Ebola : panique au Mali

La clinique Pasteur credit: @Bamako.com

La clinique Pasteur crédit: @Bamako.com

Il est certain qu’après l’épisode de la clinique Pasteur dont l’image a été atomisée, les populations à Bamako, comme ailleurs, vont vivre habitées par la peur. La clinique est fermée pour 21 jours et le Mali « est mal barré ». Le président IBK et son gouvernement « sont mal barrés »…

Prières, peur, communiqués de sensibilisation, Journal ORTM « spécial Ebola… Au Mali », c’est la panique depuis l’annonce du décès d’un infirmier de la clinique Pasteur à Bamako, victime de la fièvre hémorragique Ebola. Il a succombé le mardi dernier après avoir déclaré « quelques symptômes de la maladie à virus Ebola ». Un autre malade arrivé de la frontière guinéenne est également décédé. Il avait été diagnostiqué « d’une insuffisance rénale aiguë. » Selon le journaliste Adam Thiam, à minuit, le soir du mercredi 12 novembre, un barrage de véhicules de la police et de gendarmerie barrait la route qui mène à la clinique. La clinique fermait ses portes, l’ensemble du personnel et des patients étaient mis en quarantaine. Toute personne ayant été en contact avec les deux personnes décédées doit être recherchée.

Ebola était à nos portes. Désormais cette fièvre est dans nos murs. Une fillette, elle aussi venue de Guinée, en avait été victime à Kayes. Mercredi, en quelques heures, la psychose s’est installée, c’est indéniable. Les appels au calme du ministre de la Santé n’y feront pas grand-chose. On le sait, la vérité est aussi amère que le jus de citron dans l’œil, mais, disons-le tout de même : c’était prévisible… Les journalistes n’avaient pas cessé de rapporter qu’il y avait un manque de contrôle à la frontière avec la Guinée, pays profondément touché par l’épidémie. Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, avait lui-même fait le voyage pour assurer à son homologue guinéen que le Mali ne fermerait jamais ses frontières.

Loin de moi l’idée de dire que fermer les frontières terrestres est la solution. Néanmoins, c’est tout de même un choix de poids. L’OMS, dans son rapport daté du 10 novembre, a d’ailleurs recommandé un renforcement de la surveillance et du dispositif à Kouremalé, principale ville malienne frontalière avec la Guinée. D’autre part, «dans son rapport de suivi d’hier 12 novembre 2014, où elle annonce 5 160 décès pour 14 098 cas d’infection principalement survenus en Afrique de l’Ouest, l’OMS révèle ce que le public malien ne savait pas : à savoir que, par rapport au terrible fléau, le Mali en est à son quatrième cas de décès et autant de cas d’infection confirmés et probables. Jusqu’à lundi, seul le décès de la fillette de Kayes était publiquement annoncé par nos autorités. Mardi 11 novembre, le ministère de la Santé a reconnu que l’infirmier mort dans une clinique de la place depuis sous quarantaine avec plusieurs dizaines de personnes était décédé des suites de la fièvre Ebola. », précise encore une fois l’éditorialiste Adam Thiam, non sans poser certaines questions qui devraient inciter les autorités maliennes à ouvrir une enquête pour y voir un peu plus clair au sujet de la clinique Pasteur : « A-t-il testé positif au virus Ebola ? La clinique Pasteur le savait-elle ? Quand a-t-elle su, comme l’a affirmé son directeur, que l’infirmier décédé mardi avait été contaminé par l’imam ? L’institution sanitaire a-t-elle cherché à cacher l’existence de cas d’Ebola en son sein ? » A ces questions, des réponses méritent d’être apportées.

Il est certain qu’après l’épisode de la clinique Pasteur dont l’image a été atomisée, les populations à Bamako, comme ailleurs, vont vivre habitées par la peur. La clinique est fermée pour 21 jours et le Mali « est mal barré ». Pays pauvre au système de santé et à l’Etat fragiles, le Mali ne s’est toujours pas relevé des crises qui l’ont terrassé dès début 2012. Les autorités appellent maintenant les populations à la vigilance, alors que la frontière avec la Guinée est restée une passoire. Laxisme ? Inconscience ? Incompétence ? Au risque de propagation de la fièvre sur le territoire malien, les autorités ont simplement opposé ce que Marwane Ben Yahmed appelle « une gestion suicidaire ».

Boubacar Sangaré

Mali : vers une gestion « politique » de l’Enseignement supérieur ?

Mountaga Tall, ministre malien de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Credit; TV5Monde

Mountaga Tall, ministre malien de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Credit; TV5Monde

Mardi 04 novembre. Palais des Sports. L’année 2014-2015 a été déclarée ouverte pour les universités et grandes écoles du Mali au cours de cette cérémonie de grande envergure. La présence du Président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, et du Premier ministre, Moussa Mara, et celle de recteurs, doyens, enseignants et étudiants, tous acteurs du monde de l’enseignement supérieur, illustrent très clairement l’importance de cet évènement. Il n’y a rien d’offensant à rappeler que l’enseignement supérieur est aujourd’hui coincé dans l’entonnoir d’une dégradation graduelle, à telle enseigne que, pour parler clair, tous, ou presque, s’accordent à dire qu’il a été mis à bas.

C’est un fait, le monde de l’enseignement supérieur ne va pas fort. Et dans son discours, le détenteur du portefeuille de l’enseignement supérieur, Mountaga Tall, a procédé à un état des lieux qui laisse pantois : « l’insuffisance d’enseignants en qualité et en nombre ; le faible développement de la recherche ; le manque d’éthique et de déontologie ; les effectifs pléthoriques ; l’insuffisance d’infrastructure d’accueil ; la faiblesse du pilotage et de la gouvernance…A ces problèmes se sont longtemps ajoutées de longues et profondes crises sociales : grèves, rétention de notes, années tronquées, perlées ou blanches…»

Dans une telle situation, où tout le monde est en train de battre le même tambour avec les mêmes cris, il faut consommer une bonne dose d’optimisme pour croire au changement. L’enseignement supérieur est indéniablement le symbole d’une inconscience nationale. Il y a une année, dans un article publié sur le site d’information français Rue89, la journaliste Sabine Cessou a fait le tour des maux qui ont mis à mal le secteur : corruption, piston, étudiants fictifs, salaires bas des enseignants et, pour clouer le bec à quiconque, les « Notes Sexuellement Transmissibles (N.S.T) » Elle estime que la corruption à l’université n’est que la partie émergée de l’iceberg quant à « ce mal généralisé qui a en partie conduit à la dislocation de l’armée et place le Mali à la sixième, en partant du bas, dans l’index des Nations Unies sur le développement humain. » A l’époque, nous écrivions que Sabine Cessou ne fait pas d’une mouche un éléphant, les phénomènes qu’elle a dénoncés existent bel et bien, même si on peut regretter que les solutions manquent toujours à l’appel. En attendant, dans les universités et grandes écoles, la pensée et la réalité sont uniques, tout ne va pas dans le sens du vent.

Décalage

«La rentrée académique a démarré de manière effective depuis le 1er Octobre dans la plupart de nos facultés et grandes écoles. C’est même la première fois, si mes souvenirs sont bons, que des facultés rentrent avant certaines grandes écoles. Cela s’explique par le fait que tous les examens se sont déroulés, les résultats proclamés et les inscriptions et réinscriptions suivent leur cours normal. ».

Ces propos du Ministre de l’enseignement Supérieur, Mountaga Tall, osons le dire, ont été écrits par une plume trempée dans l’encre de la duperie, car ils collent fort mal à la réalité. Dire que tous les examens se sont déroulés est acceptable. Ce qui ne l’est pas, c’est de dire que partout les résultats ont été proclamés, et que les réinscriptions ont commencé. Cela reviendrait à maquiller la réalité, surtout quand on sait que, par exemple à la Faculté des Lettres, des Langues et des Sciences du Langage (FLSL), c’est le 30 octobre passé que des classes ont fini avec les examens. A dire vrai, les propos du Ministre contribuent à ensevelir davantage l’enseignement supérieur sous un nouveau débordement de mensonge, à le noyer dans le maelstrom des discours à la prudence toute politique, faisant ainsi de cette cérémonie de la rentrée un « fait divers qui fait diversion ».

Mountaga Tall se rêvait –on voyait même en lui un – redresseur de l’enseignement supérieur. Déception. Il est en train de devenir le tâcheron du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, dont il semble donner, dans ses discours, une image lisse de tous les secteurs, ceux névralgiques compris. Et nous avons décodé le message : au tamis de la duperie, la réalité passe mal. La réalité est enveloppée dans un voile vaporeux, sacrifiée sur l’autel de la prudence et des calculs politiques.

«Fini donc Monsieur le Président, les années tronquées, perlées, en accordéon, blanches ou je ne sais quoi encore ! Il n’y a pas eu cette année même une classe blanche à fortiori une année blanche. Et encore une fois grâce aux responsables académiques, au personnel administratif, aux syndicats et aux étudiants. » Quand l’orage passe, le ciel s’éclaircit. On le sait, dans certaines Facultés il n’était même pas certain que les examens se tiendraient aux dates indiquées. Le risque d’une année blanche était grand. Le ministre sait-il que dans certains départements, des professeurs, parce qu’ils ont été promus à un poste dans un département, n’ont pas dispensé de cours cette année ? Sait-il que leur matière a été annulée à l’examen ? Le ministre sait-il que certains enseignants vacataires n’ont pas donné cours ces 3 derniers mois parce qu’ils sont en grève ? Sait-il que, cette année encore, les étudiants ont attendu la fin de l’année pour avoir ne serait-ce que les trousseaux ?

Ces difficultés n’ont pas été résolues. Si malgré tout ça, Mountaga Tall, Ministre de l’enseignement Supérieur, promet une année « normale », c’est qu’il ne vit pas dans la réalité.

Boubacar Sangaré

Monologue d’un Malien rescapé de l’enfer libyen(II)

Des Noirs traqués en Libye Photo: Cameroonvoice.com

Des Noirs traqués en Libye Photo: Cameroonvoice.com

« Welcome to Italia » Nous regardions, impuissants, le policier nous rire au nez et savions ce qui nous attendait. Quelques minutes plus tard, nous étions derrière la grille. C’était le ramadhan, les policiers ont dit qu’ils ne donneront à manger à personne le jour. Mais nous avions compris que c’était un alibi tout trouvé pour nous faire souffrir davantage. En Libye aujourd’hui, la police n’existe que de nom, elle ne représente plus rien à côté des milices islamistes armés et des militaires. On ne la reconnait qu’à travers les couleurs blanches et noires des véhicules, sinon les policiers ne portent ni insigne, ni uniforme. Leur truc, c’est le racket à l’encontre des immigrés. Ils ont demandé à chacun de payer 250.000 Francs CFA, et ont menacé de transférer à la prison centrale de Tripoli quiconque ne paye pas cette somme. Une prison malfamée, où il n’est pas bon d’être incarcéré, et pour s’en évader il faut être Michael Scofield. Entre moi et la liberté, il n’y avait que cette somme. Nos passeurs à qui nous confions tout notre argent ont dit qu’ils n’ont rien pour payer, et là nous avions piqué une crise de colère. On s’est dit que maintenant que nous sommes mal barrés, ils plongent dans le marécage de l’indifférence, et nous abandonnent à notre sort. Alors, nous avions commencé à passer des coups de fils interminables à nos parents vivant qui en France, qui en Espagne pour qu’ils nous apportent leur soutien.

Nous étions malheureux, et le malheur ne s’oublie pas ; il marque. Mais tu ne peux pas comprendre, parce qu’on ne comprend ce qu’on a vécu. En Libye, l’humanisme est en train de foutre le camp, l’égoïsme, le racisme, la haine de l’étranger, sont en train de déployer leur ailes sur ce pays où il faisait bon vivre avant.

A Tripoli, il y a un quartier appelé « Sar A Sar ». Là-bas, nous étions planqués chez un vieillard, berbère, pro-Kadhafi. Sur le toit de sa maison flotte le drapeau de la Libye de Kadhafi. C’est un quartier où règne une sorte de « nost-Kadhafi ». A un moment donné, le vieillard n’arrêtait pas de nous dire de quitter sa maison. Et les balles ont commencé à siffler, à voler. Des explosions. La fumée qui se dégageait de l’explosion des dépôts de gaz et de pétrole couvrait le ciel des semaines durant. Puis, un jour, le vieillard nous a rassemblés tous, pour nous faire savoir qu’il a peur qu’il nous arrive malheur, qu’il est un pro-Kadhafi, et que si les milices islamistes découvrent que nous sommes là, chez lui, ils nous toueront avec lui. Que c’est pour cela aussi qu’il a envoyé tous ses enfants en Tunisie. Il a fini par se calmer. Mais notre « cokseur » nous a fait changer de planque. Nous avions quitté ce quartier pour aller à « Gri Grass », un autre quartier de Tripoli où nous avions encore été planqués chez un vieillard dont les enfants combattent dans les milices. Les affrontements battaient leur plein.
Sur le chemin, l’un d’entre nous, s’est fait arrêter par des femmes. Tu sais, c’est vrai qu’il n’est pas bon d’être noir en Libye maintenant, mais certaines femmes, là-bas, sont fans des hommes noirs. Je ne sais pas ce qu’elles lui disaient, peut-être qu’elles lui proposaient de leur faire l’amour, mais je l’ai vu faire non de la tête en retournant ses talons. Un gars, libyen, qui l’avait vu en train de parler avec les femmes, a sorti son pistolet et lui a tiré une balle dans le pied.

Un soir, avec un ami, j’étais allé au cybercafé géré par un gambien. A notre grande surprise, un gamin, mitraillette en bandoulière, a dit qu’aucun Noir ne passera par cette rue. Après avoir publié un post sur Facebook pour donner signe de vie à mes parents et amis, je suis sorti du cyber dans l’intention de rallier ma planque. Mon ami me regardait d’un air étonné. Le gamin ne s’est même pas intéressé à moi, peut être parce que les barbes longues et touffues. Mais un gars conduisant une voiture a foncé sur moi. N’eut été ma rapidité à me ranger derrière un poteau électrique, il m’aurait écrasé. Je me suis perdu dans les rues. Je suis revenu au cyber pour demander à mon ami de venir avec moi. Il a refusé, a dit que je suis complètement dingue, et que j’ai failli me faire tuer. Je suis encore sorti du cyber, seul…

A suivre…

Boubacar Sangaré