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Mali : ni Azawad, ni autonomie, ni indépendance…

photo: springtimeofnations.blogspot.com

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Dans la vie d’une nation, il est des moments où tout va mal, tout, et tout le monde s’en rend compte, du plus vieux au dernier-né, générant ainsi une sorte de « panique au pays » qui profite aux prophètes de malheur de tout poil. La période que le Mali traverse depuis longtemps maintenant ne fait pas exception. C’est une sorte de période ‘’roman’’, faite de péripéties terribles pour tout un peuple offensé dans sa dignité, son amour-propre, et à qui on a pu éviter de sombrer dans le pessimisme, d’acquérir un état d’esprit sceptique qui lui fait croire chaque jour davantage à la Nakba, oui, c’est le terme, car comment qualifier autrement la partition d’un pays ?

La situation du Mali, c’est un fait, ne porte pas à l’optimisme. Nous connaissons le pouvoir malien, nous le savons d’une faiblesse vertigineuse qui le rend incapable de décisions précises- c’était le cas jusqu’à maintenant- concernant la question du nord du pays où sa voix ne porte plus, son autorité s’est effritée au moment où l’armée nationale y a cédé devant l’implacable rouleau compresseur des groupes rebelles armés MNLA, HCUA, MAA…, dont les drapeaux flottent, outre Kidal, sur Djebock, à 45 km de Gao, sur Ber, à 53 km de Tombouctou. Inutile de dire que le statu quo au nord frise l’inacceptable, et que celui Sud n’en demeure pas moins une raison pour retirer sa confiance aux détenteurs actuels des leviers du pouvoir. Parce qu’il y a eu un vote, un plébiscite, avec 77 % des suffrages exprimés pour IBK, pour restaurer l’ordre politique et l’Etat. Un Etat solide, comme jamais il n’a été, qui n’aura aucune commune mesure avec celui que nous avons maintenant, compartimenté, coupé en deux, avec une partie qui semble couler comme de l’eau entre les doigts du pouvoir.

La presse locale parle, tous les jours, et dans tous les sens, des pourparlers inclusifs qui démarreront à Alger le 16 juillet prochain, entre le gouvernement malien et les groupes rebelles armés (HCUA, MNLA, MAA…) et d’autodéfense. C’est une presse qui est vent debout, qui s’interroge sans cesse par rapport à cette question des négociations, et, plus important encore, s’avance jusqu’à placer le président Keïta au centre des critiques, lui reprochant une gestion de l’Etat, à la diable, d’une opacité rare, dénonçant la mise sur pied d’une oligarchie. Au point que le slogan de campagne « Le Mali d’abord ! » a été détourné en « La famille d’abord ! ».

Force est de constater qu’au Mali, la presse fait plus de politique que la politique elle-même qui, à propos des pourparlers, s’est installée jusqu’ici dans le mutisme. Il aura fallu que le Parena, et oui, encore ce parti, on se souvient du mémorandum polémique sur les sept premiers mois du quinquennat du président de la République, au grand soulagement de beaucoup, ne brise la glace lors de sa conférence de presse donnée le samedi dernier par son président sur la « Situation politique nationale : comment sortir de l’impasse ? » Le parti du bélier blanc propose la réunion d’ « une Table ronde majorité/opposition élargie aux autres forces vives du pays pour élaborer une Plateforme et une vision malienne qui seront défendues par les négociateurs du gouvernement » et « l’élection des gouverneurs de toutes les régions du Mali par des assemblées régionales élues à la proportionnelle et disposant de réelles compétences dans le cadre du principe démocratique de la libre administration des collectivités territoriales ».

Bien entendu, la perspective de la tenue des pourparlers à Alger n’a pas laissé l’opinion indifférente. Elle vaut aujourd’hui à ce pays d’être criblé de reproches, d’accusations qui ne sont pas gratuites pour la plupart. C’est vrai, il est impossible de garder la tête froide à la veille de ces négociations, surtout après la lecture du « document de projet d’institutions pour un statut particulier de l’Azawad », signé respectivement par Bilal Ag Achérif, Alghabass Ag Intallah et Sidi Ibrahim Ould Sidati. Dans ce document, dont la presse s’est fait l’écho, il est parlé de doter l’Azawad d’institutions, ce qui débouche sur « une collectivité qui remplacera Tombouctou, Gao, Kidal et leurs cercles » avec une autonomie de gestion.

Les groupes armés ne méritent pas d’être autorisés, mais ils font partie du champ médiatique national et international. Que le gouvernement malien accepte de négocier avec eux, qu’on le veuille ou non, ne doit pas jeter aux mites ces différentes interrogations:

Une autonomie pour faire quoi ? Pour faire bande à part dans un pays qui craque de partout, dans un pays où la démocratie et l’Etat de droit constituent encore un problème de fond ? Une autonomie parce qu’il s’agit d’une région qui révèle de potentiels extractifs en minerais, pétrole, gaz, gisements de terres rares, etc. Une autonomie parce que la communauté et quelques idiots spécialisés ou spécialistes ès charabia ont été assez dupes de croire à ce discours séparatiste selon lequel le Nord a été sciemment maintenu dans le sous-développement ?

Alors qu’on sait pertinemment qu’au Mali, de Kayes à Kidal, les systèmes éducatif, culturel… se désagrègent. Partout, c’était la même politique de démission qui a été menée. Et si les groupes rebelles pensent qu’avec l’autonomie ils pourront relever seuls ces défis, c’est qu’ils sont politiquement immatures.

Enfin, pour finir, le MNLA n’est, et n’a toujours été qu’un groupe Facebook, avec un projet constitué par des étrangers. Ce groupe armé n’est constitué que d’une poignée d’individus qui ne représentent qu’eux-mêmes. Les « rebelles » du MNLA ne sont pas des Messies, c’est pourquoi la majorité des Touareg les évitent, comme on regarde une merde sous sa semelle.

Boubacar Sangaré

HCUA : Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad

MAA : Mouvement arabe de l’Azawad

MNLA : Mouvement national de libération de  l’Azawad

Parena : Parti pour la renaissance nationale

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Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).
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