Mali: une histoire de vol de téléphone

photo: www.thibaudd.be

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« Votre attention, camarades ! Cette étudiante vient de perdre son téléphone, un Samsung Galaxy SIII (S3). A l’instant ! Nous prions la personne qui a pris le téléphone de le déposer juste à l’entrée ouest de l’amphi. On considère qu’il n’a même pas volé… »

C’est le responsable de classe des étudiants en Licence ès Lettres qui a fait cette annonce. Ses mots se sont perdus dans l’indifférence générale de la foule d’étudiants, qui, depuis le matin, attendent en vain leurs professeurs. Pas un seul n’est encore venu. Il est déjà midi.

Certains étudiants ont écouté, calmement, sans bouger, choqués, effarés, pensant certainement à cette imprécation que l’on profère en permanence en cas de vol :

« Qu’Allah maudisse le voleur ! Celle qui met au monde un voleur n’a rien fait… »

Le temps, qui n’attend jamais rien ni personne, file comme un bolide, indiquant comme par télépathie à l’étudiante que le Samsung Galaxy S3 file déjà loin d’elle, au même rythme que les jambes du voleur. Des larmes ont commencé à perler sur ses joues poupines. Elle a rougi. Elle pleurait, pleurait doucement, lentement. Fièrement. Elle pleurait de ce pleur qui force l’admiration, le respect. Elle pleurait sans crier.

Le voleur avait déjà éteint le téléphone. Tous les appels tombaient sur le répondeur. Les espoirs de pouvoir le retrouver s’effaçaient aussi vite que les flammèches. Elle a essuyé les larmes qui cascadaient comme une chute d’eau. Elle s’est ressaisie, a rangé ses effets avec la promptitude d’une secrétaire, toujours en furie, les yeux pétillants de haine. Ma cousine, qui est une de ses amies, m’a dit qu’elle partait faire une déclaration à la police.

Cette histoire n’est pas isolée. L’année dernière, en plein examen de fin d’année, une étudiante, inondée de larmes, avait fait pitié à un amphi plein à craquer. Elle a « perdu » son sac qui contenait son WIKO et 50.000fcfa.

« La personne qui a volé mon sac peut prendre l’argent et le téléphone. Mais je la supplie de déposer la carte SIM et le sac quelque part. Dans les toilettes, par exemple » avait-elle imploré.

Quelques minutes plus tard, le sac avait été retrouvé dans les toilettes.
Sans le téléphone. Sans l’argent.

AH, L’ETUDIANT MALIEN…

Boubacar Sangaré