Les casques bleus et ces accusations récurrentes

Des casques bleus au Mali (photo: Malijet.com)

Des casques bleus au Mali (photo: Malijet.com)

A Tombouctou, tous ou presque ont retenu leur souffle à cause de l’attaque par des kamikazes qui a visé, samedi, un camp malien et y a blessé des militaires. A la naïveté de certains Tombouctiens qui croient que tout est devenu normal, il faut opposer ce constat qui est que les régions libérées de la férule des terro-djihadistes sont tout sauf « des zones paisibles ». C’est toujours « le calme avant la tempête », cela qu’on le déplore ou pas. Par contre, à Gao, outre cet évènement tragique qui arrive comme un cheveu sur la soupe, il convient de signaler que ce sont les accusations d’abus sexuels et de mauvaise conduite contre des casques bleus qui occupent encore les attentions.

 

En effet, quiconque s’intéresse aux affaires maliennes et lit régulièrement les dépêches d’agences de presse, occidentales surtout, a du s’émouvoir devant les informations sur « les accusations d’abus sexuels (à Gao) et de mauvaise conduite portées contre des casques bleus». Surtout qu’il y a bien longtemps que des amis de Gao, blogueurs, disent avoir reçu des témoignages faisant état des cas de viol contre  des jeunes filles dont se seraient rendu coupables des casques bleus déployés dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).

 

Disons-le tout de suite, ce n’est pas la première fois que de telles accusations éclaboussent les casques bleus, quand on sait que « ces sales pratiques » ont commencé à faire surface en 2004 en République démocratique du Congo. Et le malheur a été qu’au Congo, des officiers n’ont pas voulu coopérer dans le cadre des enquêtes menées par l’ONU. Puis, il y a eu la Côte d’Ivoire en 2011 où l’opération des Nations unies pour la Côte d’Ivoire (Onuci) a aussi reçu « des allégations dénonçant des abus sexuels des casques bleus sur des mineurs depuis 2006 ». A l’époque, l’Onuci s’est dit très préoccupée, car son « nom » avait été traîné dans la fange en 2007 par de pareils cas occasionnés par des casques bleus marocains qui étaient basés à Bouaké.

Et aujourd’hui, c’est au tour du Mali d’assister à une résurgence de ces mêmes comportements fangeux de la part de certains casques bleus qui ne sont rien de moins que des cocos – le mot n’est pas fort. Ainsi, après la RDC, la Côte d’Ivoire…, il est donc à remarquer que les accusations d’abus sexuels et de mauvaise conduite sont en instance de devenir l’étiquette des casques bleus; et de là à dire qu’ils sont comparables à une boîte de Pandore qui s’ouvre d’elle-même, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut d’ailleurs franchir sans la moindre réserve.
Ainsi, ces accusations qui pèsent sur ces casques bleus viennent tout simplement à donner raison à une opinion publique malienne qui, forte des cas d’abus sexuels en d’autres pays du continent, n’avait pas tardé à manifester son hostilité au déploiement des ces forces onusiennes dont on dit qu’elles ont des agendas personnels : trafic de drogue, abus sexuel…

La nationalité des casques bleus concernés n’a pas été révélée. Et on sait que « les pays contributeurs de troupes portent la responsabilité d’ouvrir une enquête et de veiller à prendre les mesures disciplinaires et judiciaires appropriées si les allégations s’avéraient fondées », comme l’a affirmé Martin Nesirky, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans une dépêche. Mais on ne peut s’empêcher de poser la question suivante : pourquoi après la RDC, la Côte d’Ivoire… les mêmes accusations continuent de refaire surface ? On peut répondre que c’est parce que, peut-être, entre « la politique de tolérance zéro à l’égard des abus sexuels » et le comportement des casques bleus, il y a un fossé, immense. Et on peut aussi évoquer le fait que c’est parce que le recrutement des casques bleus n’est toujours pas soumis à des critères suffisamment sévères, ce qui fait qu’il n’est même pas surprenant de retrouver dans leur rang des forbans.

L’opinion publique malienne attend donc de voir les conclusions des enquêtes qui seront menées et les sanctions qui frapperont les coupables pour qu’enfin le cas malien soit un rempart contre d’autres abus sexuels dont se rendront coupables des casques bleus.

Boubacar Sangaré

Mali_présidentielle : Des candidats, des promesses et de la faillibilité de l’Homme

 

 

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moussa-mara-YELEMALe 28 juillet prochain, les Maliens vont se rendre aux urnes pour élire un nouveau président et signifier son congé au gouvernement de transition et au « numéro un », le président intérimaire. Mais cette présidentielle, qui de l’avis général se tiendra sous de funestes auspices- il n’est pas besoin de consulter les astres pour le savoir avec la situation à Kidal, les difficultés liées à la carte d’électeur NINA…-, s’annonce serrée et promet un choc de titans. Inutile de dire, en effet, que lire la presse locale est à deux doigts de devenir un exercice énergivore pour ne pas dire énervant. Des colonnes entières y sont dédiées à l’exposition du programme politique de tel ou tel candidat. Regarder la télévision nationale aussi est pesant, car les mêmes candidats se succèdent dans la présentation de leur programme politique avec parfois des relents narcissiques. Des promesses encore et encore.
Aux yeux de tous ces candidats et de nombres de puissances occidentales dont la tenue de cette présidentielle à la date fixée est le souhait le plus ardent, la situation au Mali, notamment dans les régions libérées de la dure férule des terro-djihadistes, passe pour calme. Pourtant, les populations déplacées, pour la plupart d’entre elles, ne sont pas encore retournées, le MNLA à Kidal continue de jouer les Rambo et en est même arrivé à blesser à coup de cailloux des soldats dans les rangs de la MINUSMA et des forces française, l’administration y est toujours absente, la ville elle-même est le théâtre d’une tension entre ceux qui sont contents et ceux qui sont mécontents du retour de l’armée malienne. Tout cela ne représenterait qu’une goutte d’eau dans un océan. Le problème est ailleurs et clair : le Mali doit lutter contre vents et marrées pour tenir cette présidentielle à la date du 28 juillet. Preuve qu’il a le couteau sous la gorge. La course contre la montre est donc engagée.
Dans la démocratie représentative, la règle veut que les candidats partent à la rencontre des électeurs à qui ils exposent leur programme politique en période de campagne électorale. Libre aux électeurs de jeter leur dévolu sur un candidat, qu’ils jugent en capacité d’apporter une réponse aux problèmes qui les assaillent. Et le Mali est à cette étape, d’où le déferlement des candidats sur les écrans de la télévision nationale et les déplacements dans les villes éloignées de la capitale. Sauf que dans ce pays, cet exercice semble dénué d’intérêt en ce sens que les gens s’identifient plus à un parti politique qu’à un programme politique qu’ils sont incapables de comprendre. Ils n’y voient que du chinois ! Mais il n’empêche. Chaque jour, on les entend, les candidats, faire des promesses mirobolantes qui font danser dans leur orbite les yeux des électeurs naïfs à mort. Ce qui frappe en écoutant ces candidats, c’est le fait que la crise sécuritaire et institutionnelle qui a secoué le pays est brandie comme un prétexte standard dont ils usent pour justifier leur candidature. Ici on promet d’adapter le système éducatif aux enjeux du moment, là on promet de donner un souffle nouveau à l’économie, de former un nouveau type de malien, d’augmenter le salaire des fonctionnaires, de construire des usines, de créer de l’emploi pour les jeunes … Il va sans dire que le paysage politique a explosé, des nouveaux partis (alimentaires ?) ont vu le jour et se sont lancés à la conquête du fauteuil présidentiel, comme si être président revient à arriver à un moment où la vie est dure. Les racolages de figures connues ont le vent en poupe. Mais, on oublie qu’on ne pas fait de la politique pour dire des âneries à la télévision.
S’il y a aujourd’hui quelque chose d’assez irréfléchie dans les discours politiques et qui discrédite de plus belle la démocratie elle-même, ce sont bien sûr les promesses qui meublent le programme politique des candidats. Cela est d’autant plus vrai dans le cas malien que ceux qui promettent sont, en gros, tristement connus comme le loup blanc pour avoir fait, par le passé, des promesses dont ils se sont foutus comme de leur dernière chemise. Alors, pourquoi continuer de prendre les électeurs pour des naïfs, des idiots et que sais-je-encore en leur faisant des promesses que vous n’aurez pas l’ombre de la peine à balayer d’un revers de manche une fois au pouvoir ? Et l’on en vient même à se demander si tout cela est bien sérieux, à moins qu’il ne soit du tout n’importe quoi. Le peuple n’est pas un de ces enfants qui obéissent au doigt et à l’œil au nom de promesses qui relèvent souvent de vœux pieux. Encore moins un chien qui aboie et à qui il faut jeter en pâture une promesse de morceaux de viande.
Il est clair que tout cela traduit aussi un oubli, grave, d’un principe destiné à amener l’Homme à prendre conscience de sa faillibilité, son insignifiance. Ne parlons même pas de morale, la politique n’en a pas. Aucun homme n’est infaillible. Et les maliens ont tout avantage à éviter l’homme le plus parfait pour choisir le moins parfait…
Boubacar Sangaré