La vie, trop chère pour que tout le monde y ait droit ?

Cette question est posée par une voix qui s’impose en permanence à mon attention. C’était il y a quelques semaines, dans un une Agence de Communication où je suivais, en tant que journaliste et blogueur une formation, destinée à nous apprendre à couvrir une élection. Dans les échanges avec un journaliste, un vrai, un pro – qui sert à l’O.R.T.M, j’ai entendu dire que « la vie est trop chère ; tout le monde ne doit pas y avoir droit ». Il disait cela avec hardiesse, comme s’il méritait de vivre plus que les autres, comme si lui seul suffisait à faire du monde ce qu’il est. Avant d’en arriver là, il avait longuement pinaillé sur ses relations avec son premier né, dont il disait qu’il ne vaut rien et qu’il avait renvoyé lorsque celui-ci – étudiant en droit, avait redoublé en Licence.

« C’est grâce à mon diplôme que je te nourris aujourd’hui. Et tu ne mettras pas les pieds chez moi tant que tu n’as pas la Licence », aurait-il dit à l’enfant à qui il venait de signifier son congé.

L’homme était autoritaire dans le vocabulaire, ne laissait personne parler, avait son mot à dire sur tous les sujets et se livrait à un véritable procès de la jeunesse d’aujourd’hui. La jeunesse, il l’a vraiment chargée.

« C’est vous, les jeunes, qui avez entrainé ce pays dans le naufrage. Par vos comportements. Dans les Facultés, à part la grève, vous savez faire quoi d’autres ? Je parie qu’aucun d’entre vous, ici, ne peut m’affronter dans un débat sans assassiner le français. Vous avez renversé ce pays », a t-il fait entendre devant le sourire narquois de mes amis blogueurs Boukary Konaté et Seydou Bah.

Boukary voulait réagir, mais n’a pas eu le temps car « notre ami », qui venait de trouver là une occasion de vomir tout le fiel qu’il avait contre la jeunesse, l’avait pris de vitesse. Il s’est laissé aller à dire que la jeunesse ne sait ni ce que vaut la vie, ni pourquoi elle vit. Qu’elle n’est qu’un ramassis de viveurs et de viveuses. Il a parlé de la grève parce qu’il a saisi des bribes d’une conversation que je venais d’avoir avec un ami au téléphone, qui m’a dit que l’AEEM a décrété 72 heures de grève, en plein examen de fin d’année, en réaction à la répression d’une manif des étudiants de la Médecine, de la Pharmacie et d’Odontostomatologie.

Finalement, l’envie d’exprimer une objection qui nous brulait s’est muée en résignation, en repli sur soi et nous n’attendions qu’il dise, pour forcer la note, que « les jeunes d’aujourd’hui, c’est du pareil au même. Le seul parmi eux qui était bon est mort en naissant. » Oui, je sais, cette phrase fait penser à une autre, lancée par Ramatoulaye, dans Les Bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane :

« Moi, je ne connais aucun Toubab ! Ils sont tous pareils. Le seul qui était bon est mort en naissant. »

Il va sans dire que c’est malheureux pour la jeunesse. Le malheur pour elle, ce n’est pas seulement de se savoir abandonnée, rabrouée, honnie, vouée aux gémonies, mais aussi de réaliser qu’il y ait des gens qui pensent qu’elle est irrémédiable, irrattrapable. Personnellement, j’étais outré par ces propos qui dénotent le cynisme. Plus révoltant encore, c’est qu’ils sont d’un journaliste, une personne qui exerce un métier qui a vocation d’éveiller, surtout, les consciences. Dire que tout le monde ne doit pas avoir droit à la vie est, à mes yeux, la preuve la plus éclatante de l’irréflexion qui, seule, peut inspirer pareille idée en déphasage avec les convenances. Et tout au long de la formation – qui a duré 5 jours, le journaliste en question a brillé par sa célérité à pérorer sur tous les sujets.

Ainsi, un jour, à propos de la présidentielle, il a parlé d’une victoire de IBK dès le premier tour, et de l’alliance de Dramane Dembélé avec ce dernier. Pour lui, Dramane Dembélé sait la direction dans laquelle souffle le vent et, poursuit-il, s’il veut faire long feu en politique, il doit suivre IBK, marcher dans son sillage sans chercher à bruler les étapes : IBK a d’abord été conseiller du fonds européen de développement, premier ministre, président de l’Assemblée nationale, député. Je reconnais que la suite des évènements lui a peu ou prou donné raison, mais cela ne l’absout point. De plus, à propos de la réélection de Barack Obama, il a affirmé que les américains n’ont fait là que tromper les consciences, que c’est une grande leçon de démocratie, mais que ce sera la première et la dernière fois qu’un noir sera le locataire de La Maison Blanche, tout en ajoutant qu’Obama est le seul président américain qui ne soit pas d’origine juive.
Boubacar Sangaré

L’O.R.T.M, le carrefour des jeunes et une attente ennuyeuse

 

ORTM, photo credit (ortm en direct .mali

ORTM, photo credit (ortm en direct .mali)

Samedi. Une pluie matinale a arrosé bien des endroits de la capitale, mais le soleil qui commence à poindre fait craindre une journée de chaleur insupportable. Sur la route qui passe devant le carrefour des jeunes (espace culturel), des paquets humains s’agitent, le bruit du moteur des véhicules indique qu’il est l’heure de se dégager du lit à ceux qui, blottis dans leur couverture, s’apprêtent à dormir le reste de leur sommeil. Début de journée à Bamako.

 

Dès que j’ai franchi le seuil de la première porte du carrefour des jeunes, mes yeux ont croisés ceux d’un jeune homme, assis sous le hangar qui sert de parking payant. « C’est pour la conférence de presse ? D’accord, gare la moto ici ! », m’a-t-il dit en me tendant un ticket dont je me suis emparé et qui indique que, pour récupérer ma moto plus tard, j’aurai à payer 100 francs. Phénomène irritant mais banal dans nombre de services, privés compris, où les usagers motorisés se voient à tout de champ remettre un ticket par un  »Parker  » venu d’on ne sait où et qui n’a aucune frousse de dire à toute personne rebelle à cette décision de chercher où parquer sa moto, quitte à la mettre à la merci des voleurs. Parmi ceux qui font le  » Parker », il y en a qui sont des jeunes chômeurs, paumés et aigris, toujours prêts à distribuer des propos désagréables.

Retournons au carrefour des jeunes. La conférence de presse que je dois couvrir est prévue pour 9h. Il est 8 h, et sous le hangar où l’événement se tiendra, les chaises sont encore inoccupées. L’ambiance est triste, on se serait cru le premier jour du mois de Ramadan. Les feuilles des arbres bruissent, tombent et voltigent au gré d’un vent léger et frais. J’ai promené en vain mon regard de rapace sur tous les endroits de la cour pour repérer un confrère, histoire d’agiter les idées sur l’actualité.

 

Des deux baffles s’échappe la voix de musiciens en mal de célébrité, qui me sont inconnus, mais qu’il faut poliment remercier d’avoir chanté pour la paix au Mali. La paix! La paix! La paix! Elle est -et a toujours été- au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes.

 

J’ai vu arriver des membres et sympathisants du parti Rassemblement pour le développement du Mali (R.P.D.M) dont le numéro un n’est personne d’autre que Cheick Modibo Diarra, l’ex-chef du gouvernement de transition. On se souvient qu’il a été poussé à la démission… Une ribambelle de jeunes, des confrères servant qui à Info Matin, qui à Le Républicain. Chacun a pris racine sur une chaise libre. Des bruits montent, des rires éclatent. On attend. Qui? Je ne sais pas, mais on nous fait attendre des minutes et des minutes. Pourtant les conférenciers sont là, et attendent qu’on les invite à occuper leur place. L’attente a été longue, si longue que des mécontentements ont commencé à se manifester.  » Nous nous excusons auprès de tous, si la conférence n’a toujours pas commencé, c’est parce que nous attendons l’O.R.T.M (Office de radiodiffusion télévision du Mali. Toutes nos excuses, vraiment.« , s’est désolé un organisateur. C’est vraiment le bouquet! Faire attendre tous ces gens au seul motif que l’équipe de reportage de l’O.R.T.M est en retard, et oublier qu’il n’est pas sur qu’elle soit là. Et il faut se poser la question de savoir depuis quand la tenue d’un événement de quelque type est suspendue à la présence d’une équipe de reportage de l’O.R.T.M.

 

Comme il fallait s’y attendre, les journalistes de l’O.R.T.M, ne sont pas venus. Les conférenciers sont passés aux choses sérieuses. Mais nous avons quand même attendu. Le journalisme peut parfois amener à subir des situations aussi déprimantes…

Boubacar Sangare