une affaire qui n’est pas encore réglée. Les présidentielles que les autorités maliennes de transition ont prévues de tenir le 7 juillet prochain demeurent un sujet sur lequel les maliens se divisent. Si d’aucuns sont d’avis qu’elles permettront au Mali de sortir d’une période d’exception, d’autres se demandent comment ce pays en proie à la guerre et à l’insécurité réussira à les tenir.

Auront-elles lieu ? Seront-elles reportées ? Voici les questions qu’on ne peut éviter d’entendre à propos des présidentielles attendues au Mali, demandées à cor et à cri par nombre de puissances: les États-Unis, et la France en tête. Avant d’aller plus loin sur cette question, il faut relever que l’organisation de ces élections constitue, avec la libération des régions du Nord, l’une des missions dont est investi le gouvernement de transition.

Dans sa prestation télévisuelle du 28 mars sur France 2, destinée à redresser sa cote de popularité en baisse, François Hollande a dit ceci à propos des élections au Mali : « Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. Et ça, nous serons intraitables là-dessus. » Cette phrase a soulevé la colère de plus d’un, les commentateurs de l’actualité compris qui y ont vu une volonté du Président français de mettre au pas le gouvernement de transition et même de marcher dans le sillage de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. « Sarkozy et Hollande, c’est blanc bonnet, bonnet blanc, kif-kif », m’a confié un ami étudiant, la rage au cœur, au lendemain de l’intervention du président français.

Il reste tout de même évident que la tenue des présidentielles est une exigence à laquelle le gouvernement de transition n’a pas intérêt à manquer. Mais, on ne saurait faire comme si les difficultés avancées ici et là sont anodines car, il ne fait aucun doute que depuis que la guerre a été lancée contre les terro-djihadistes le Nord du Mali est en proie à l’insécurité; il y a aussi la question de l’organisation du vote des déplacés et réfugiés, l’absence de l’administration dans les zones libérées de la férule des terro-djihadistes… et l’épineuse question de la négociation avec le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Et, d’ailleurs, le MNLA qui occupe Kidal, la Huitième région, est catégorique : « pas d’élections à Kidal sans négociation avec Bamako ». Face à toutes ces inquiétudes encore non solutionnées, le ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de l’aménagement du territoire, Moussa Sinko Coulibaly, répond que le gouvernement n’a pas le choix et qu’il est condamné à réussir les élections.

Mais il n’y a pas que ça, bien sûr. Dernièrement, se prononçant sur ces élections, le président de la Commission électorale nationale indépendante, Mamadou Djamoutani, a jugé improbable la tenue à la date du 7 juillet compte tenu du fait que certains préalables ne sont pas réunis.

La vraie question, qu’on a jusqu’ici oublié de poser est la suivante : quelle démocratie remettre en place au Mali ? On sait que les maliens sont nombreux à se demander, d’ores et déjà, qui choisir, angoissés de voir que ceux qui se déclarent candidats sont, en gros, les mêmes qui composaient le système ayant régi le pays entre 1992 et 2012. Un système qui reposait sur la corruption, le népotisme, le favoritisme… Bref, les écueils de la démocratie. Et pour les maliens, ce vote n’est pas pour les rendre heureux ou les tirer d’affaire mais plutôt pour donner à ces politiques l’occasion de participer à une course à l’argent et au pouvoir. Pour encore décevoir un pays à qui tout était promis, avec la démocratie, mais dont les maux empirent encore et encore : le chômage, les systèmes éducatif, culturel et sportif se cassent, la pauvreté est loin de reculer.

« On ne vit pas, on existe ! », m’a dit récemment une consœur au cours d’un reportage. Elle était triste, la mine rembrunie. Elle m’a dit – et c’est là un sentiment partagé par beaucoup- qu’elle votera à la condition absolue de voir tous ceux qui ont corrompu, volé, tué, répondre de leurs actes devant la justice car, insiste t-elle, les raisons qui ont conduit le pays dans cette situation sont connues de tous. On sait qui a fait quoi, quand, où et comment.
Qui choisir ? C’est une question à laquelle les maliens n’ont pas encore trouvé de réponse.

Boubacar Sangaré