Charlie Hebdo, «tous arrachés à leurs crayons» !

photo: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10205158936508821&set=a.1565889582966.2083669.1107203310&type=1&theater

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Dans la matinée du mercredi 7 janvier 2015, une fusillade a éclaté dans les locaux du journal Charlie Hebdo. Douze morts, une dizaine de blessés, c’est le bilan de l’attentat commis contre l’hebdomadaire satirique français. Les caricaturistes Charb, Wolinki, Tignous, Cabu, les piliers de cette gazette sarcastique, irrévérencieuse, libertaire, « ont été arrachés à leurs crayons », pour citer mon amie chroniqueuse Françoise Wasservogel, par des gens qui ne sont que des imbéciles. Aberration.

C’est un attentat à la liberté. Et, disait il y a quelques mois l’islamologue Mohamed Talbi, « tout ce qui tue la liberté tue l‘homme ». Déclarations de solidarité, condamnations, cris de colère ont envahi les réseaux sociaux, la presse, la blogosphère.

Bien sûr, cet attentat est à condamner avec rigueur. Et tous nos reproches, nos différends avec ce journal déposent les armes devant cette tragédie. On ne dira pas que Charlie Hebdo est un journal néoconservateur, réactionnaire et opportuniste. On ne dira pas que Charlie Hebdo est un « journal de merde ». Non, on ne dira pas que Charlie Hebdo est un journal « raciste ». Tout cela n’a plus d’importance, car ceux de Charlie que la kalachnikov, les lance- roquettes ont tués sont aussi des enfants du Bon Dieu ! Ce sont d’abord et avant tout des hommes dont rien, mais absolument rien, ne justifie le meurtre.

L’on rapporte que les assaillants s’en sont allés en criant « Allah Akbar » ou encore « le prophète est vengé ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce qui s’est déroulé à Charlie Hebdo se justifie d’autant moins que l’islam n’a jamais autorisé le meurtre, et donc les auteurs de cet attentat n’ont rien à voir avec les musulmans. Ce ne sont que des terroristes, et en tant que tels ils sont les ennemis de tous, surtout des musulmans dont l’immense majorité n’en finissent pas de dire la tête haute et le buste droit que l’islam est une religion qui prêche la tolérance, le respect de l’autre, l’amour, et non la haine.

A bas l’intégrisme !

Bokar Sangaré

L’antidote du prêcheur

Une mosquée Photo: Journaldumali.com

Une mosquée Photo: Journaldumali.com

Vendredi, jour où les fidèles de l’islam vont à la mosquée pour célébrer la prière de l’après-midi. Les fidèles, ou les prieurs, arrivent les uns après les autres, entrent dans la mosquée, et accomplissent deux rakaa en guise de salutation pour la mosquée avant de dédier leur attention, prêter une écoute sans pareille aux sermons du prêcheur qui, depuis bientôt 30 minutes, est là à parler de Dieu, du Coran, du prophète Mahomet… mais aussi et surtout du monde et des crises qui l’agitent.

Ce n’était pas un discours du genre

« l’Occident a péri, il n’existe plus. Le modèle qu’il proposait aux nigauds a failli. C’est quoi ce modèle ? C’est quoi au juste ce qu’il considère comme une émancipation, une modernité ? Les sociétés amorales qu’ils a mises sur pied, où le profit prime, où les scrupules, la pitié, la charité comptent pour des prunes, où les valeurs sont exclusivement financières, où les riches deviennent tyrans et les salariés forçats, où l’entreprise se substitue à la famille pour isoler les individus afin de les domestiquer puis de les congédier sans autre forme de procès (…) où des générations entières sont parquées dans des existences rudimentaires faites d’exclusions et d’appauvrissement. »

Non, son discours n’avait rien de semblable à ce brûlot lancé par le cheik des talibans en pleine occupation russe, dans Les hirondelles de Kaboul (1). Pour lui, si les guerres, la famine, les séismes, les maladies…s’abattent sur le monde comme des faucons fous, c’est parce que partout ou presque les hommes se sont détournés de Dieu, les hérésies se multiplient, les filles marchent nues dans les rues, la fornication « se légalise », les mariages se cassent en un clin d’œil. Il a ajouté que ce sont là les signes annonciateurs de la fin imminente du monde. Il ne s’est pas arrêté là. Il est allé jusqu’à dire que la pire des solutions est celle que les hommes semblent avoir trouvée : qui consiste à payer des armes pour se préparer à une éventuelle guerre… arguant que

« nul ne peut prévoir le désordre, le sauve-qui-peut dans une foire des chats »

Pour ma part, au-delà de la folle concentration avec laquelle j’ai suivi ce discours, je n’ai pu me défendre de dire que voilà une analyse que les politologues et géopoliticiens doivent penser à intégrer dans leur grille de lecture ! Si pour eux, les Etats sont mus par une raison utilitaire et la plupart des guerres actuelles sont d’ordre géostratégique, le prêcheur pense le contraire : si le monde est en passe de ressembler à un « chaos dans le chaos », un « naufrage dans le naufrage », c’est parce que nous avons cessé de voir en Dieu la seule source de notre salut, avons transcendé les limites qu’Il nous a fixées, et avons transgressé ses interdits…

L’antidote que le prêcheur a donné pour éviter le chaos vers lequel se dirige le monde est le retour à Allah. Pour étayer ses propos, il a rappelé un épisode en Turquie. Le peuple avait déchiré des pages entières du Coran dans les rues. Le prêcheur explique que cela provoqua la colère d’Allah qui, furieux, créa un tremblement de terre.

Voilà donc l’antidote du prêcheur avant le chaos !

(1) Les hirondelles de Kaboul (roman), Yasmina Khadra, ed Seuil

Boubacar Sangaré

Ah, ce 31 décembre !

photo:www.skyscanner.fr

Crédit photo : www.skyscanner.fr

 

 

Décembre est, on le sait, le douzième et dernier mois de l’année, comprenant trente et un jours. On sait aussi que le 25 décembre est célébrée la fête chrétienne commémorant la naissance de Jésus-Christ : Noël. Il serait bien venu d’ajouter que cette fête, quoi qu’obéissant à un principe religieux, n’en demeure pas moins dispendieux, avec les repas copieux, les libations, les jouets à offrir aux enfants en guise de cadeaux… A ce sujet, j’ai une pensée émue pour tous mes amis chrétiens et toutes leurs familles.

Après Noël, vient le 31 décembre, jour où l’on fête la fin de l’année, jour où l’on se souhaite les uns aux autres les meilleurs vœux pour le nouvel an. D’aucuns, seuls, quiets, préfèrent dresser un bilan de l’année écoulée, alors que d’autres festoient, invitent copain ou copine en boite, s’habillent chic, et font exploser des pétards à minuit sonnant, pour annoncer le nouvel an. Mais, ouvrons ici une parenthèse pour dire qu’il est difficile -pour moi en tout cas- de parler du 31 décembre sans évoquer le sempiternel débat qu’il soulève, et qui est loin d’être réglé dans le monde musulman. En effet, c’est désormais un secret de polichinelle que de demander si « un musulman peut fêter le 31 décembre, la fête de fin d’année ». La question n’est pas encore tranchée, et continue de mettre aux prises les oulémas, foncièrement divisés. Il y a ceux qui pensent que c’est haram , pour être direct, de fêter le jour du 31 décembre, arguant que le mois dont il s’agit ne figure nulle part dans le calendrier musulman, et donc ne pourrait en rien concerner un musulman. Aussi, ajoutent-ils, ce sont les chrétiens qui sont en réalité concernés. A la périphérie de cette manière de voir, il y a aussi ceux qui sont d’avis que le musulman peut bel et bien fêter le nouvel an, mais à la condition absolue qu’il se garde de consommer tout ce qui est haram. Ces derniers sont, eux, les modérés.
Dans quel camp se ranger ? Difficile. Sans vouloir vraiment trancher, ma conviction à moi est qu’on peut, en tant que musulman, s’offusquer des diatribes contre l’Islam d’Oriana Fallaci, ou celles en provenance des Etats-Unis, et répondre à une invitation d’un ami chrétien le jour de Noël voire du 31 décembre. Fermons cette parenthèse.

Quand arrive le 31 décembre, il règne dans les rues comme un climat de foire. Les jeunes s’emballent, se grouillent pour faire des petits boulots, histoire d’avoir de quoi faire la bamboula. Ceux qui ne parviennent pas à se tirer d’affaire, sont gagnés par la dépression, et ont le sentiment de vivre dans une maudite période. Ils se sentent merdeux, piteux car il y a « elle », la copine, qui leur a dit les yeux dans les yeux qu’elle ne sortira le 31 décembre qu’avec le mec le plus offrant- comprenne qui pourra.

Inutile de dire aussi qu’en cette période de vaches maigres, côté vente, la fête de fin d’année est un tremplin pour les magasins de vêtements, de chaussures ; les salons de coiffure et tout et tout. Mais, elle l’est aussi pour les belettes, qui plument, pigeonnent plusieurs mecs à la fois : elles prennent avec eux de l’argent en promettant de les accompagner la nuit de la fête de fin d’année, mais elles n’ont pas la frousse de poser un lapin. Voilà un phénomène qui est à la pointe de la mode chez les filles. C’est vraiment fantasmer que de vouloir sortir avec plusieurs « mecs » à la fois, à moins qu’on ait un don d’ubiquité. Et il est clair pour quiconque réfléchit qu’il est impossible de se mettre à la fenêtre et se voir passer en même temps dans la rue, comme nous l’enseigne Auguste Comte.

Voilà donc pour le 31 décembre, une fête qui mobilise de plus en plus l’attention de beaucoup de monde, surtout les jeunes toujours enclins à ambiancer. Une fête qui excite, passionne, galvanise d’une part ; et d’autre part, qui sonne le glas des relations amoureuses, déçoit, déprime en ce sens que toutes les filles semblent se rassembler sous l’étendard de la coquetterie, de la duperie. Mais c’est aussi une fête propice à toutes sortes de postures, extrémistes comprises.

BONNE FETE DE FIN D’ANNEE A TOUS ET A TOUTES !
BONNE ANNEE 2014.

B. Sangaré