Mali: le MNLA et la comédie des négociations

Moussa Ag Assarid, credit: maliweb.org

Moussa Ag Assarid, credit: maliweb.org

Une comédie écrite par la communauté internationale, mise en scène par l’Algérie et dans laquelle l’Etat malien et les groupuscules armés ont eu un rôle qu’ils ont d’ailleurs bien interprété, pour reprendre K. Selim, l’éditorialiste vedette du Quotidien d’Oran, qui disait la même chose à propos des négociations Israélo-palestiniennes. Voilà ce qu’on pourrait dire des négociations entre le Mali et les groupes rebelles armés, qui, un temps reprises, viennent d’être une nouvelle fois suspendues. Au régionalisme que le gouvernement malien a proposé et qui a d’ailleurs fait l’objet d’un massif rejet au sein de l’opposition politique, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui dans ses rangs compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad », oppose le Fédéralisme, conduisant ainsi à un blocage qui ne dit pas son nom, et qui est le signe manifeste que la machine de la médiation internationale dirigée par l’Algérie s’est grippée.

Ceux qui avaient espoir que de cette 3e phase des négociations de paix sortirait un préaccord qui permettra au Mali de surgir des cendres de la crise vont rester sur leur faim.

Il y a qu’au Nord du Mali, le temps n’est jamais un allié pour l’Etat malien qui y est remplacé pour le maintien de sécurité par les forces internationales, qui sont en train de payer le lourd tribut à cette guerre. Mais il y a surtout que la coordination des groupes politico-armés, le MNLA en tête, sont en train de jouer un jeu trouble. Les mouvements de cette coalition sont dans une démarche trouble.

On le sait, il y a presque deux mois, il était admis par tous ou presque que les signatures de l’accord préliminaire de Ouagadougou et de la feuille de route des pourparlers enterrent toute revendication « fédéraliste », « autonomiste », « indépendantiste ». Ce qui, alors, avait généré un sentiment de déception chez les militants indépendantistes.

« Après deux ans et demi de conflit, voilà donc le « gâchis », aux yeux de la majorité des Touaregs, au nom desquels la rébellion a été menée, comme l’affirmaient naguère les groupes armés du nord. La jeunesse touarègue, cette frange de la population connectée aux réseaux sociaux, parfois manipulée et instrumentalisée, à des fins de figuration sympathisante vis-à-vis des groupes armés, est désormais révoltée par la tournure que les négociations ont prise à Alger : au lendemain de la sortie de la feuille de route, ces jeunes se sont sentis « trahis », « vendus » « leurrés »… comme on a pu le lire sur leurs pages Facebook et autres Twitter.», avait écrit le journaliste Intagrist El Ansari. Mais, faut-il le rappeler, cela n’a pas empêché la soi-disant société civile de l’Azawad de parler de « Fédéralisme » à Alger lors des auditions.

 

Voilà pourquoi il y a matière à sourire de colère et d’incompréhension à voir les groupuscules rebelles armés parler encore de « Fédéralisme ». Tout cela appelle un constat. C’est-à-dire que la présence de Moussa Ag Assarid à Alger est tout sauf anodine, et illustre de manière voyante que le MNLA, surtout, joue un jeu trouble. Il n’y a pas très longtemps, cet énergumène n’était plus en odeur de sainteté auprès du mouvement à cause de ses prises de position qui, parfois, frôlent l’extravagance. Au point qu’il avait été remplacé dans son rôle de porte-parole à l’étranger du mouvement par son compère Moussa Ag Attaher. Par ailleurs, le fait que le MNLA n’ait pas décrété déviants les agissements récents de Moussa Ag Assarid n’est pas neutre. On a aujourd’hui la preuve que les agissements de Assarid n’étaient pas individuels, et qu’ils révèlent le fond de la pensée du mouvement. De fait, Moussa Ag Assarid a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en avait aucune. Il n’y a eu aucune déclaration du MNLA pour prendre ses distances avec le comportement de Moussa. Et on dira ce qu’on voudra, mais Moussa Ag Assarid est l’initiateur de cette démarche maximaliste que les groupuscules rebelles ont adoptée.

La reprise des négociations est prévue pour janvier 2015. Cependant, on a déjà comme le sentiment que, malgré les étapes franchies, Alger, c’est du vent ! L’expression est un peu forte, mais c’est comme cela.

Boubacar Sangaré

Mali : mouvements armés-société civile, deux voix … deux postures ?

 

Des femmes manifestant à kidal, photo: koulouba.com

Des femmes manifestant à Kidal, photo: koulouba.com

Aux discussions d’Alger, les auditions de la société civile ont pris fin. Cette séquence, qui a vu se succéder à la tribune des représentants des populations, a ouvert un boulevard à certains « pour diaboliser le Mali avec un réquisitoire terrible pour justifier au moins une autonomie.» En attendant l’entrée dans les négociations directes avec l’Etat malien, les six mouvements armés cherchent à accorder leurs violons sur leurs revendications politiques. Alors qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont d’avis que la question de l’autonomie ou de l’indépendance des trois régions du nord du Mali est renvoyée aux calendes grecques, des voix dans la société civile l’ont fait émerger au cours de ces auditions. Il faut relever qu’il s’agit surtout de la société civile de la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA dissident), qui, dans ses rangs, compte « des activistes de l’indépendance de l’Azawad ». Des « aza-rêveurs », pour parler comme certains internautes.

On le sait, l’accord préliminaire de Ouagadougou signé en 2013, la signature de la feuille de route balisant les thèmes de discussions des négociations…n’ont pas plus été qu’une douche écossaise pour certains militants de l’indépendance de l’Azawad. En effet,  dans ces documents, les mouvements signataires renonçaient définitivement à toute revendication « indépendantiste », « autonomiste » ou « fédéraliste ». Ces revendications étaient de facto exclues des négociations. Avec l’accord de Ouagadougou surtout, les groupes rebelles ont reconnu ouvertement l’intégrité territoriale de l’Etat malien. Des concessions qui ont désillusionné plus d’un à Kidal, où l’on n’a même pas hésité à parler « de trahison ». C’est donc dire combien il peut paraître « effrayant » d’entendre des représentants de la société civile de ces groupes armés parler d’indépendance, de rêver d’Azawad !

 

Adam Thiam, éditorialiste au  Républicain, écrit que cette question de l’indépendance ou de la large autonomie était close dès lors que les groupes armés ont signé l’accord préliminaire de Ouagadougou qui les engage à reconnaître l’intégrité et la souveraineté de l’Etat malien. Avant de conclure que « Si ce n’est pas de la surenchère, il faudra se garder de chanter victoire trop tôt. Si c’est de la surenchère, on peut se demander pourquoi la communauté internationale cosignataire de l’accord intérimaire laisse remettre en cause à Alger ce qui était acquis à Ouaga. » Il est clair que dans l’opinion publique, dans les hautes sphères de l’Etat, on veut faire comme Adam Thiam, c’est-à-dire opposer une sourde oreille à ces voix de crécelle. Mais il faut rester vigilant, parce que si les populations, au nom desquelles ces groupes rebelles prétendent avoir pris les armes, continuent à entonner les mêmes chants indépendantistes, c’est que les groupes rebelles eux aussi, quelque part, ont de la peine à mettre leur projet autonomiste au placard. A croire qu’ils n’ont jamais révélé leurs vraies intentions.

Opposer une sourde oreille aux  voix de crécelle

Oui, il faut être d’accord avec Adam Thiam qu’il y a des ambigüités dans les discussions d’Alger. Oui, la coordination des groupes politico-armés de l’Azawad et leur société civile, ce sont deux voix et deux postures. Pour autant, il faut maintenir les clignotants allumés, et se dire qu’il y a quelque chose d’inquiétant dans l’attitude de ces groupes armés vis-à-vis d’un évènement récent et d’un comportement qu’ils n’ont pas décrété déviant. Il s’agit de cette affaire d’ambassade de l’Etat de l’Azawad qui n’est rien de moins qu’une manipulation bien menée de Moussa Ag Assarid. Il a réussi à provoquer le buzz avec cette pseudo ambassade de l’Etat de l’Azawad aux Pays-Bas, qui a suscité une levée de boucliers, donnant ainsi de l’importance à quelque chose qui n’en valait pas la peine. Certains diront que c’est peut-être une erreur qu’aura faite Moussa Ag Assarid que de se produire dans ce cadre-là. Mais il est clair que ses agissements, tant qu’ils ne sont pas dénoncés par le MNLA, ne sont pas individuels et révèlent le fond de la pensée du mouvement.

C’est dans la capitale algérienne que se déroule l’évènement le plus significatif pour des milliers de Maliens et de Maliennes. Mais quelque part dans le monde, en Hollande surtout, des faquins comme Moussa Ag Assarid, dans leur pantalonnade continue de la ramener, au nom du MNLA. Il poursuit son interminable comédie qui lui permet de …voyager.

Boubacar Sangaré

Mali: non, au Nord il n’y a pas que ceux qui veulent d’Azawad!

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

les groupes rebelles à Alger, Photo: maliweb.org

Ce lundi 1er septembre, le second round des négociations entre les groupes rebelles armés et le gouvernement malien doit démarrer à Alger. Il s’agira pour les deux parties d’engager un dialogue débarrassé de tout faux-fuyant, qui conduira à un accord global et définitif. Un accord qui sonnera l’épilogue d’une crise sécuritaire qui aura rendu groggy tous ou presque. Il ne fait aucun doute que, partout dans le pays, l’on dédiera une attention sans pareille à ces pourparlers, attendus depuis bientôt un an. Rares sont ceux qui contestent que c’est aussi l’avenir du régime d’IBK qui est en filigrane de ces négociations.

La semaine dernière, une rencontre dite « des mouvements de l’Azawad » a eu lieu à Ouagadougou. En sortant, les groupes armés présents ont fait une déclaration. Ces « mouvements politico-militaires » ont uni leur voix pour demander « un statut politique et juridique pour l’azawad ». C’était le point nodal de cette rencontre.

C’est un fait, le groupe indépendantiste MNLA et ses émules HCUA, MAA & consorts ont ressorti toutes sortes de discours au sujet du Nord du Mali. Le septentrion a été présenté comme absent ou exclu de la considération du pouvoir politique central de Bamako. Dans la surenchère verbale, les groupes armés ont même accusé le pouvoir d’avoir sciemment maintenu le Nord dans le sous-développement. Ils prétendent que les peuples sahariens, peuls, sonrhaï, Touareg, Arabes…devenus, dans leurs bouches, le « peuple de l’Azawad/Nord du Mali » mènerait « depuis plus de 50 ans la lutte pour donner à l’Azawad un statut spécifique, conforme à ses réalités géographiques, économiques, sécuritaires, sociales et culturelles… »

Cette manière de présenter les choses est inacceptable. L’appellation « peuple de l’Azawad/Nord Mali » n’est que pure invention de leur part, une invention dangereuse. En tenant de tels propos, ces groupuscules nient le droit d’exister aux populations septentrionales. Ils les privent de leur droit à décider d’eux-mêmes, à choisir pour eux-mêmes…

Depuis 50 ans, les populations peuls, sonrhaïs, une immense majorité des touareg et arabes se voient classer, par ceux qui prennent les armes, dans un ensemble dans lequel ils ne se reconnaissent pas, et avec quel ils n’ont rien à voir. Dire cela, c’est être de ceux qui ne refusent pas de voir.

On peut prendre les armes et sombrer dans le marais du gangstérisme, du banditisme. On peut du jour au lendemain donner un caractère politique à ce qui n’était au départ qu’un soulèvement ethnique dû à une rivalité tribale – car c’était cela, qu’on le veuille ou non. On a le droit de chercher à se trouver des « amis » chez les puissants ; et pour des raisons plus ou moins morales on peut en trouver. Mais personne n’a le droit, quelque soit le degré de gangstérisme atteint, de parler au nom de populations qui ne se reconnaissent pas dans les discours tenus.

Des « amis » puissants peuvent aider, mais cela ne change rien au fait que ce genre de combat n’est composé que de surenchère démagogique et identitaire. Tôt ou tard, ces Peuls, Touareg, Arabes, Sonrhaï, toutes les populations qui ne se reconnaissent pas dans ce prétendu ensemble « Azawad/Nord Mali » vont se décider à dire basta !

Partout au Mali, la corruption, le péculat, l’injustice sociale, le népotisme, la politique de démission des tenants du pouvoir sont, chaque jour, une composante naturelle de la vie du peuple. Partout, de Kayes à Kidal, ces tristes réalités sont vécues, au quotidien, par les millions de Maliens et de Maliennes qui se battent, sans retenue, pour survivre. Si au Nord, comme partout ailleurs dans les autres régions, la plupart des communautés n’ont jamais pris les armes contre l’Etat malien, ce n’est pas parce qu’elles somnolent dans leur misère. Non, loin de là ! Au contraire, elles savent mieux que personne que le Nord, ce ne sont que des immensités dont les arbres, la plupart couverts d’épines, le sable, les eaux… se disputent le contrôle. Elles le savent, mais n’en font pas un problème. Elles sont assez sages pour savoir que prendre les armes et former un groupe de merde n’a jamais apporté le bien être aux populations au nom desquelles il prétend parler !

Boubacar Sangaré

Mali : Le fatidique choix du dialogue avec les groupes rebelles armés

Les groupes rebelles aux négociations de Ouagadougou Photo: Maliwab.net

Les groupes rebelles aux négociations de Ouagadougou Photo: Maliwab.net

Le gouvernement malien s’est engagé à parler avec les groupes rebelles armés du Nord le langage du dialogue. Une posture fidèle à celle adoptée par les précédents régimes ayant eu à affronter des rebellions. Mais celui d’IBK veut, avant tout, passer au crible les accords de paix passés afin d’éviter une fâcheuse rechute.

Voilà quatre mois que les négociations entre le gouvernement malien et les groupes rebelles armés du Nord sont à l’arrêt. C’est pour préparer la reprise du dialogue qu’avec l’accompagnement de la MINUSMA, le gouvernement a tenu, jeudi et vendredi derniers, des rencontres pour traiter de la question du cantonnement, du processus de démobilisation, du désarmement et réinsertion, la réinstallation de l’administration et des services sociaux dans les trois régions du Nord Tombouctou, Gao, Kidal. Ensuite viendra le temps des pourparlers inclusifs qui réuniront les groupes rebelles (Mouvement Nationale de Libération de l’Azawad, Mouvement Arabe de l’Azawad, Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad ), le gouvernement et la société civile.

Il n’y a indéniablement pas lieu de s’étonner ou de s’offusquer, inutile d’être sorcier pour savoir que la solution aux rebellions armées sortira des tables des négociations. Les différents gouvernements ont toujours privilégié le dialogue, respectant une sagesse bien de chez nous :

« la guerre est inefficace là ou le dialogue échoue. »

Tout comme il est clair que plusieurs facteurs dépossèdent le gouvernement d’autre choix que le dialogue, dont le plus important est le fait que les communautés touareg et arabe – dont sont issus les groupes armés- sont aussi fondatrices de l’état républicain du Mali ayant vu le jour le 22 septembre 1960. Ensuite, parce que la méthode musclée employée par la première république n’a pas été efficace pour contrer la machine des rebellions récurrentes au Nord du Mali; une zone déjà bien instable à cause des affrontements entre tribus touareg : Ifoghas, Oulimidaines, Kel Antassar, Kel Air, Kel Ahagars, Regueibats, Imghads… A l’époque, la première république s’était assigné l’objectif d’apporter une solution aux affrontements, en passant, d’abord et avant tout, par l’élimination de « la féodalité en généralisant l’éducation universelle et républicaine », l’introduction d’un « mode électoral démocratique comme seul et unique moyen de désignation des chefs de tribus et de fractions. » Le régime de Modibo Keita n’a pas pu conduire à terme ce programme politique.

Mais cela n’est pas anodin, et prouve à qui veut comprendre que les gouvernements maliens ont été toujours partisans de la solution politique. Ce qui a d’ailleurs conduit à des accords de paix qui n’ont jamais atténué la souffrance des populations, et réglé les difficultés qui ont toujours engendré des mouvements de violences dans cette partie du pays. Les vrais déterminants des rebellions, à savoir l’affaiblissement du pouvoir central politique, et l’aggravation des conditions économiques des populations, n’ont jamais été traités comme il se devait. Ce sont là les véritables raisons de ces rebellions qui, à force de manipulations, reprennent à leur compte des revendications d’indépendance, vieilles de plus de 60 ans, qui remontent à l’époque de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS), que la France souhaitait créer « pour récupérer les régions sahariennes de plusieurs pays ( Niger, Mali, Algérie, Soudan) afin de maintenir son contrôle sur les ressources qu’elles abritent (1)» C’est dans cette logique que s’inscrit la démarche de la rébellion du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) qui, comme toutes les autres rébellions, a aussi, à n’en plus finir, agité l’argument facile de la marginalisation du Nord du Mali.

En décidant de s’engager dans les négociations avec les groupes rebelles armés, le gouvernement malien relance aussi les débats sur les différents accords passés qui se sont avérés infructueux.

Les défectueux accords de paix du passé

Lorsque Iyad Ag Ghali, membre de la puissante tribu des Ifoghas, a pris le chemin des maquis à la tête du Mouvement Unifié de l’Azawad (MUA), en 1990, avec d’autres groupes tels que Front Populaire de Libération de l’Azawad ( des tribus Chamen et Amas), l’Armée révolutionnaire de Libération de l’Azawad ( des Imrads), le Front Islamique Arabe de l’Azawad ( des Arabes Kounta et Maures), le gouvernement, ne cherchant que la cessation des hostilités, a signé le 11 avril 1992 « le Pacte National ». Un accord qui fait le black-out sur les véritables causes du manque de développement économique et social : manque d’éducation, féodalité, mauvaise gestion des ressources de l’Etat, absence de projet politique de développement. La mise en place de « fonds spéciaux », le « changement des missions dévolues à l’armée », stipulés par l’accord, ont achevé d’entériner un transfert des responsabilités de l’Etat aux groupes rebelles, créant une poignée de privilégiés, laissant les populations dans la pauvreté et la désespérance.

Le même scenario s’est produit avec l’ « Accord d’Alger » du 04 juillet 2006, que le gouvernement de l’époque a signé lorsque les officiers supérieurs Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga avaient allumé la mèche d’une rébellion et créé l’Alliance pour la Démocratie et le changement (ADC).

Les leçons que les populations du Nord ont tirées du « Pacte National » et des « Accords d’Alger » ont été que pour faire partie de la catégorie des privilégiés, il faut prendre le chemin de la rébellion.

C’est pourquoi, le régime d’IBK en optant, encore une fois, pour le dialogue doit faire preuve de prudence extrême. Il doit placer au centre des négociations les principales préoccupations de toutes les populations du Nord : multiplication des points d’accès à l’éducation, à la santé, la protection des populations, la présence de l’armée, promotion de la formation professionnelle…

Cela posé, il reste à ajouter que le bilan, catastrophique, des négociations antérieures doit engager le gouvernement malien à prendre conscience que les revendications des rébellions, actuelles et passées, ne prennent pas en compte les préoccupations de toutes les populations du Nord. Et que ces négociations n’ont, à la vérité, servi qu’à sauver la mise aux maitres d’œuvre des rébellions et leur clique : les premiers avaient des promotions, les seconds étaient intégrés ou réintégrés dans l’armée nationale. Cependant que les vraies aspirations des populations restaient sans réponses. Ces populations au nom desquelles ils prétendent prendre les armes, mais qui ne les ont jamais mandatés ! C’est là que s’impose le besoin de préciser qu’il faut éviter l’amalgame en n’assimilant pas la population touareg aux rebelles du MNLA.

(1) Cahier spécial, La crise au Mali : Recueils de contributions, décembre 2012

Boubacar Sangaré