Mali : Iss Bill, faire du rap pour qu’on le… réécoute

Iss Bill, Jeune rappeur malien, Photo: RHHM

Iss Bill, Jeune rappeur malien, Photo: RHHM

« X, Y ont tous merdé, qu’est-ce que Y fait à la C.P.I. quand X traîne en R.C.I./Justice, deux poids deux mesures, comme toujours/Est-ce qu’on aura des Lumumba s’il existe encore des Mobutu/Crimes impunis et ils nous parlent de droit/Même les gosses du primaire savent qui a tué Sankara…»

Ces paroles ne sont pas d’un militant du Front populaire ivoirien (FPI). Non, elles sont d’Iss Bill, jeune rappeur malien qui, dans « Rebelle », morceau tiré d’une mixtape intitulée « Les aventures d’IBK », dit de lui-même : « Je suis ingouvernable, fuck ton président/J’ai plus de gars sûrs que François Hollande n’a de partisans/J’suis opposant, mais pas Mariko/Je n’veux pas entrer dans l’histoire en trichant comme Haya Sanogo ».

Paroles travaillées, rap conscient, engagement dans le texte, ce rappeur de 20 ans dénonce dans cet album ces dirigeants pour qui le peuple n’est que « vanité », les crimes contre l’humanité, l’Union africaine, « ces millions par mois pour des putschistes ». Et surtout la guerre en Afrique, singulièrement celle au Mali, qu’il évoque dans les morceaux « Maliba for ever » et « Combien d’fois on va les dénoncer », où il appelle les Maliens à l’union, à « libérer la paix et à enterrer la hache de guerre », évoque les nombreuses morts, les déplacés. « Quand les cœurs ne s’unissent pas, c’est Sheïtan (Satan) qui regale/ Faut pas graver dans l’histoire ce que la vertu condamne/ Ne me parles de charia quand tu pues la haine/ Tu me feras rire comme Oussama Ben Laden.», crie-t-il contre les hordes barbares d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine, qu’il appelle les « imposteurs » qui « ont remplacé la notion de Jihad par fusillade. »

Iss Bill, de son vrai nom Issouf Koné, est venu au Mali de la Côte d’Ivoire en 2012 pour entrer à l’université. Mais, le diplôme du bac en poche, la musique prenant trop d’ascendant, les difficultés financières s’en mêlant, il a fait son deuil des études pour se lancer dans le rap. Au lycée, à Abidjan, l’album « Dans ma bulle » de la rappeuse française d’origine chypriote, Diam’s, qu’il considère comme un grand talent du rap français, l’a beaucoup marqué. Outre qu’il écoutait Oxmo Puchino, IAM, Medine, Kerry James, Tata pound… Enfant, il était turbulent, passe le plus clair de son temps à traîner devant les boîtes de nuit, les maquis, ce qui lui vaudra le surnom de Billy the kid, célèbre hors-la-loi du XIXe siècle. De là « Bill » de son nom d’emprunt « Iss Bill ». Pourquoi avoir abandonné les études pour le rap ? Il répond, un peu hésitant, que « les diplômes, c’est de la façade. Il y a des rappeurs, comme Diam’s, qui n’ont pas de diplômes, mais qui écrivent bien. C’est pas forcément une affaire de diplôme, ça n’a rien à voir. Le rap, c’est une affaire de talent.»

« Y a rappeur et rappeur »

Au Mali, dans ces dernières années, le microcosme du rap a poussé comme un champignon. Le rap est devenu un art un peu prisé, plus qu’il y a une décennie, où celui qui choisissait de faire du rap était logé à la même enseigne que quelqu’un qui a commis un crime de lèse-majesté. Aujourd’hui, admet Iss Bill, « le rap a beaucoup évolué, il y a beaucoup de jeunes qui font des choses impressionnantes, qui ont du talent.» Mais, relativise-t-il, « c’est vrai qu’il y a des dérapages, comme les clashes insupportables qui n’en finissent pas. Et il y a rappeur et rappeur : il y a ceux qui le font parce que les autres le font, et ceux qui le font avec du cœur; ces derniers sont très peu.»

Pour lui, le « clash salit l’image du rap » et il propose à sa place de faire l’egotrip (Un texte est dit egotrip s’il a pour but de flatter son propre ego, de se vanter. Sa forme est souvent plus travaillée que son fond car un texte egotrip est rarement à prendre au premier degré. Ces textes sont souvent constitués de punchlines). « J’peux pas répondre à vos clashs de merde/J’ai trop de choses à dire, et puis c’est pas ça qui nourrit ma fille/Je me bats qu’avec les hommes je vous l’ai dit, et comme j’en vois/Aucun dans l’game », dit-il dans « Rebelle »

C’est un fait, au Mali, les adolescents sont les plus friands du rap, contrairement à aux adultes qui sont pour la plupart d’avis qu’il est inutile et ne vaut pas une heure de peine. « Quand il n’y a que des enfants qui s’y intéressent, c’est que c’est pas intéressant. Mais si c’est des médecins, avocats, écrivains, directeurs, policiers, ça veut dire que ce qu’on fait est bien, comme Mylmo par exemple, que tout le monde aime… », dit Iss Bill avant d’ajouter qu’il écoutait « tout récemment une interview d’Akhaneton de IAM qui disait qu’aujourd’hui des directeurs de sociétés, des types qui ont réussi, viennent lui dire qu’ils l’écoutaient quand ils étaient encore petits. Cela veut dire que ce qu’il faisait est intéressant. »

Sa devise, il la tient de Medi, le rappeur français d’origine algérienne qui a déclaré : « Je fais du rap pas pour qu’on l’écoute, mais pour qu’on le réécoute. » Et quiconque l’écoute se rendra vite compte que Iss Bill est fidèle à cette définition originelle du rap, c’est-à-dire « un coup de gueule », « une expression de la rage », « une voix de ceux qui n’en ont pas ». Ne voulant pas faire de l’art « la recherche exclusive du beau », il veut à travers le rap éveiller les consciences. Avec lui, il va sans dire qu’on est loin de ce rap de niveau bac à sable, que nous servaient il y a quelques mois les clashes dégoulinants d’insanités de jeunes rappeurs maliens. On sait qu’il s’agissait plus de règlements de compte que de prise bec artistique. Que ceux qui pensent que « Les aventures d’IBK » parlent d’Ibrahim Boubacar Keïta se détrompent : il s’agit de Iss Beat Killer (IBK), donc Iss Bill lui-même.

Le jeune rappeur se rebelle : « Et, qu’est ce que ma langue ferait dans ma poche ? C’est pas un objet/…/Trop d’leaders assassinés, trop d’leaders en prison/Pour l’emporter j’suis né, liberté de pression/De circulation comme les électrons/Je vote, j’me trompe, donc fuck les élections». Avec son groupe Bamada City Crew (Groupe d’artistes de rue réunissant rappeurs, graffeurs, DJs, breakdancers… tout ce qui touche à la culture Hip Hop), ils sont en train de préparer un album. En solo, son album, dont « Les aventures d’IBK » est le prélude, sera bientôt mis sur le marché : « Si l’album sort, j’fais un disque d’or ou j’arrête le rap/…/Africa Voice, plus qu’un album contre le système, une rébellion». En attendant l’album « Africa Voice », savourons la mixtape « Les aventures d’IBK ».

Boubacar Sangaré

Boubacar Sangaré

Rap : « Dieu a-t-il oublié les Noirs ? »

Master Soumy, Digalo et Mylmo photo: Bamada-city.com

Master Soumy, Digalo et Mylmo photo: Bamada-city.com

« S’ils viennent activer du feu sur notre terre, c’est qu’ils vivent du sang versé de nos guerres. Mon Afrique crie au secours, douleurs et peines. L’Union africaine financée par l’européenne. Toujours trahie par ses frères, c’est Africa. Thomas Sankara, Lumumba… »

« Ils », c’est « homme blanc », l’Occident, qui est criblé de reproches, mis au banc des accusés dans le single enregistré par trois jeunes rappeurs, trois pointures du rap malien : Master Soumy, Mylmo et Digalo qui se nomme lui-même « la voix d’or ». Pompier pyromane, c’est le titre qu’ils ont choisi.
Les rappeurs accusent l’Occident d’être celui qui allume le feu en Afrique pour venir l’éteindre ensuite. Ils l’accusent d’être responsable des guerres, soulèvements populaires, rébellions et assassinats politiques… qui ont agité, et agitent encore, le continent africain.

« Pompier pyromane ! Tu as poussé Kadhafi dans le dos, étouffé les Libyens, accaparé tout le pétrole de Tripoli/ Tu es entré en Tunisie, a mis de l’huile sur le feu et Ben Ali est parti en marathon/ Depuis que tu es venu au Nord, tu as remonté le MNLA contre nous, sinon au temps de Moussa Traoré nous nous ne négocions pas avec les rebelles/ Tu as mis la peau de banane sous les pieds de Djotodia à Bangui, pompier pyromane, appui des anti-balaka/ Pompier pyromane c’est toi qui a morcelé le Soudan, en amplifiant la tension entre El Béchir et Salva Kir… (traduction libre)»

On voit sans mal que dans ce couplet, le trophée de la déstabilisation est décerné à l’Occident qui, aux yeux des rappeurs, n’est pas étranger à la chute et la mort du Guide de la Jamahiriya libyenne, Khadafi, aux soulèvements populaires qui ont secoué nombre de pays du monde arabe, notamment la Tunisie et l’Egypte, à la rébellion label MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) devenue un caillou dans la chaussure des Maliens…

Cependant, ce single est un couteau à double tranchant. Il n’épargne personne, pas même les Noirs. Les rappeurs reprochent aux Noirs leur aveuglement, leur manque de discernement et de dignité.
Master Soumy décrit les Noirs, les Africains, comme les rois du farniente.

« Question-réponse : Dieu nous (les Noirs) a-t-ils oubliés ? Le Satan a-t-il mis du somnifère dans notre bouillie ? Assez de notre grasse matinée ! Au finish, est-ce que les Noirs (l’Africain) ne sont pas venus pour un reportage ? (Traduction libre) »

Mylmo accuse les Africains d’avoir livré Kadhafi aux Occidentaux :

«  Moi je pensais je voyais clair parce que je portais les lunettes de Kadhafi/ Moi j’ai (Kadhafi) été livré aux Blancs par mes propres frères, preuve que les Noirs portent des lunettes en banco… (traduction libre) »

Il faut le dire, Master Soumy et Mylmo sont deux rappeurs dont la réputation n’est plus à faire, tant ils se sont distingués, ces dernières années, grâce à l’engagement de leurs textes dans lesquels ils s’en prennent avec ironie aussi bien à la société qu’à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. Leurs textes leur ont apporté la sympathie de ceux qui ne sont pas friands de rap, certainement parce qu’ils se sont inscrits dans la dynamique d’un rap conscient, engagé, loin des prises de bec qui ont enflammé ces derniers temps le microcosme du rap malien, englué dans des règlements de comptes fort malheureux.

La « voix d’or » de Digalo interroge autrement :

« Ce sont eux (l’Occident) qui entendent toujours que nous sommes en train de nous entretuer/ Mais l’homme blanc n’aide personne de façon désintéressée/ (…) / C’est pourquoi je me demande si, en Afrique, nous avons une dignité/ C’est pourquoi je me demande si Dieu n’a pas oublié les Noirs (traduction libre) »

« Dieu, as-tu oublié les Noirs ? Les Blancs ont tout fait. Durant toute notre existence nous, nous n’avons pu « créer » que les sorcelleries… »  C’est sur cette note dure à avaler que se termine ce single.

Bokar Sangaré

Mali : quand le rap explose et dérape…

Tata pound: Dixon, Ramsès, Djo Dama photo:  http://rap2lacitedesdieux99.skyrock.com/2346568199-BIOGRAPHIE-DE-TATA-POUND-ACTUALISEE.html

Tata pound: Dixon, Ramsès, Djo Dama photo: http://rap2lacitedesdieux99.skyrock.com/2346568199-BIOGRAPHIE-DE-TATA-POUND-ACTUALISEE.html

Nous sommes en mars 2006. Le trio du groupe de rap Tata Pound, Ramsès, Dixon et Djo Dama, s’apprête à disséminer sur le marché son nouvel opus La « Révolution » . Mais, déjà, le premier tube de l’album, « Monsieur le maire », fait un tabac dans les rues de Bamako, bien qu’il ait été frappé par la censure et interdit de passer à l’ORTM. Le titre dérange, le trio y dénonce sans ménagement la cupidité de certains maires qui, à peine élus, se spécialisent dans la vente illicite et la distribution effrénée de terrains, jetant aux oubliettes les promesses faites aux électeurs. Dans le même registre de la dénonciation, le second titre «Yelèma (le changement)» parle de la vente des sociétés d’Etat, la privatisation de la Régie des chemins de fer, le bradage de l’énergie du Mali, la crise du football malien, l’emploi des jeunes, la santé… Ces deux chansons s’écoutaient à tout bout de champ dans les rues, on s’accordait à dire que les textes portaient un germe de dynamite. Le pouvoir d’ATT était sur la sellette, le groupe ne cessait de recevoir des menaces. Les rappeurs décidèrent alors de tenir une conférence de presse au cours de laquelle ils avaient alerté Amnesty International. Le régime les accusait d’être manipulés ; ils craignaient pour leur vie.

Cet album a marqué un tournant dans le microcosme du rap malien, avec l’engagement qui respire dans les textes, les paroles travaillées. Les jeunes rappeurs de Tata Pound, à l’époque comme toujours, revendiquaient un rap conscient, engagé, qui s’inspire des conditions de vie du bas peuple. Aussi disent-ils qu’ils ont subi l’influence des rappeurs comme I Am, Tupac Amaru Shakur.

De 2006 à nos jours, l’univers du rap malien a poussé comme un champignon, d’autres rappeurs et groupes de rap sont sortis de terre et semblent avoir donné une nouvelle orientation à cette discipline du Hip Hop. Le rap n’était d’ailleurs pas vu d’un bon œil dans une société où le rappeur était considéré comme un raté, quelqu’un qui ne serait jamais rien, qui faisait honte à sa famille et à tout le monde. Après Tata Pound donc, Zion B, Lassi King Massassi, Yeli Fuzo, Kira Kono (Kati), le paysage du rap a explosé avec l’arrivée de Mylmo, Master Soumi, Fuken, Penzy, qui, plus tard, ont formé le groupe Frère de la rue, et les groupes de rap Ghetto K’fry, Génération RR

Mylmo et la ‘’Tata Poundmania’

 

Mylmo N Sahel Photo: maliweb.org

Mylmo N Sahel Photo: maliweb.org

Comme indiqué plus haut, l’opus « La Révolution » a offert au groupe Tata Pound un moment de gloire, et accru son influence dans les couches défavorisées, surtout chez les jeunes, éclairant le pouvoir du rap, et mettant en sourdine les préjugés qui écornaient son image. L’intérêt des jeunes pour le rap a grossi, au grand dam d’un régime corrompu, bancal et autiste. C’est ainsi que, dans les trois dernières années, un rappeur a marché dans le sillage de Tata PoundMylmo.

En plus des politiques, ce dernier vise la société. Dans ses textes, il évoque le quotidien dur des jeunes qui, n’en pouvant plus des quolibets et des remontrances des parents, prennent le chemin de la migration en jurant de ne revenir qu’avec la richesse en poche. Mylmo N Sahel, comme il aime à s’appeler lui-même, parle de tout cela dans son titre « Bandjougou (c’est le nom d’une personne)» où il pointe la vénalité des parents qui violent le droit d’aînesse – sur lequel repose notre société- en étalant leur préférence pour le cadet lorsque celui-ci est plus riche que son frère.

Par ailleurs, dans « Bidenw (les enfants d’aujourd’hui) », il critique les jeunes avec une ironie douce-amère. Il s’en prend à cette jeunesse qu’il dit dévoyée, une jeunesse devenue experte dans l’art de consommer de l’alcool, qui se livre à la débauche, et se fourvoie dans les dédales de la médiocratie. C’est pourquoi ce rappeur, que tous ou presque tiennent en grande estime, est vu comme « La voix des jeunes » dans un pays où les systèmes éducatif, culturel et sportif se désagrègent, les familles se cassent, la société va à la dérive, le piston est plus important que le droit… On peut donc dire que Mylmo fait partie de ces rappeurs qui ont maintenu allumée la flamme d’un rap conscient, éloigné de la prise de bec artistique qui fleurissait sous d’autres latitudes.

Mais le microcosme du rap malien ne va pas lui aussi tarder à avoir ses « Tupac versus Biggie Smalls », ses « Booba VS Sinik ». Le clash, cette modalité du rap, a fait son irruption, et accaparé l’attention du public pour le plus grand bonheur du showbiz malien. C’est un fait, les groupes Ghetto Kafri, Génération RR … ont conduit le clash au Mali, à son apogée. Ils en sont même arrivés à s’affronter dans le clash underground (qui se déroule en direct, les rappeurs s’attaquent en improvisation). De fait, dans le clash, un rappeur prend à partie un autre ou plusieurs rappeurs qui, à leur tour, répondent dans un autre titre. C’est le phénomène auquel nous assistons, effarés et choqués, depuis quelques mois. Des clashes qui dominent la sphère du rap malien, le plus souvent de niveau série B, avec des textes crus et des paroles vulgaires. Les insultes dépassent souvent leur propre personne pour « s’engouffrer dans le pagne de leurs mères », celles-là mêmes qui leur ont donné le jour. Autant dire que c’est un rap qui perd la boule, déraille…

Réplique du duel « Tupac versus Notorious B.I.G », le rap dérape…

« Je ne dis pas que je vais changer le monde, mais je vous garantis que je vais susciter le cerveau qui va changer le monde », a confié Tupac Amaru Shakur (printemps 1996) au magazine Détails. Né à New York en 1971, ce rappeur, poète, activiste et acteur, est mort assassiné le 13 septembre 1996 à Las Vegas. La plupart de ses chansons s’inspiraient de la violence et de la misère dans les ghettos, du racisme et des conflits avec d’autres rappeurs. Il a marqué les esprits par son charisme, son « flow » et ses paroles. Depuis Tupac, la rivalité entre rappeurs, voire producteurs, existent. La rivalité qui a fait le plus de bruit dans le monde du rap est celle ayant opposé Tupac Amaru Shakur à Biggie Smalls, et qui s’est achevée dans un bain de sang. En effet, en 1996, Tupac enregistre Hit’Em up où il déclarait avoir eu des relations sexuelles avec Faith Evan, l’épouse de B.I.G.

En 2001, aux Etats-Unis encore, Jay-Z dans le titre « Takeover » dit qu’il avait couché avec la femme de Nas.

Les clashes qui enflamment l’univers du rap malien actuellement vont au-delà de ces obscénités. Ce sont souvent des paroles qui blessent la pudeur. La plus rude de cette rivalité est celle qui oppose Gaspi, Iba One, Sniper au rappeur Tal B. Il faut relever que Tal B et Iba One ont participé au rayonnement du groupe Génération RR, divisé au final. Proches, hier, en froid aujourd’hui. La toile de fond du conflit ne serait autre que le titre « La Paix » qu’ils devaient chanter ensemble, mais Tal B n’y a plus participé.

Dans son titre « Awo O Keledo », Tal B attaque Iba One :

« Va dire à ton père que sa copine a passé la nuit avec moi. Désormais, appelle-moi Tonton… (Traduction libre) »

Le public est divisé, et a l’attention excitée par ce duel oratoire qui ne fait que commencer. Comme il fallait s’y attendre, IBa One a surgi de son silence en offrant à Tal B et sa mère un morceau pour leur souhaiter « Bonne Fête de Tabaski » (le titre du morceau) :

« … Fils de mendiante, ta mère aurait dû faire de toi un pet. La copine de mon père qui a passé la nuit avec toi n’est autre que ta mère. Si tu passes la nuit avec ta mère, c’est que tu es un baiseur de mère. Un baiseur de mère…. Ta mère a fait trois mariages successifs. Tous les Maliens ont su maintenant que tu es un bâtard. Moi, je suis un fils unique, or toi, les enfants de ta mère ne sont même pas du même père. Il y a des Chinois, des Japonais… Les femmes bénies sont des grandes commerçantes, des grandes teinturières, des bureaucrates. Mais ta mère, elle, passe son temps devant sa table où elle vend de la salade… (Traduction libre)»

Et comme si cela ne suffisait pas, Sniper (Saïbou Coulibaly, son vrai nom) enregistre son titre « Bombe nucléaire » où il assène une sorte de coup de grâce à Tal B :

« Dis à ta mère de cesser de vendre de la salade. Qu’elle vienne pour que le chien de Gaspi la baise et lui donne de l’argent. (Traduction libre) »

Ce sont là des clashes que ne veulent pas entendre des passants dans la rue. Ils se bouchent les oreilles. Des clashes qui sont à deux doigts d’être une cicatrice sur la face du rap malien. C’est vraiment à désespérer d’une jeunesse dont les vrais combats sont ailleurs. Le rap malien n’a ni besoin d’un clash de niveau bac à sable, ni d’un rappeur dont le seul truc consiste à proférer des insanités. Il est donc raisonnable que ces rappeurs se ressaisissent. Il y va de l’intérêt de tous.

Boubacar Sangaré