Mali: Ebola, vous êtes complices !

Ousmane Koné, ministre malien de la Santé, Photo: maliba24.com

Ousmane Koné, ministre malien de la Santé, Photo: maliba24.com

Depuis bientôt une semaine, la ville de Bamako vit dans la psychose. Après le décès d’une fillette à Kayes, un homme a été terrassé par Ebola à la clinique high-tech Pasteur. Sa mort a incontestablement signé l’entrée « par effraction » de la fièvre hémorragique au Mali. Avec la découverte de cas suspects, la mise en observation pour contrôle sanitaire de plus de 256 personnes, le Mali, longtemps sur la défensive vis-à-vis d’Ebola, a rejoint le rang des pays de l’Afrique de l’Ouest touchés par cette épidémie qui se répand comme une lèpre. Et pourtant, le pays était déjà assez laminé par les crises, le désarroi social, la gabegie financière, et les mensonges éhontés de certains ministres comme celui de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Osons mettre les choses en exergue ! Au Mali, tout le monde est en train de mentir à tout, et partout. C’est grave pour tout le monde. Tel est le résumé d’une discussion avec une amie chroniqueuse. Face à la gravité de la situation, le président Keita a annoncé l’ouverture d’enquêtes pour « découvrir la chaine de négligences coupables ». Le ministre de la santé semble lui-même frappé d’apathie et d’impuissance.

Il est clair que le tragique épisode à la clinique Pasteur est un scandale. C’est d’abord et avant tout un scandale. L’hospitalisation d’un cas suspect d’Ebola par une clinique de cette envergure, sans procéder à l’isolement du malade et donc, apparemment sans s’intéresser aux symptômes de la fièvre que nul n’ignore, est le symptôme de négligences indéniables de la part des personnels de cette institution sanitaire. Des négligences que rien, mais absolument rien ne peut excuser. La clinique a eu tort. La clinique a commis des erreurs qu’elle ne peut plus réparer. C’est un scandale qui noircira à jamais son image. « Certes le serment d’Hippocrate interdit la discrimination contre les malades, mais face à un tel cas, la logique voulait que le personnel de santé s’entoure de toutes les précautions avant tout contact avec le malade surtout qu’on savait qu’il venait de la Guinée. », écrit Amadou Sidibé dans  Les Echos  pour souligner l’amateurisme dont la clinique a fait preuve. Une pétition circule sur internet. Elle vise à atteindre 1000 signatures pour engager contre la Clinique Pasteur « des poursuites judiciaires pour négligence criminelle ». Cela en dit long sur l’indignation des populations. Une chose est sûre, on n’a toujours pas toutes les pièces du puzzle pour reconstituer ce qui s’est passé à la clinique.

Ce qu’on sait maintenant : la jeune fille, le vieil imam et son fils déclarés morts d’Ebola venaient de la Guinée, l’un des 3 pays affreusement touchés par l’épidémie. Néanmoins, l’incompétence, l’amateurisme ne concernent pas que la clinique. Elles caractérisent aussi les autorités par la faute desquelles la frontière malino-guinéenne est un véritable gruyère. Au nom de la solidarité, IBK a assuré à son homologue Alpha Condé que le Mali maintiendrait ses frontières ouvertes. Il ne fait aucun doute que la fermeture n’est pas la solution. D’ailleurs comment prétendre être capable de fermer la frontière de 800 km entre les 2 pays ? Au-delà de cet aspect, ne doit-on pas exiger d’explication sur les négligences concernant le contrôle thermique, les mesures prophylactiques ? L’OMS n’est-elle pas allée jusqu’à y recommander un renforcement du contrôle ? Ce qui n’est pas anodin.

N’ayons pas peur de le dire, les autorités sanitaires du Mali, le Ministère de la Santé en tête, sont incompétents et complices de ce qui arrive au Mali aujourd’hui. Ils viennent de démontrer qu’ils n’ont jamais réellement protégé le pays. Le cas de la fillette décédée à Kayes était un sérieux avertissement. C’est alors qu’il aurait fallu consacrer des heures à Ebola dans des campagnes télévisées, afin de sonner la mobilisation générale.
Mais le mal est fait. « Le vin est tiré, il faut le boire. »

Fermer les frontières ou y redoubler de vigilance n’était en rien stigmatiser nos frères Guinéens. C’était protéger le pays. C’était le devoir d’IBK.

Éditorial du lundi 17 novembre 2014, Le Flambeau

Boubacar Sangaré

Ebola : panique au Mali

La clinique Pasteur credit: @Bamako.com

La clinique Pasteur crédit: @Bamako.com

Il est certain qu’après l’épisode de la clinique Pasteur dont l’image a été atomisée, les populations à Bamako, comme ailleurs, vont vivre habitées par la peur. La clinique est fermée pour 21 jours et le Mali « est mal barré ». Le président IBK et son gouvernement « sont mal barrés »…

Prières, peur, communiqués de sensibilisation, Journal ORTM « spécial Ebola… Au Mali », c’est la panique depuis l’annonce du décès d’un infirmier de la clinique Pasteur à Bamako, victime de la fièvre hémorragique Ebola. Il a succombé le mardi dernier après avoir déclaré « quelques symptômes de la maladie à virus Ebola ». Un autre malade arrivé de la frontière guinéenne est également décédé. Il avait été diagnostiqué « d’une insuffisance rénale aiguë. » Selon le journaliste Adam Thiam, à minuit, le soir du mercredi 12 novembre, un barrage de véhicules de la police et de gendarmerie barrait la route qui mène à la clinique. La clinique fermait ses portes, l’ensemble du personnel et des patients étaient mis en quarantaine. Toute personne ayant été en contact avec les deux personnes décédées doit être recherchée.

Ebola était à nos portes. Désormais cette fièvre est dans nos murs. Une fillette, elle aussi venue de Guinée, en avait été victime à Kayes. Mercredi, en quelques heures, la psychose s’est installée, c’est indéniable. Les appels au calme du ministre de la Santé n’y feront pas grand-chose. On le sait, la vérité est aussi amère que le jus de citron dans l’œil, mais, disons-le tout de même : c’était prévisible… Les journalistes n’avaient pas cessé de rapporter qu’il y avait un manque de contrôle à la frontière avec la Guinée, pays profondément touché par l’épidémie. Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, avait lui-même fait le voyage pour assurer à son homologue guinéen que le Mali ne fermerait jamais ses frontières.

Loin de moi l’idée de dire que fermer les frontières terrestres est la solution. Néanmoins, c’est tout de même un choix de poids. L’OMS, dans son rapport daté du 10 novembre, a d’ailleurs recommandé un renforcement de la surveillance et du dispositif à Kouremalé, principale ville malienne frontalière avec la Guinée. D’autre part, «dans son rapport de suivi d’hier 12 novembre 2014, où elle annonce 5 160 décès pour 14 098 cas d’infection principalement survenus en Afrique de l’Ouest, l’OMS révèle ce que le public malien ne savait pas : à savoir que, par rapport au terrible fléau, le Mali en est à son quatrième cas de décès et autant de cas d’infection confirmés et probables. Jusqu’à lundi, seul le décès de la fillette de Kayes était publiquement annoncé par nos autorités. Mardi 11 novembre, le ministère de la Santé a reconnu que l’infirmier mort dans une clinique de la place depuis sous quarantaine avec plusieurs dizaines de personnes était décédé des suites de la fièvre Ebola. », précise encore une fois l’éditorialiste Adam Thiam, non sans poser certaines questions qui devraient inciter les autorités maliennes à ouvrir une enquête pour y voir un peu plus clair au sujet de la clinique Pasteur : « A-t-il testé positif au virus Ebola ? La clinique Pasteur le savait-elle ? Quand a-t-elle su, comme l’a affirmé son directeur, que l’infirmier décédé mardi avait été contaminé par l’imam ? L’institution sanitaire a-t-elle cherché à cacher l’existence de cas d’Ebola en son sein ? » A ces questions, des réponses méritent d’être apportées.

Il est certain qu’après l’épisode de la clinique Pasteur dont l’image a été atomisée, les populations à Bamako, comme ailleurs, vont vivre habitées par la peur. La clinique est fermée pour 21 jours et le Mali « est mal barré ». Pays pauvre au système de santé et à l’Etat fragiles, le Mali ne s’est toujours pas relevé des crises qui l’ont terrassé dès début 2012. Les autorités appellent maintenant les populations à la vigilance, alors que la frontière avec la Guinée est restée une passoire. Laxisme ? Inconscience ? Incompétence ? Au risque de propagation de la fièvre sur le territoire malien, les autorités ont simplement opposé ce que Marwane Ben Yahmed appelle « une gestion suicidaire ».

Boubacar Sangaré