Anfilila ou les mots pour dire la désillusion malienne

photo: https://www.facebook.com/pages/Anfilila/721033794637587?fref=ts

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En septembre 2013, Ibrahim Boubacar Keïta, candidat du Rassemblement Pour le Mali (RPM), a remporté la présidentielle avec 77,62% de suffrages exprimés. Un raz de marée qui a vite étouffé les réserves qu’il suscitait chez beaucoup, surtout à l’étranger. Qu’on se le dise, IBK fait partie de cette génération de politiques post-indépendance qui devait ancrer le Mali dans la démocratie, mais qui, grande déception, à force de jouer la carte du consensus a conduit à une désarticulation du pays. Game Over. On ne dira pas qu’il n’y a nulle trace de convictions démocratiques dans l’itinéraire d’IBK. Mais à lui et à tous ceux de sa génération, il est impossible de ne pas dire Game Over.

Aujourd’hui, dans un monde post Snowden, IBK et son régime se heurtent au désir d’avoir voix au chapitre d’une jeunesse « facebookiste », « youtubiste » ou « twitter », pour reprendre l’opposant algérien Ali Benflis, qui sait ce qui se passe ailleurs. Après la presse, les réseaux sociaux sont aussi devenus une pépinière d’où émergent des voix, pour dire leur déception vis-à-vis de celui dont ils étaient beaucoup à penser qu’il allait « donner un coup de fouet au pays », pour demander « un gouvernement resserré qui aura un an pour redresser le pays voire le relancer », car « y’en a beaucoup le parler (sic)».

Est-ce trop demander à un quelqu’un qui n’a fait qu’un an au pouvoir ?

 

Un mois après le pacte de Varsovie, le 18 aout 1991 un putsch raté à Moscou avait débouché quelques mois plus tard sur une dissolution de l’URSS. Les putschistes ont échoué, mais Boris Eltsine est monté en puissance, et en a profité pour chasser Gorbatchev. On connait le bilan catastrophique de ce que le journaliste français Bernard Guetta a appelé le putsch des « huit imbéciles ». Depuis, les Russes ont dégoté un terme désabusé pour parler de la totale déliquescence de leur pays : Besperedel, qui veut dire « qui est absurde », « qui ne peut être compris (1)».

En Algérie, le 26 décembre 1991, le Front Islamique du Salut (FIS) a obtenu 188 sièges (47,4% des voix) au premier tour des premières législatives pluralistes. Le 11 janvier 1992, l’armée a poussé le président Chadli Benjedid à démissionner, et le scrutin a été annulé. Ce qui a plongé le pays dans une « décennie noire », aussi appelée « années du terrorisme » ou « guerre civile ». Les Algériens ont, eux aussi, trouvé de nouveaux mots pour parler de la totale désagrégation de leur pays. Selon le journaliste et essayiste algérien Akram Belkaïd, le plus employé est Koukra qui signifie « trop c’est trop ». Les jeunes n’en peuvent plus non plus du Hogra, c’est à dire de l’injustice. Le « Ulach smah ulach » (pas de pardon), la s’hifa (la vengeance), et le «tchippa » (le pot de vin) enrichissent aussi le vocabulaire du ras le bol algérien.

 

Au Mali, nous avons aussi nos Besperedel, nos « tchippa » ou « koukra ». Il n’est pas question pour nous de dire ici qu’on peut rapprocher la situation malienne de celles de l’URSS et de l’Algérie. De nouvelles expressions, de nouveaux mots sont maintenant fréquemment utilisés pour illustrer la déception générée par certains actes, certaines décisions du régime d’IBK. Il y a Anfilila, (nous nous sommes trompés) employé aujourd’hui par nombre de jeunes pour qui IBK n’est pas celui qu’ils croyaient. Sur le réseau social Facebook, bastion de la propagande et royaume de la pourriture, il existe une page portant ce nom avec une photo d’IBK en train de sourire en disant : « je vous ai bien eu ».

L’achat du jet présidentiel, on le sait, a fait beaucoup de bruit, à tel point que la Banque mondiale et le FMI ont eux aussi crié au scandale. Ensuite est arrivée l’affaire des surfacturations du marché des équipements et des matériels militaires de l’armée. Les mises au point du premier ministre Moussa Mara n’y ont rien fait. Au contraire, au fil de ses sorties, Moussa Mara a perdu de son crédit auprès de beaucoup dans l’opinion. Aujourd’hui, certains l’appellent même GaloonMara, pour dire qu’il est en train de fabriquer des mensonges pour faire passer IBK par une lessiveuse, le blanchir. Aussi, en mai 2014, après s’être rendu à Kidal, visite pour laquelle il a été violemment critiqué, il est devenu «le premier ministre qui fait le karato », c’est-à-dire le premier ministre qui aime le risque, un baroudeur au sens où l’entendent les militaires.

Le président IBK n’est pas, lui non plus, sorti indemne de toutes ces affaires. Beaucoup continuent de l’appeler « Zon bourama » (Bourama le voleur) « ana ka zon grin » (et sa bande de voleurs).

(1) Lire Akram Belkaid, Un regard calme sur l’Algérie, Seuil, 2005

Boubacar Sangaré

Mali : vers une gestion « politique » de l’Enseignement supérieur ?

Mountaga Tall, ministre malien de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Credit; TV5Monde

Mountaga Tall, ministre malien de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Credit; TV5Monde

Mardi 04 novembre. Palais des Sports. L’année 2014-2015 a été déclarée ouverte pour les universités et grandes écoles du Mali au cours de cette cérémonie de grande envergure. La présence du Président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, et du Premier ministre, Moussa Mara, et celle de recteurs, doyens, enseignants et étudiants, tous acteurs du monde de l’enseignement supérieur, illustrent très clairement l’importance de cet évènement. Il n’y a rien d’offensant à rappeler que l’enseignement supérieur est aujourd’hui coincé dans l’entonnoir d’une dégradation graduelle, à telle enseigne que, pour parler clair, tous, ou presque, s’accordent à dire qu’il a été mis à bas.

C’est un fait, le monde de l’enseignement supérieur ne va pas fort. Et dans son discours, le détenteur du portefeuille de l’enseignement supérieur, Mountaga Tall, a procédé à un état des lieux qui laisse pantois : « l’insuffisance d’enseignants en qualité et en nombre ; le faible développement de la recherche ; le manque d’éthique et de déontologie ; les effectifs pléthoriques ; l’insuffisance d’infrastructure d’accueil ; la faiblesse du pilotage et de la gouvernance…A ces problèmes se sont longtemps ajoutées de longues et profondes crises sociales : grèves, rétention de notes, années tronquées, perlées ou blanches…»

Dans une telle situation, où tout le monde est en train de battre le même tambour avec les mêmes cris, il faut consommer une bonne dose d’optimisme pour croire au changement. L’enseignement supérieur est indéniablement le symbole d’une inconscience nationale. Il y a une année, dans un article publié sur le site d’information français Rue89, la journaliste Sabine Cessou a fait le tour des maux qui ont mis à mal le secteur : corruption, piston, étudiants fictifs, salaires bas des enseignants et, pour clouer le bec à quiconque, les « Notes Sexuellement Transmissibles (N.S.T) » Elle estime que la corruption à l’université n’est que la partie émergée de l’iceberg quant à « ce mal généralisé qui a en partie conduit à la dislocation de l’armée et place le Mali à la sixième, en partant du bas, dans l’index des Nations Unies sur le développement humain. » A l’époque, nous écrivions que Sabine Cessou ne fait pas d’une mouche un éléphant, les phénomènes qu’elle a dénoncés existent bel et bien, même si on peut regretter que les solutions manquent toujours à l’appel. En attendant, dans les universités et grandes écoles, la pensée et la réalité sont uniques, tout ne va pas dans le sens du vent.

Décalage

«La rentrée académique a démarré de manière effective depuis le 1er Octobre dans la plupart de nos facultés et grandes écoles. C’est même la première fois, si mes souvenirs sont bons, que des facultés rentrent avant certaines grandes écoles. Cela s’explique par le fait que tous les examens se sont déroulés, les résultats proclamés et les inscriptions et réinscriptions suivent leur cours normal. ».

Ces propos du Ministre de l’enseignement Supérieur, Mountaga Tall, osons le dire, ont été écrits par une plume trempée dans l’encre de la duperie, car ils collent fort mal à la réalité. Dire que tous les examens se sont déroulés est acceptable. Ce qui ne l’est pas, c’est de dire que partout les résultats ont été proclamés, et que les réinscriptions ont commencé. Cela reviendrait à maquiller la réalité, surtout quand on sait que, par exemple à la Faculté des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage (FLSL), c’est le 30 octobre passé que des classes ont fini avec les examens. A dire vrai, les propos du Ministre contribuent à ensevelir davantage l’enseignement supérieur sous un nouveau débordement de mensonge, à le noyer dans le maelstrom des discours à la prudence toute politique, faisant ainsi de cette cérémonie de la rentrée un « fait divers qui fait diversion ».

Mountaga Tall se rêvait –on voyait même en lui un – redresseur de l’enseignement supérieur. Déception. Il est en train de devenir le tâcheron du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, dont il semble donner, dans ses discours, une image lisse de tous les secteurs, ceux névralgiques compris. Et nous avons décodé le message : au tamis de la duperie, la réalité passe mal. La réalité est enveloppée dans un voile vaporeux, sacrifiée sur l’autel de la prudence et des calculs politiques.

«Fini donc Monsieur le Président, les années tronquées, perlées, en accordéon, blanches ou je ne sais quoi encore ! Il n’y a pas eu cette année même une classe blanche à fortiori une année blanche. Et encore une fois grâce aux responsables académiques, au personnel administratif, aux syndicats et aux étudiants. » Quand l’orage passe, le ciel s’éclaircit. On le sait, dans certaines Facultés il n’était même pas certain que les examens se tiendraient aux dates indiquées. Le risque d’une année blanche était grand. Le ministre sait-il que dans certains départements, des professeurs, parce qu’ils ont été promus à un poste dans un département, n’ont pas dispensé de cours cette année ? Sait-il que leur matière a été annulée à l’examen ? Le ministre sait-il que certains enseignants vacataires n’ont pas donné cours ces 3 derniers mois parce qu’ils sont en grève ? Sait-il que, cette année encore, les étudiants ont attendu la fin de l’année pour avoir ne serait-ce que les trousseaux ?

Ces difficultés n’ont pas été résolues. Si malgré tout ça, Mountaga Tall, Ministre de l’enseignement Supérieur, promet une année « normale », c’est qu’il ne vit pas dans la réalité.

Boubacar Sangaré

Mali : le temps des démagogues et des pisse-copie

Dans la presse, nos pisse-copie s’aveuglent sur l’assise clanique du pouvoir, le népotisme, le clientélisme, la dérive oligarchique. Pas une réflexion sur l’agitation du front social, avec surtout cette grève dont la mèche a été allumée par l’UNTM. Rien sur tout cela, à part la rengaine révoltante d’un pays en lambeaux, en crise…

Mohamed Ag Erlaf et Soumaila Cissé, Photo montage: Maliweb

Mohamed Ag Erlaf et Soumaila Cissé, Photo montage: Maliweb

Au Mali, c’est le temps des démagogues et des pisse-copie. Ils sont combien ceux qui n’ont pas cédé à l’emballement après la lecture de certaines informations qui annonçaient que tel ou tel homme politique était pressenti comme futur premier ministre ? Ils sont très peu. Le temps est propice à la démagogie et à la pisse-copie. L’épouvante que provoquent les océans de problèmes du Mali est encore accentuée par l’exercice déprimant qu’est devenue la lecture de la presse, où il est de tradition maintenant de produire une grande quantité d’articles, teintés de démagogie, qui n’apportent pas grand-chose au lecteur. Les journaux seraient donc dotés du pouvoir de désigner le futur occupant de la primature !

Pourquoi des journaux, dont l’un est un grand titre, ont-ils rapporté des informations, relevant presque de la formule « la pro de l’impro », selon lesquelles Soumaila Cissé serait choisi par la communauté internationale, ou encore Mohamed Ag Erlaf, aussi annoncé à la tête d’un gouvernement d’union nationale qui habite désormais le rêve de beaucoup de gens ? Cela est facile à comprendre, ou bien cela est dans l’ordre des choses, diront certains, surtout les nombreux tenants de l’interprétation, d’après laquelle il existe dans ce pays une forme de journalisme dégoulinant de démagogie, et qui a même quelque chose d’assez répugnant.

C’est vrai, « le gouvernement Moussa Mara, environ cinq mois après sa formation, semble noyé dans le vaste océan des problèmes du Mali et incapable d’apporter des réponses appropriées aux préoccupations de nos compatriotes. Pourtant, à sa constitution, l’équipe gouvernementale a bénéficié de préjugés favorables. Mais, le pilotage à vue et les combines politiques et familiales nuisent au second gouvernement du régime d’Ibrahim Boubacar Keita, à telle enseigne que le Mali s’enfonce dans le gouffre jour après jour. (1)» Si l’on est un tant soit peu intellectuellement honnête, on ne modifiera rien à ces constats d’Ogopémo Ouologuem. L’action gouvernementale, pour être efficace, à défaut du soutien de l’opposition politique, devrait avoir l’appui de la majorité présidentielle. Mais, immense désolation, celle-ci semble plutôt encline à mettre en échec Moussa Mara. Et pourtant, les membres du parti présidentiel, le RPM (Rassemblement pour le Mali ), n’hésitent pas à faire de nombreuses déclarations dans la presse pour expliquer que leur relation avec le premier ministre ne souffre d’aucune éraflure.

Dans la presse, nos pisse-copie s’aveuglent sur l’assise clanique du pouvoir, le népotisme, le clientélisme, la dérive oligarchique. Pas une réflexion sur l’agitation du front social, avec surtout cette grève dont la mèche a été allumée par l’UNTM (Union nationale des travailleurs du Mali ). Rien sur tout cela, à part la rengaine révoltante d’un pays en lambeaux, en crise, des articles qui salopent Moussa Mara et son gouvernement, jugés incapables de générer des solutions. Oui, on se sent dans un pays où aucun changement important ne se produit. Mais de là à citer le nom de tel ou tel homme politique comme futur premier ministre, il y a un pas qu’on n’aurait pas dû franchir. Cela s’appelle du « foutage de gueule ! »

« Des rumeurs que j’ai découvertes dans la presse… »

Soumaila Cissé serait celui que la communauté internationale aurait choisi pour être à la tête d’un gouvernement d’union nationale pour, dit-on, « sortir le pays de la crise », « amorcer le dialogue politique… » Interrogé par le journal La Nouvelle Libération, il a dit que ce sont « des rumeurs qu’ (il a) découvertes dans la presse comme tout le monde. », et qu’il n’a « eu aucun contact à ce sujet avec aucun membre de la communauté internationale. » On ne peut être plus clair.

« Ça m’étonnerait bien fort, nos milieux politiques bamakois n’ont pas encore atteint ce niveau d’élévation, à mon sens ! Le président ne prendra pas un opposant dans les rouages de l’Etat; ce qui est dommage d’ailleurs, car ça aurait été la seule façon d’équilibrer le pouvoir », a commenté un ami journaliste et écrivain. Il ne fait aucun doute que cela aurait eu le mérite d’équilibrer le pouvoir. Mais, il est difficile de ne pas dire que ce serait une cohabitation tout sauf calme, entre un président et son opposant. Quelques exemples, même s’ils sont éloignés de nous, suffisent pour s’en convaincre. En France, il y eut les cohabitations Mitterrand (Parti socialiste)-Chirac (RPR), Chirac (RPR)-Jospin (Parti socialiste). Mitterrand-Chirac, c’était la première fois qu’allaient cohabiter, sous la Ve République en France, un président et un premier ministre de tendances politiques divergentes. La cohabitation IBK-Soumaila n’est pas préparée, et le Mali d’ailleurs n’a pas encore cette culture démocratique.

Keep cool !

Mohamed Ag Erlaf, Soumaila Cissé… ne seraient que les premiers ministres des pisse-copie qui ont enfourché le cheval de la démagogie, de la spéculation, donnant à quelques lascars une belle occasion de s’en prendre à cette presse qui n’a toujours pas le comportement que le lectorat est en droit d’attendre. Une presse qui a atteint un grand niveau d’indécence.

Etre premier ministre, cela reste une affaire de compétences, de choix du président et de chance…et non de personne. Donc, keep cool !

(1) Gouvernement Moussa Mara, ces combines qui étouffent la République, Les Echos, Ogopémo Ouologuem

Boubacar Sangaré

Mali : IBK, un an après…

Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali

Ibrahim Boubacar Keïta, président de la République du Mali.

Le 11 août 2013,  le candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Keïta, a raflé la mise au second tour de la présidentielle avec 77,6 % des suffrages. Un véritable plébiscite, un raz-de-marée qui a achevé de le convaincre de la totale confiance que les Maliens avaient en lui pour desserrer l’étau de la crise sécuritaire et institutionnelle ayant ébranlé le pays. Un an après, où en est la situation sociopolitique au Mali ?

C’est un pays complètement groggy qui a dit oui à Ibrahim Boubacar Keïta il y a un an. Un foireux coup d’Etat, une rébellion armée qui a précipité le passage des trois régions du Nord-Tombouctou, Gao et Kidal- sous le contrôle des hordes de barbares d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine, jetant ATT et son régime sous les feux des médias locaux et étrangers, lesquels s’accordaient à parler d’un pays plongé dans le marais de la corruption, le gouffre d’une vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat, l’absence de justice… Un pays dévasté.

« Le Mali d’abord », c’est le slogan de campagne qui a raffermi l’espoir des Maliens, et les a amenés à voir en IBK celui qui permettra à ce pays de tourner la page sombre de la crise. Et IBK savait mieux que personne que les chantiers sont vastes : éducation, justice, emploi, armée, réconciliation nationale, diplomatie… Autant dire que c’est un pays où tout est à refaire.

Mais vite, ceux qui espéraient que l’élection allait être un coup de baguette magique, ont laissé s’exprimer leur impatience vis-à-vis d’un pouvoir qui sait pourtant qu’il faut du temps pour apaiser 21 mois de chaos et près de 20 ans de laisser-aller.

Arrestation du capitaine Sanogo, l’élection au poste de président de l’Assemblée nationale de Issiaka Sidibé (qui est le beau-père de Karim Keïta), affaire Tomi, candidature de Karim Keïta aux législatives, avion présidentiel… ce sont là quelques événements d’intérêt puissant qui ont marqué l’an I de l’élection d’BK, et qui lui ont valu d’être au centre des critiques plus dans la presse qu’au sein de l’opposition politique. On lui reproche une gestion à la diable de l’Etat, une tendance à l’installation d’une oligarchie. Dans la presse, on en est même arrivé à détourner la Trinité avec l’élection de l’honorable Issiaka Sidibé en « Au nom du père, du fils, et du…beau père ! ». Le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a aussi été détourné en « Ma famille d’abord ! »

Une opposition qui ne veut pas la mettre en veilleuse…

A la différence de ces prédécesseurs, IBK n’a pas à faire à une opposition qui la met en veilleuse et laisse faire. On a souvenance du Mémorandum polémique que le Parena de Tiébilé Dramé a publié sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, lequel a suscité chez les tisserands du RPM des insultes, des réactions vives à destination du parti du bélier blanc. D’aucuns ont décelé dans la réaction du RPM une ignorance du principe selon lequel la politique, comme la pensée, progresse par la critique. Le Parena a récidivé en tenant une conférence de presse donnée par son président, avec comme thème « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? ».

Il y aussi eu la motion de censure introduite à l’A.N par l’opposition pour abattre le gouvernement Moussa Mara. Mais elle n’a pas passé, et nombreux sont ceux qui sont convaincus que c’était une initiative de la majorité présidentielle pour « couillonner » le peuple.

Pour le grand bonheur du régime d’IBK et de la démocratie malienne, il existe une opposition qui surveille, alerte et qui semble dire « Attention, quand il y a dérive, je suis là et je protesterai… »

Même si, et malheureusement, elle plonge le plus souvent dans la passion et les calculs politiciens. Ou du moins en abusant de son statut.

L’inévitable négociation avec les groupes armés du Nord…

On le sait, l’intransigeance dont IBK a fait montre dans ses discours sur la situation au nord du pays lui a valu la sympathie de beaucoup au sein de l’électorat, qui voyait, impuissant, le pays se déglinguer, s’installer dans une menace de partition. C’est donc pour restaurer l’Etat de droit, la stabilité qu’IBK a été élu. Mais celui qui se disait intransigeant vis-à-vis des revendications séparatistes des rébellions MNLA, HCUA…, a été rattrapé par la réalité qui, vue sous toutes ses facettes, indiquait que la négociation est inévitable.

Aujourd’hui, tout le monde le sait, l’avenir du régime d’IBK dépend de l’issue favorable de ces négociations dont la première étape démarrera le 1er septembre à venir à Alger entre le gouvernement et les groupes armés.

Un gouvernement qui mène une vie de bâton de chaise…

En seulement un an, IBK a eu deux premiers ministres : Oumar Tatam Ly et Moussa Mara. Le premier a démissionné à cause d’une cohabitation devenue difficile avec le président dont les camarades du RPM et certains ministres voulaient sa tête. Moussa Mara l’a remplacé à la tête de l’exécutif et se retrouve sous les feux des critiques. Et des rumeurs, qui ne sont jamais anodines, disent qu’il souffle dans l’air des indices de remaniement au sein du gouvernement. Certaines informations vont jusqu’à dire que la Communauté internationale aurait choisi Soumaila Cissé pour diriger l’exécutif…C’est un gouvernement qui vit sous le coup d’une menace de rupture permanente. C’est un gouvernement qui a passé plus de temps à gérer les crises politiques qu’à faire le travail qui lui a été confié. C’est surtout un gouvernement, dont le chef a reçu moins plus de contributions politiques que d’appels demandant son départ.

Cherté de la vie, un préavis de grève du 20 au 22 août prochain déposé par l’UNTM pour réclamer de meilleures conditions de travail et la baisse des tarifs d’eau et d’électricité, gestion des affaires foncières, système éducatif, dialogue de sourds entre majorité et opposition à l’assemblée, gel de l’aide financière de l’institution de Bretton Woods ( FMI) et la Banque mondiale avec comme résultat une économie plombée…voilà des tâches qui, un an après, se dressent comme des épines sur le chemin d’IBK.

Qu’à cela ne tienne, l’espoir est permis.

Boubacar Sangaré

Mali : partira, partira pas ?

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Quatre mois après sa nomination à la tête de l’exécutif, les projecteurs de l’actualité sont braqués sur Moussa Mara. Pas un seul jour ne passe sans qu’on ne parle de lui dans une presse partagée entre ses contempteurs et ses défenseurs. Certains évoquent même son imminent départ de la primature. Partira, partira pas ?

C’était inévitable. Le premier ministre Moussa Mara fait la Une des gazettes au Mali. Il se dit et s’écrit tellement de choses à son propos que l’observateur un tant soit peu averti ressent l’envie de se pincer le nez devant l’impressionnante somme d’articles sur le même sujet. Des articles dans lesquels se trouvent tous les ingrédients d’un récit kafkaïen.

Beaucoup ont jugé Moussa responsable de la dégradation de la situation à Kidal, où l’armée malienne a subi une tannée terrible à l’occasion de sa visite qui a été jugée inopportune, impréparée, visqueuse, et dont les conséquences ont été désastreuses. Les critiques ont fusé. On le disait populiste, dur d’oreille, enclin à la « bravitude ». Nombreux sont ceux qui lui en tiennent encore rigueur. Ils ne lui pardonnent pas de s’être rendu à Kidal.

Mais il n’y a pas que ça. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est qu’au sein du RPM, parti politique d’IBK, certains pontes ont encore du mal à accepter le choix du « boss » d’avoir porté Moussa Mara à la tête de l’exécutif. En choisissant Mara, IBK en a pris plus d’un au dépourvu au sein de son parti, où le souhait le plus partagé était de voir le premier ministre sortir des rangs du parti. Un souhait dont ils n’ont jamais fait mystère, témoin l’acharnement auquel ils ont soumis le premier ministre apolitique Oumar Tatam qui a fini par démissionner. En effet, Tatam Ly, qui a reçu des commentaires bienveillants dans la presse, avait été présenté comme une sorte de gibier capturé au cours d’une battue organisée par des pontes du parti d’IBK, le RMP. Une battue en prévision de laquelle beaucoup de chiens avaient été dressés. Le gibier a donc quitté le bois et a été neutralisé. Après donc sept mois à la tête de l’exécutif, le banquier n’avait pas tardé à établir la différence entre le travail dans une institution financière et celui au sein d’un gouvernement dont certains membres sont tout, sauf un troupeau docile.

Au sein du RPM, après Tatam Ly, on voulait un premier ministre qui soit politique, mais pas n’importe lequel : un des leurs. Et si IBK, encore une fois, est allé à la pêche d’un premier ministre hors des murs de sa famille politique, on est en droit de dire qu’il y a baleine sous le gravier. Certains observateurs y ont décelé une sorte de désaveu d’IBK vis-à-vis de ses camarades du RMP, lesquels, de leur côté, ont parlé d’une entorse à la démocratie.

Aujourd’hui, il existe entre Moussa Mara et certains pontes ou apparatchiks du RPM comme une sorte de guerre froide, qui a fini par migrer dans la presse où les deux camps ont trouvé des « avocats de second ordre ».

Ainsi, dans un récent article « Primature ou mosquée ? », qui contient une bonne dose de naïveté, le journal « La Révélation » s’en prend à Moussa Mara, qui est présenté comme un vulgaire opportuniste, un P.M. inexpérimenté, dont les visites de travail hors de Bamako ont l’allure d’une campagne électorale où il « offre en son propre du sucre, des tee-shirts et des copies du coran aux populations locales ». Un P.M. qu’IBK ne garderait que malgré lui… Autant dire que c’est un article déséquilibré, qui n’a pas demandé plus d’une heure de peine, et dont on se demande si celui qui l’a commis n’est pas un… journaliste alimentaire.

Moussa partira ou ne partira pas ? La question reste posée, et les jours à venir nous édifieront davantage. Mais, une chose est sûre, c’est qu’en se débarrassant de Mara, IBK va prêter le flanc aux critiques et confortera ceux qui ne veulent pas entendre parler d’un départ de Mara, et selon lesquels « IBK a peur que Mara ne lui fasse de l’ombre ».

Bokar Sangaré