Pourparlers d’Alger : le MNLA et la stratégie d’aveuglement…

 

 

A Alger, 2 eme phase des négociations; photo: maliactu.net

A Alger, 2e phase des négociations; photo: maliactu.net

Malgré l’optimisme et l’enthousiasme qu’affichent les négociateurs maliens, la médiation et autres représentants de la communauté internationale, on a comme l’impression que ces négociations sont à deux doigts de friser une comédie interminable. On sait combien les groupuscules armés sont ambitieux et calculateurs. On sait combien ils savent faire de la surenchère. On sait combien ils sont installés depuis longtemps dans une démarche maximaliste. On sait combien ils ont fait preuve de duplicité. Il n’empêche qu’il faut qu’il se réjouir que le processus ait atteint l’étape des négociations directes qui, pour le moment, est traversée par une vague de rebondissements : boycott des travaux par les mouvements signataires du protocole d’accord du samedi 13 septembre 2014, l’éviction d’Ibrahim Ag Assaleh de son poste de président de la CPA…

Dans le protocole d’accord signé samedi, les rebellions MNLA, HCUA, MAA dissident, CMFPR II unissent leurs voix pour revendiquer le Fédéralisme, et exigent que les négociations se déroulent entre ces mouvements, l’Etat malien et le médiateur (l’Algérie). Bien entendu, c’est tout sauf une surprise et cela apporte la confirmation que la société civile de Kidal et leurs groupuscules armés, ce ne sont plus deux voix et deux postures : mais une seule ! On a beau crié dans la presse, sur les réseaux sociaux que les signatures de l’accord préliminaire de Ouagadougou et de la feuille de route des pourparlers enterrent toute revendication « fédéraliste », « autonomiste », « indépendantiste », les activistes de l’indépendance de l’Azawad ne veulent rien savoir et continuent à déployer la stratégie de l’aveuglement, laquelle consiste à refuser de voir tout ce qui n’arrange pas leurs intérêts, y compris leurs propres signatures apposées en bas des documents ayant conduit jusqu’à Alger.

Les groupes armés sont réalistes, ils savent qu’il faut exiger l’impossible pour obtenir le possible. Tel est le résumé d’un échange avec un ami, vivant à Paris, chercheur en géopolitique, pour qui « le retrait de l’armée nationale des zones en question, la formation de patrouilles mixtes pour sécuriser la zone, réinsertion des ex-combattants, et la mise en place d’un grand programme de développement du nord. Tout ceci n’est autre qu’une des multiples formes de fédéralisme (Accord d’Alger, 2006) ».

Mais, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que tout cela n’est qu’une manœuvre bien ficelée du MNLA, dont on sait qu’il n’a jamais révélé ses vraies intentions. Le HCUA, MAA dissident, CMFPR II se laissent mener par le MNLA comme on conduit un bœuf de labour au champ, et il est impossible de ne pas dire que le ton ferme que leur oppose la médiation et les représentants de la Communauté internationale est de nature à rassurer.

Cela dit, l’attitude des mouvements signataires du protocole du 13 septembre, téléguidés par le MNLA, est le signe qu’à Alger les choses ne sont comme elles devraient être. Il règne comme une sorte de bazar, un désordre corsé par cette éviction tout sauf attendue de Assaleh, dont le seul tort est d’avoir tenté de ramener à la table des négociations les mouvements devenus adeptes du boycott. Le MNLA et ses alliés déploient leur stratégie d’aveuglement, le médiateur et le représentant de l’ONU sont décidés à avancer…

MNLA: Mouvement national de Libération de l’Azawad

HCUA: Haut conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA: Mouvement arabe de l’Azawad

CMFPR: Coaltion des mouvements et forces patriotiques de résistance

Article publié sur le site Journaldumali.com, le mercredi 17 septembre 2014

Bokar Sangaré

Mali : mouvements armés-société civile, deux voix … deux postures ?

 

Des femmes manifestant à kidal, photo: koulouba.com

Des femmes manifestant à Kidal, photo: koulouba.com

Aux discussions d’Alger, les auditions de la société civile ont pris fin. Cette séquence, qui a vu se succéder à la tribune des représentants des populations, a ouvert un boulevard à certains « pour diaboliser le Mali avec un réquisitoire terrible pour justifier au moins une autonomie.» En attendant l’entrée dans les négociations directes avec l’Etat malien, les six mouvements armés cherchent à accorder leurs violons sur leurs revendications politiques. Alors qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont d’avis que la question de l’autonomie ou de l’indépendance des trois régions du nord du Mali est renvoyée aux calendes grecques, des voix dans la société civile l’ont fait émerger au cours de ces auditions. Il faut relever qu’il s’agit surtout de la société civile de la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui, dans ses rangs, compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad ». Des « aza-rêveurs », pour parler comme certains internautes.

On le sait, l’accord préliminaire de Ouagadougou signé en 2013, la signature de la feuille de route balisant les thèmes de discussions des négociations…n’ont pas plus été qu’une douche écossaise pour certains militants de l’indépendance de l’Azawad. En effet,  dans ces documents, les mouvements signataires renonçaient définitivement à toute revendication « indépendantiste », « autonomiste » ou « fédéraliste ». Ces revendications étaient de facto exclues des négociations. Avec l’accord de Ouagadougou surtout, les groupes rebelles ont reconnu ouvertement l’intégrité territoriale de l’Etat malien. Des concessions qui ont désillusionné plus d’un à Kidal, où l’on n’a même pas hésité à parler « de trahison ». C’est donc dire combien il peut paraître « effrayant » d’entendre des représentants de la société civile de ces groupes armés parler d’indépendance, de rêver d’Azawad !

 

Adam Thiam, éditorialiste au  Républicain, écrit que cette question de l’indépendance ou de la large autonomie était close dès lors que les groupes armés ont signé l’accord préliminaire de Ouagadougou qui les engage à reconnaître l’intégrité et la souveraineté de l’Etat malien. Avant de conclure que « Si ce n’est pas de la surenchère, il faudra se garder de chanter victoire trop tôt. Si c’est de la surenchère, on peut se demander pourquoi la communauté internationale cosignataire de l’accord intérimaire laisse remettre en cause à Alger ce qui était acquis à Ouaga. » Il est clair que dans l’opinion publique, dans les hautes sphères de l’Etat, on veut faire comme Adam Thiam, c’est-à-dire opposer une sourde oreille à ces voix de crécelle. Mais il faut rester vigilant, parce que si les populations, au nom desquelles ces groupes rebelles prétendent avoir pris les armes, continuent à entonner les mêmes chants indépendantistes, c’est que les groupes rebelles eux aussi, quelque part, ont de la peine à mettre leur projet autonomiste au placard. A croire qu’ils n’ont jamais révélé leurs vraies intentions.

Opposer une sourde oreille aux  voix de crécelle

Oui, il faut être d’accord avec Adam Thiam qu’il y a des ambigüités dans les discussions d’Alger. Oui, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad et leur société civile, ce sont deux voix et deux postures. Pour autant, il faut maintenir les clignotants allumés, et se dire qu’il y a quelque chose d’inquiétant dans l’attitude de ces groupes armés vis-à-vis d’un évènement récent et d’un comportement qu’ils n’ont pas décrété déviant. Il s’agit de cette affaire d’ambassade de l’Etat de l’Azawad qui n’est rien de moins qu’une manipulation bien menée de Moussa Ag Assarid. Il a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en valait pas la peine. Certains diront que c’est peut-être une erreur qu’aura faite Moussa Ag Assarid que de se produire dans ce cadre-là. Mais il est clair que ses agissements, tant qu’ils ne sont pas dénoncés par le MNLA, ne sont pas individuels et révèlent le fond de la pensée du mouvement.

C’est dans la capitale algérienne que se déroule l’évènement le plus significatif pour des milliers de Maliens et de Maliennes. Mais quelque part dans le monde, en Hollande surtout, des faquins comme Moussa Ag Assarid, dans leur pantalonnade continue de la ramener, au nom du MNLA. Il poursuit son interminable comédie qui lui permet de …voyager.

Boubacar Sangaré

Mali : IBK, un an après…

Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali

Ibrahim Boubacar Keïta, président de la République du Mali.

Le 11 août 2013,  le candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Keïta, a raflé la mise au second tour de la présidentielle avec 77,6 % des suffrages. Un véritable plébiscite, un raz-de-marée qui a achevé de le convaincre de la totale confiance que les Maliens avaient en lui pour desserrer l’étau de la crise sécuritaire et institutionnelle ayant ébranlé le pays. Un an après, où en est la situation sociopolitique au Mali ?

C’est un pays complètement groggy qui a dit oui à Ibrahim Boubacar Keïta il y a un an. Un foireux coup d’Etat, une rébellion armée qui a précipité le passage des trois régions du Nord-Tombouctou, Gao et Kidal- sous le contrôle des hordes de barbares d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine, jetant ATT et son régime sous les feux des médias locaux et étrangers, lesquels s’accordaient à parler d’un pays plongé dans le marais de la corruption, le gouffre d’une vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat, l’absence de justice… Un pays dévasté.

« Le Mali d’abord », c’est le slogan de campagne qui a raffermi l’espoir des Maliens, et les a amenés à voir en IBK celui qui permettra à ce pays de tourner la page sombre de la crise. Et IBK savait mieux que personne que les chantiers sont vastes : éducation, justice, emploi, armée, réconciliation nationale, diplomatie… Autant dire que c’est un pays où tout est à refaire.

Mais vite, ceux qui espéraient que l’élection allait être un coup de baguette magique, ont laissé s’exprimer leur impatience vis-à-vis d’un pouvoir qui sait pourtant qu’il faut du temps pour apaiser 21 mois de chaos et près de 20 ans de laisser-aller.

Arrestation du capitaine Sanogo, l’élection au poste de président de l’Assemblée nationale de Issiaka Sidibé (qui est le beau-père de Karim Keïta), affaire Tomi, candidature de Karim Keïta aux législatives, avion présidentiel… ce sont là quelques événements d’intérêt puissant qui ont marqué l’an I de l’élection d’BK, et qui lui ont valu d’être au centre des critiques plus dans la presse qu’au sein de l’opposition politique. On lui reproche une gestion à la diable de l’Etat, une tendance à l’installation d’une oligarchie. Dans la presse, on en est même arrivé à détourner la Trinité avec l’élection de l’honorable Issiaka Sidibé en « Au nom du père, du fils, et du…beau père ! ». Le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a aussi été détourné en « Ma famille d’abord ! »

Une opposition qui ne veut pas la mettre en veilleuse…

A la différence de ces prédécesseurs, IBK n’a pas à faire à une opposition qui la met en veilleuse et laisse faire. On a souvenance du Mémorandum polémique que le Parena de Tiébilé Dramé a publié sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, lequel a suscité chez les tisserands du RPM des insultes, des réactions vives à destination du parti du bélier blanc. D’aucuns ont décelé dans la réaction du RPM une ignorance du principe selon lequel la politique, comme la pensée, progresse par la critique. Le Parena a récidivé en tenant une conférence de presse donnée par son président, avec comme thème « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? ».

Il y aussi eu la motion de censure introduite à l’A.N par l’opposition pour abattre le gouvernement Moussa Mara. Mais elle n’a pas passé, et nombreux sont ceux qui sont convaincus que c’était une initiative de la majorité présidentielle pour « couillonner » le peuple.

Pour le grand bonheur du régime d’IBK et de la démocratie malienne, il existe une opposition qui surveille, alerte et qui semble dire « Attention, quand il y a dérive, je suis là et je protesterai… »

Même si, et malheureusement, elle plonge le plus souvent dans la passion et les calculs politiciens. Ou du moins en abusant de son statut.

L’inévitable négociation avec les groupes armés du Nord…

On le sait, l’intransigeance dont IBK a fait montre dans ses discours sur la situation au nord du pays lui a valu la sympathie de beaucoup au sein de l’électorat, qui voyait, impuissant, le pays se déglinguer, s’installer dans une menace de partition. C’est donc pour restaurer l’Etat de droit, la stabilité qu’IBK a été élu. Mais celui qui se disait intransigeant vis-à-vis des revendications séparatistes des rébellions MNLA, HCUA…, a été rattrapé par la réalité qui, vue sous toutes ses facettes, indiquait que la négociation est inévitable.

Aujourd’hui, tout le monde le sait, l’avenir du régime d’IBK dépend de l’issue favorable de ces négociations dont la première étape démarrera le 1er septembre à venir à Alger entre le gouvernement et les groupes armés.

Un gouvernement qui mène une vie de bâton de chaise…

En seulement un an, IBK a eu deux premiers ministres : Oumar Tatam Ly et Moussa Mara. Le premier a démissionné à cause d’une cohabitation devenue difficile avec le président dont les camarades du RPM et certains ministres voulaient sa tête. Moussa Mara l’a remplacé à la tête de l’exécutif et se retrouve sous les feux des critiques. Et des rumeurs, qui ne sont jamais anodines, disent qu’il souffle dans l’air des indices de remaniement au sein du gouvernement. Certaines informations vont jusqu’à dire que la Communauté internationale aurait choisi Soumaila Cissé pour diriger l’exécutif…C’est un gouvernement qui vit sous le coup d’une menace de rupture permanente. C’est un gouvernement qui a passé plus de temps à gérer les crises politiques qu’à faire le travail qui lui a été confié. C’est surtout un gouvernement, dont le chef a reçu moins plus de contributions politiques que d’appels demandant son départ.

Cherté de la vie, un préavis de grève du 20 au 22 août prochain déposé par l’UNTM pour réclamer de meilleures conditions de travail et la baisse des tarifs d’eau et d’électricité, gestion des affaires foncières, système éducatif, dialogue de sourds entre majorité et opposition à l’assemblée, gel de l’aide financière de l’institution de Bretton Woods ( FMI) et la Banque mondiale avec comme résultat une économie plombée…voilà des tâches qui, un an après, se dressent comme des épines sur le chemin d’IBK.

Qu’à cela ne tienne, l’espoir est permis.

Boubacar Sangaré

Mali : ni Azawad, ni autonomie, ni indépendance…

photo: springtimeofnations.blogspot.com

photo: springtimeofnations.blogspot.com

Dans la vie d’une nation, il est des moments où tout va mal, tout, et tout le monde s’en rend compte, du plus vieux au dernier-né, générant ainsi une sorte de « panique au pays » qui profite aux prophètes de malheur de tout poil. La période que le Mali traverse depuis longtemps maintenant ne fait pas exception. C’est une sorte de période ‘’roman’’, faite de péripéties terribles pour tout un peuple offensé dans sa dignité, son amour-propre, et à qui on a pu éviter de sombrer dans le pessimisme, d’acquérir un état d’esprit sceptique qui lui fait croire chaque jour davantage à la Nakba, oui, c’est le terme, car comment qualifier autrement la partition d’un pays ?

La situation du Mali, c’est un fait, ne porte pas à l’optimisme. Nous connaissons le pouvoir malien, nous le savons d’une faiblesse vertigineuse qui le rend incapable de décisions précises- c’était le cas jusqu’à maintenant- concernant la question du nord du pays où sa voix ne porte plus, son autorité s’est effritée au moment où l’armée nationale y a cédé devant l’implacable rouleau compresseur des groupes rebelles armés MNLA, HCUA, MAA…, dont les drapeaux flottent, outre Kidal, sur Djebock, à 45 km de Gao, sur Ber, à 53 km de Tombouctou. Inutile de dire que le statu quo au nord frise l’inacceptable, et que celui Sud n’en demeure pas moins une raison pour retirer sa confiance aux détenteurs actuels des leviers du pouvoir. Parce qu’il y a eu un vote, un plébiscite, avec 77 % des suffrages exprimés pour IBK, pour restaurer l’ordre politique et l’Etat. Un Etat solide, comme jamais il n’a été, qui n’aura aucune commune mesure avec celui que nous avons maintenant, compartimenté, coupé en deux, avec une partie qui semble couler comme de l’eau entre les doigts du pouvoir.

La presse locale parle, tous les jours, et dans tous les sens, des pourparlers inclusifs qui démarreront à Alger le 16 juillet prochain, entre le gouvernement malien et les groupes rebelles armés (HCUA, MNLA, MAA…) et d’autodéfense. C’est une presse qui est vent debout, qui s’interroge sans cesse par rapport à cette question des négociations, et, plus important encore, s’avance jusqu’à placer le président Keïta au centre des critiques, lui reprochant une gestion de l’Etat, à la diable, d’une opacité rare, dénonçant la mise sur pied d’une oligarchie. Au point que le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a été détourné en « La famille d’abord ! ».

Force est de constater qu’au Mali, la presse fait plus de politique que la politique elle-même qui, à propos des pourparlers, s’est installée jusqu’ici dans le mutisme. Il aura fallu que le Parena, et oui, encore ce parti, on se souvient du mémorandum polémique sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, au grand soulagement de beaucoup, ne brise la glace lors de sa conférence de presse donnée le samedi dernier par son président sur la « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? » Le parti du bélier blanc propose la réunion d’ « une Table ronde majorité/opposition élargie aux autres forces vives du pays pour élaborer une Plateforme et une vision malienne qui seront défendues par les négociateurs du gouvernement » et « l’élection des gouverneurs de toutes les régions du Mali par des assemblées régionales élues à la proportionnelle et disposant de réelles compétences dans le cadre du principe démocratique de la libre administration des collectivités territoriales ».

Bien entendu, la perspective de la tenue des pourparlers à Alger n’a pas laissé l’opinion indifférente. Elle vaut aujourd’hui à ce pays d’être criblé de reproches, d’accusations qui ne sont pas gratuites pour la plupart. C’est vrai, il est impossible de garder la tête froide à la veille de ces négociations, surtout après la lecture du « document de projet d’institutions pour un statut particulier de l’Azawad », signé respectivement par Bilal Ag Achérif, Alghabass Ag Intallah et Sidi Ibrahim Ould Sidati. Dans ce document, dont la presse s’est fait l’écho, il est parlé de doter l’Azawad d’institutions, ce qui débouche sur « une collectivité qui remplacera Tombouctou, Gao, Kidal et leurs cercles » avec une autonomie de gestion.

Les groupes armés ne méritent pas d’être autorisés, mais ils font partie du champ médiatique national et international. Que le gouvernement malien accepte de négocier avec eux, qu’on le veuille ou non, ne doit pas jeter aux mites ces différentes interrogations:

Une autonomie pour faire quoi ? Pour faire bande à part dans un pays qui craque de partout, dans un pays où la démocratie et l’Etat de droit constituent encore un problème de fond ? Une autonomie parce qu’il s’agit d’une région qui révèle de potentiels extractifs en minerais, pétrole, gaz, gisements de terres rares, etc. Une autonomie parce que la communauté et quelques idiots spécialisés ou spécialistes ès charabia ont été assez dupes de croire à ce discours séparatiste selon lequel le Nord a été sciemment maintenu dans le sous-développement ?

Alors qu’on sait pertinemment qu’au Mali, de Kayes à Kidal, les systèmes éducatif, culturel… se désagrègent. Partout, c’était la même politique de démission qui a été menée. Et si les groupes rebelles pensent qu’avec l’autonomie ils pourront relever seuls ces défis, c’est qu’ils sont politiquement immatures.

Enfin, pour finir, le MNLA n’est, et n’a toujours été qu’un groupe Facebook, avec un projet constitué par des étrangers. Ce groupe armé n’est constitué que d’une poignée d’individus qui ne représentent qu’eux-mêmes. Les « rebelles » du MNLA ne sont pas des Messies, c’est pourquoi la majorité des Touareg les évitent, comme on regarde une merde sous sa semelle.

Boubacar Sangaré

HCUA : Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA : Mouvement arabe de l’Azawad

MNLA : Mouvement national de libération de  l’Azawad

Parena : Parti pour la renaissance nationale

Les élections, un pis-aller prescrit aux autorités maliennes ?

Des cargaisons de cartes NINA, photo-credit: a.Bamako.com

Des cargaisons de cartes NINA (credit photo : a.Bamako.com)

On sait maintenant ce qu’on savait, c’est-à-dire qu’à propos de la présidentielle du 28 juillet prochain la messe est dite : elle aura lieu. Inutile donc de perdre une partie de sa vie à insister sur les difficultés qui restent encore à traiter. D’un coup de baguette magique, le gouvernement de transition évacuera le problème du vote des personnes déplacées et parviendra à dicter ses lois à Kidal où les rebelles targui du MNLA, à force de provocation et de manipulation, ont fini par allumer un brasier qui a coûté la vie à des personnes.

 

Certes, le gouvernement de transition n’a de cesse de gager la tenue de la présidentielle dans toutes les régions du pays et en est même arrivé à mettre en confiance les institutions régionale, continentale voire internationale qui, à leur tour, continuent à donner encore plus dans les discours moralisateurs à l’endroit des Maliens. Mais il faut éviter de donner l’air d’une personne qui vient de passer un siècle dans une pièce aveugle, et dire que le dernier développement des événements à Kidal vient corser un climat électoral déjà bien tendu par l’abdication d’un candidat (il s’agit de Tiébilé Dramé), les imperfections concernant le fichier électoral… En clair, la situation à Kidal pousse à livrer un constat qui est que l’accord de paix signé à Ouagadougou, le 18 juin dernier, entre le gouvernement de transition et les rebelles targui est d’une fragilité troublante. Et l’auteur de ces lignes est toujours d’avis que cette paix n’est que de papier en considération du fait que les groupes rebelles-MNLA et Haut Conseil pour l’Unicité de l’AZawad bien sûr !-, sans craindre de se tromper, n’ont signé l’accord qu’après avoir pris conscience de leur incapacité de résister aux assauts de l’armée malienne. Sinon qui peut trouver meilleure explication à la tension entre les populations de Kidal à l’arrivée de l’armée malienne dans cette ville ? Hormis la manipulation à laquelle ils sont sujets, à quel saint peuvent se vouer des jeunes touaregs pour manifester à Kidal contre l’armée malienne ? Mais de quoi le MNLA et le HCUA sont-ils l’emblème ?

Et d’ores et déjà, le ‘’on vous l’avait pourtant dit’’ commence à résonner dans la tête des autorités maliennes de transition qui sont comme prises dans une souricière qu’elles ont elles-mêmes posée. Dès lors, qu’on le veuille ou non, ces questions se posent encore : pourquoi avoir accepté les mains tendues de groupes rebelles qui n’ont eu aucune crainte d’allumer la flamme terro-djihadiste qui a failli et les emporter et emporter l’Etat malien ? Pourquoi signer un pacte avec le diable quand on doit y perdre son âme ?

 

Bien entendu, toute tentative de réflexion sur ces groupes rebelles touaregs est facilement assimilée à de la compromission dans une grande partie de l’opinion publique internationale. Mais cela ne doit pas aussi pousser à se jeter dans les bras de la cécité. De fait, les autorités maliennes ont été bel et bien averties qu’il y a des mains tendues auxquelles il ne faut pas répondre. De plus, il est évident aussi qu’il y a des gens dont il faut à tout prix se débarrasser –comme cela a été le cas avec les terro-djihadistes d’AQMI, du MUJAO ; et pourquoi cela n’a pas été appliqué aux rebelles du MNLA et du HCUA ? N’en déplaise aux spécialistes es-charabia qui ligotent intellectuellement nos masses, nous saturent d’expertises renversantes sur ce problème, le MNLA et le HCUA, il faut le dire, ne sont que des mouvements recyclés appartenant à Ansardine d’Iyad Ag Ghaly.

Et comme indiquer plus haut dans ce texte, les jeunes touaregs qui braillent à Kidal leur volonté de voir l’Azawad indépendant sont à la solde du MNLA qui reste pendu à ses revendications séparatistes. Et on comprend sans mal que les élections à Kidal s’annoncent sous de funestes auspices.

Par ces temps où le Mali est obligé d’avancer, la question du report de ces élections est taboue. « Le Mali prend dangereusement le chemin emprunté par la RDC depuis 2003. Avec la bénédiction de l’ONU. », a écrit dernièrement Serge Katembera réagissant à une interview que j’ai donnée à Faty et dans laquelle il a été question des élections au Mali . C’est une comparaison à laquelle je n’adhère pas. On sait que les élections tenues en 2006 en République Démocratique du Congo ont donné à ce pays de tourner la page après des années dominées par le pouvoir autoritaire de Mobutu Sese Seko, et aussi des guerres provoquées par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila en 1996. Pour parvenir à une stabilité politique et sociale, le Gouvernement de Transition, nommé le 30 juin 2003, dirigé par un président et quatre vice-présidents, a organisé, avec l’accompagnement de la communauté internationale, des élections en 2006 remportées par Joseph Kabila. Fermons cette parenthèse. Mais, on rencontre dans la situation malienne les mêmes contraintes qui ont conduit la R.D.C aux élections en 2006 : la faiblesse institutionnelle, l’insuffisance des ressources matérielles et financières de l’Etat (ce qui nécessite une contribution de la communauté internationale), le problème de la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national et l’insécurité. C’est peut-être en cela que la situation malienne ressemble à celle qu’a connue la R.D.C il y quelques années. Et, à n’en point douter, les contraintes évoquées suffisent à convaincre quiconque de la nécessité d’aller aux élections. En attendant, le Mali a les pieds dans la merde.

Boubacar Sangaré