« La France ne mourra pas tant que… »

 

Elle arrangea sa perruque, les yeux pétillants derrière ses lunettes de vue. Elle expliquait un poème « Mourir de soif de faim » du poète malien Hamadoun Ibrahima Isseberé, tiré de son recueil Les Boutures du soleil. La professeur s’est laissée aller à dire que si dans nos pays si riches nous continuons à mourir de soif et de faim, c’est que le colonisateur vaut mieux que nos dirigeants actuels. Que…

« La France est une puissance en déclin. Elle devient de plus en plus féroce. Une puissance par nature est féroce, à plus forte raison une puissance en déclin. Aujourd’hui, la France n’a rien, rien! Quiconque se met sur son passage elle l’écrase. Vous savez, c’est maintenant que le Niger commence à profiter de son uranium. Et le Mali ne peut pas résister. On n’a pas le choix et on ferait mieux d’abandonner notre fierté  »malienne » mal placée.

Mais la France ne mourra pas tant que ses ex-colonies existent. Tant que le Mali, le Congo, le Niger, la Côte d’Ivoire… ne meurent pas, la France ne mourra pas. »

Bokar Sangaré

Mondial 2014 : Les Grecs, l’antithèse des Ghanéens et des Camerounais

Brésil 2014 Colombie-Grèce, photo: www.africatopsports.com

Brésil 2014 Colombie-Grèce, photo: www.africatopsports.com

Quelle coupe du monde ! Plus riche en péripéties qu’en bons et agréables matchs! Alors que les Black Stars du Ghana et les Lions indomptables du Cameroun défrayent la chronique avec des querelles entre joueurs, insultent l’entraineur et les journalistes, et réclament leurs primes, la sélection grecque, elle, après sa fracassante qualification pour les 8èmes de finale aux dépens de la Cote d’Ivoire, fait à nouveau parler d’elle, et pour le meilleur

En effet, les hommes de l’entraineur portugais Fernando Santos ont fait savoir à leur fédération qu’ils renonçaient à encaisser leurs primes de qualification pour les 8èmes de finale.

«Nous ne jouons que pour la Grèce et le peuple grec. Tout ce que nous attendons de vous, c’est une aide pour trouver un endroit et y construire un centre d’entrainement pour notre équipe nationale », était-il écrit dans la lettre. Une manière pour eux, selon l’interprétation la plus partagée, de manifester leur solidarité vis-à-vis de leur pays, la Grèce, qui a sombré depuis 2010 dans une crise de la dette publique, amenant ainsi les pays de la zone euro et le FMI à lui accorder un prêt de 550 milliards de dollars, à la condition que l’État grec pratique un ajustement structurel.

Le geste des joueurs grecs est considéré comme grand. Leur décision leur vaut d’être placés plus haut dans la  » balance du patriotisme » que les Ghanéens et les Camerounais. Tous ceux qui en veulent à ces deux équipes africaines n’ont pas manqué de déclarer leur sympathie pour les Grecs, devenus illico presto les représentants des joueurs patriotiques, qui ne sont ni cupides ni voraces. Des joueurs qui veulent mouiller le maillot au nom de l’amour qu’il porte à leur pays sont des exemples que devraient suivre les équipes du Ghana et du Cameroun dont les joueurs se sont plus distingués pour des histoires de primes que sur le terrain.

Les Blacks Stars et les Lions indomptables, les guignols du Mondial 2014

En 2010, en Afrique du Sud, l’équipe de France a offert à la planète foot un véritable feuilleton avec la fameuse grève de l’entrainement, les insultes dans le vestiaire, entre autres histoires. Tant et si bien que les joueurs étaient devenus un sujet de rigolade: des guignols.
Au Brésil, cette année, les Black Stars ont été guignoleux. Histoire de primes, Kevin Boateng insulte le coach Kouassi Appiah, les membres de la délégation en viennent aux mains, refus de s’entrainer, Gyan Asamoah qui insulte le journaliste Olivier Pron de RFI… avant de sortir face au Portugal un football digne de  » joueurs arrivés au terme de leur période d’utilité« , pour reprendre le journaliste J. Remingono. Une équipe mauvaise, défensivement, s’entend. Un triste bilan, puisque pour mémoire, le Ghana s’était arrêté à l’étape des quarts de finale à la coupe du monde 2010 en RSA. Une triste image.

Par ailleurs, les Lions indomptables du Cameroun ont, eux aussi, offert un spectacle guignolesque. Après l’affaire des primes, la bagarre en plein match entre Benoit Assou Ekoto et son partenaire a jeté la honte sur tout le Cameroun.

 

 bagarre assou ekotto monkandjo, photo: newsdusport.com

bagarre assou ekotto monkandjo, photo: newsdusport.com

Bien entendu, on peut être d’accord avec cette mise au point du blogueur et écrivain camerounais Florian N’gimbis:

«Pourquoi lorsqu’on parle de patriotisme, on en demande toujours plus aux sportifs, aux musiciens et autres artistes et non au fonctionnaire lambda ou au dirigeant x ? C’est simple : leur aura et leur talent ne sert qu’à cautionner le vol de hautes personnalités cachées dans l’ombre et qui les utilisent comme des marionnettes pour servir de caution à leur cupidité, leur avidité, leur malhonnêteté. Créateurs de richesses qu’ils ne mangent pas, voilà leur « devoir ».
Quel industriel camerounais parce que milliardaire laisserait quelqu’un s’emparer de son bien dans ce Cameroun ? Quel ministre parce qu’assis sur des monceaux d’argent acquis de façon plus ou moins licite laisserait quelqu’un s’accaparer de « son cinq francs » ? Œil pour œil, dent pour dent, les Lions ont compris la leçon. »

Personne, absolument personne, n’a le droit de demander à ces joueurs de renoncer à leur prime sous prétexte que leur pays est pauvre et misérable. Non, ça n’a rien à voir. Apres avoir joué, on doit avoir  » droit à son droit ».

Cependant, impossible de ne pas reconnaître qu’il y a bel et bien lieu d’établir une comparaison entre les Grecs et les Camerounais et Ghanéens. C’est légitime car les Grecs ont renoncé à leur prime après s’être qualifiés pour le second tour, alors que les Camerounais et Ghanéens n’ont pu gagner aucun match. En voyant la suffisance, l’attitude de gouape qu’ont certains joueurs de ces 2 formations, on se dit qu’ils ne sont que des sales gosses qui n’ont nul respect pour le maillot de l’équipe nationale, et donc qu’ils ne méritent pas d’être où ils sont. Des sales gosses qui revendiquent des primes, mais marquent contre leur camp comme John Boye, ou prennent un deuxième but qui les élimine. Des sales gosses qui, au lieu de battre la Croatie, se battent entre eux!

Les piètres joueurs font toujours de piètres équipes!

Boubacar Sangaré

Mali : à la manif…

Des marcheurs tenant une banderole / Photo: Boubacar

Des marcheurs tenant une banderole / Photo : Boubacar

Qui sont ces hommes, femmes et enfants qui sont descendus dans la rue, ce matin du mercredi 27 novembre ? Bamako. Ciel pommelé, et un soleil des moins agressifs qui commence à darder ses rayons. Il est 8 heures. Le parvis de la mairie du district est masqué par des grappes de marcheurs, jeunes et vieux, venus des différents quartiers de la capitale avec une seule et même aspiration : la marche. Des centaines de personnes. Il y a vraiment quelque chose de réconfortant à voir tant de monde, ensemble pour une même cause. On se dit que la démocratie est belle, et grande aussi, car elle offre au citoyen ce luxe rare, et presque inexistant sous d’autres latitudes, de se lancer dans la rue pour se prononcer, dire son mot.

On se dit encore une fois que, dans ce pays, il ne reviendra plus le temps d’un régime monolithique qui met le peuple au pas. Dans la mémoire collective, 1991 bouillonne encore. Chacun porte en lui le Mali à feu et à sang, ce duel sans merci entre un dictateur psychopathique et son peuple déchaîné. C’est au prix d’insoutenables violences que la démocratie a été obtenue dans ce pays. Vingt ans plus tard, la démocratie est toujours là, mais, allez savoir pourquoi, rien n’a changé dans l’étalage insolent de la corruption, du chômage, du népotisme. Rien. Au contraire. La Kleptocratie est montée en force.

La marche. Revenons-y. Nombreuses banderoles. « A bas la politique de soutien de la France au MNLA  (Mouvement national de libération de l’Azawad)», « Quel Azawad ? Bandes armées », « A bas l’armée française au nord du Mali », « Kidal n’est pas un département de la France, mais une région du Mali », « pourquoi deux armées sur un même territoire ????? », … Des cœurs gonflés de sentiment nationaliste. Des phrases a priori gallophobes. Et quid des slogans criés, jetés ?« MNLA= à la France », « L’armée malienne à Kidal », « Mali, Un et Indivisible », « Libérez Kidal », « Le Mali ou la mort ».

Nombreux marcheurs. Des auditeurs de radio, des syndicalistes, des associations, qui ont décidé de marcher pour :

« Sensibiliser les Maliens pour un sursaut national. Certes, nous avons reçu de l’aide des amis, mais il ne faut pas que ces amis se substituent trop à nous. La France, par exemple, est en train de trop faire par rapport à l’aide, au point qu’on doute de son désintéressement. » Ainsi parlait le mathématicien Aboubacrine Assadek, du réseau Handi actions développement et perspectives (RHADP)

 

photo: Boubacar

photo: Boubacar

Que répondre à cette femme, haletante de colère, qui m’ordonne presque de l’écouter, elle aussi, pour qu’elle déverse dans mon dictaphone tout ce qui lui perce le cœur ? Ecoutons là :

« Je suis animatrice de radio depuis bientôt 17 ans. On n’a jamais été d’accord avec IBK, et les raisons de notre rejet sont bien là aujourd’hui. C’est le « IBK d’abord » et non « le Mali d’abord » ! Il ne fait que ce que bon lui semble. Les mêmes personnes qui ont déserté l’Assemblée nationale, violé nos femmes, tué nos enfants (les soldats), ont été candidats aux législatives pour le RPM (parti de IBK), et ont gagné au premier tour dans leur circonscription. Ils siègeront à l’Assemblée nationale, continueront encore de parler d’Azawad. C’est la France qui est à la base de tout ça. Mais, celui qui nous dirige, aussi, est à questionner. Tant qu’on ne dit pas la vérité à IBK, il ne servira pas à grand-chose de le dire à la France. »

Explosion de passions. Emportement. Et indignation.

La grande voie qui quitte la mairie du district pour passer par le boulevard de l’indépendance vibre de chahuts. Une marée humaine marche, encadrée par un important dispositif de policiers et de gendarmes. Les banderoles déferlent, les slogans fusent. Mais il est difficile d’avoir l’esprit tranquille. Il y a la crainte d’être victime d’un larcin. Ces pickpockets qui ne sont jamais loin, veillent au grain, guettent comme des chats. Il y a aussi les voyeurs du haut de leu villa. Certains manifestent leur solidarité. Ils lèvent les deux poings en l’air et entonnent les mêmes slogans. D’autres désapprouvent et regardent la foule de travers. Il y a enfin les confrères qui flashent, interrogent causent…énervent.

Il est 11 heures, presque. La marche arrive au boulevard de l’Indépendance. Cette même place où, il y a seulement 8 à 9 mois, des centaines de Maliennes et Maliens ont accueilli, remercié, vénéré François Hollande, aux cris de Vive la France ! La France qui avait lancé l’opération Serval pour éviter au Mali de passer sous le contrôle des faussaires de la foi que sont Aqmi, Mujao et Ansar Dine. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même. Avec des faces de carême, ces mêmes Maliens ont remplacé « Vive! »par « A bas la France ». Comme quoi le « Vive » devient  toujours « A bas! » La place de l’indépendance, lieu symbolique, choisie par les marcheurs pour lire leur communique dans lequel la France, le MNLA et la Minusma ont été mis dans le même sac, attifés des mêmes reproches.

 

Photo: Boubacar

Photo : Boubacar

Le soleil tape. Un étrange moment d’épuisement, inondé du sentiment de fierté d’avoir tenu jusqu’au point d’arrivée: le boulevard de l’Indépendance. Rester se fait pesant, il faut partir. Non sans dire que les Maliens, je ne plaisante pas, ont … enfin …compris qu’il est temps de se dégager de la résignation, du fatalisme. Et que démocratie ne rime pas avec passivité.

 

Aqmi : Al-Qaïda au Maghreb islamique

Mujao : Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest

Minusma : Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali

 

Boubacar Sangare

Mali : un pouvoir faible, un peuple couché

Le président Ibrahim Boubacar Keïta photo: Bamada.net

Le président Ibrahim Boubacar Keïta photo : Bamada.net

Des élections législatives qui risquent d’être mouvementées, des marches de protestation dans la ville de Gao et à Ménaka, des attentats-suicide à Tombouctou. Une mutinerie qui a débouché sur des arrestations et la mort de certains mutins ; les rumeurs, le plus vieux média de notre monde, avait annoncé l’arrestation du désormais général Amadou Haya Sanogo- qui était au cœur de la mutinerie-, alors qu’il n’en était rien; puis, peu de temps après, a circulé la nouvelle d’une convocation à la justice le concernant. Il y a vraiment de quoi rire un bon coup !

A Kidal, deux journalistes de RFI ont été assassinés dans le pire style mafieux. Kidal…

Kidal est aujourd’hui la source de toutes les déceptions et inquiétudes. C’est une zone mal famée, livrée à la merci de bandits de tout acabit, de terroristes qu’il est vraiment difficile de distinguer des rebelles touareg, armés aussi.

En regardant et en lisant ce qui se passe dans cette ville, on est pénétré du sentiment que le Mali est un pays compartimenté, coupé en deux : de Kayes à Gao, la voix du gouvernement est audible, surtout par le truchement des gouverneurs, maires, préfets… A Kidal, tout est différent. Ce qui se passe dans cette région, tout comme les évènements cités ci-devant, sert aujourd’hui de baromètre pour mesurer la vertigineuse faiblesse du pouvoir en place depuis deux mois, malgré les discours et la main menaçante pour mettre en garde. Ce n’est pas suffisant. Sa responsabilité dans la non-mise en application de l’accord du 18 juin signé à Ouagadougou entre le gouvernement de transition et les différents groupes rebelles (ce qui aurait permis de mettre un peu d’ordre à Kidal), n’échappe à personne. Pis, c’est un pouvoir qui sait et dit, avec une gêne masquée, mais réelle, qu’à Kidal il ne contrôle rien : ses ministres ne peuvent y mettre le pied, le gouverneur ne vaut pas cher. Alors que chaque jour, les Maliens et Maliennes ont de plus en plus l’impression que la région de Kidal coule entre les mains du pouvoir comme de la fine poussière ou de l’eau, et se disent que la France, en intervenant dans le cadre de l’opération Serval, semble leur avoir fait la farce de prétendre vouloir vider le Mali de tous les groupes armés, alors qu’elle sert de parapluie aux groupes rebelles, surtout le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), à Kidal.

C’est un fait, la position de la France à Kidal alimente des réactions parfois anxiogènes. Mais il y a pis. Des analyses d’ordre géopolitique concernant la France commencent à trouver une loge dans les esprits. Pour ces analyses, qu’on jette à l’opinion publique comme des os aux chiens, la France, comme tous les pays du monde, est guidée par une raison utilitaire, et n’est pas intervenue au Mali pour faire de l’humanitaire. Dernièrement, un chercheur anthropologue spécialiste de la bande sahélo-saharienne, André Bourgeot, disait à qui veut l’entendre, au cours d’une conférence-débat sur le thème « Les rebellions touarègues : enjeux et perspectives. », que si « le Mali veut voir le dénouement de la situation qui prévaut à Kidal, il faudrait accorder à la France la primauté de l’exploitation des gisements de l’ensemble des régions du Nord (le pétrole à Taoudéni, le phosphate à Tilemsi, le manganèse à Kidal)… »*

C’est là une analyse que certains commentateurs de l’actualité n’ont pas résisté à livrer depuis les premières heures de la crise, quand d’autres continuent de botter en touche, objectant que c’est aux Maliens et à leurs dirigeants de régler cette question.

Les Maliens et leurs dirigeants. Pour qui observe depuis un certain temps la vie politique au Mali, il n’est pas besoin de dire que la politique de démission qu’ont menée les deux premiers présidents démocratiquement élus-ATT et Alpha O. Konaré- a fait du peuple malien ce que l’écrivain togolais Sami Tchak appelle dans son roman La fête des masques : « Cette masse dont la vie, telle celle des bêtes, se résumait à chercher à bouffer, à chier, à copuler, à enfanter, à crever, cette masse dégoutante. »

C’est un peuple démissionnaire, simplissime, qui hurle sa colère contre la mauvaise gouvernance, la corruption, dans son salon et dans son ‘grin’ (groupe de discussion informel), mais n’ose pas descendre dans la rue. C’est d’ailleurs ce qui justifie l’absence d’une société civile forte au Mali : tous veulent être des obligés et des obligeants du pouvoir en place.

Pourtant, on n’a pas besoin d’être Stéphane Hessel pour dire qu’il existe pour ce peuple « des raisons de s’indigner », et de s’étonner, en le voyant s’installer dans la pire des attitudes qu’est l’indifférence. Le pouvoir lève des mandats d’arrêt lancés contre des criminels, accepte que les mêmes criminels participent à la course pour la députation; un général est pointé du doigt dans la mort de certains soldats au cours de la mutinerie survenue à Kati, et demeure « plus royaliste que le roi ». De tout cela, le peuple malien n’en a cure, n’ose même pas lever le petit doigt pour se prononcer. Et c’est là que réside la raison des craintes pour l’avenir de ce pays, parce que sans une société civile forte et organisée la corruption, le népotisme, le favoritisme, la même kleptocratie reprendront de plus belle, si tant est qu’ils aient disparu.

Le pouvoir au Mali reste faible et le peuple continue de montrer qu’il demeure couché.

(*) Ambitions françaises au nord du Mali : Les révélations du chercheur, André Bourgeot, sur la confusion à Kidal, L’Annonceur

Boubacar Sangaré